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Bruno Guermonprez, David Koperhant & Rebecca Zissmann  (Editions Actusf)  décembre 2020

Il n’est pas forcément facile de transposer l’une des émissions musicales radiophoniques les plus intéressantes en livre. Pour autant, le résultat est excellent.

Au départ, il y a donc une émission radio avec l’envie de faire voyager l’auditeur dans le monde du jazz, de transmettre une passion pour une esthétique musicale. C’est autant d’histoires (celles de Nina Simone, Roy Hargrove, Benny Golson, Fletcher Henderson, Charlie Parker, Clifford Brown…) et d’anecdotes dans la grande Histoire du jazz, racontées sous formes d’enquêtes par David Koperhant, Rebecca Zissmann, Bruno Guermonprez et Adrien Belkout avec des ambiances sonores et morceaux qui nous plongent dans l’univers de l’époque.

Ce livre passionnant, que l’on dévore, tout comme les émissions, avec une réelle gourmandise en est une continuité. S’ajoutent les belles illustrations de Diego Flavio Tripodi et Zariel et si le côté enquête est mis de côté, le style n’a pas disparu.

C’est donc également une mine d’or, à la fois érudite et accessible, idéale pour les férus de jazz comme pour les néophytes qui souhaitent découvrir cette esthétique !

Indispensable, tout comme l’émission ! Voilà qui fait un très beau cadeau à mettre sous le sapin !

Nous en avons profité pour poser quelques questions à Bruno Guermonprez !

Comment est née l’idée de cette émission ? Et de ce livre ?

Bruno Guermonprez : L'émission tout d'abord. C'est David Koperhant, programmateur et voix de TSF Jazz, qui m'a appelé en septembre 2016 pour me proposer de participer à cette émission qui voulait renouer avec le format de la "jazz story" qui ne figurait plus à la grille de la radio. On se connaissait de loin mais on se parlait assez régulièrement depuis quelques temps.

A l'époque, j'étais directeur marketing du label Impulse! que Jean-Philippe Allard avait relancé chez Universal. J'écrivais aussi depuis un moment dans la presse musicale et jazz en particulier (brièvement pour Jazz Magazine, puis So Jazz, Vibrations et enfin Jazznews). Et en ce qui concerne la radio, j'animais Jazz & Co sur Radio Campus Paris depuis plus d'une dizaine d'années. Ça voulait dire que je n'avais pas peur du micro !

David savait qu'on partageait pas mal de choses en commun et il connaissait mon goût pour les discographies, les catalogues et l'histoire du jazz bien sûr. On s'est également retrouvé sur le fait de produire une émission bien documentée et solide sur le fond mais qui n'ouvrirait pas le robinet à dates, lieux, numéros de matrices obscures qui trop souvent noient l'auditeur et l'éloignent de la musique en tant que telle.

TSF Jazz est une radio spécialisée certes, mais qui se veut rassembleuse sur cette musique qu'on qualifie trop souvent de difficile, voire d'initiatique. Pour autant, on avait aussi envie d'emmener l'auditeur dans ses coulisses à la manière d'une enquête qui permettrait d'ouvrir des portes. Et d'écouter la musique que nous aimions tous les deux, parce que le but c'était surtout d'offrir une émission musicale.

L'idée du bureau des enquêtes est venue de nos dilections respectives pour deux émissions marquantes : Faites entrer l'accusé, longtemps diffusé sur France 2, et Rendez-vous avec X, émission mythique de France Inter. On adorait l'ambiance qui se dégageait de ces programmes très forts et aux modes narratifs très affirmés, un peu sombres mais toujours haletants. Et puis ça permettait de désamorcer le cliché du jazz comme la musique de la nuit, des clubs, des bas-fonds et des films noirs de la grande époque !

Rebecca Zissmann, notre agent Z, nous a rejoints à l'ouverture de la troisième saison. Elle a assuré les parties plus documentaires qu'une troisième voix permettait de donner sans être aride ou rébarbatif, et elle a pris peu à peu sa place dans l'émission.

Notre réalisateur, Eric Holstein, qui fait partie du projet dès le début, a construit toute l'identité sonore de l'émission qui est évidemment très importante. Une émission de radio ayant pour sujet la musique c'est une écriture mais aussi un rythme, un sens de la mise en scène qui doivent faire contrepoint avec l'objet musical. Eric a été notre premier auditeur et son expérience de radio (Europe 1, Ouï FM entre autres), nous a été très précieuse. Il m'a fait pas mal cravacher au micro, car c'est une chose d'"écrire radio" et c'en est une autre de jouer son texte au micro ! Les premières émissions, j'avais l'impression de sortir d'une séance de l'Actor's Studio ! Mais ça m'a appris à écrire plus simple, plus direct et j'en suis reconnaissant à David et à Eric.

C'est Eric qui a eu l'idée du livre, frappé par l'impression que lui donnaient les trajectoires de tous ces musiciens incroyables, à l'existence intense, tragique parfois. Ayant une expérience dans l'édition (dans le domaine de la science-fiction), il a tout de suite vu un livre avec des illustrations, sobres et fortes à la fois. Car l'histoire de cette musique a toujours été très lié à une iconographie superlative. Les illustrateurs, Diego Flavio Tripodi et Zariel, ont parfaitement retranscrit cet aspect visuel et graphique indissociable de cette histoire. Pour certaines raisons, je n'ai pas rempilé pour une cinquième saison et ai laissé ma place à Adrien Belkout mais je dois dire que ce livre c'est aussi une belle manière pour moi de conclure cette aventure.

Comment choisissez-vous les artistes ?

Bruno Guermonprez : Dès le début de l'émission, avec Kind of Blue de Miles Davis, nous nous sommes tournés vers le format album : raconter les coulisses d'un album historique permettait de donner une unité à l'émission. La plupart des chapitres du livre proviennent de ces émissions. On s'est parfois écarté de ce format pour embrasser une thématique plus large (Chicago ou La Nouvelle-Orleans) ou des carrières entières (Sidney Bechet ou Ella Fitzgerald) parce que le décor était riche ou parce que le format n'était pas celui d'un album (Robert Johnson n'a publié que des 78 tours).

Mais à chaque fois, on a essayé de garder une trame, un fil conducteur et surtout beaucoup d'images pour fixer l'attention de nos auditeurs et rendre ces histoires plus vivantes. La radio donne autant à voir qu'à entendre, ce qu'on oublie souvent. J'adore la citation d'Orson Welles : "La radio c'est mieux que le cinéma parce que l'écran est plus grand". J'ai appris à intégrer cette donnée à mon écriture.

Pour le choix des artistes, nous nous sommes fiés d'abord à nos goûts personnels parce qu'on écrit mieux sur un sujet qui nous anime et avec lequel on a déjà tissé un lien. C'était passionnant de se plonger dans la biographie et la discographie d'artistes déjà familiers, comme Charlie Christian, Charles Mingus ou Billie Holiday, mais dont le détail permettait de mieux en célébrer la grandeur ou l'intérêt. Et puis bien sûr, il y a eu aussi la temporalité des dates anniversaires et des célébrations qui permettent de coller, non seulement avec une certaine actualité, mais aussi avec l'écho que ces grandes œuvres continuent d'exercer dans notre quotidien.

Il y a eu aussi quelques émissions où j'ai dû appréhender des carrières que je connaissais moins ou avec lesquelles j'avais moins d'affinités mais même dans ce cas-là, c'était une vraie jubilation que d'approfondir mes connaissances et d'en faire un objet de partage avec les auditeurs. Il y a un gros effort de documentation pour chacune des émissions. On est allé chercher les meilleures biographies, souvent américaines, pas toujours traduites en français, des articles de journaux ou de magazines dans les archives de Jazz Magazine ou de Jazz Hot, Downbeat ou Jazz Times.

Même si ça permet de donner quelques pistes au stade des recherches, on n'a jamais vu trop d'intérêt à dupliquer une page Wikipédia ! Et puis on a mis à profit nos carnets d'adresses respectifs en sollicitant les meilleurs spécialistes et Dieu sait si la France en est riche ! C'est assez génial de pouvoir appeler le producteur de Stan Getz, ou le spécialiste qui a passé sa vie à traquer la moindre information sur Django Reinhardt ou le biographe de John Coltrane ! Last but not least, nos discothèques, amoureusement constituées depuis des années, ont donné tout leur suc. C'est une sorte de satisfaction de voir que ces heures, ces années parfois, à chercher certains disques avaient été décidément bien utiles !

Cette documentation, c'est très important car le jazz a toujours fait l'objet de fantasmes. C'est le fameux "imprimez la légende" qui a dirigé bien des ouvrages ou des monographies. Derrière chaque histoire, il y a des réalités parfois beaucoup plus prosaïques. Et puis il y a aussi un contexte politique et social, a fortiori quand on parle de musiciens noirs aux États-Unis. Ce sont des facteurs que nous nous sommes attachés à verser à chaque dossier, comme tout enquêteur qui se respecte !

Justement, on perd un peu cette atmosphère d’enquête dans le livre...

Bruno Guermonprez : Peut-être, parce que l'identité sonore compte pour beaucoup dans le rendu final de l'émission. Ceci dit, nous avons toujours été très attachés à la forme et les émissions ont été écrites à la virgule. Je pense que ça a facilité le passage vers l'écrit qui conserve le déroulé et l'unité de chaque émission. Eric a pris en charge l'édition des textes du format radio vers le papier. C'était un gros travail, mais là aussi son regard a été précieux.

Que ce soit pour l'émission ou pour le livre, le 59 rue des Archives ressemble un peu à une super-production, un peu déraisonnable quand on regarde le temps et les moyens qu'on a investi tous les quatre dans ce programme. Mais je pense que ça en valait la peine, car il ne se passe une journée sans que je rencontre des auditeurs qui me disent suivre chaque dimanche à midi des enquêtes au cours desquelles ils découvrent et apprennent quantité de choses tout en comprenant mieux une des musiques qui associent le mieux le plaisir d'écoute et l'exigence artistique. Et je crois que ces auditeurs sont vraiment ravis de trouver ce livre aujourd'hui. Je m'en réjouis avec eux !

 

En savoir plus :
59 rue des Archives sur le site officiel de TSF Jazz
Le Facebook de TSF Jazz


Le Noise (Jérôme Gillet)         
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# 24 janvier 2021 : Cette semaine c'est CONCERT !

C'est reparti pour une semaine rythmée par le couvre feu, en attendant pire ? peut être. Mais d'ici là voici quelques découvertes culturelles qui espérons-le vous plairont. Par ailleurs, samedi on reprend les concerts en ligne, venez nombreux soutenir les artistes ! Et bien entendu on commence par le replay de la MAG #19.

Du côté de la musique :

"Timbaland" le mix #10 de la saison 2 de Listen In Bed à écouter en ligne
"Avenue des Falquières" de 17f
"Go" de Célia Forestier & Komorebi
"Accents" de Ensemble K & Simone Menezes
"Live recital 'Correspondance'" de Jean-Baptiste Fonlupt
"A place that has no memory of you" de Laurent Dehors & Matthew Bourne
"Là, la lumière particulière" de Léopoldine HH
"C'est une parole" de Louis Arti
"A la ligne" de Michel Cloup, Pascal Bouaziz & Julien Rufié
"Night network" de The Cribs
Interview de Yann Landry autour du nouveau label Tadam Records
et toujours :
"The missing view" de Sol Hess en concert sur la TV de Froggy le 30 janvier
"Théo Charaf" de Théo Charaf
"Welfare jazz" de Viagra Boys
"Adonais" de Bruno Ducol
"Collector" de Chapi Chapo
"Regard 1882" de Duo Neria
"Mozart piano 4 hands" de Duo Pégase
"The fates EP" de Grandma's Ashes
"Folies berbères" de Karimouche
"Wasteland : What ails our people is clear" de Lice
"Another night in" le mix #9 de Listen In Bed

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"Le Chemin de fortune et Le Legs" de Marivaux
"Le Pays lointain (Un Arrangement)" de Jean-Luc Lagarce
"Féminines" de Pauline Bureau
"La Chose commune" de Emmanuel Beix et David Lescot
"Treize à table" de Marc-Gilbert Sauvajon
"Le plus beau jour" de David Foenkinos
"Madame Arthur dépoussière Queen"

Expositions :

en virtuel :
"Bruce Nauman" à la Tate Modern
"David Hockney - Ma Normandie" à la Galerie Lelong
"Marc Riboud - Histoires possibles" au Musée Guimet
"Voyages d'hiver - Regards sur les collections" au MuMa Le Havre
"Paris Romantique 1815-1848" au Petit Palais
"Léonard de Vinci" au Musée du Louvre
"Bacon en toutes lettres" au Centre Pompidou
"Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l'au-delà" au Musée Maillol

Cinéma :

at home :
"Plein Sud" de Sébastien Lifshitz
"La mécanique de l'ombre" de Thomas Kruithof
"Un chat un chat" de Sophie Fillières
"Dieu seul me voit" de Bruno Podalydès
"Au loin s'en vont les nuages" d'Aki Kaurismaki
"The Swann" de Asa Helga Hjörleifsdóttir

Lecture avec :

"Créatures" de Crissy Van Meter
"La traversée" de Pajtim Statovci
"Le rêve de l'assimilation : de la Grèce antique à nos jours" de Raphael Doan
"Les enfants de la clarée" de Raphael Krafft
"Solitudes" de Niko Tackian
"Une gifle" de Marie Simon
et toujours :
"Belladone" de Hervé Bougel
"Le chant du perroquet" de Charline Malaval
"Les grandes occasions" de Alexandra Matine
"Nos corps étrangers" de Carine Joaquim

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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