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Interview  (Paris)  7 mars 2006

Jacques Mougenot, comédien, auteur dramatique et enseignant est actuellement à l'affiche avec "L'affaire Dussaert" un époustouflant et surprenant monologue.

Il est aussi romancier et a commis en 2002 un petit bijou "La machine à démonter le temps" qui entraîne le lecteur à la recherche du secret du temps.

La curiosité nous a poussé à chercher si Jacques Mougenot en avait perçé lemystère.

Commençons peu être par quelques nouvelles du spectacle "L'affaire Dussaert" que vous jouez actuellement au Petit Hébertot.

Jacques Mougenot : Le spectacle marche bien et est prolongé jusqu'au 1 er avril et éventuellement plus si affinités avec le public.

Impossible de ne pas vous demander également votre sentiment sur la pièce d'Ionesco "la cantatrice chauve" actuellement à l'affiche du Théâtre Clavel dans la distribution de laquelle figure votre frère François Mougenot. Et je reconnais bien volontiers qu'il s'agit d'une question piège.

Jacques Mougenot : Oui (sourire). Je trouve que la mise en scène est bonne car Ionesco n'est pas un auteur facile. C'est à la fois pertinent et impertinent dans la mesure où cela respecte l'auteur et également le spectateur. Et surtout ce n'est pas ennuyeux. Je crois que Ionesco va mieux vieillir que certains auteurs plus "intellectuels" même si ce qu'il écrit est cérébral car il est toujours théâtral. Il écrit pour des comédiens.

Parlons un peu de votre roman au titre en pirouette "La machine à démonter le temps" qui se présente comme une véritable machine à démonter le lecteur.

Jacques Mougenot : Ce roman est construit comme une mécanique, un jeu de l'esprit qui en appelle à l'imagination du lecteur. Je m'intéresse à la question insoluble du temps, question que je me pose encore et qui n'a pas été résolue et qui en tout cas ne peut pas être résolue ni par la science ni par la philosophie il me semble. Je m'y intéresse non pas en philosophe mais en romancier. Je ne suis certes pas le premier à m'y intéresser, Marcel Proust ayant déjà œuvrer en ce domaine, mais j'aborde tous les thèmes et toutes les questions que l'on peut se poser sur le temps, le temps humain bien sûr.

Dans ce roman, vous abordez effectivement de nombreux thèmes qui sont manifestement des thèmes de prédilection puisque l'on peut les retrouver aborder de manière peut être différente par exemple dans votre spectacle "L'affaire Dussaert".

Jacques Mougenot : Le temps constitue le tissu de notre vie. Toutes les pensées, les démarches, les activités de l'homme sont tôt ou tard confrontés à cette vision du temps. Je crois que la vie humaine a changé avec la vision de l'espace mais la vision du temps n'a pas beaucoup changé. Il s'agit d'une vision spatiale, chronologique, linéaire. Mon personnage principal part comme un héros à la conquête de ce trésor chimérique. Et c'est la forme romanesque que j'ai choisie ainsi que le divertissement. Je m'amuse également avec les différents styles littéraires, aussi bien le thriller que la poésie. J 'ai voulu aborder avec légèreté des questions relativement ardues et profondes. Mais dès le début, j'entraîne le lecteur sur de fausses pistes.

C'est un procédé récurrent chez vous. Vous donnez au lecteur comme au spectateur des postulats de départ qui sont erronés mais qui ont toute l'apparence de la réalité. Et le secret du temps?

Jacques Mougenot : Le secret du temps n'est pas un secret de polichinelle et donc on ne peut pas le révéler. Pour être plus précis, il n'y pas de question sans réponse. Et s'il n'y a pas de réponse c'est que la question est mal posée. Nous restons dans la définition de Saint Augustin : "Si on ne me demande pas de dire ce que c'est, tout le monde le sait. Si on me demande de l'expliquer, on ne le sait plus".

Mon héros se heurte à un mur qui est le mur de toute explication scientifique, métaphysique ou philosophique. Je soulève tous les paradoxes ce qui oblige le lecteur à s'interroger et peut être à se rendre compte que le temps est une illusion, la plus familière, la plus ancrée en nous, et donc la moins soupçonnée d'être une illusion.

Dans votre roman, vous écrivez "Il est vrai que le but caché de toute recherche n'est peut être après tout que la connaissance de soi pour qui l'autre, le but avoué, n'est qu'un prétexte.". Est-ce votre cas avec ce roman?

Jacques Mougenot : Oui, tout à fait. Et c'est une constatation qui concerne tous les chercheurs aussi bien de trésors que scientifiques. Le vrai trésor est la connaissance de soi. Quant à y arriver….

En savez-vous aujourd'hui plus sur vous ?

Jacques Mougenot : Oui certainement car c'est l'apport de toute démarche artistique. La connaissance de soi passe aussi par la perte de certaines illusions et la capacité à moins se tromper. Je dirai, comme dans certaines philosophies pour lesquelles le but c'est le chemin à parcourir pour tendre vers l'objectif fixé et non d'atteindre cet objectif, que c'est davantage la lecture du roman qui peut apporter quelque chose au lecteur que ce que je pourrais en dire. Toutes les gloses ne vaudront jamais la lecture.

Pourquoi ce choix d'un fragment des "Noces de Cana" de Véronèse en couverture de votre roman ?

Jacques Mougenot : Ce tableau, qui a une histoire assez fascinante, est l'illustration, jamais vraiment analysée, du mystère du temps. On rentre un peu dans la mystique. Cette fable des Noces de Cana recèle tous les mystères de l'homme et tous les paradoxes avec notamment la symbolique du changement. Le temps est un changement. Le fait de changer l'eau en vin sans qu'il y ait de passage du temps, le miracle, cela rejoint le paradoxe de Xénon d'Elée "Pourquoi le mouvement est-il possible?". Le mouvement décrit par les scientifiques est scientifiquement impossible.

On ne peut définir le temps que par rapport au mouvement et on ne peut définir le mouvement que par rapport au temps. Comme on a conscience du mouvement, on a également conscience de l'immobile et du permanent ce qui nous fait toucher le problème du temps et de l'éternité. Dans ce tableau de Véronèse, tous ces symboles sont réunis par un peintre qui n'était pas un peintre symboliste. Par ailleurs, le livre se termine dans la contemplation de ce tableau.

Ce tableau m'inspire. Il mériterait qu'on lui consacre un roman.

(Ndlr : précédant ma question)

Jacques Mougenot : Si j'ai le temps….

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique du livre La machine à démonter le temps
La chronique du spectacle L'affaire Dussaert

Crédits photo : JM


MM         
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# 14 mars 2010 : blanket me sweet nurse

Ces premiers mots issus de la chanson "Saint Mary" de Sparklehorse viennent saluer celui qui avait survécu à un précédent suicide et qui avait dédié cette chanson à ses sauveurs. Cette fois ci, Mark Linkous n'écrira plus les chansons qui nous ont tant touché et ému. Paix à son âme maintenant qu'il va pouvoir jouer avec son ami Vic Chesnutt, lui aussi trop tôt disparu il y a peu. Hommage aussi à Jean Ferrat, père incontesté d'une certaine chanson française, poétique et militante qui vient de nous quitter, à 79 ans après une carrière exemplaire et intergénérationnelle.

The show must go on... alors voici le programme de la semaine :

Côté musique :

"Vexations" de Get Well Soon,
"The Law of Large Numbers" de Emma Pollock,
"Heart of my Own" de Basia Bulat,
"Youth" de Kissy Sell Out,
"Turn Ons" de The Hotrats, Gaz Coombes et Danny Goffey aka Supergrass nous ont à cette occasion accordé une interview,
le premier album de The Unwinding Hours,
"Hidden" de These New Puritans,
Efterklang en interview à l'occasion de la récente sortie de "Magic Chairs",
Bertrand Louis également en interview pour présenter "Le Centre Commercial", son nouvel album, le tout accompagné de 2 titres en Froggy's Session,
Interview également pour Mell qui a aussi fait sa Froggy's Session avec 4 titres dont une reprise de Hank Williams...
Froggy's Session également pour Turner Cody, qui se frotte quant à lui à Leonard Cohen.
Du live avec :
JP Nataf et Silvain Vanot au Grand Mix de Tourcoing,
TV Glory et Pony Pony Run Run à l'Aéronef de Lille,
Et enfin le Fil Eclectique #5 en direct du Fil de Saint-Etienne et en podcast sur Froggy's Delight, pour un tour de l'actualité culturelle ligérienne et plus généralement musicale, émission toujours aussi drôle et intéressante !

Au théâtre :

"Hobb story" au Théâtre Le Tarmac de La Villette
"RER" au Théâtre de la Tempête
"Stabat Mater " au Théâtre Le Lucernaire
"Le grenier " au Théâtre du Rond Point
"Elias Leister a disparu" au Théâtre 13
"Ode maritime " au Théâtre de la Ville
"La première gorgée de bière" au Théâtre du Rond Point"
la Master Classe de mars 2010 de Jean-Laurent Cochet
et une reprise à ne pas rater :
"Attila, reine des Belges" au Théâtre Le Lucernaire

Lecture avec :

"Hors d'atteinte" de Karin Slaughter
"Soins définitifs " de Karin Wahlter

Exposition avec :

"Patrick Jouin - La substance du design" au Centre Pompidou

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

 

           
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