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Interview  avril 2006

Le stoïcien pratiquant.

La folie, l'engagement absurde et le génie. Sébastien Tellier, 31 ans, a les yeux bleus. Comme les mots de Christophe, on aimerait plonger dedans sans bouée, lui dire tout le bien qu'on pense de lui, de sa musique.

Un successeur digne de Robert Wyatt, ou Franck Zappa pour l'amour de l'absurde et de l'incongru. Tellier Wyatt et Zappa. Trois artistes à barbes et idées longues.

Rencontre irréelle avec Sébastien Tellier, un artiste au premier et vrai sens du terme.

Comment peux tu définir ce troisième album, qui en est un sans vraiment l'être, puisqu'il est uniquement composé de reprises de "L'incroyable vérité" et "Politics" ?

Sébastien Tellier : J'ai voulu faire du Sébastien Tellier version Willie Nelson, un truc sobre et simple. Quelque chose avec très peu d'instruments. Intimiste perdu dans l'espace?En fait, il y a une série policière sur TF1, Monk, un mec un peu dans la lune qui résout des enquêtes. Et dans l'un des épisodes Willie Nelson (ndlr : célèbre countrymen US) participe en guest, en faisant des sessions studios pour la radio. J 'ai adoré, à en pleurer le fait que cet homme participe à une série aussi navrante, que seules les femmes au foyer et les musiciens peuvent regarder. Je voulais faire un album qui ait le même son, sans composer de nouvelles chansons. Ce qui compte c'est l'ambiance de ce disque. Juste un truc à la Willie Nelson.

Ce n'est pas un peu risqué pour Record Makers, de sortir un OVNI comme ca, aussi génial soit-il ?

Sébastien Tellier : Oui c'est évident. Je m'en fous complètement en fait ! La musique c'est devenue une sorte de matière jetable. Et Itunes m'a permis de lancer les morceaux en exclusivité via le web, sans attendre. Je fais de plus en plus de musiques éphémères et publier dans l'instant est assez pratique.

Tu considères tes compositions comme éphémères ?

Sébastien Tellier : Non, je vais vers ça. C'est déjà le cas sur "Politics", qui est loin des chansons intemporelles d'Incroyable vérité. "Politics" je voulais que ca fasse campagne présidentielle, avec une grosse production, des violons, des coeurs. Avec le gâchis de l'argent, comme une campagne politique en fait. Que le disque meurt au fur et à mesure. Il y a cette chanson, "La tuerie", qui tue le disque, et puis "Les indiens", avec le truc de l'âme qui s'envole. Je voulais que ça dégueule de partout, car j'ai toujours fait le concept avant de créer la musique, passée à la moulinette. Comme l'image que je donne toujours d'un hamburger trop grand pour la bouche. Et "Sessions c'est un délire, enregistré en studio, je voulais jouer mon Willie Nelson, intimiste quoi! Comme si j'avais fait un tableau où un mec nagerait à côté d'un énorme bateau, se disant que l'univers est trop grand?

Pour t'avoir vu au New Morning en 2004, je pense pouvoir dire que tes concerts sont assez extravagants, limite frustrants. Je me rappelle de vous reprenant les "tubes" d'Elsa, vous roulant par terre, et puis jouer "la Ritournelle" au piano dans la foulée?Y a-t-il une volonté d'autodestruction dans ta création ?

Sébastien Tellier :Disons que "la Ritournelle", c'est une grande chanson d'amour, le seul moment où je déconne pas. Aucun concert ne se ressemble, certaines fois sans musique comme en Belgique ou au Triptyque. Comme les comiques qui sont souvent des artistes un peu ratés, et moi en tant que musicien, j'aurai adoré être comique, le grand n'importe quoi et le non-sens. Comme un cheval qui a pissé sur Scène au MAC VAL de Créteil. Avec cependant toujours un message derrière. Tous les mecs que je déteste. Les mecs qui conduisent à 250km sur l'autoroute, ceux qui frappent leur femme. J'aime bien être entouré de gens qui n'ont aucune culture générale, enfin les gens intelligents qui ne s'intéressent à rien?

D'où mon projet de film avec Eric et Ramzy, l'histoire d'un jeune qui veut faire partie d'une bande de potes mais qui n'y arrive pas. Un film sans fond, une mise en abîme permanente, une véritable comédie sans aucun sujet. C'est un peu le sujet de "Politics", comme le reflet de cette génération qui s'engage sans savoir pourquoi. Je n'aime pas les choses faites sans background culturel. Et le coté star à paillettes me semble révolu, ca marche encore dans le rock... C'est pour ça que je trouve ça moderne de s'auto-saccager.

Tu adores te définir comme un artiste fainéant ? Un mythe  ?

Sébastien Tellier : Dans le show business il ne faut pas donner l'impression de trop travailler. Et J'ai envie d'un vrai troisième album maintenant, un album sexuel. J'aime ça de plus en plus. Un truc à mi-chemin entre Gainsbourg et Verdi, où chaque mot et chaque note aurait son importance. Tout sera basé sur la beauté, archi-deep. Et dans la foulée j'enchaîne avec un album d'instrumental, archi-planant, dans le style "Atom Heart Mother" du Floyd. Donner des idées sans paroles.

Et le farniente... Je suis fan de Playstation, tous les GTA, les jeux de golfs. Un jeu de pêche aussi. Ca m'aide à me concentrer. J'aime la violence gratuite des jeux vidéos. Mon rêve ce serait d'avoir une Lamborghini avec des flammes roses...Le genre de choses pas du tout apprécié en France. La j'ai envie de me lancer dans la musique de films intellectuels. J'imagine mon futur musical en faisant de la musique de villes nouvelles style Cergy Pontoise, à la Rohmer. C'est fascinant.

Tu te sens parisien au bout du compte ?

Sébastien Tellier : Ah mais alors pas du tout ! J'ai le plus grand mal à sortir à Paris. J'ai toujours peur de rencontrer quelqu'un que je connais ici. J'aime pas ça. Et puis pas assez de bonnes oreilles en France. L'incroyable vérité s'est bien venu aux US, "Politics" s'est classé dans le Top 60 UK. J'irai aux USA le jour ou j'aurai assez de succès aux US pour y vivre. J'ai vu un jour un reportage sur un mec qui faisait la musique de "The Crew", une sorte de films de vidéoclub. Et le mec était en chaussette chez lui, avec des lions qui crachaient de l'eau, une hacienda avec vue sur les Highways. Je me suis dit "Putain pas mal cette vie là !", à faire de la musique de film en chaussette. Si on m'offre ça, là je pense que j'irai.

Déjà pour "Lost in translation", Sofia avait repris une de mes musiques, et tout ce monde, Hollywood, Nicolas Cage, qui est un de ses amis, ces gens me rapprochent encore plus des USA car je serai bien accueilli. Et puis y a les Daft Punk qui finissent leur film, "Electroma" où ils ne reprennent que des chansons d'avant 1975, et la seule qui date d'après à avoir été choisie, c'est l'une des miennes, "Universe". Ca c'est magnifique, ça me fait super plaisir. Tout le monde sait que les Daft c'est ceux qui savent parfaitement choisir, avec une vraie crédibilité. Je suis très fier de leur choix. Et je me la raconte un peu avec ça, mais moi je trouve ça bien, de temps en temps, de planer. La vie d'un musicien, c'est souvent des hauts et des bas, et si il n'y a pas ces moments de magie, des moments super forts, ça ne sert à rien.

Nous faisons tous partie de la même équipe, les Phoenix, Air, Daft. Je ne m'associe pas à la French Touch , je les ai côtoyé de loin au départ et ils sont devenus des amis. Phoenix dont j'adore l'album, j'ai fait un remix de leur premier single, "Long distant call". Un remix formidable tu t'en doutes (rires), même les gens qui partent en camping en caravane pourraient l'écouter. Un truc très français, une ambiance de klaxons pendant l'été, très tour de France, ça marche grave !

C'est ton coté Kraftwerk ?

Sébastien Tellier : (Rires) Sûrement ouais ! Mais là je suis dans un trip musique de films intellectuels ! J'adore Blier, Rohmer, Bunuel, et j'aimerais bien trouver ces mecs, faire des choses avec eux, qui bossent dans le cinéma de manière animale. Comme Dupontel par exemple, dont je me languis de voir le dernier film. Ou Christophe par exemple, que j'ai rencontré récemment, nous sommes devenus potes à la surprise de tout le monde. J'aime les ambiances malsaines où tout est propre, les univers barrés à la Spike Jonze. Je suis arrivé à LA au moment où tous ces mecs perçaient, avec plein de moyens, des idées, et c'était fascinant !

L'album que j'écoute le plus en ce moment, je t'avoue que c'est celui des Daft, le deuxième, sur lequel je bloque. Ou Rob avec son premier album ("Don't kill"), qui a sorti son deuxième album chez Source, "Satyred love", album super arrangé avec des violons sublimes. Un artiste français qui a un talent énorme. Personne n'a voulu l'écouter et c'est bien dommage. Il assure les claviers de Phoenix maintenant. C'est vraiment de l'art contemporain, des mélodies vraiment belles, de beaux accords, dans un trip biologie / Motos de sport, tu vois le genre (Rires). Un barbu tout maigre, un ami. Souvent on compare mon truc à Gonzales, pour le piano, je suis pas sûr de la comparaison. Dès que je trouve des notes qui ressemblent à des choses existantes, j'arrête tout, ça m'intéresse pas.. Dès que j'entend que c'est fait exprès.

J'aimerais bien arriver à un succès populaire énorme, mais par l'art pur, le chemin le plus difficile. Avec des concessions, des passages TV, tout n'importe quoi, Cauet, toutes ces émissions. Mais la musique doit rester pure. Ma vie s'écroulera si je fais de la musique commerciale, toute mon identité est basée là dessus, ma sincérité. Et c'est souvent ce qu'on dit de ma musique, que je fais de la musique de vrai mec.

 

 

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Sébastien Tellier en concert à Pitchfork Music Festival #2 (édition 2012) - jeudi 1er novembre

En savoir plus :

Le site officiel de Sébastien Tellier

Crédits photos : Thomy Keat


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# 1er juin 2020 : Retour à la réalité

Le monde d'après ne sera sans doute pas mieux que celui d'avant. Ces 2 mois de répit n'auront sans doute servi qu'à amplifier les frustrations en tout genre. Sans prétendre y remédier voic de quoi vous détendre un peu avec notre sélection culturelle de la semaine.

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Du côté de la musique :

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Interview de Jo Wedin et Jean Felzine à l'occasion de leur concert sur la Froggy's TV
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Interview de Roman Rappak autour de son nouveau projet Miro Shot
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"Mareld" de Isabel Sörling
"Miroir" de Jean Daufresne & Mathilde NGuyen
"Self made man" de Larkin Poe
"Notre dame, cathédrale d'émotions" de Maitrise Notre Dame de Paris
"Enchantée" de Marie Oppert
"Miroirs" de Quintet Bumbac

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

les créations contemporaines :
"Le Mardi à Monoprix" de Emmanuel Darley
"Lucide" de Rafael Spregelburd
"Le Royaume des animaux" de Roland Schimmelpfennig
"Délivre-toi de mes désirs" de María Velasco
"L'étudiante et Monsieur Henri" de Yvan Calbérac
de la comédie signée Pierre Palmade:
"Ma soeur est un chic type" de Pierre Palmade
"Pièce montée" de Pierre Palmade
"10 ans de mariage" de Alil Vardar
Au Théâtre ce soir :
"On dînera au lit" de Marc Camoletti
"Le canard à l'orange" de William Douglas Home
"L'Or et la Paille" de Barillet et Grédy
les classiques par la Comédie française :
"L'Avare" de Molière
"Les Rustres" de Goldoni
du côté des humoristes :
un spécial Christophe Alévêque à l'occasion de son inédit 2020 "Le trou noir"
avec
"Christophe Alévêque - Super rebelle... et candidat libre"
"Christophe Alévêque revient bien sûr"

"Christophe Alévêque - Debout"
et du théâtre lyrique revisité:
"Le Postillon de Lonjumeau" d'Adolphe Adam par Michel Fau
"Turandot" de Puccini par Robert Wilson
et de la caricature joyeuse avec "The Opera Locos"

Expositions :

découvrir la visite en ligne d'expositions virtuelles annulées :
"Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique" au Musée de l'Orangerie
"Pompéi" au Grand Palais
et "Plein air, de Corot à Monet" au Musée des Impressionnismes de Giverny
s'évader en un clic en direction de la province :
à Nice pour une visite virtuelle du Musée Magnin et celle de l'exposition "Soulages, la puissance créatrice" à la Galerie Lympia
de l'Europe :
en Espagne vers le Musée Carmen Thyssen à Málaga
et en Allemagne avec la visite des 3 niveaux de la Kunsthalle de Brême
et plus loin encore aux Etats-Unis vers le Musée Isabella Stewart Gardner à Boston
et le Musée d'Art de Caroline du Nord à Raleigh
avant le retour sur Paris pour découvrir les éléments décoratifs de L’Opéra national de Paris

Cinéma at home avec :

de l'action :
"Code 211" de York Alec Shackleton
"Duels" de Keith Parmer
de la comédie : "Le boulet" de Alain Berbérian et Frédéric Forestier
du drame :
"Marion, 13 ans pour toujours" de Bourlem Guerdjou
"Happy Sweden" de Ruben Östlund
de la romance :
"Coup de foudre à Jaïpur" de Arnauld Mercadier
"Marions-nous !" de Mary Agnes Donoghue
du thriller :
"The Watcher" de Joe Charbanic
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du fantastique : "Godzilla" de Masao Tamai
les années 40 au Ciné-Club :
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"J'aurais pu devenir millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond" de Alexis Jenni
"Les Beatles" de Frédéric Granier
"Washington Black" de Esi Edugyan

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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