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Centre pompidou  (Paris)  Du 7 décembre 2005 au 10 avril 2006

Le Centre Pompidou consacre une fort belle et riche exposition à Charlotte Perriand, créatrice de meubles, dessinatrice en art industriel et architecte d'intérieur

Après des études d'arts décoratifs, elle se fait connaître dès 1927 par la création de meubles "fonctionnels", comme la table extensible ou les fauteuils pivotants en cuir de couleurs vives présentés en début d'exposition, utilisant des matériaux modernes inusités tels que le métal et devient l'associée de Le Corbusier.

 

"Le métal est à l'agencement intérieur ce que le ciment est à l'architecture." écrit-elle dans la Revue Studio en 1929.

Ensuite, son nom ne cessera de figurer parmi les pionniers de l'avant-garde en la matière qui se retrouveront au sein de l'Union des Artistes Modernes présidée par Robert Mallet-Stevens.

Cette exposition revêt de multiples intérêts qui peuvent générer autant de grilles de lecture du travail de Charlotte Perriand.

D'une part, en raison de son contenu même. Ainsi sont présentés de nombreux documents de nature et de technicité différentes.

Dessins, plans, maquettes, animations en 3D ; objets, meubles et reconstitutions d'intérieurs intéresseront autant, et à titres divers, le néophyte et le professionnel.

D'autre part, cette exposition relate le parcours d'une exceptionnelle longévité d'une femme dont l'activité créatrice a été très fortement influencée, à défaut d'être dirigée, par sa vie personnelle.

Ainsi, ses origines montagnardes, à qui elle attribue elle-même son caractère tenace et pugnace, sa passion de la nature et de la montagne, l'amènent à créer un étonnant refuge-bivouac, le refuge tonneau, à équiper des chalets, participer à la naissance de la station de ski de Méribel-les Allures et au développement de celle des Arcs dans les années 60.

 

 

L'opportunité d'un séjour au Brésil, où son mari était affecté en tant que directeur d'Air France pour l'Amérique Latine, lui permet créer des meubles métissés.

Elle décline des techniques expérimentées au Japon, où elle avait essayer de "se tatamiser", en utilisant les matériaux du cru pour revisiter en quelque sorte l'exotisme local au travers du prisme des principes qui lui étaient chers.

La comparaison entre les deux est très révélatrice.

Cette exposition resitue également le rôle novateur de Charlotte Perriand moins connue et médiatisée sans doute que celui de Le Corbusier dont elle fût l'associé avec Pierre Jeanneret.

Son apport et sa créativité dans le domaine de l'équipement de la maison sont comparables à ceux de Le Corbusier en matière d'architecture. Ainsi est-elle à l'origine de la création du concept de la cuisine intégrée créée pour la fameuse Cité Radieuse.

De plus, les nombreux écrits de Charlotte Perriand ou les extraits sonores d'interviews diffusés judicieusement par des capteurs en adéquation avec certaines pièces exposées illustrent le fondement très conceptualisé, voire philosophique de son métier à qui il serait trop superficiel de n'attribuer qu'un caractère décoratif.

En effte, son parcours professionnel se révèle indissociable de ses convictions philosophiques et politiques.

Membre de l'Association des écrivains et des artistes révolutionnaires, créée en 1932 sous l'impulsion de Paul-Vaillant Couturier le rédacteur en chef de l'Humanité, elle expose au Salon des arts ménagers de 1936 un photomontage militant intitulé "La grande misère de Paris" et participe à l'exercice imposé de l'agencement d'un espace réduit de 12 m² correspondant à la surface d'une pièce de HLM (salle de séjour populaire).

Elle réalise également des équipements collectifs, des mobiliers fonctionnels pour les étudiants de la Cité Universitaire de Paris (Maison de la Tunisie, Maison du Mexique, Pavillon du Brésil)

Elle écrit dans la revue Studio en 1929 : "L'avenir sera aux matériaux résolvant le mieux les problèmes de l'homme nouveau. J'entends par homme nouveau le type d'individu que la science n'a pas dépassé, qui comprend et vit son époque. "Nous devons nous maintenir en bonne forme physique et morale. Tant pis pour ceux qui ne l'ont pas" et réalise toujours avec ses deux associés la Maison du jeune homme qui concrétise la réflexion sur l'habitat type avec une division en 2 zones représentant la synthèse harmonieuse du corps et de l'esprit.

Charlotte Perriand écrit également : "Ce n'est que dans le vide que réside ce qui est vraiment essentiel….L'utilité d'une cruche à eau réside dans le vide où l'on peut mettre l'eau, non dans la forme de la cruche ou la matière dont elle est faite." ce qui éclaire également son travail exempt de tout art décoratif.

Les meubles et aménagements doivent satisfaire à des exigences qui ne relèvent que de l'utile et du fonctionnel.

Il est tout à fait surprenant de constater que la rationalisation de l'espace qui devient modulable (la maison du week end), le mobilier polyvalent, le principe de préfabrication (le refuge bivouac en haute montagne), la standardisation comme réponse au concept d'habitat type et d‘habitat collectif érigés au rang d'antiennes contemporaines parfois décriées, ont pris naissance bien avant la seconde guerre mondiale, il y a plus de 70 ans, au début du 20 ème siècle.

Et Charlotte Perriand a participé à ce vaste élan créateur en inventant entre autres la chaise empilable, le meuble en kit ("Composez-le vous-même"), le rangement (les tiroirs-casiers), les meubles intégrés (la salle de bain préfabriquée en polyester), les WC suspendus.

L'exposition s'achève sur la dernière création de Charlotte Perriand.

En 1993, alors âgée de 90 ans, elle imagine la maison de thé du Palais de l'Unesco à Paris qu'elle présente comme "un espace thé éphémère pour méditer et rêver à un nouvel Age d'Or".

 

" Vivre, c'est faire vivre ce qui est en nous "

 

Crédits photos : Thomy Keat (plus de photos sur la galerie )
avec l'aimable autorisation du Centre Pompidou.


MM         
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