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Interview  (Paris)  octobre 2005

Fantazio est un musicien, un chanteur, un saltimbanque hors du commun. Depuis dix ans, il traîne sa contrebasse de squatts en bars, de happenings en déambulations improbables, pour des compositions sonores singulières et captivantes.

Nous l'avions découvert par hasard à l'occasion d'une première partie mémorable qu'il assurait à l'Européen en juillet 2004. Un an après, il grave ses "contrebarrissements" sur un album autoproduit My sweet little fucking mother show l'occasion d'en savoir plus sur son itinéraire.

Nous vous avions découvert en live à l'Européen en 2004 par hasard, à l'occasion d'un autre concert dont vous assuriez la première partie.

Fantazio : C'est bien que ce soit par hasard. Parce que plus la notoriété grandit moins de choses arrivent par hasard. C'est comme pour la musique. C'est important que ce soit hasardeux. Il faut de l'imprévu dans les rencontres comme dans la musique. Du moins une bonne part d'imprévu sinon c'est la mort. Les groupes qui tournent tout est prévu. Ils ont un label, un tourneur, ils jouent une heure, il sont une liste de chansons. Ensuite pour trouver du hasard là dedans il faut être solide psychiquement.

J'ai commencé à jouer seul en 1989 dans le métro et avec quelques personnes de passage. Je ne chantais pas. Ma grand mère m'a offert une contrebasse quand j'avais 15 ans. J'ai joué 6-7 ans seul. Ensuite avec d'autres personnes mais je faisais que du vieux rock'n roll, du rockabilly, du blues et des reprises. J'adorais ça à écouter mais à faire au bout d'un moment ce n'était pas assez personnel. Je ne pensais pas faire un truc personnel à cette époque.

Et puis en jouant seul je me suis retrouvé un jour à Berlin en 1995 où on m'avait prêté un appartement. Et j'ai commencé à jouer seul énormément et d'une façon monomaniaque parce que je ne savais pas trop jouer avec d'autres. Je ne savais pas trop m'accorder et je ne chantais pas vraiment. Je ne faisais que des cris et de voix très graves ou aigues mais pas avec ma vraie voix. Je faisais la manche.

Ce qui s'est passé d'extraordinaire à Berlin c'est que je jouais dans des bars et n'importe où je tombais sur des gens qui faisaient des expos et qui me payait presque à l'avance pour que je vienne jouer. J'y allais et je rencontrais d'autres gens qui me proposaient de jouer et ça allait à une vitesse folle. Je jouais non stop et je gagnais jusqu'à 700F par jour et je suis devenu, sans m'en rendre compte, une sorte de petit phénomène dans 2-3 quartiers de Berlin. Là bas, quand on est français, ça fait un peu exotique et on est bien accueilli.

Ca changeait de Paris où c'était plus douloureux. Je ne jouais que dans mon quartier Belleville-Ménilmontant et les mecs dès que je parlais de tunes, car j'avais joué dans des squatts, me demandaient pour qui je le prenais. Car dans le milieu "squatt", la classe c'est de ne pas avoir de fric. J'ai joué gratuit pendant des années ce qui n'est pas normal.

Ces représentations totalement inopinées ont toujours existées ?

Fantazio : Oui. A la base je partais de reprises mais comme cela m'ennuyait vite il fallait que je trouve autre chose. Alors, parfois, je donnais un coup de pied dans la contrebasse ou je m'arrêtais de jouer et je partais dans des improvisations, des discours absurdes en italien, en espagnol, en français. Dès qu'il n'y avait pas un truc accidentel, cela m'oppressait.

Il y a avait 2-3 chansons que je connaissais qui me permettaient de retomber sur mes pattes mais s'il n'y avait pas à un moment un truc qui vrillait, qui me mettait au bord d'un gouffre, cela m'emmerdait. Ca a duré 6-7 ans. Ensuite, je suis devenu capable de jouer avec d'autres personnes. J'ai joué dans des bars avec un guitariste dans des plans à 500- 1 000 F quand on pouvait se faire payer.

Monter un groupe et faire un disque c'était complètement abstrait pour moi à l'époque. J'y étais même opposé par principe. D'abord parce que je ne savais pas comment m'y prendre et que je ne voulais pas être comme les autres. Alors j'avais développé des théories anti-disque, anti-groupe. Ensuite j'ai rencontré Benjamin qui fait les bruits et qui essayait de me suivre dans mon périple d'autiste. Mais je ne l'écoutais pas vraiment. Il a fallu que je fasse un vari travail d'écoute et j'ai beaucoup appris avec lui.

Les morceaux sont toujours improvisés ?

Fantazio : Oui. Je ne sais pas composer un morceau couplet-refrain. Tout part d'un ritournelle que j'ai dans la tête. Et quand j'ai joué avec d'autres personnes je me suis efforcé de trouver ce qu'on appelle une résolution de manière à pouvoir passer sur un autre accord. J'y étais opposé au début car je pensais que composer des choses structurées se ferait au détriment de l'instinct. Ce qui s'avère faux mais je ne l'ai su que bien après.

Vous avez toujours joué sous le nom de Fantazio ?

Fantazio : Ce nom est né quand j'avais 12-13 ans. En 1984-85, je traînais du côté des squatts de la Porte Dorée avec des punks, toxicos pour la plupart, qui avaient 10 ans de plus que moi. Je m'étais une petite réputation de mec qui traîne dans la rue comme tous les punks qui avaient un nom plus ou moins foireux. Popay est un vieil ami qui graffait au milieu des années 80 et qui faisait des trucs plus bizarres et tordus que les grafs hip hop américains.

Il m'a fait mes tous premiers tracts en 1997 avec un nez énorme qui prenait toute l'affiche. Pour tous les concerts, il m'en faisait un en noir et blanc qui résultait de toute une histoire entre nous. Il y en a une trentaine en noir et blanc et d'autres en couleur ensuite. Ensuite j'ai rencontré Lysika et cela a commencé à s'organiser. Le groupe aussi avec Benjamin, le batteur et les deux cuivres.

D'où vient l'abandon du dogme "Pas de disque, pas de morceau, pas de pérennisation" ?

Fantazio : Ce principe n'était pas prémédité. Cela résultait plutôt d'une sorte de course en avant. Pour me supporter moi-même il ne fallait jamais faire la même chose. Prévoir ou reproduire me mettait dans le même état que celui dans lequel on est quand il arrive quelque chose de dramatique que l'on raconte toujours de la même manière pendant longtemps à tous ceux que l'on rencontre. Et que le soulagement arrive quand on commence à en modifier le récit. Je me dégoûte très vite quand je suis une machine.

La théorisation ensuite était une manière de me protéger. J'avais peur de faire un disque car c'est figer une musique. Et puis il fallait que je me fasse aider et j'étais à l'époque trop orgueilleux pour me faire aider. Les deux cuivres avec qui je joue depuis 3 ans m'ont beaucoup apporté pour structurer les morceaux. J'ai fais des rencontres qui m'ont aidé. Par exemple Jasmine Vegas que j'ai rencontré il y a 7-8 ans m'a donné énormément confiance en moi. Car j'avais l'impression que je ne pouvais faire que des choses "sauvages" presque "anti-musicaux" car je ne me sentais pas musicien.

Et je me suis rendu compte que je pouvais être musicien en jouant avec Joseph Doherty des "Sons of the desert", un multi-instrumentiste virtuose irlandais. J'ai découvert le plaisir de jouer avec des musiciens, d'écouter, d'être là pour soutenir un son et pas pour se montrer. Parce qu'au départ j'avais un rapport avec la musique mi-psychologique, mi-musical. L'important était de me sentir exister car j'étais arrivé, du fait de l'accumulation d'expériences violentes que j'avais vécues, à des états d'insensibilité très forts. Il me fallait ressentir des choses très fortes pour me sentir exister. J'arrivais dans un endroit, je poussais des cris, je jouais pour me faire remarquer le plus possible et de repartir très vite.

Cela a mis très longtemps à se tasser dans ma tête. Car le regard des autres me faisait un effet très violent mais je ne me le disais pas. Jouer devant des gens n'est pas naturel et cela me fait encore un effet violent. Dans certains pays, comme en Roumanie, la musique a un sens social : jouer est un métier qui est payé. Vos parents vous apprennent un instrument et ensuite on joue pour des fêtes, des mariages. En France, le concert est donné sans but social. Ce qui me paraît absurde quand je joue dans une salle.

Je ressens cela de manière très forte. Je sais qu'il s'agit de code occidental, j'allais dans des concerts punk quand j'étais jeune, mais je n'y fais pas. Surtout tout ce qui gravite autour du concert, tout cette mièvrerie autour de l'artiste. Pour moi, cela reste important de jouer dans des lieux très différents et ne pas tomber dans la routine du festival de jouer de manière intensive pour avoir une grande audience. En plus, je suis un peu le cul entre deux chaises parce que tourner uniquement dans des bars enfumés je l'ai fais pendant 6 ans et je n'en peux plus. C'est donc compliqué.

A Paris, entre les bars et les grandes salles, il existe d'autres lieux.

Fantazio : Oui, mais pas en assez grand nombre.

Et l'album?

Fantazio : Cela a pris beaucoup de temps. Ce qui s'est passé est que beaucoup de gens enregistraient mes concerts en live sans même m'en proposer ensuite une copie. Ce qui m'a rendu un peu parano car je constatais qu'ils le faisaient et que moi je ne m'organisais pas alors qu'il s'agissait de ma propre musique. J'ai donc commencé à enregistrer mes morceaux sur mini-disc et un vieux pote m'a proposé de tout réécouter. Cela conduit aussi à commencer un enregistrement en studio ce qui me faisait un peu peur. Nous avons fait deux morceaux.

De fil en aiguille j'ai rencontré les gens du Studio Garage qui existe à Paris depuis 20 ans et où sont passé des tas de gens comme les Rita Mitsouko. J'ai donc utilisé l'argent dont je disposais pour payer les séances de studio.

Au début, je ne voulais faire quatre en enregistrements clean en studio auxquels j'ajouterais ensuite mes enregistrements live. Et comme ça s'est très bien passé, tout l'album a été enregistré là-bas et il s'est passé le contraire de ce que j'avais prévu. J'ai donc juste injecté quelques petites choses live.

Comment avez-vous travaillé?

Fantazio : Nous avons beaucoup travaillé avec le groupe à partir des morceaux existants et nous avons tous joué ensemble pour l'enregistrement. Pour les textes, ils ne sont pas vraiment écrits au dé part. C'est plutôt des choses scandées au départ et puis il a bien fallu que je les écrive pour la SACEM.

Si je n'avais pas fait de la musique j'aurais voulu écrire Je suis frustré de ne pas écrire plus. Donc en concert j'ai commencé à lire des textes que j'avais écris. "La fin des haricots" retrace des paroles que j'ai dites un soir, en rentrant un peu bourré chez mon père. Rien n'est réfléchi ni prémédité.

Quel a été votre sentiment quand pour la première fois vous vous êtes entendu sur un enregistrement?

Fantazio : Par moment cela m'écoeurait d'entendre ma voix et mes tics. Et par d'autre, cela était étrange et étonnant.

Et maintenant en écoutant votre album?

Fantazio : Maintenant cela va. Mais je n'ai pas cherché à peaufiner ma voix en cessant d'être égocentrique. Je faisais aussi confiance aux gens avec qui j'ai travaillé. Et puis je voulais arriver au bout de cet album. Car je connais des gens qui répètent des années pour faire un album qui ne sort toujours pas car ils ont peur du regard des autres.

Et l'album ?

Fantazio : Pour mon premier album, j'avais mis de l'argent de côté pour me payer le luxe de l'autoproduction. Je voulais quelque chose de chouette pour le packaging. Popay s'est occupé des pochettes et il en a fait une spécial pour l'album qui sort en vinyl.

Et je ne voulais pas travailler avec un label pour rester propriétaire des bandes. Surtout pour des morceaux qui sont le résultat d'un travail de fourmi pendant 10 ans. Et puis je ne supporterai pas que des gens que je ne connaisse pas bossent pour moi.

Pour la distribution, nous avons fait des choix précis. D'abord de ne pas être à la FNAC. Nous avons choisi de le diffuser par l'intermédiaire d'une coopérative de distribution Co-errances qui s'occupe plutôt de la diffusion des films d'extrême gauche et des revues auprès de petits disquaires et libraires indépendants. De plus, elle n'a pas d'exclusivité de distribution.

Et en même temps je me pose la question de savoir si ce n'est pas plus élitiste de choisir un tel réseau de distribution par rapport au spectateur moyen qui vient nous écouter. Donc nous allons sans doute le mettre dans quelques FNAC.

Fantazio n'est pas encore un groupe ?

Fantazio : Fantazio c'est encore moi-même mais aussi un groupe constitué avec Benjamin et le batteur. Et puis ensuite c'est à géométrie variable selon les concerts. Mais je fais de moins en moins de choses seul.

La sortie de l'album sera suivie d'une tournée?

Fantazio : Il y a des dates mais pas une grosse tournée qui tue. Je ne tiens pas à tourner en France de façon intensive. Ce qui me tient à cœur est d'organiser des choses à l'étranger avec des musiciens locaux pour des événements qui dureraient un mois par exemple. Et j'ai aussi envie d'enregistrer d'autres albums mais en format plus léger que celui-ci qui était un gros morceau, par exemple quelques morceaux avec des musiciens de rencontre.

Et je vais aussi continuer des collaborations avec des rapeurs. J'ai un contrat pendant un an avec le centre culturel de Saint Ouen pour faire des happenings dans des écoles avec Charlotte etc et D' de Kabal qui joue dans "Spoke orchestra" et qui fait du slam assez trash.

D'où vient le titre de l'album "The sweet little fucking mother show ?

Fantazio : Il s'agit d'une phrase que je dis souvent quand je chante. Et c'était aussi le nom d'un spectacle que nous avions fait au Tryptique. C'est un peu ironique. Si on traduit, ça donne "doux petit putain de petit spectacle" !

 

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En savoir plus :

Le site officiel de Fantazio


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