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Interview  (Paris)  27 mai 2006

"Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos dans une mise en scène de Nicole Gros sont actuellement à l'affiche du Théâtre du Nord-Ouest avant de partir pour le Théâtre des Cinq Diamants à compter du 2 août 2006.

Après avoir vu les amants terribles, Madame de Merteuil et Valmont, sur scène, nous avons rencontré leurs remarquables interprètes à la ville :Marine Gandibleu et Thierry Garet.

Qui sont Marine Gandibleu et Thierry Garet ? Qui commence? Honneur à la dame?

Thierry Garet : Une fois n'est pas coutume (sourire).

Marine Gandibleu : J'ai commencé le théâtre beaucoup trop tôt car je voulais faire de la danse classique et mes parents ont refusé. Au bout d'un moment, ils ont cédé et j'avais 13 ans et j'ai cru que c'était trop tard. Je n'ai su qu'après que j'aurai pu le faire. Et je suis donc arrivée au théâtre trop jeune.

C'est un peu une perte de temps parce que toute jeune on manque de la maturité nécessaire et même pour les rôles de petites ingénues. Je vivais en Belgique et je me suis inscrite en cours de danse et au Conservatoire de Bruxelles pour le théâtre. Entre temps j'avais déjà joué. J'ai eu l'occasion de jouer Violaine dans "L'annonce faite à Marie" de Claudel et j'ai eu l'opportunité de jouer de grands rôles.

Pour des raisons personnelles j'ai souhaité quitter la Belgique et je suis venue à Paris où vivait ma famille maternelle. J'ai travaillé avec un théâtre pour enfants, la compagnie des 3 Chardons, composé d'une troupe de 10 comédiens chacun partant individuellement avec son spectacle et son décor à travers toute la France pour jouer avec des marionnettes à vue devant des enfants de classes maternelles et primaires. Il y avait une grande part d'interactivité dans ces spectacles. Ce fût une expérience très intéressante.

Ensuite, j'ai fait un break et puis des stages notamment de travail à la caméra avec "Préparation au casting" Jean-Claude Bouillon et Michel Wyn. J'avais déposé ma photo et mon CV au Théâtre du Nord-Ouest et une jeune metteuse en scène m'a contacté l'année passée pour jouer Elena dans "Chère Eléna Sergueievna" de Ludmilla Razoumovskaia. C'est à l'occasion de ce spectacle que Nicole Gros, la metteuse en scène des "Liaisons dangereuses" m'a vue et m'a proposé de travailler avec elle dans un Marivaux "La dispute" puis dans "Les Liaisons dangereuses".

Ce n'est pas trop difficile pour un comédien de recommencer enquelque sorte une carrière dans un autre pays?

Marine Gandibleu : Ce qui était difficile tenait au fait qu'en Belgique j'avais un statut privilégié et donc on me sollicitait pour me proposer des rôles. A Paris, j'étais inconnue et ce qui était difficile, et qui l'est toujours, c'est de démarcher pour se vendre. Mais d'un autre côté, Paris était une mégapole plus ouverte que Bruxelles.

Thierry Garet : Pour ma part, cela va être plus court puisque contrairement à Marine, j'ai commencé trop tard. Quand je me suis lancé pour devenir comédien il était trop tard pour participer à des concours nationaux en termes d'âge. J'ai donc fait une formation en grande banlieue, pour ne pas dire en province en commençant dans un cours de théâtre en Seine et Marne.

Ensuite, je suis monté à Paris et j'ai intégré un conservatoire d'arrondissement dans lequel j'ai suivi un cursus de 3 ans. J'ai travaillé ensuite dans différents registres en suite en faisant un peu de tout, du café-théâtre, du théâtre pour enfants dans la même compagnie que Marine.

Puis, j'ai quitté cette compagnie car s'il est très intéressant de former les spectateurs de demain il arrive qu'on se dise que l'on a énormément de spectateurs et simultanément que personne ne vous connaît. D'où l'envie de faire autre chose. Et comme Marine, j'ai postulé au sein du Théâtre du Nord-Ouest et j'ai également été contacté pour la saison Marivaux. C'est également ainsi que Nicole Gros m'a contacté et nous avons d'abord travaillé sur une lecture des "Liaisons Dangereuses".

Quand vous dites avoir commencé trop tard, cela tient à une "révélation tardive" ou à d'autres circonstances?

Thierry Garet : En réalité, je suis allé dans un cours de théâtre pour de mauvaises raisons et j'y suis resté pour de bonnes raisons. Parce que cela me plaisait. Le "trop tard" est simplement lié aux limites d'âge des concours nationaux.

Donc au départ, votre engagement, ce que nous a déjà indiqué Nicole Gros dans son interview, se bornait à une lecture?

Marine Gandibleu : Oui. Nicole Gros avait un autre projet pour cette saison donc "Les liaisons dangereuses" avaient fait l'objet d'une lecture mais d'une lecture en espace, une lecture très jouée. Et cette lecture l'a vraiment incitée à monter le projet.

Dès le départ, la distribution des rôles Madame de Merteuil et Valmont était acquise ? Et je suppose qu'elle vous convenait ?

Thierry Garet : Oui. Ce sont des rôles fascinants et très intéressants à jouer. Je ne sais pas si la distribution était d'ores et déjà certaine mais l'espoir oui.

Marine Gandibleu : Je me rappelle bien notre conversation à ce sujet avec Nicole Gros pour la lecture. Elle me proposait le rôle de Madame de Merteuil et regardant Thierry elle a dit que ceux qui étaient intéressés par le rôle de Valmont pouvaient se déclarer.

Thierry Garet : Ce que j'ai fait.

Marine Gandibleu : Pour ma part, cela me semblait évident.

Ces rôles sont à la fois très intéressants et très emblématiques et donc porteurs mais aussi difficiles. Comment avez-vous abordé ces rôles?

Thierry Garet : Pour ma part, j'ai essayé de me détacher totalement de ce que je connaissais pour m'approprier Valmont. J'essaye d'utiliser ce que j'ai en moi pour faire de ce personnage "mon" Valmont que, très égotiquement, personne ne pourra jouer de la même manière. C'est de cette manière que j'ai abordé ce rôle. Si j'y suis parvenu c'est une autre question.

Marine Gandibleu : J'abonde totalement dans ce sens. D'autant que nous avons fait une omission de taille en parlant de notre parcours. Nous avons suivi un atelier pour professionnel, depuis 1990, qui était dirigé par Andréas Voutsinas. Cette formation complémentaire est importante car elle permet d'aborder chaque rôle pour faire remonter des choses qu'on a en soi. Chaque art a son instrument et pour nous comédiens, notre instrument c'est ce que nous avons en nous et que nous exploitons pour tisser, construire et rendre vivant un personnage.

Ce fût le cas pour Madame de Merteuil même si j'ai fait remonter des choses que je n'exploite évidemment pas dans la vie mais c'était très jouissif parce que c'est la première fois que j'aborde ce genre de rôle. J'ai souvent joué des personnages qui mènent un combat dans la vérité, dans l'émotion. Ici Madame de Merteuil est toute en retenue et machiavélique. Elle manipule les autres de manière bien différente de Lady Macbeth par exemple.

Ce qui paraît très intéressant tient au fait que Madame de Merteuil est une femme libre.

Marine Gandibleu : Oui, tout à fait. Mais compte tenu de la société dans laquelle elle vit et de la place qu'elle y occupe elle a fait le choix de manipuler les autres. Elle mène un combat même si ce n'est pas une femme admirable. Je ne pourrais pas défendre le personnage mais sa position par rapport au statut de la femme est aussi la mienne.

"Les liaisons dangereuses" comportent de beaux, au sens littéraire du terme, portraits de femmes. Comment Valmont s'insère-t-il dans cet univers féminin où il apparaît davantage manipulé que manipulateur ?

Thierry Garet : Oui, effectivement par rapport au moment où se situe l'action du spectacle. Pour moi Valmont est un joueur. Les actions qu'il commet, il le fait tout simplement parce qu'il a la possibilité de les commettre. Il se lance des défis pour aller plus loin et il se fait piéger. Il est submergé par quelque chose dont il joue mais qu'il ne connaissait pas.

Sur le terrain des sentiments, il pensait à tort tout connaître. Et il est débordé. Il ne sait plus où il est et tente de se battre avec des armes et des repères qui ne trouvent pas à s'appliquer. En face de lui, il a Madame de Merteuil qui suit impertubablement sa ligne de conduite.

Marine Gandibleu : Elle s'y perd aussi car elle place la barre tellement haut et elle ne peut plus reculer. C'est un peu comme dans une tragédie grecque. Elle est emportée par son propre mouvement.

Madame de Merteuil ne connaît-elle pas ce terrain inconnu de Valmont qui est celui des sentiments ?

Marine Gandibleu : Effectivement, elle aime Valmont. C'est l'option que j'ai travaillée et Nicole Gros partage cette manière de voir. Mais elle aime Valmont parce qu'il constitue aussi un adversaire à sa taille. Elle l'estime jusqu'au moment où il lui échappe parce qu'il est pris dans ses contradictions. Alors, elle sombre dans la haine qui est un autre versant de l'amour.

Ce spectacle est assez long, d'une durée de deux heures, composé de nombreux tableaux, sans entracte, sans noirs et mené sur un rythme soutenu. C'est une difficulté ou un moteur ?

Thierry Garet : L'inconvénient devient un avantage. C'est une contrainte à laquelle on ne peut déroger donc l'enchaînement rapide des tableaux constitue une difficulté dans un premier temps. Puis dans un second le rythme s'acquiert. Toutes les difficultés nous aident en fait à avancer au cours du travail. Et alors cela devient un avantage.

Marine Gandibleu : Pour ma part, avoir un rôle très présent sur scène constitue un avantage d'autant que j'étais familière de ces rôles très denses. Cela évite les coupures. J'en ai peu avec ce rôle mais l'idéal serait de ne pas en avoir car cela constitue une difficulté pour moi. Cela étant, je reste présente dans le déroulement dans la pièce même à ces moments là en changeant de costumes, en m'occupant des costumes de Valmont. Et puis, le retour de ce que j'entends sur scène me nourrit aussi.

Donc même dans les coulisses Madame de Merteuil s'occupe de Valmont ?

Thierry Garet : Oui. (rires)

Elle ne le quitte pas des yeux ?

Thierry Garet : Non.

Comment s'est passé le travail avec votre metteuse en scène Nicole Gros qui me semble-t-il avait une idée bien précise de ce spectacle ?

Thierry Garet : J'aurais tendance à dire qu'à la fois elle était ouverte et pas. Elle avait une idée bien précise de ce qu'elle voulait faire ce qui ne l'a absolument pas empêchée d'être ouverte à nos propositions éventuelles ainsi qu'à ce qui se passait et aux interactions entre les comédiens. Car ils sont tous uniques et donc ce qui se passe entre eux a des répercussions sur le travail. Je dirai que ce spectacle il est ainsi parce que c'est elle, parce que c'est nous.

Marine Gandibleu : Il ne faut pas négliger l'importance des partenaires. Nous avons la chance de former, je crois, une très bonne équipe avec une complicité au niveau du travail. J'ajouterai que Nicole Gros ne travaille pas avec des schémas. Elle a un vrai regard sur ce qu'elle veut et elle est de la même famille du théâtre que nous.

Thierry Garet : Je ne pense pas m'engager beaucoup en disant que nous sommes tous contents de venir jouer et de jouer dans ce spectacle.

Nicole Gros nous a effectivement indiqué que vous formiez vraiment une troupe, troupe que nous allons retrouver au Théâtre des Cinq Diamants ce qui doit vous ravir.

Thierry Garet : Je vais être bref. Oui !

Avez-vous d'autres projets en parallèle ?

Marine Gandibleu : Nous nous sommes beaucoup investis dans ce spectacle ce qui met un peu en stand-by d'autres projets qui étaient peu avancés.

Thierry Garet : La priorité est la poursuite de ce spectacle que nous n'aurons joué qu'une quarantaine de fois au Théâtre du Nord-Ouest. Ce qui n'empêche pas d'avoir envie de faire autre chose aussi. Nous sommes très contents de jouer ce spectacle et nous espérons et pensons que les spectateurs sont contents de venir nous voir. Qu'ils continuent de venir nous voir !

 

 

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La chronique du spectacle Les liaisons dangereuses
L'interview de Nicole Gros
L'interview de Gaëlle Lorillon et Elisabeth Ollivier-Millet

Crédits photos : Thomy Keat (Plus de photos sur Taste of indie)



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# 27 septembre 2020 : Autumn Sweater

Voici les premiers jours d'automne, les premiers froids, la pluie et l'envie de s'auto-confiner avec une boisson réconfortante, du chauffage, de la bonne musique, un bon livre, film, jeu voire avec des amis autour d'un bon repas. Bref, c'est l'automne et voici le programme réconfortant de la semaine. Sans oublier le replay de la MAG #11 du 26/09.

Du côté de la musique :

"Echos" de Romain Humeau
"American head" de The Flaming Lips
"Grand écran" de Ensemble Triptikh
"Beethoven : op 109, 110, 111" de Fabrizio Chiovetta
"B.O. d'une scène de meurtre" première émission de la saison 2 de Listen In Bed
"Oiseau(x) scratch" de Luc Spencer
"Debussy" de Philippe Bianconi
"Tête Blême" de Pogo Car Crash Control
"XIII" de Quatuor Ardeo
et toujours :
"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses

Au théâtre :

les nouveautés :
"Le Grand Inquisiteur" au Théâtre national de l'Odéon
"Iphigénie" aux Ateliers Berthier
"Philippe K. ou la flle aux cheveux noirs" au Théâtre de la Tempête
"Le Grand Théâtre de l'épidémie" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Crise de nerfs" au Théâtre de l'Atelier
"Le Quai de Ouistreham" au Théâtre 14

"Les Pieds tanqués" au Théâtre 12
"Le nom sur le bout de la langue" au Théâtre de la Huchette
"La Folle et inconvenante Histoire des femmes" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
les reprises :
"Un Vers de Cid" au Théâtre Essaion
"Album de famille" au Studio Hébertot
"A la recherche du temps perdu" au Théâtre de la Contrescarpe
"Félix Radu - Les mots s'improsent" au Théâtre des Mathurins
"Contrebrassens" au Studio Hébertot
"Leonard de Vinci, naissance d'un génie" au Studio Hébertot
"J'aime Brassens" au Théâtre d'Edgar
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec :
"Victor Brauner - Je suis le rêve. Je suis l'inspiration" au Musée d'Art Moderne de Paris
"Alaïa et Balenciaga - Sculpteurs de la forme" à la Fondation Azzedine Alaïa
"Pierre et Gilles - Errances immobiles" à la Galerie Templon
"Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris

Cinéma :

en salle :
"L'Ordre moral" de Mario Barroso
at home :
"Drôles d'oiseaux" de Elise Girard
"Mise à mort du cerf sacré" de Yorgos Lanthimos
"Terror 2000 - Etat d'urgence en Allemagne" de Christoph Schlingensief
"Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été" de Lina Wertmüller
"Ruth et Alex" de Richard Loncraine

Lecture avec :

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