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Interview  (Paris)  6 mars 2006

Nous avons rendez-vous avec Dominique A au Zebra Square café, brasserie moderne et cossue proche de la maison de la radio. L'interview est fixée à 18 :30, mais Dominique a un peu de retard. C'est le dur marathon de la promo…

D'autant que le bonhomme est pressé, puisqu'il enchaîne sur la Black session de son ami Yann Tiersen, où il est sensé chanté sur quelques morceaux.

Mais bon pour l'heure, on profite d'avoir le garçon sous la main pour s'entretenir sur son septième album, L'horizon, qui fait suite au lumineux Tout Sera Comme Avant.

"L'horizon" semble être le compromis idéal entre le côté un peu sec et brut des compositions d'"Auguri", et la luxuriance des arrangements de "Tout sera comme avant". Etait-ce le but recherché ?

Dominique A : Oui, dans les chansons, il y a la formule guitare / voix qui me rapprochait des terres d'"Auguri", avec cette volonté d'injecter des rappels de "Tout Sera Comme Avant", une envie de ne pas brader les ambiances de ce disque, dont nous nous étions rapprochés sur scène, dans la transposition que l'on avait fait des cuivres, des claviers et de la contrebasse. On gardait tous les éléments harmoniques, mais en asséchant le tout, car bien évidemment, il n'y avait pas 43 Bulgares derrière (rires). J'aimais bien cette idée, cette sorte de compromis. Du coup, on a l'impression de quelque chose de plus dégagé tout simplement.

As-tu tiré des leçons après "Tout Sera Comme Avant" ? Rien que pour le transposer sur scène ?

Dominique A : Ah j'en ai pris plein la gueule (rires). Je savais pas comment faire. Je pensais prendre un quatuor, mais dès qu'il y a une guitare électrique, ça sonne pas terrible, on les entend plus, et puis je ne trouve pas cela très élégant sur scène. Je me suis dis qu'il fallait trouver une idée qui me permettait de rester sur ces terres là, d'arrangements cossus, mais en gardant la marque.

Et puis sur "L'horizon" j'ai l'impression d'être à nouveau le chef d'orchestre. Donc l'idée des cuivres ça a été une très bonne idée, et l'objectif initial c'est qu'ils jouent les cordes. Ca a créé un rapport différent aux chansons, j'ai eu l'impression que les chansons me revenaient enfin.

Ce qui j'ai l'impression n'avait pas trop l'air d'être le cas avec "Tout Sera Comme Avant", où tu étais arrivé et tu avais posé ta voix.

Dominique A : Oui, je posais la voix mais à froid, à sec, genre "c'est fait, maintenant à toi". Mais bon je me l'étais imposé. La tournée d'"Auguri" avait été assez basique, assez basse / batterie / guitare, j'en avais vraiment marre d'entendre mon jeu de guitare, d'être dans un truc un petit peu confiné, un peu formatés rock pop indé un peu classique.

Il y avait eu quelques disques, dont "L'Imprudence" de Bashung qui faisaient me dire que j'avais complètement envie d'autres choses. Donc pour obtenir cet autre chose il ne fallait pas que je travaille avec des copains, avec des gens qui avaient la même culture musicale que moi. Il fallait que je parte sur un truc qui fasse plus "musicien", avec des gens qui avaient une approche plus virtuose, quelque chose de moins soucieux d'efficacité ou de sécheresse.

Donc pour revenir à "Tout Sera Comme Avant", l'investissement vocal n'est pas le même quand je joue sur la chanson. Et puis la scène m'a donné envie de revenir à certains tics et aussi au fait que la façon de jouer de la guitare induit un certain chant, une certain phrasé. Ce phrasé se perdait un petit peu quand il n'y avait pas ce support là.

Quelle a été l'importance de la prestation solo que tu avais faite au théâtre des Bouffes Du Nord ?

Dominique A : en fait c'était bien de reprendre les chansons, en me disant que c'était moi qui les avais écrites. C'était important pour moi. Les Bouffes Du Nord c'était un évènement isolé en France, c'était la fin d'une longue tournée solo, où en un mois j'ai enchaîné douze dates en Allemagne, dix dates en Espagne et au final j'étais bien rodé et j'ai fait les Bouffes Du Nord, qui a représenté un espèce d'apogée de ce moment de tournée, et qui me permettait de clarifier mes envies par rapport à la suite.

Ca m'a aidé à préciser ce que je cherchais comme environnement musical. Ca m'a surtout réconcilié avec moi-même et permis de me faire voir les déficiences vocales de "Tout Sera Comme Avant". Et puis en fait, j'en parle rarement, mais à chaque fois que je joue sur un disque, il est lié à un instrument, un truc que je vais acheter quelques mois, voire la veille de rentrer en studio.

Sur "Remué", il y avait une guitare rouge, une Gretsch qui a complètement donné le son du disque. Là j'avais commencé sur une petite guitare folk de poche, sur laquelle j'avais composé la majorité des chansons. A l'avant-veille de rentrer en studio, je me suis rendu compte qu'elle avait des problèmes de justesse. Du coup j'ai acheté un belle guitare folk qui sonne merveilleusement bien, et j'ai enregistré le disque avec celle là.

C'était aussi l'envie de jouer sur une guitare folk véritablement. Je suis assez amateur de folk anglais des années 70, mais j'ai jamais réussi à passer le pas parce que je trouvais qu'en français, c'est souvent très connoté, sous Dylan ou sous Johnny Cash.

Es-tu réconcilié avec tes références musicales, plutôt anglo-saxonnes, et le côté "chanson française" de certains de tes morceaux ?

Dominique A : C'est de la chanson, mais je n'accole pas forcément l'épithète "française". La chanson française est un peu en train de changer, mais il y a un rapport à la chanson à texte qui est pour moi en terme d'expression une pure aberration. Le texte est important, mais la musique ne doit jamais être subordonnée au texte ou au sens.

J'essaie de faire avant tout de la musique, mais je sais très bien que c'est de la chanson, et dans le meilleur des cas c'est du folk français, dans le sens ou folk, c'est une musique locale, et c'est comme ça que je vois ce que je fais. L'idée c'est de faire un truc qui soit avec des racines locales assez fortes, bien sûr imprégné d'anglo-saxon.

Oui, mais tu as des références assez pointues…

Dominique A : Oui, mais parce que j'aime ça, mais après le truc ça serait que des gens non francophones puissent écouter cela et ne se disent pas qu'on perd avec le texte en français. C'est un truc notable chez les anglais et les américains qui sont assez déstabilisés, ça leur pose problème si le langage n'est pas compréhensible. L'idée est de faire une musique pour les publics non francophones, mais qui soit vue comme de la musique et non comme de la chanson française.

Quelle avait été la réaction du public en Allemagne et en Espagne ?

Dominique A : En Allemagne ils ont une culture assez francophile, donc ils vont essayer de référencer ça avec des vieux trucs de chansons française, des trucs des années 80 genre Daho. Donc ils sont dans un rapport à la chanson en français quand même, un truc bien spécifique, un truc un peu daté et kitsch. En Espagne, quand je fais des interviews, on me parle de groupes que j'écoute : Palace, Gravenhurst.

Tu gardes quand même une grande approche littéraire dans tes textes. Par exemple quand j'entends "Dans Un Camion", je me demande comment peut naître le texte d'une telle chanson. Ce sont des évocations, des souvenirs ?

Dominique A : c'est un peu ça. Pour "Le Camion" c'est venu d'un truc que j'avais dit une fois sur scène en guise de boutade pour présenter les musiciens, j'avais dit : "Je vous souhaite tous de passer du temps avec des gens comme ça dans un camion". Et en fait ça a fait tilt, je me suis dit tiens ! Ca me permettait de parler aussi d'une chose un petit peu léger, qu'est la vie en tournée, d'avoir un regard particulier sur un sujet un peu à la con, mais dont je suis sûr qui a été très peu évoqué par les gens et puis d'avoir une chanson sur la camaraderie, un truc assez masculin.

Pourquoi avoir confié la coproduction à Dominique Brusson, avec qui tu avais déjà travaillé sur "Remué" ?

Dominique A : Je m'demande ! (rires). Je voulais avoir le contrôle sur les décisions finales, je pensais avoir gagné assez de gallon de par mes expériences passées. Avec Dominique on restait sur "Remué", un disque à la fois très gratifiant, car plein de gens nous parlent de ce disque, et le travail qu'il a effectué dessus fait encore parler sept ans après.

Oui, mais l'approche des deux disques est complètement différente.

Dominique A : Oui, mais suite à "Remué", on sentait qu'on voulait pas en rester là. On sentait qu'on avait encore des choses à faire, que c'était frustrant de rester là-dessus. Ca devenait étouffant par rapport à l'ouverture, par rapport à tout ce qu'on avait écouté depuis. On voulait une suite.

Pourtant "Remué" reste un disque important pour une poignée de personnes…Avec des passages révérencieux envers les derniers Talk Talk.

Dominique A : Ouais, c'était une drôle de période pour moi. J'aime beaucoup Talk Talk, surtout "Laughing Stock", il y a des moments de pure magie.

Tu parlais de Bashung tout à l'heure, il y a des projets d'écriture en commun ?

Dominique A : En fait, il m'a demandé des textes, et moi je ne sais pas faire, donc je lui ai proposé une chanson. Elle lui plait. Maintenant c'est Bashung.

S'il part sur autre chose, la chanson ira au tiroir, mais je l'ai côtoyé un peu, il m'a invité à la cité de la musique quand il a fait sa carte blanche et après il a proposé à des tas de gens d'écrire, de s'ouvrir à beaucoup de gens de la nouvelle génération, arrêter de fonctionner avec les gens avec qui il a fonctionné par le passé.

Maintenant il est dessus, j'ai bon espoir, j'espère qu'ils vont aller jusqu'au bout. C'est quelqu'un de très méthodique, très lent, capable de remettre en cause tout un travail.

Quelle formule vas-tu choisir pour transposer "L'Horizon" sur scène ?

Dominique A : quelque chose de pas trop éloigné du disque, mais en fait il n'y aura ni basse ni batterie. J'ai assez envie de travailler sur l'harmonie, et de travailler la rythmique au sein des morceaux et pas sur un truc de soutien basse / batterie. Je trouve que c'est une autre façon de faire de la musique, c'est une autre écoute. Pour les gens c'est un peu déstabilisant, mais quand ça fonctionne, ça fonctionne pas mal. Quitte à revenir plus tard sur un truc plus conventionnel. Je vais aussi réarranger des trucs du vieux répertoire. Il va falloir évoluer dans un truc, resserrer, parce qu'on ne fonctionne pas sur le principe basse / batterie.

Ca fait encore un peu "figure imposée" tout ça ?

Dominque A : Non, parce qu'il y a du plaisir au bout. Avec un batteur, ça me pose vraiment problème, je trouve que ça bouffe tout l'espace, et c'est pas lié au jeu de Ludovic (ndlr : batteur pour la black session de Yann Tiersen), mais j'ai plus l'habitude. Sur scène le batteur me distrait du reste. Et puis j'ai un truc rythmique très particulier. Il faut s'habituer à ma rythmique. Ludovic m'appelle Ourasi comme le cheval, parce que je vais toujours devant, je devance toujours le tempo. Ca crée un truc, une dynamique. Je crée une espèce de tension et tout le monde est obligé de galoper derrière moi. C'est comme ça.

Tu as fait une croix sur les morceaux plus "rock" ?

Dominique A : Non, j'aimerais bien faire un méchant vilain morceau.

Un truc à la Shellac ?

Dominique A : peut être pas à la Shellac, pas sur la longueur d'un album, mais j'aimerais bien faire un morceau bien cossu, qui repose sur une boucle psychédélique ou noisy, dans le style Spiritualized. Sur le disque il y a un morceau très rock pour moi dans l'approche, c'est "Retour Au Quartier Lointain", mais c'est vraiment pas ce que je sais faire de mieux. Je sens que le côté rock français pointe le bout de son nez. Un petit côté sur joué dans la voix, un peu "on va pas me la faire". Les truc sous Strokes ça ne me branche pas.

Pour terminer t'écoutes quoi en ce moment ?

Dominique A : Pas mal de trucs français, Holden, Arman Méliès. Mais aussi des trucs anglais, Gravenhurst. Des rééditions d'un groupe de cold wave français, les Bonaparte's que je trouve plutôt pas mal. Ca a pas si mal vieilli par rapport à tout le revival eighties du moment.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Dominique A
Le site Comment certains vivent
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Crédits photos : Thomy Keat (plus de photos sur Taste of indie)


Julien P.         
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