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Interview de Mocke et Armelle Pioline  (Paris)  8 février 2006

Avec Chevrotine, son 3ème album, le groupe français Holden sort un opus de pop-rock riche et abouti qui s'avère être une vraie réussite et qui sort des sentiers battus.

Ce n'est sans doute pas pour rien que Jean-Louis Murat réitère sa collaboration sur un titre comme sur leur album précédent. Et il est vrai que l'univers d'Holden est proche du sien.

Nous avons rencontrés Armelle Pioline et Mocke, un couple simple, sympathique et intransigeant au regard de la musique qu'ils ont envie de faire.

Peut être pouvons-nous évoquer rapidement la genèse d'Holden ?

Armelle Pioline : Fin des années 90, nous sommes partis en Irlande où nous avons monté notre premier groupe "Happiness in sexyland" où nous chantions tout en anglais. En 1997, nous sommes revenus en France parce qu'il nous paraissait que la scène musicale française avait changé notamment avec Dominique A, et son album "La fossette", et Katherine et donc qu'il était peut être temps pour nous de rentrer. Nous avons donc fait des maquettes en français et nous avons été signé assez vite chez Lithium, le label de Dominique A qui a produit notre premier album "L'arrière monde" en 1998. Parallèlement, nous montions la 1 ère mouture du groupe Holden

Votre premier album en 1998 "L'arrière monde" était passé presque inaperçu notamment disiez-vous en raison d'une promotion insuffisante. En 2002 "Pedrolira" avait reçu un très bon accueil au niveau des médias, même si on lui reprochait parfois son côté easy-listening, et en même temps Holden n'a pas véritablement "explosé". En avez-vous tiré les leçons pour votre 3ème album ?

Mocke : Nous ne pensons pas trop à ce genre de choses car c'est déjà dur de pouvoir s'exprimer au plan artistique. Le reste nous échappe. L'important est de toucher le public et de faire comprendre notre travail.

Sortir un disque c'est un bonus, l'essentiel étant d'écrire des chansons?

Armelle Pioline : Oui. Pour avoir du succès il faut vraiment le vouloir; Il y a des gens qui travaillent dans cette optique et c'est une chance pour eux. Nous quand nous écrivons nous nous mettons en mode "écriture et nous sommes reclus dans notre petit labo musical et nous espérons qu'il en sortira des choses jolies, étranges, séduisantes, si possible mais pas une seconde nous pensons au reste.

C'est effectivement le rôle du label que de s'occuper de la promotion.

Armelle Pioline : Oui. Et l'important est de faire confiance aux gens avec qui on travaille. Je pense que notre label Le Village Vert comprend de mieux en mieux ce que l'on veut faire et est donc mieux à même pour le faire comprendre. La présence continue dans le paysage musical permet aussi d'être mieux compris. Au fur et à mesure on devient moins ovniesque. Car notre musique peut être catchy parce assez mélodique et pop et en même temps…

Mocke : …elle ne se rattache pas à un registre musical précis.

Armelle Pioline : nous avons plein de handicaps commerciaux dirons-nous.

Mocke : Il est vrai aussi qu'il faut une bonne promotion mais aussi que la musique cadre avec une époque et sur cela on ne peut rien.

Le fait que Le Village Vert ait actuellement le vent en poupe avec des signatures qui marchent bien a-t-il permis la sortie de cet album maintenant ?

Armelle Pioline : Non. Mais cela permet au label de vivre ce qui n'est pas le cas de tous. Travailler avec Fred Monvoisin est une grande chance car c'est un très bon directeur artistique et il applique vraiment le concept de label indépendant. Ce qui veut dire qu'au niveau de la production nous pouvons faire ce que nous voulons. Le succès que rencontre le label avec les ventes est donc une bonne chose et cela nous permet aussi de penser que nous pourrons encore sortir un autre album.

Chevrotine s'inscrit-il dans la continuité des deux premiers albums? S'agit-il de nouveaux morceaux ?

Mocke : Oui, ce sont vraiment de nouvelles chansons. Mais nous avons voulu plus de cohérence au niveau du son et de la cohérence artistique. Je pense que c'est plus achevé comme travail. Et aussi qu'il y a vraiment davantage un son de groupe.

Holden est-il réellement un groupe ou êtes-vous plutôt un duo entouré d'un trio de musiciens ?

Armelle Pioline : Holden est vraiment un groupe et ce n'est pas facile de continuer dans la durée. C'est parfois dur de vivre et de tourner en collectivité mais c'est aussi une grande chance. On se connaît et tout devient plus facile.

Ainsi on prépare un truc en répét et chacun y amène sa patte ce qui contribue à une sorte d'alchimie qui n'existe pas quand on joue avec des musiciens de studio. Ca vaut vraiment le coup d'avoir un groupe.

Pour la seconde fois, vous avez fait appel à Atom Heart (ndlr : Uwe Schmidt qui œuvre sous grand nombre de pseudonymes dont le fameux Senor Coconut) pour la production. Pour quelle raison et quel est son apport notamment sur "Chevrotine" ?

Armelle Pioline : Nous lui avions fait parvenir nos maquettes de "Pedrolira" alors qu'il passait aux Transmusicales de Rennes. Nous ne l'avions même pas rencontré et en fait, c'est lui qui nous a ensuite contactés pour nous dire que ce projet lui plaisait. Nous sommes entrés en studio avec lui puis à Santiago du Chili pour le mixage. Notre collaboration s'est très bien passée sur le plan de la compréhension artistique.

Mocke : Nous l'avions choisi car il a beaucoup de talent et aussi parce qu'il avait décidé avec son album "Pop artificielle" de mettre en valeur la musique pop tout en donnant une vision un peu ironique de certains morceaux comme Angie des Stones. Et il valorisait les morceaux…

Armelle Pioline :…et de façon très originale. Nous ne voulions pas d'un producteur rock avec de gros sons. Nous voulions quelque chose de plus stylisé, plus léché et qui aille chercher un peu ailleurs. D'autant que confier ses morceaux à un producteur ce peut être très douloureux. Cela nous est arrivé. C'est l'enfer car tu arrives avec un morceau que tu aimes qui passe à la moulinette du producteur et ensuite ça t'arrache le cœur d'entendre le résultat.

Mocke : C'est aussi une perte de temps. Nous avions des maquettes qui étaient déjà assez travaillées avec des arrangements et nous n'avions pas envie de tout reprendre avec un producteur. Donc il nous semblait qu'il n'y avait que lui qui pouvait partir de ce que nous lui apportions pour l'améliorer.

Son principal apport est d'avoir des idées rythmiques très précises et au-delà des arrangements c'est plutôt au niveau du son qu'il intervient. Il maîtrise très bien car c'est un artisan sonore et il a beaucoup de style. Il est difficile de travailler avec quelqu'un d'autre après l'avoir fait avec lui. Il y a toujours des surprises avec lui, du classieux au niveau du son.

Le son de l'album est effectivement très produit, très léché. Comment cela se passe ensuite en live? Il n'y a pas de frustration par rapport à l'album?

Mocke : Il y a toujours des frustrations par rapport au disque. Au moins au début. Mais ensuite, il faut être conscient de que le live est différent et on joue les morceaux différemment. Il y a des morceaux qui ne subissent guère de modification mais d'autres comme "Madrid" sont beaucoup plus difficiles à rendre.

Armelle Pioline : Nous cherchons un nouvel angle d'approche du morceau pour l'incarner de manière différente.

Chaque morceau figé sur disque a une 2ème vie en live. Et pourtant les spectateurs sont parfois déçus de ne pas retrouver en live la magie qui se dégageait à l'écoute de l'album.

Armelle Pioline : Il faudrait mettre un avertissement à l'entrée des salles de concert disant : "Ceci n'est pas un album. Ceci va être un live".

Dans l'article de promotion, il est fait un parallèle entre le titre de l'album "Chevrotine"et son contenu avec ceux d'un album des Beatles ("Revolver"). Cet anachronisme est-il une réalité ou cela résulte-t-il de la plume inspirée du rédacteur de l'article promotionnel ?

Mocke : C'est le fait du rédacteur. Je n'aurais jamais osé revendiquer une telle comparaison avec un méga chef d'œuvre que j'adore. Il n'y a aucun rapport à part le titre. Et encore nous n'avons absolument pas pensé à cet album des Beatles.

A quoi avez-vous pensé alors ?

Mocke : C'est un titre qui reflétait bien notre état d'esprit par rapport à l'album. Ce mot est super léger au niveau de la sonorité, c'est un joli mot et pourtant il a un sens un peu violent. Le contraste nous a séduit.

Vous chantez un titre en duo avec Jean-Louis Murat ("L'orage") comme sur le précédent album où il était présent sur "La vie est belle". Quelles sont les circonstances qui expliquent cette constance si l'on peut dire ?

Armelle Pioline : Nous faisons le même métier et nous nous aimons bien. Je l'ai rencontré à l'occasion de son album "Ulysse" pour lequel il m'avait demandé de chanter sur deux morceaux. Nous nous sommes plutôt très bien entendus et nous avons fait quelques fêtes ensemble. Et il nous a proposé une collaboration future. Lors de l'écriture de cet album, nous avions un instrumental avec une mélodie lequel il fallait un texte et Mocke a eu l'excellente idée de l'envoyer à Murat. Et deux jours après nous recevions le morceau enregistré avec les paroles et sa voix. J'ai ajouté ma voix et cela a donné "L'orage".

Vous sentez-vous proche de son univers?

Mocke : Oui, bien sûr.

Armelle Pioline : De plus en plus. Pour ma part, je savais que Murat était une personne importante sur la scène musicale française, très respectée, mais je l'ai zappé pendant longtemps car je n'arrivais pas à entrer dans sa musique. C'est avec l'album XXX que j'y suis parvenue et je suis devenue fan.

Mocke : C'est un super chanteur mais aussi un parolier extraordinaire. J'adore.

Vos textes sont très travaillés, très aboutis et s'il y a un parallèle à faire c'est davantage avec Murat qu'avec les Beatles.

Armelle Pioline : Merci, cela fait plaisir. Nous sommes une variante urbaine. Lui vit à la campagne, nous en ville.

Par rapport à la chanson "Septembre", qu'avez-vous contre le mois de juillet et août?

Armelle Pioline : La chaleur à Paris !

Mocke : Ce texte a été écrit pendant la canicule. C'était un enfer, un véritable cauchemar car nous travaillions sur l'album et nous devions nous lever super tôt le matin pour pouvoir travailler. Et tout ce que nous détestions dans l'été est ressorti à cette occasion.

Dans quelles circonstances avez-vous été amené à faire une apparition dans le film de Jean Marc Moutout "Violence des échanges en milieu tempéré" et seriez-vous tenté par la composition de BO d'autant que précédemment vous disiez chercher un texte pour l'instrumental qui est devenu "L'orage" et donc que vous composez en premier lieu la musique ?

Armelle Pioline : Non, pour l'écriture c'est très aléatoire. Nous aimerions vraiment coller de la musique sur des images. J'espère que cela nous arrivera un jour.

Mocke : Pour le film, en fait, j'avais déjà croisé Jean Marc Moutout qui est un copain de Sylvain Vanot avec qui j'ai joué pendant longtemps comme guitariste. C'est quelqu'un de bien.

Avez-vous déjà une tournée organisée autour de la sortie de cet album ?

Armelle Pioline : Nous commençons début avril après la promo. Avant les 1 er et 2 mars nous serons en show cas à l'O.P.A du côté de Bastille.

Pour le moment, l'écriture est reléguée dans les tiroirs?

Mocke : Il faut que l'envie naisse naturellement.

Armelle Pioline : Par période, l'écriture des morceaux est une nécessité.

Mocke : Et puis, il y a des périodes de saturation.

Reste-t-il encore des trésors cachés après la réalisation de cet album?

Armelle Pioline : Quand est dans la musique depuis longtemps, on a toujours des bouts de musique qui traînent partout.

Mocke : Et parfois, j'en ai marre d'entendre les mêmes choses …

Armelle Pioline :… donc on fait le ménage. Mais en même temps c'est bien quand on se remet au travail de partir d'un bout de musique et non d'une page blanche.

Vous ne faîtes pas de stock pour faire comme Murat et sortir plusieurs albums par an?

Armelle Pioline : Non,je ne sas pas comment il fait !

Mocke : Moi, je le sais. Murat est un bosseur incroyable. Il travaille tous les jours en se levant à 5 heures du mat. Il commence par la revue de presse et ensuit il écrit régulièrement. Sa journée est finie à 11 heures. Après il fait.. ce qu'il veut…

Comment vous situez-vous par rapport à la scène franco-française?

Mocke : Nous n'avons pas le sentiment d'appartenir à une famille précise. Récemment nous avons tourné avec les Married Monk au Chili et je trouve que c'est un super groupe.

Armelle Pioline : Personnellement je ne me sens pas du tout proche musicalement de la scène française comme Vincent Delerm, Bénabar, Jeanne Cherhal

Mocke : J'ai quand même été scotché par ce qu'a fait Camille. C'est original même si à la base ce n'est pas ma "came"

Si on vous compare néanmoins aux Valentins qui accompagnaient Daho, qu'en pensez-vous ?

Mocke : Il me semble les avoir vus en concert. Mais je ne me souviens pas de leur musique.

Armelle Pioline : Oui, je me souviens. Ils étaient très soutenus par Télérama.

Dernière question fil rouge, parmi vos disques préférés quel est celui que vous donneriez, sans espoir de le revoir jamais, à votre meilleur ami ?

Mocke : Ah, je ne peux pas donner mes albums de chevet !

Armelle Pioline : Je donnerai un album de Django Reinhardt. Une belle compilation.

Mocke : Tu ruses !

Armelle Pioline : Non. Je pense que s'il connaît pas il va adorer et il y a toujours plein de choses à découvrir chez Django.

Mocke : Je donnerai le premier album solo de Brigitte Fontaine "Brigitte Fontaine est folle"… mais avec douleur !

 

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Crédits photos : David (plus de photos sur Taste of indie)


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# 29 mars 2020 : On continue à s'égayer le cerveau

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