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Interview  (Paris)  mardi 22 septembre 2020

A l'occasion de la sortie de son cinquième album solo, Romain Humeau nous reçoit une nouvelle fois dans son hôtel parisien afin de nous présenter ces nouvelles chansons.

Romain, on se voit à peu près tous les ans pour un nouvel album.

Romain Humeau : Oui, c'est nouveau, ça fait 4–5 ans qu'il y a ce rythme. Avant, c'était plus espacé, plutôt tous les deux ans. Je suis content de ça !

Cette année, tu viens nous présenter ton cinquième album solo, Echos.

Romain Humeau : En toute honnêteté, ce n'est pas un album. Enfin si, c'est un album transitoire. C'est mon premier album très court, j'y suis arrivé ! D'autre part, il est constitué de chansons qui ont 7 ans, d'autres qui ont 2 ans et d'autres qui ont été écrites ou finies pendant le confinement. C'est donc un album un peu moucheté, c'est un moi un peu éparpillé. Et en même temps, on me dit qu'il est super homogène.

Oui, beaucoup plus que Mousquetaire #2 qui était plus hétéroclite.

Romain Humeau : Tu vois, moi, je n'ai pas le recul... et ce n'est pas plus réfléchi que ça. En fait, j'y tiens vraiment à cet album. Je ne pense pas que tout soit réussi... notamment la chanson "Vagabond".

Au début, l'album devait s'appeler "Vagabond", non ?

Romain Humeau : C'est possible, c'est passé par "L'Art de la Joie", "Vagabond", "Mousquetaire #3", "Mousquetaire B-sides".

A la base, Echos, c'était Mousquetaire B-sides mais ce n'était plus vrai car "Odysée", "Vagabond", la moitié du texte de "Sauve-Toi, Sauve-Moi" et "Echos" ont été écrits plus tard.

Il y a 4-5 inédits de Mousquetaire #1 et Mousquetaire #2 : "Tryin' To be A Girl", "Pretty Girls In BWW", "L'Art De La Joie", le début de "Sauve-Toi, Sauve-Moi"...

Tu as donc choisi des morceaux qui te tenaient à cœur que tu n'avais pas pu mettre sur d'autres albums. Comment as-tu fait ce choix ?

Romain Humeau : Au début, je me suis dit "Mousquetaire #3", c'est sympa mais ça va être 5 titres. Entre temps, j'ai écrit des chansons. "Echos" a été écrite pour Vanessa Paradis mais refusée. Et au bout de 2/3 mois, on m'a dit "mais c'est con, pourquoi tu ne la chantes pas ?" J'ai répondu que ce n'était pas pour moi mais en fait, ça raconte ce que je veux... ça raconte la même chose que dans "Stupor Machine" mais de manière lumineuse. C'est un peu comme "Terminus". Je l'ai écrite pendant "Stupor Machine".

"Sauve-Toi, Sauve-Moi" sonne justement comme du Eiffel de Stupor Machine.

Romain Humeau : Il y a 4 ou 5 chansons un peu violentes que j'ai écrites : "La Mort Sifflera Trois Fois" [sur L'éternité De L'Instant], "Bigger Than The Biggest" [sur Tandoori d'Eiffel], "Nyppon Cheese Cake" [sur Mousquetaire #2] et celle-ci que je vois un peu de la même manière.

Pour moi, c'est un tunnel, c'est un tourbillon d'angoisse. Il peut y avoir le côté "rock" d'Eiffel sauf que je trouve la batterie et la guitare sont plus folk bourrin, à la Springsteen. Et ce n'est pas mon idole mais je le voyais un peu comme ça.

Sur cet album, il n'y a pas de concept, pas une ligne directrice. C'est très dur à faire mais je me suis dit "tant mieux" : c'est autre chose, je ne suis pas sur un truc unitaire, je vais essayer de lui donner une unité.

Je ne sais pas si tout le monde a capté que "Cherry Gin" parlait de la cocaïne, que "Tryin' To Be A Girl" est sur la transsexualité, c’est l’histoire d’un mec qui depuis le début se sent femme. Il se sent mal, il n’est pas accepté, et se suicide. Ce n’est pas tant pour parler de transsexualité que parce que je ne comprends pas qu’en 2020 ça puisse encore déranger des gens. C’est aussi une métaphore d’autre chose : on a le droit dans la vie de changer, de bouger.

L'album est court aussi. C'est un album mais on a peut-être l'impression qu'il en manque un peu. C'est cool aussi ça, il faut que j’apprenne. Ça va m'aider à faire des albums de 25 titres !

En tout cas, je suis très content de le sortir, très content de l'avoir fait. Il y a des chansons dont je suis assez content, dont "Sauve-Toi, Sauve-Moi", "Echos", "Odyssée", "Tryin' To Be A Girl"...

"Tryin' To Be A Girl" va être le deuxième single, on fait un pur clip, avec Foliascope. J'ai rencontré Ilan Urroz, qui dirige Foliascope, une boîte de cinoche, qui m'a proposé de faire la musique d'une série en 3 épisodes, pour Arte, qui s’appellera "Struggle".

Le morceau de générique, ça sera "Struggled Inside" de Mousquetaire #1 et je vais faire les musiques, sur une heure pour chaque épisode donc 5 chansons et instrumentaux, un peu comme pour Vendredi Et Les Limbes Du Pacifique.

"Struggle", c'est une lutte donc il y aura un épisode sur les montres LIP, un autre sur Renault et le dernier sur Notre Dame des Landes. C'est une adaptation d'une BD de Galandon.

Folisacope, c'est le plus gros studio de stop motion en France. Ils sont en train de faire "The Inventor", l'histoire de Léonard de Vinci, réalisé par le mec qui a fait Ratatouille chez Pixar.

Avec Seed Bombs Music (Thomas Cointot, Thomas Demaere, Estelle et moi), on s'entend super bien avec tous les gars. On est allés chez eux, à Valence, c'est passionnant ce qu'ils font, c'est magnifique. Du coup, on leur a demandé si ça les branchait de faire un clip. Le clip va être dément, c'est vraiment ce que j'aime, un monde psychédélique et lié au texte sur la transsexualité.

Contrairement à d'habitude, l'album sort alors que la tournée d'Eiffel n'est pas finie. Du coup, Eiffel et Romain Humeau se retrouvent d'actualité au même moment.

Romain Humeau : Oui, la particularité, c'est que c'est un album qui vient de loin en terme de chansons et qui se termine en pleine tournée d'Eiffel.

Avec Eiffel, on était en pleine tournée, et le jour du Trianon, on arrive et à midi, on nous dit que c'est barré pour plus jouer du tout. Moi, c'était au moment où je commençais les mix et finissais des textes ("Sauve-Toi, Sauve-Moi", "Odyssée").

Pendant le confinement, je ne me suis pas plains. Je ne vais pas te dire que j'étais anéanti. C'était hallucinant ce qu'il se passait mais je ne vais pas dire que je n'étais pas bien.

Quand j'ai vu toutes les infirmières, les toubibs, les éboueurs, qui continuaient, je me suis dit : "fais ce que tu sais faire, mixe ! Fais un bel album ! Donne-toi !" Ce que je fais à chaque fois mais là, j'ai fait un peu plus que d'habitude et à un moment donné, je me suis un peu perdu. Quand tu te retrouves à 4h de matin à sangloter, tu ne sais pas pourquoi en te disant emais qu'est-ce que tu fais... ça sert à rien... Echos, tout le monde s'en fout !"

Du coup, cet album est particulier car il n'était pas destiné à se finir dans ce genre de conditions et du coup, il y a une pointe de ça... Je ne parle pas du coronavirus mais je parle du permafrost. Je pense qu'on est dans un monde complètement inconscient. Pour moi, il y a une part de la manière dont on vit dans ce qu'il se passe actuellement.

La suite de Stupor Machine…

Romain Humeau : Oui mais Stupor Machine est assez doux. C'était censé être un album un peu complotiste, un peu angoissé et tout. Je ne regrette pas de l'avoir fait. Dans Echos, j'ai essayé d'y mettre un peu de gaieté... forcée. "L'Art De La Joie", "Vagabond", que j'aurais aimé réussir mieux... j'avais une idée qui me semblait être bonne mais je ne pense pas avoir été jusqu'au bout mais bon... c'est dans les détails !

Tu vas tourner pour cet album ?

Romain Humeau : Oui, sur le papier, je tourne ! Avec Eiffel, on ne va plus tourner. On fait quelques dates en octobre et en avril. Stupor Machine est sorti il y a 2 ans, on ne va pas tourner pendant 3 ans, c'est ridicule.

J'ai toujours prévu de tourner en 2021, je ne peux pas reculer. Déjà, je sors l'album et je ne tourne pas direct, c'est quand même particulier... De toute façon, avec le coronavirus, je ne peux pas tourner. Les dates d'Eiffel qui subsistent, ce sont des dates dans des conditions particulières. Là, samedi, dans une salle de 900 places, limitée à 180. Pourtant, j'en ai fait des salles vides, ce n'est pas le problème mais avec des gens debout et contents de venir. Là, c'est avec des gens assis, espacés de 4 mètres. Je n'ai pas de problème à jouer devant des gens assis mais quand le projet s'y prête... Là, ce n'est pas fait pour. Et en solo, non plus...

Donc pour répondre à ta question, pour Echos, je tourne en janvier, février et mars. Pour démarrer la tournée, je tourne seul, guitare électrique / voix, à fond, comme je l'avais fait sur "L'éternité De L'instant", j'avais adoré ça. Après, je pars en full band. C'est l'idée, mais il faut que tout le monde suive et que les choses soient possibles.

Si tu te dis, non, il y a le coronavirus, il ne faut pas sortir d'album, il ne faut pas jouer... Je ne vais pas mentir, les vraies dates annoncées, c'est fin 2021, début 2022. C'est comme si on te disait, tu arrêtes pendant un an et demi... je ne peux pas !

Mon métier, ce n'est pas intermittent. Mon métier, c'est entrepreneur de projets qui génèrent parfois des concerts donc intermittence donc du coup, tu vis un peu.

J'ai 49 ans, je vais vers mes 50 ans, j'ai la frite, j'ai jamais eu autant envie de faire ce que je fais que maintenant et je pense que c'est possible de s'en sortir.

Je n'ai pas toutes les solutions, loin de là mais on s'est mis dans une situation Estelle, moi et les deux Thomas. En fait, il y a un studio, le studio qui va bientôt être trois fois plus grand, on a une boîte de disque, une boîte d'édition. On est structuré avec Seed Bombs Music. Ça génère des ventes de disques, ça génère la possibilité d'être ici, c'est génial ! Et aussi la possibilité de tourner et là, ça commence à devenir vertueux. Voilà où on en est et il faut que ça passe ! De toute manière, on ne s'arrêtera pas avec Estelle, c'est ce qu'on sait faire...

Oui, vous faites tout de A à Z..

Romain Humeau : Oui, ça ne change pas tant que ça mais on n'est plus chez des "valeurs" qui étaient sûres et qui ne le sont plus.

C'est extrêmement agréable de tout faire ! Je dis tout ça aussi pour mettre la petite part d'optimisme qui vit là-dedans. Moi, je suis foncièrement pessimiste.

Concernant le coronavirus, ce que je peux noter, ce que ça m'inspire, c'est que ça révèle chez les gens des attitudes totalement antinomiques, parfois chez des proches, ça peut créer de gros soucis. La manière de réagir à ça... Je ne prétends pas du tout avoir bien réagi mais ce qui me choque le plus, c'est l'idée de la solidarité et une forme d'égoïsme sans nom sur les fondamentaux.

Du coup, avec tout ce qui s'est passé, ça t'a inspiré plus que d'habitude ? Ou moins à cause du pessimisme ?

Romain Humeau : En fait, j'essaie de faire comme s’il n'y avait rien ! Je ne trouve pas le sujet très passionnant.

Non mais plus comme tu le disais, la réaction des gens derrière, l'humain...

Romain Humeau : Je crois qu'il ne vaut mieux pas que j'écrive dessus parce que je deviendrai... [rires]... tu as compris, non ? Ça ne va pas être sympa !

Ça me débecte ! Il y a des trucs qui m'ont débecté. Même dans ton entourage, du coup, c'est très compliqué ! Il y a des sujets où tu n'es vraiment pas d'accord. C'est un schisme, il y a scission !

Par contre, peut-être ce qui est très inspirant et agréable, dans le merdier où tu ne sais pas comment tu vas faire pour bouffer demain, encore plus que d'habitude, tu ne sais pas ce qui va se passer pour toi, pour les autres, tu ne sais pas comment l'architecture de ta vie, les autres plus toi va fonctionner dans les années qui arrivent. Peut-être que ça va revenir plus facilement, mais on aura tous été altérés par ça, il va y avoir des séquelles mais ce qui est génial, c'est la perte de repères : tu n'as plus peur de rien ! La grosse dégringolade, on y va... on n'imagine même pas, je crois !

Moi, ça m'a aidé encore plus à me rendre compte que je voulais faire ça ! Et je vais être là l'année prochaine pour d'autres albums ! Je n’ai pas l'impression que ça m'ait inspiré mais j'ai 70 nouvelles chansons. Pas forcément avec tous les textes mais c'est un changement pour moi.

Je parle des 70 chansons pour des albums mais il y a aussi les musiques pour Struggle, les musiques de films, d'autres choses qui vont sortir, des inédits, plein de trucs !

Il y a beaucoup de choses à faire. Pour moi, ce n'est pas trop le problème d'arriver à les faire artistiquement, enfin si, de tenir le cap, de pas avoir toutes les bécanes du studio qui déconnent.

Après, c'est d'arriver à tenir structurellement, dans un truc qui se casse la gueule.

Mais j'ai la chance d'avoir des gens qui apprécient vraiment ce que je fais. Tu as l'impression que c'est un truc un peu indéfectible. Je ne parle pas des Ahuris car il y en a plein qui ont sauté, ils ne sont plus là, ça ne les intéresse plus et c'est normal, pas de problème !

Il reste quand même un gros noyau !

Romain Humeau : Oui mais je ne compte pas que là-dessus, ça serait complètement idiot de ma part. Mais je trouve que c'est un truc très solide ! Je préfère avoir un truc petit comme ça mais très solide. Je plains certaines personnes actuelles car ça va être très difficile pour elles de tomber.

Thomas Cointot nous dit que finalement, on est habitué à ne pas savoir comment ça va se passer le lendemain. Il a un peu raison...

Et ça fait longtemps que vous êtes dans le truc.

Romain Humeau : Oui, alors avec le coronavirus, c'est la même chose pour tout le monde maintenant mais nous, on est un peu habitué ! Je ne fais pas le malin non plus, ça fait flipper. J'ai une fille, je m'inquiète. En plus, elle fait un truc un peu comme nous, un truc pas sûr à la base. Et en même temps, c'est ça la vie.

Tu ne vas pas passer ta vie à te faire chier dans ce que tu fais pour juste être sûr que tu te feras chier le lendemain pareil.

Voilà et sinon, j'ai vachement envie de faire un disque qui serait plutôt soul. Attention, à ma manière, un truc très patate, ultra rentre-dedans. Mais il y a d'autres manières de faire de la musique très énergique qu'avec des guitares saturées, avec des guitares crunch qui tabassent bien rythmiquement.

J'ai vachement envie de faire un disque ultra doux, dans une chapelle, tout en live, avec un théorbe, une viole de gambe, percussions digitales…

Tu as plein de projets, tu en as pour des années !

Romain Humeau : J’aimerai aller vite sur ces trucs-là mais c’est difficile de sortir un disque, je ne parle même pas de le faire, il y a beaucoup d’étapes, de la fabrication, de la vérification… Il y a par exemple sur Echos un souci sur le vinyle.

Je pense qu’on peut être beaucoup plus performants quand on est dans un flux continu plutôt que de faire un truc pendant 1 an puis au bout de 2 ans, tu t’y remets. Il faut se déplacer dans l’idée de comment on fait les choses et se déplacer physiquement aussi, on ne va plus faire les choses au même endroit. Mais il faut qu’on vende des albums pour tout ça.

C’est tout bête, on a besoin d’en vendre, au moins comme il y a deux ans quand il n’y avait pas le coronavirus. Au moins 4000. Si on fait 8000, c’est juste fou. C’est un gros chiffre, on ne les fera pas mais on a besoin de ça. Ce qui est bête, c’est qu’il y a 8000 personnes qui nous écoutent, il y en a même plus, c’est ça qui est bizarre mais l’achat de disques va à l’encontre des pratiques culturelles aujourd’hui.

En même temps, vous avez vu ces articles qui sortent. C’est du vol le streaming mais les gens vont continuer, comme on continuera à polluer. C’est une histoire de choix. Ma génération a peut-être baissé les bras, mais je n’ai pas l’impression que les jeunes soient mieux ! Il n’est pas question d’être optimiste ou pessimiste, il faut juste faire ! On ne devrait pas se poser la question, il faut juste faire les trucs qui semblent logiques.

Je suis pessimiste mais Estelle dit qu’on n’a pas le droit d’être pessimistes. Il y a des trucs qui se passent et il faut aller dans ce sens-là, il faut en faire partie dans la manière de vivre, on est tous un peu responsables. J’ai peur qu’au bout d’un moment ça commence à devenir vraiment très complexe. La concentration, l’entassement, venir à la capitale pour réussir, on connaît, j’ai vécu ça aussi. Est-ce que tout ça ce n’est pas complètement ringard ? Il se passe des trucs super partout.

Il y a quand même un certain nombre de personnes qui ont pris conscience de tout ça, particulièrement avec ce qu’il s’est passé.

Romain Humeau : Oui, je suis très marqué par les jeunes, genre 28 ans qui décident de tout changer, de partir, c’est en train de bouger. Alors il ne faut pas se tromper, si c’est pour aller bétonner les campagnes, ce n’est pas la peine, mais il y a un truc assez intéressant par rapport à la gravité de ce qu’il se passe sur terre. A la place de se dire que c’est foutu, qu’il faut se sauver, "Sauve-Toi, Sauve-Moi" c’est ça, on n’a pas le droit, c’est trop facile de se dire ça. Je ne parle pas des écolos, je parle de ta libre conscience par rapport à ce que tu apprends du monde à l’heure actuelle.

Je ne connais rien, le peu que je sais m’effraie déjà. Il y a des gens qui peuvent passer cinq heures à débattre sur l’économie : je n’y comprends rien mais je les admire ces mecs-là, ce sont de véritables chevaux de trait. Comme les politiques, pour moi c’est le bas de l’échelle. Ce n’est pas possible de passer autant de temps pour savoir si l’euro va remonter, ils sont laborieux ces gens-là. Et c’est ce qui nous régit en même temps. C’est ce qui fait le corps des discussions, de savoir où tu places ta vie, où tu places ton fric, où tu spécules sur ta vie…

Moi il ne me reste pas trop de temps à vivre, est-ce que je consacre du temps pour ça ou pas ? Je ne crois pas. Je ne sais même plus si j’ai envie d’écrire des chansons qui auraient trait à ça. Maintenant, je me déplace, je parle de ce qui m’intéresse, de qui je suis parce qu’autrement, on va aller jusqu’où comme ça ? Parfois, tu as envie de participer au débat, avec ce que tu sais faire, donc des chansons pour moi, et parfois tu te dis : bon on va parler d’autre chose ! Mais je pense qu’on va vite être rattrapés par tout ça, tout le monde ! On continue un peu, en espérant que ça soit comme avant, mais c’est mort. Le coronavirus c’est que dalle je pense, ce n’est que le début, c’est un détail…

Tu nous as bien plombé la soirée, là ! Et sinon tu travailles avec Lavilliers en ce moment ?

Romain Humeau : On travaille ensemble oui, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment, je ne sais pas ce que ça va donner.

En fait c’est ultra chargé, parce qu’on déménage dans un lieu un peu particulier, à la campagne, avec un studio, pouvoir loger les gens. On a toujours été comme une fronde et là, avec ces changements, ça va partir de plus loin ! Ce n’est pas du tout cassos en mode on va jouer du djembé en fumant des pétards au milieu des vaches, des vaches il y en aura peut-être ; des renards, des bambis, des sangliers c’est sûr, c’est un choix !

Avec plus de place, pour travailler comme j’ai toujours essayé de le faire et aller plus vite. Pour ça, il faut que je me fasse aider, donc il faut payer les gens et pour payer les gens, il faut que je trouve une solution, il n’y a plus de maison de disques et c‘est tant mieux, par exemple avoir un chouette studio que parfois je peux louer et finalement tout ça est vertueux.

Parallèlement, je me lance dans d’autres projets, la musique d’un long métrage, la présentation de la villa Medicis un peu sur le même modèle que ce que j’avais fait avec "Vendredi", mais peut-être quand je serai plus vieux ! En tout cas maintenant, je veux jouer sur scène et enregistrer des albums, ça me manque !

Par rapport à Eiffel, je sais juste que le groupe est voué à durer mais ça ne peut pas être tout le temps mais ça a toujours été comme ça. Pour moi, j’écris des chansons puis on les joue soit avec Eiffel, soit sous mon nom avec des sonorités que j’espère différentes. Ça déplaît à certains qui veulent uniquement du son rock, mais ne faire que ce son-là, je ne peux pas. Parce que la vie est courte et il y a plein d’autres sonorités à exploiter ! Ce qui est sûr, et je l’assume, c’est que ça sera toujours un peu … [il frappe son poing dans sa main] pushy mon truc. Faire des trucs policés, ça ne me branche pas. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir varier, sur scène, avec des musiciens adéquats.

"Odyssée", dans le texte c’est "Il n’y a pas de deal" : je dis ce que je pense et je ne nuance pas, particulièrement au sujet du streaming, c’est du vol ! Ça fait 5 ou 6 ans que je le dis, il y a un article paru dans Libé ces jours-ci qui dit c’est une catastrophe. Et je ne me gène pas pour le dire à la radio. En plus ça pollue : tu achètes un album ça pollue aussi mais l’album tu le gardes, tu ne l’achètes qu’une fois. Le streaming à chaque écoute tu pollues ! En plus actuellement on est que 2 ou 3 milliards sur 9 à y avoir accès, à être connectés, tu imagines ? Mais qui a dit qu’il fallait être connecté à tout prix comme ça ? On ne m’a pas demandé mon avis ! Ils appellent ça le progrès… Je veux bien qu’on parle progrès tous les jours, mais c’est quoi le progrès ?

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En savoir plus :
Le site officiel de Romain Humeau
Le Soundcloud de Romain Humeau
Le Facebook de Romain Humeau

Crédits photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste Of Indie)


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# 29 novembre 2020 : Culture Globale

Ca y est vous n'avez plus d'excuse pour ne pas vous rendre dans les librairies, disquaires et autres lieux de culture chers à nos coeurs, alors FONCEZ ! si vous avez besoin d'un prétexte : On n'a jamais été aussi proche de Noël !

Du côté de la musique :

"I know that you know" de Eau Rouge
"In town" de Switch Trio
"May our chambers be full" de Emma Ruth Rundle & Thou
"The messenger" de Hélène Grimaud
"Songs" de Patrick Messina & Fabrizio Chiovetta
"Star feminine band" de Star Feminine Band
"Signs" de Vaiteani
"Stay" de Valerie June
"Grand plongeoir" de Yves Marie Bellot
"Selectorama" Le nouveau mix (S2M4) de Listen In Bed
"De là" de Clarys
et toujours :
"Sweet roller" de Al Pride
"After the great storm" et "How beauty holds the hand of sorrow" de Ane Brun
"Bisolaire" de Fredda
"Stillness" de Laetitia Shériff
"Un soir d'été" de Aurore Voilqué Trio
"Warning bell" de Daniel Trakell
"Trip" de Lambchop assortie de la nouvelle émission de Listen in Bed "Lambchop's Trip"
"Glo" de Manuel Bienvenu
"Serpentine prison" de Matt Berninger
"Je ne vous oublierai jamais" de Morgane Imbeaud
"Lockdown care bundle EP" de Nadeah
"Nashville tears" de Rumer

Au théâtre at home :
avec les captations vidéo de :
"Les Géants de la montagne" de Luigi Pirandello
"Très chère Mathilde" de Israel Horovitz
"Une des dernières soirées de carnaval" de Carlo Goldoni
"Un amour de jeunesse" de Ivan Calbérac
"La Vérité" de Florian Zeller
"Ils se sont aimés" de Pierre Palmade et Muriel Robin
"La croisière ça use" de Emmanuelle Hamett
"Cyrano m'était conté" de Sotha
et un air d'opéra avec "Miranda" d'après Shakespeare et Purcell

Expositions :

en virtuel :
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"Cristo et Jeanne Claude" au Centre Pompidou
"Jim Dine - A day longer" à la Galerie Templon

"Kiki Smith" à la Monnaie de Paris
"Pierre Soulages" à l'espace culturel départemental Lympia à Nice
"La "Collection Emil Bührle" au Musée Maillol
"Paris Romantique 1815-1848" au Petit Palais
"Léonard de Vinci" au Musée du Louvre
"La vitrine Gallé" au Musée des Arts et Métiers
et les collections du Musée Guggenheim de New York

Cinéma :

at home en steaming gratuit :
"Caché" de Michael Haneke
"Au loin s'en vont les nuages" de Aki Kaurismaki
"Une valse dans les allées" de Thomas Stuber
"La Lune de Jupiter" de Kornel Mundruczo
"L'enfant d'en-haut" de Ursula Meier
"Le beau monde" de Julie Lopes Curval

Lecture avec :

"L'intériorité dans la peinture" de Pierre Soulages & Anne-Camille Charliat
"Coco de Paris" de France de Griessen
"Considérations sur le homard tome 2" de David Foster Wallace
"Intuitions" de Paul Cleave
"Les aveux" de John Wainwright
"Les ratés de l'aventure" de Titayna
"Un été de neige et de cendres" de Guinevere Glasfurd
et toujours :
"Lire les morts" de Jacob Ross
"La mer sans étoiles" de Erin Morgenstern
"Les filles mortes ne sont pas aussi jolies" de Elizabeth Little
"Batailles" de Isabelle Davion & Béatrice Heuser
"De Gaulle et les communistes" de Henri Christian Giraud

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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