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Interview  (Paris)  15 février 2006

Mansfield Tya c'est Julia Lanoë et Carla Pallone.

Deux filles, un piano, un violon, une guitare, une voix.

Avec leur premier album June, elles apportent une couleur nouvelle à la scène musicale française.

Vous pouvez vous présenter ? Qui est qui, qui fait quoi, d'où venez-vous, que faites-vous ?

Carla : tu me flatterais si tu confonds ma voix avec celle de Julia.

Julia : (rires) oh c'est mignon, elle est mignonne ! Donc moi c'est Julia.

Carla : et moi Carla.

Julia : je fais de la guitare, du chant et du piano.

Carla : moi du violon surtout et puis d'autres trucs quand il y a besoin.

Donc vous venez de Nantes. Comment vous êtes-vous connues et comment est né Mansfield Tya ?

Carla : euh… qu'est-ce qu'on va raconter cette fois ?

Julia : cette fois qu'est-ce qu'on va dire ? On s'est rencontrées en boîte de nuit ! (rires)

Carla : non c'est pas crédible, vraiment pas.

Julia : non, j'étais aux Beaux Arts avec la sœur de Carla qui s'appelle Julia. Donc on est devenues copines et elle me dit que sa sœur fait du violon…

Carla : et elle avait bien vu que Julia faisait des chansons dans son coin.

Julia : elle nous a branchées ensemble, puis on a fait quelques petits concerts. Et de fil en aiguille nous voilà là. Comment je raccourcis l'histoire ! (rires)

C'était quand ?

Carla : il y a 3 ans. Après c'est le temps de se mettre en route, on ne se connaissait pas avec Julia, c'était vraiment par l'intermédiaire de ma sœur. Donc on a fait de la musique ensemble tout de suite, ça évitait de se parler (sourire). On n'a pas forcément enclenché les choses très vite. Fallait le temps de se rendre compte de ce dont on avait envie. Parce qu'on faisait d'autres trucs chacune de notre côté. Ça fait deux ans vraiment qu'on répète et ça fait un an qu'on fait vraiment que ça.

Pourtant votre premier concert remonte à fin 2002.

Carla : oui on a fait un concert très vite en fait, grâce à des potes. Grâce à une asso, la Wonderground. Mais le premier concert, on avait six morceaux et on les a rejoués. C'était vraiment le tout début.

Julia : on s'est rendu compte qu'on était un groupe quand on a fait notre premier concert. Parce qu'au début on faisait de la musique ensemble mais tout le monde peut faire de la musique avec tout le monde. Puis le jour où t'as un premier concert là tu te dis tiens, peut-être qu'on est un groupe, peut-être que ça va continuer, peut-être qu'on peut faire des trucs exprès pour des concerts.

Vous avez toujours voulu rester un duo ?

Carla : on a pas mal réfléchi à essayer avec d'autres gens, on a joué avec un batteur quelque temps. Mais c'est déjà assez difficile de trouver un équilibre à deux. Et puis on a plus décidé de privilégier le côté minimaliste et donc de rester en duo et puis d'apprendre à chercher les automatismes de l'une et de l'autre. Le duo ça a un côté très particulier parce que c'est vraiment à double tranchant alors que quand il y a une batterie tu peux suivre la batterie et tout le monde est d'accord.

Julia : et puis dans le duo tu te mets rapidement à nu parce qu'on a peu d'instruments donc c'est fragile. Et en même temps, il y a tout ce côté, je sais très bien que si je fais des pains, Carla va être là pour rattraper. Tu fais confiance à l'autre.

Carla : du coup on a essayé par-ci par-là, mais ça nous a pas convaincues. Mais c'est peut-être ma timidité qui a rejeté les autres. Déjà à deux c'est compliqué de prendre le temps de t'habituer.

Julia : de se rencontrer et de construire un univers. Parce qu'on fait pas que de la musique, on raconte des histoires, on a des visuels, le site, les pochettes auxquels on tient beaucoup. Donc tout cet univers-là on l'a créé à deux. Et aujourd'hui ramener quelqu'un ce serait difficile.

Carla : du coup même d'un point de vue logistique... Parce que l'organisation c'est pas notre meilleur atout.

Alors pourquoi Mansfield Tya ? C'est par rapport à June Mansfield (Ndlr : Femme d'Henry Miller (1891-1980), écrivain américain très controversé et à la réputation d'avant-gardiste dont les ouvrages, jugés pornographiques, furent longtemps interdits de circulation aux Etats-Unis) ?

Julia : oui. On a plus pris son nom en référence à Anaïs Nin (Ndlr : Femme de lettres américaine, proche de Henry Miller et de sa femme ) parce qu'Anaïs Nin en parle beaucoup aussi. Par rapport à Henri Miller aussi. C'était la muse de ces deux écrivains-là et de certainement d'autres encore. Mais c'était une muse, mais ratée, qui se droguait, qui est morte jeune.

Carla : elle a fait énormément parlé d'elle alors qu'en fait...

Julia : elle rendait les gens fous quoi.

Et Tya ?

Carla et Julia : pour rien.

Julia : Comme ça, vraiment pour rien. Rendre les gens curieux ?

Et le titre de l'album, June, c'est toujours par rapport à June Mansfield ou c'est tout simplement la suite logique de May ?

Julia : non c'est pour June Mansfield. C'est plutôt May qui a été fait après June. On savait que l'album allait s'appeler June, on avait déjà décidé, en référence à June Miller. Et quand on a fait le 4 titres, Carla a dit "Ba on a qu'à l'appeler May !".

Julia : et puis c'était soit ça soit "L'autoroute de l'enfer" donc…

Carla : voilà ce que c'est que de prendre mes mauvaises blagues au sérieux. Hop aussitôt dit !

Comment se passe le processus créatif ?

Carla : en musique on fait tout toutes les deux. On joue et on ne se pose pas trop de questions. Faut toujours le temps de laisser mûrir les morceaux, ou des bouts de morceaux, pour voir s'ils tiennent le temps. Quand on les réécoute il faut qu'ils…

Julia : …qu'ils retournent un peu les tripes. Si six mois après tu le réécoutes et t'es là en train de te laver les dents et puis tu l'écoutes pas, c'est poubelle quoi.

Carla : c'est comme ça qu'on les teste. Si t'arrêtes de te brosser les dents c'est qu'il faut aller dans ce sens-là (rires).

Julia : puis pour ce qui est de l'écriture des textes c'est Carla, c'est moi et c'est aussi une amie qui s'appelle Man (Manuella), c'est vraiment un geste solitaire. On écrit toutes les trois nos petits machins. On écrit cinquante textes, on en pioche un.

Carla : après on en pioche un en fonction de la musique et on essaie de les rassembler et de les arranger.

D'où vous vient votre inspiration ?

Carla : je crois qu'on peut pas savoir. C'est inhérent aux personnes. Et puis je ne sais pas si on est très inspirées.

Julia : c'est peut-être ça le problème !

Carla : C'est hyper difficile de discerner ce qu'on choisit volontairement, ce qui nous a marquées. On peut avoir plein d'influences mais sans que ce soit forcément flagrant dans notre musique.

Et quelles sont vos influences justement ?

Julia : c'est toujours délicat de parler de ça, j'aime pas trop.

Enfin pas forcément vos influences mais ce que vous aimez écouter.

Julia : Moi j'aime écouter vraiment mille choses, ça peut être l'électro, le hard rock…

Carla : c'est comme ça que t'enrichis un style de musique. Parfois c'est en allant vers quelque chose de complètement opposé que tu peux trouver des choses qui peuvent faire avancer ta musique. Moi les concerts qui m'ont le plus marquée c'est les trucs auxquels je m'attendais pas et que j'allais pas forcément voir. On se dit pas on va faire une chanson comme machin.

Julia : par exemple dans le camion pour venir on a écouté quasiment que des trucs qui font boom boom pour faire la fête. Et ce n'est pas du tout le reflet de notre musique.

Carla : ouais enfin là on n'est pas toujours d'accord ! Faudra qu'on en parle d'ailleurs !

Julia : en fait on construit une musique toutes les deux. Et c'est autant ce qu'on a pu voir comme film, ce qu'on a pu écouter, ce que nos parents nous ont dit qui construisent ce truc-là…

Carla : après on a évidemment des trucs qu'on écoute toutes les deux sur lesquels on a pu s'entendre et se retrouver. Mais moi je fais du baroque, Julia fait d'autres trucs. Ce qu'on fait à côté ça parle aussi.

Et que pensez-vous de la ressemblance qu'on vous prête avec Shannon Wright, Cat Power ou Suzan Vega?

Julia : Suzanne Vega on me l'a dit plein de fois. Moi je suis flattée ! Ce sont des gens que j'adore écouter. Je trouve leur musique super belle.

Carla : après c'est marrant parce que Shannon Wright je pense qu'on adore toutes les deux, c'est la plus forte quoi ! Mais je ne sais pas, je n'aurais pas la prétention de dire qu'on lui ressemble.

Julia : on a aussi lu des fois qu'on ressemblait à Coco Rosie mais je pense que c'est juste parce qu'on est deux filles.

Carla : des fois on nous cite aussi des références que je ne connais même pas.

Julia : ouais voilà. Suzanne Vega, moi je connais qu'une chanson d'elle, le tube.

Carla : c'est classe aussi parce que chacun peut y trouver ce qui lui parle.

Julia : mais on écoute quand même Cat Power et Shannon Wright…

Carla : …et Rachel's.

Et alors c'était comment de jouer avant Cat Power au Festival Inrocks du 4 novembre 2005à la Cigale ?

Carla : c'était classe !

Julia : ouais c'était classe ! C'était hyper impressionnant. Il y avait deux mille personnes, il y a une petite pause et tout à coup on te dit « allez c'est à toi ». Les gens te connaissent pas, t'as vraiment toutes les preuves du monde à faire.

Carla : et puis les conditions n'étaient pas forcément faciles mais c'était une super occas.

Julia : mais du coup ce jour-là j'ai même pas eu peur. D'habitude j'ai toujours peur au début des concerts mais là c'était tellement improbable. On n'avait pas de retour, il y avait deux mille personnes, on joue avant Cat Power… Enfin c'était pas nous quoi ! Tu te dis « ba tiens je vais voir un concert ! »

Carla : on étaient un peu extérieures à nous-mêmes !

Et l'accueil, chaleureux ?

Carla : la Cigale c'est une super belle salle. Après c'était un planning super serré, on a eu dix minutes de balances. Les gens étaient adorables. Mais il y a du boulot, chacun fait ce qu'il a à faire.

Mais par rapport au public ? Parce qu'un festival Inrocks c'est pas toujours évident, c'est très hétéroclite, les gens attendent un groupe en particulier et sont pas forcément ouverts à ce qui se passe avant.

Julia : le public a été super sympa. J'ai été agréablement surprise.

Carla : On n'était pas forcément annoncé. C'est la pause, les gens ne s'attendent pas à voir débarquer un autre groupe, ils se disent qu'ils vont aller boire une bière peinard. Et puis finalement ils nous ont écoutées.

Julia : Ils étaient vraiment dedans. Et à la fin je dois dire le nom du groupe, que je dis super mal. Et les gens étaient là "C'est quoi votre nom ?".

Pour en revenir à votre musique, comment expliquez-vous le côté mélancolique qu'on retrouve sur tous les morceaux ?

Carla : je ne sais pas, c'est comme une thérapie. Mais ce n'est pas que sombre, il y a aussi de la colère. Je pense que ça nous fait du bien d'exprimer des sentiments différents. Il se trouve que la colère revient souvent.

Julia : je pense que dans le fond, on est comme plein de gens. C'est pas parce qu'on s'amuse en soirée qu'on attend que la vie passe.

Carla : puis moi c'est souvent la musique triste qui me touche. Pas forcément triste, ça peut être du triste joyeux. Enfin c'est difficile à expliquer. Il y a aussi des morceaux d'une mélancolie résignée mais qui sont quand même joyeux. C'est souvent ce sentiment-là qui me touche le plus dans la musique. Peut-être que c'est ça notre influence la plus marquante.

Julia : c'est peut-être pas musical.

Et quels sont les sujets qui vous touchent ? L'amour revient souvent.

Carla : quels sont les sujets qui te touchent ? Je pense que c'est assez universel.

Julia : non moi je dirais pas... Enfin l'amour ouais mais pas plus que l'amitié, la famille, la mort, le sentiment de la vie qui passe trop vite. Tous ces trucs que tu vis au quotidien.

Carla : si tu parles pas de relations humaines, de la mort, de la vie…

Julia : …à ce moment-là on fait de la musique festive. (rires) On a envie de parler de choses qui nous tiennent à cœur et comme tu disais tout à l'heure c'est un peu de la thérapie aussi. En ayant la chance de pouvoir l'exprimer sur scène, t'arrives à mieux vivre au quotidien.

Carla : chacun le fait à sa façon mais, de faire quelque chose, ça fait du bien. Je conseille à tout le monde de faire des trucs !

Vous avez fait énormément de dates depuis le début. C'est allé assez vite par rapport à votre petite carrière ? Vous avez eu des coups de pouce, de la chance, vous vous êtes donné les moyens ?

Julia : ouais carrément.

Carla : moi je dirais pas ça. Oui il y a une histoire de se donner les moyens. Ça fait plus d'un an qu'on fait que ça. C'est vrai qu'on est ravies d'avoir plein de concerts depuis qu'on a sorti le disque. Mais on a quand même bien poireauté avant que le disque sorte. L'attente elle n'est peut-être pas là où on le croit.

Julia : puis y'a un sacré boulot en amont. Enfin c'est pas du boulot à proprement dit parce qu'on aime ce qu'on fait. Mais en même temps il n'y a pas de vacances, pas de repos, c'est 24/24. Même quand tu pars au ski tu penses à ça.

Carla : c'est un investissement sur une durée plus longue qu'on ne le pense. Du coup c'est allé assez vite mais on a pris le temps.

Julia : il y a aussi beaucoup de concerts pour des questions pratiques, parce qu'on est un duo et rapidement on a pu jouer dans plein de salles différentes, que ce soit dans des centres culturels ou dans les salles rock. Notre univers musical nous permet de pouvoir aller dans plein d'endroits différents. C'est bien parce que faire des dates c'est ce qui nous intéresse.

Carla : et le disque c'est aussi une manière de se faire connaître. Sans ça les programmateurs ne savent pas qui t'es.

Donc l'accélérateur ça a été le disque ?

Julia : ouais c'est une carte de visite. Maintenant si t'as pas de disque…

Comment s'est passé l'enregistrement ?

Carla : l'enregistrement c'est un travail très particulier. T'apprends en le faisant. C'est surtout pour trouver les partenaires... Il y a ce stress-là que c'est des partenaires que tu choisis sur une période hyper longue parfois. Savoir où tu mets les pieds et après faut y aller. C'est toujours stressant les contrats.

Julia : on a décidé de mettre des très vieux morceaux et des morceaux qui avaient quinze jours. Donc on a choisi de faire un truc sur la longueur, la globalité.

Carla : ça nous permettait de fixer une image de ce qu'on avait fait ces deux années-là.

Julia : au même titre qu'on n'a rien voulu rajouter. Sur un album des fois tu peux te permettre de rajouter un batteur ou des sons électroniques. On a voulu rester le plus fidèles possible aux live.

Carla : pour un premier album c'était une manière de rester sincère. On a essayé de reproduire ça au plus juste.

Julia : tout en sachant qu'un album retranscrit pas forcément l'émotion d'un live. Et en sachant aussi qu'un album faut pouvoir le réécouter dix ans parce que c'est gravé dans le téflon !

Carla : après il y a toutes les démarches administratives, commerciales. Nous on n'y connaissait rien ! Donc voilà le disque a mis du temps à sortir parce que c'est long de trouver les bons partenaires, je pense que c'est pareil pour tous les artistes. Quand le disque il sort t'es déjà passé à autre chose.

C'est le cas, vous êtes déjà passées à autre chose ?

Carla : là on a vraiment pas mal de concerts donc il faut se donner le temps aussi de faire vivre l'album, pas précipiter les choses. Donc ouais on a des nouveaux morceaux, on essaie de les intégrer au fur et à mesure. C'est difficile aussi dans notre set parce que c'est un enchaînement hyper... de rajouter un truc ou d'en enlever un des fois, tout se casse la gueule. Même de par la formation, de par la disposition des instruments, des fois je suis au piano, des fois au violon, pareil pour Julia. Même logistiquement c'est galère à jouer sur scène.

Vous avez une play-list et vous la jouez tout le temps dans le même ordre ?

Carla : on essaie de changer. On a plusieurs formules.

Julia : mais c'est vrai que par exemple il y a deux semaines on a essayé de tout changer. Hop on ramène la batterie, on fait n'importe quoi. On n'a jamais réussi à se mettre dans notre univers. C'était tellement décousu que nous-mêmes on ne s'est pas retrouvées.

Carla : parce qu'il y a plein de facettes aussi qui sont difficiles à enchaîner. Moi ça me fait super plaisir en même temps d'avoir plusieurs instruments, qu'on puisse varier les sonorités.

Julia : et puis y'a des chansons qui sont très douces, très mélancoliques, hyper calmes et d'autres qui tout à coup vont gueuler.

Carla : oui je pense que c'est ce côté-là qui nous a le plus troublées en faisant des concerts. Tu peux travailler les chansons en tant qu'unité et après faut aussi travailler le concert dans sa globalité et l'ordre peut tout changer.

Et comment vous sentez-vous par rapport à la scène française actuelle ?

Carla : en fait on se positionne pas. Déjà, on n'a pas écouté beaucoup de choses de la scène française. A part peut-être Françoise Breut, Dominique A, et…

Julia : Etienne Daho peut-être ! On n'a pas écouté vraiment. Donc la scène française actuelle je sais pas qui c'est, je sais pas ce qu'ils font et j'en ai rien à foutre ! Non j'exagère mais c'est presque ça.

Carla : et je pense que c'est comme sur la manière de composer, si tu te demandes tout le temps, « alors où est-ce que je me situe par rapport à lui ? », t'en sors pas. On essaie de faire et c'est tout.

Julia : globalement il y a beaucoup de groupes, comme Jullian Angel, Half Asleep, les gens qui jouent avec nous, des groupes nantais qu'on aime bien genre Chevreuil ou Room 204… qui sont oubliés de la scène française et eux je les écoute. Et pourtant ils ne sont pas du tout représentés sur les radios.

Carla : c'est aussi parce que c'est nos amis et du coup ça crée un échange différent.

Julia : au niveau des radios, je trouve qu'il y a de moins en moins de prise de risque. Il y a une scène qui est tout oubliée, qui est cachée en France. On va chercher des petits groupes anglais qui ne sont pas connus en Angleterre…

Alors qu'on ne défriche pas ce qu'il y a chez nous.

Julia : ouais voilà. Chez nous on s'occupe juste de prendre ce qui est sûr de fonctionner parce que c'est la mode.

Vous passez à la radio ?

Julia : Non. Donc ça va, pas d'inquiétude ! (rires)

Carla : si France Inter ils ont été sympas pour quelques émissions. Mais on n'a pas non plus un format très radiophonique.

Vous semblez intéressées par d'autres formes artistiques. Vous avez participé à un projet pédagogique à Nantes, un film d'animation.

Carla : en fait c'est Marie, Melle Bulle. Elle a utilisé une de nos chansons pour illustrer… Enfin ce n'est pas une illustration de la chanson, c'est Melle Bulle et il se trouve que c'est une de nos chansons.

Et toi Julia tu exposes bientôt ?

Julia : oui, bientôt. Je ne sais pas encore ce que je vais faire. C'est dans deux semaines il faut que je me magne. Il y aura Melle Bulle, la sœur de Carla qui expose des boulots, une amie à nous qui fait des photos.

Carla : oui puis je pense que d'une manière plus globale, à partir du moment où tu décides de faire un truc c'est important de contrôler tout l'aspect visuel qu'il y a autour du groupe. Et puis Julia elle ne veut pas le dire mais comme elle a fait les Beaux Arts, je crois que ça aide.

Julia : je me farcis tout le boulot quoi ! (rires)

C'est toi qui as fait les dessins ?

Julia : non pas toute seule. On a beaucoup d'amis, tous les gens que je viens de citer. Et Samuel Cochetel qui fait notre site. Et puis on essaie de se diversifier aussi. En ce moment il y a eu pas mal de cinés concerts.

Un film de Jean Genêt. Pourquoi avoir choisi ce film ?

Julia : pour plein de raisons.

Carla : c'est le cinématographe à Nantes qui propose ça aux groupes. Déjà c'était super intéressant parce qu'il devait y avoir une bande son qui n'a jamais été faite. Je crois que c'est encore plus dur quand tu choisis un film qui a déjà une bande son parce que les beaux films ont souvent des belles bandes son. Là il devait y en avoir une et il y a jamais eu les sous. Donc c'était intéressant de s'y coller.

Julia : et puis surtout ce film est monstrueusement taré.

Carla : il est super beau. C'était délicat, il y a plein de moments qui se passent de musique.

Julia : c'est un chouette film. Quand il est sorti il a été interdit pendant longtemps.

Carla : même moi j'ai été un peu choquée.

Julia : ouais la première fois que tu l'as vu je me rappelle.

Carla : moi qui suis tellement prude.

Julia : "mais oh, ils sont nus, oh des messieurs qui s'aiment !" (rires) Et il y a plein d'images hyper crues, moi j'ai vraiment adoré ce film parce qu'il est hyper instinctif. Il y a vraiment des images extrêmement violentes et d'autres où t'es transporté tellement c'est beau et sensuel et juste beau.

Carla : et même Jean Genêt, c'est une personnalité impressionnante. On a cherché dans ses textes. Il a fait des poèmes, un recueil qui s'appelle un Chant d'amour justement (comme le film).

Julia : je ne sais pas si c'était une bonne idée en fait.

Carla : si moi je trouve.

Julia : moi j'en ai reparlé…

Carla : ouais mais tu te laisses faire parce qu'il y a des gens qui disent qu'il fallait pas mettre de la voix.

Julia : je sais pas s'il les a écrits pour que ça aille avec le film.

Carla : c'était la même idée sinon il aurait changé une lettre !

Julia : Un Pan d'amour ! (rires)

Vous ne vous en re-servez pas ?

Carla : on aurait vachement aimé le faire tourner. On le refera mais si on le refait faut au moins qu'on ait quelques dates parce qu'une demi heure de musique c'est un gros travail.

Julia : c'est à peu près équivalent à la durée de notre album donc…

Carla : on a dû bosser un mois dessus.

Julia : y'en a qui le font sur des films d'une heure et demie. C'est monstrueux.

Et il y a d'autres ciné-concerts de prévus ?

Carla : pour l'instant on se lève à 9h, on se couche à 3h donc...

Julia : ce qui est bien c'est qu'on nous propose beaucoup d'illustrer des films. On a eu des mails de plein de gens, des contacts. C'est un chouette truc de pouvoir illustrer des films.

Carla : mais faut pas le faire à moitié.

Là vous êtes en tournée jusqu'en juin ?

Carla : je sais pas, c'est une tournée ?

Julia : jusqu'en novembre prochain. Après ce n'est pas une tournée au sens strict du terme. Dans le sens où on a trois dates par semaine.

Partout en France ?

Carla : oui, on va se balader un peu ! Pour l'instant on a joué aux alentours de Nantes surtout, et puis on a eu la chance de faire une tournée en Italie.

Ah oui. Comment ça s'est fait ?

Julia : en fait on est potes avec Chevreuil qui est un groupe de post rock nantais. Eux avaient un tourneur italien. Ils ont filé le disque au tourneur, qui était branché. Donc on est parties avec un groupe d'amis et on a fait un plateau. Donc Italie, Sicile, quinze jours, quinze dates, deux pneus crevés, sept mille bornes, à cinq dans un Berlingot ! (rires)

Julia : ça laisse des séquelles !

Carla : surtout sur la voiture !

Julia : donc ma caisse est morte, je demande réclamation au tourneur italien !

Carla : ouais c'était une chouette occas. Ça nous a beaucoup appris à rôder nos trucs. En Italie tu joues dans les bars, en dessous de la télé branchée sur le match de foot. Il y a dix personnes, ils parlent plus fort que toi donc tu ne t'entends pas jouer. Moi j'adore les Italiens, c'est ma famille de loin !

Julia : c'est vrai que ça apprend à t'imposer un peu. Quand t'arrives dans un bar, les mecs sont là pour boire des bières, « bon, on a un truc à vous dire ! »

Carla : ouais et puis vu qu'on n'est pas un modèle de détente en concert, ça nous aura pas mal aidées.

Ça va se refaire ?

Carla : pitié oui. Ça fait plaisir de tourner. En France aussi. On va jouer à Lille, à Clermont-Ferrand, à Montpellier. C'est l'occas aussi de se balader.

Julia : on a des plans pour aller en Yougoslavie, moi ça me....

Carla : ça fait rêver de se dire que ta musique peut te faire voyager. Et puis en Italie c'est vraiment une façon de partir très différente d'un voyage normal. On a vu que des zones industrielles finalement.

Julia : ZI Tour ! (rires) Donc t'arrives tu vois rien de Turin, rien de Palerme.

Et en quinze jours vous n'avez pas dû avoir le temps de voir grand-chose.

Julia : non. Si on a vu l'Etna. Bien enneigé. J'avais les chaussures trouées !

Carla : et Ben a oublié son sac en haut. Donc on a passé notre temps à chercher le sac. Bon bref, on va pas raconter notre vie non plus.

Et vous participez aux festivals de l'été ?

Julia : oui, certains. Le Printemps de Bourges. Je sais pas trop quoi encore. C'est bien parce que l'année dernière encore on avait des coups de fil de programmateurs qui voulaient de la musique festive. Et puis cette année le fait qu'il y en ait certains qui veulent bien c'est génial. Et puis cet été on ne pensait pas avoir beaucoup de concerts.

Carla : c'est classe de se dire qu'il y a des gens qui ont envie de faire autre chose aussi.

Et après novembre, vous faites une pause, vous prenez des vacances ?

Carla : on fait d'autres chansons.

Julia : on en écrit déjà là petit bout par petit bout. On se pose vraiment. Moi j'adore cette partie. Tu te poses et tu dois juste écrire des chansons.

Carla : oui c'est ce qui nous a beaucoup rassemblées. C'est ce qui nous manque le plus. C'est génial de faire des concerts. Mais c'est vraiment un travail différent. On doit répéter ce qu'on a déjà… déjà fait quoi ! Je ne voulais pas dire composer… c'est trop classe. Créer d'autres chansons c'est vraiment une autre démarche.

Julia : Ça va être cool. Où est-ce qu'on va faire ça ?

Carla : avant j'habitais pas à Nantes donc on répétait à distance et on se calait des blocs de répète. Le mieux pour faire des nouveaux morceaux c'est se plonger dedans, se donner le temps.

Julia : (avec l'accent) on va aller louer un bungalow à la Jamaïque pour écrire un nouvel album, très joyeux.

Bonne chance pour la suite alors ! Et merci beaucoup.

 

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En savoir plus :

Le site officiel de Mansfield Tya

Crédits photos : Laurent (plus de photos sur Taste of indie)


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# 14 juillet 2019 : Les pieds dans l'eau

C'est l'été, les vacances pour certains, mais cela n'empêche pas de découvrir quelques petites perles musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques... Alors ne perdons pas de temps et découvrons le programme de la semaine.

Du côté de la musique :

"Reward" de Cate Le Bon
"Walk on a mirror" de Beautiful Badness
"You're here now what ?" de Matmatah
"Verdée" de Verdée
"Circo circo" de Who's the Cuban
Tom Mascaro et The Daggys au M'art in the street de St Symphorien s/ Coise
Beauregard #11 :
Jeudi avec MNNQNS, Gossip, Fatboy Slim entre autres
Vendredi avec Balthazar, Lavilliers, NTM, Etienne de Crécy...
Les Eurockéennes de Belfort #31 : Interpol, Fontaines DC, Idles, Mass Hysteria...
et toujours :
"Lung bread for daddy" de Du Blonde
"Orgue" de Guero
Hellfest #14 avec No one is innocent, Gojira, Kiss, Cannibal Corpse, Sister of Mercy et pas mal d'autres
"L'envoutante" de L'Envoûtante
"Uncovered Queens of the Stone Age, The lost EP" de Olivier Libaux
"Praeludio" de Patrick Langot
"Carnet de voyage, livre 1 : Beethoven Cras" de Quatuor Midi Minuit
"The twin souls" de The Twins Souls

Au théâtre :

"Glissement de terrain" au Théâtre de la Reine Blanche
"Philippe Chevallier et Bernard Mabille - Chacun son tour" au Théâtre L'Archipel
"De Judas à Manuel Valls" à la Comédie Saint-Michel
"Philippe Fertray - En mode projet" au Théâtre de la Contrescarpe
"Florian Lex - Pas de pitié !" au Théâtre du Marais
des reprises :
"Nature morte dans un fossé" au Petit Gymnase
"Muriel Lemarquand - Trop forte !" au Théo Théâtre
la chronique des spectacles à l'affiche parisienne en juillet
et la chronique des spectacles programmés au Festival Off d'Avignon

Expositions avec :

"Back Side/Dos à la mode" au Musée Bourdelle
et dernière ligne droite pour :
"L'Orient des peintres, du rêve à la lumière" au Musée Marmottan-Monet
"Hammershoi - Le Maître de la peinture danoise" au Musée Jacquemart-André
"La Lune - Du voyage réel aux voyages imaginaires" au Grand Palais
"La Collection Emil Bürhle" au Musée Maillol

Cinéma :

"Le Voyage de Marta" de Neus Ballus
et la chronique des sorties de juillet

Lecture avec :

"L'enfer du commissaire Ricciardi" de Maurizio de Giovanni
"Hitler et la mer" de François-Emmanuel Brézet
"La villa de verre" de Cynthia Swanson
"Le fossé" de Herman Koch
"Les apprentis de l'Elysée" de Jérémy Marot & Pauline Théveniaud
et toujours :
"Entrer dans l'arène en même temps que l'orage" de Danny Denton
"Et tout sera silence" de Michel Moatti
"Je te donne" de Baptiste Beaulieu, Agnèes Ledig, Laurent Seksik, Martin Winckler
"Le dernier thriller norvégien" de Luc Chomarat
"Néron" de Catherine Salles

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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