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The Drift  (4AD / Beggars)  mai 2006

"How To disappear completely".

Cette chanson de Radiohead (par ailleurs grands admirateurs de Scott Walker) résume parfaitement ce que fait Scott Engel (le vrai nom de Scott Walker) depuis une bonne vingtaine d'années.

La disparition, l'effacement, l'abstraction, ces mots collent parfaitement au bonhomme. Difficile de se dire à l'écoute de The Drift qu'il y a une grosse quarantaine d'années Walker déclenchait l'hystérie chez les jeunes adolescentes britanniques. Difficile de se dire que cette voix spectrale, fantômatique, croonait des standards de music hall aux orchestrations luxuriantes que l'on pouvait siffloter sous la douche…

Scott Walker a rapidement choisit son camp. Trop à l'étroit dans son costume de pop star et de sex symbole, il a préféré la fuite vers l'inconfort, il a fait le choix de dissoudre le mythe du play-boy chantant.

Depuis le début des années 80, l'homme est coutumier de ce que l'on appelle communément dans l'industrie du disque le "suicide commercial". D'autres étaient déjà passés par-là. Mark Hollis et Talk Talk avaient surpris tout le monde en tournant le dos à la pop synthétique pour yuppies afin de se tourner vers l'abstraction et le silence.

D'ailleurs Walker est connu pour avoir été la pire vente de Virgin avec son Climate Of The Hunter sorti en 84. Trop exigeant. En 1995, Walker récidivait avec The Tilt, album difficile, qui plongeait l'auditeur à la limite de la suffocation. Ce disque avait fini d'achever les adorateurs de Scott 2, Scott 3 ou encore Scott 4.

The Drift marque une nouvelle étape dans les abstractions sonores du bonhomme. On ne parlera pas de chansons mais de pièces, de matière brute perpétuellement en mouvement. Sur The Drift (la dérive mais aussi le sens, la portée) l'accès au sens reste opaque, tout comme la musique. Walker tisse un écheveau de références complexes, d'événementé marquants du 20ème et du 21eme siècle…

"Cossacks are" démarre sur une rythmique martiale, imposante, emplissant l'espace, et puis la voix de Walker, sortie de nulle part, inquiétante, morbide. Les guitares sont acérées, incisives, atonales. "Clara" évoque la fin de Mussolini et de sa maîtresse. Le morceau est lugubre, parsemé de violons malsains et stridents croisés dans les œuvres de Xénakis. Les percussions sont épaulées par des rythmiques tapées à même sur de la chair animale.

Sur "Jesse", Walker évoque le jumeau mort né d'Elvis Presley et évoque l'attaque des tours du World Trade Center. L'habillage sonore est pesant : quelques notes de guitares éparses résonnent dans l'air, des violons angoissants surgissent de nulle part… Twin Peaks en pire… Le morceau se termine par un déchirant "I'm the Only one left alone".

"Hands me up" est un déluge apocalyptique prétexte à une critique en règle de la télé-réalité. Le morceau est construit sur un riff de guitare que l'on croirait sorti de chez Nine Inch Nails… Walker promène sa voix mélodramatique, de hurlements se font entendre en arrière plan.

Seul le dépouillé "A Lover Loves" ramène un peu d'humanité dans le chaos. L'apaisement reprend ses droits, seule une guitare acoustique et la voix de Walker occupent l'espace.

The Drift restera une œuvre ultime, difficilement classable, à la croisée du rock avant-gardiste et de la musique classique contemporaine. Ce disque hisse surtout Walker au Zénith de la narration. Pour toute personne normale, ce disque semblera être l'œuvre futile et grand-guignolesque d'un mégalomane prétentieux. Or, The Drift est à sa manière un classique, l'équivalent musical des "Dublinois" de James Joyce.

Reste à trouver la patience de se laisser emporter…

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

Une 2ème chronique de l'album The Drift de Scott Walker


Julien P.         
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# 5 février 2012 : Enfin l'hiver

Alors voilà, cela fait des mois que tout le monde s'étonne que le climat est plutôt clément en ce dernier hiver avant la fin du monde et puis d'un seul coup, quand il se met à faire un temps... d'hiver, c'est la panique, la télé sort ses reportages, l'instagrameur guette le moindre flocon et surtout tout le monde se plaint du froid. En attendant, on risque de se retrouver avec un album de Mallaury Nataf avec ces conneries. D'ici là, voici le programme de la semaine.

Du côté des platines :

"Violent hearts" de Shimmering Stars,
"The night visitor" de Anna Ternheim,
"Have som faith in magic" de Errors,
"Breakers" de Gem Club,
"Hall music" de Loney Dear,
"Future this" de The Big Pink, retrouvez aussi The Big Pink en interview et en images,
"Le temps qu'il faut" de Bertrand Betsch, ainsi que la deuxième partie de son interview qui fait logiquement suite à la première,
Watine en Froggy's Session, après la sortie de son disque "Still grounds for love",
Ibrahim Maalouf en concert au Fil de Saint-Etienne, Ibrahim Maalouf nous a également accordé une interview,
Shaka Ponk à l'Aéronef de Lille,

Au théâtre :
Les nouveautés de la semaine :
"Mystère Poe" au Théâtre L'Atalante
"S'envoler" au Nouveau Théâtre de Montreuil
"L'heure d'après" au Théâtre du Petit Hébertot
"Sortir du corps" à la Maison des Métallos
"Jacques et son maître" à la Pépinière Théâtre
"La trilogie degli occhiali" au Théâtre du Rond-Point
"Urbik/Orbik à la ville comme à l'univers" au Monfort Théâtre
"Sade 2.0" au Théâtre Les Déchargeurs
"Etty" au Théâtre de l'Ouest Parisien
"Copines d'avant" au Théâtre des Blancs Manteaux
"Amour, action ou vérité" au Théâtre des Blancs Manteaux
et un spectacle jeune public : "Lancelot, le chevalier de Merlin" au Théâtre de la Porte Saint Martin
Les reprises à ne pas rater :
"A toi pour toujours, ta Marie-Lou" au Théâtre Essaïon
"L'or" au Théâtre La Bruyère
"Même si tu m'aimes" au Théâtre Michel
Toujours à l'affiche :
"Simpatico" au Théâtre Marigny
"Le désert des Tartares"au Théâtre du Petit Hébertot
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre de la Porte Saint Martin
"F-X" au Théâtre Le Lucernaire
"Le système de Ponzi" au Théâtre des Abbesses
"L'envers du décor" au Théâtre Le Ranelagh
"La scaphandrière" au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue
"La trilogie de la villégiature" à la Comédie Française
"Rose" à la Pépinière Théâtre
"Naples millionnaire" au Théâtre de la Tempête
"Les Roches Noires" au Vingtième Théâtre
"Sur le chemin" à l'Auguste Théâtre
"Dialogues de sourds" à l'Auguste Théâtre
"Lo Speziale" au Théâtre des Artistic Athévains
"Richard III n'aura pas lieu" au Théâtre 13/Jardin
"Bronx" au Théâtre des Bouffes Parisiens

Exposition avec :

"Paint B.A.L." au Musée de la Poste

Lecture avec :

"Le refuge" de Niki Valentine

Cinéma avec :

La sélection de la semaine :
"Le Marin Masqué" de Sophie Letourneur
"Un monde sans femmes" de Guillaume Brac
"La taupe" de Tomas Alfredson
Les sorties récentes :
"Sur la planche" de Leïla Kilani
"Fleur de béton" de Stéphane Esse et Audrey Lange
"Tahrir, place de la Libération" de Stefano Savona
"Anonymous" de Roland Emmerich
"Le Printemps de Téhéran" de Ali Samadi Ahadi
"2018" de Quentin Théron
"Il n'y a pas de rapport sexuel" de Raphaël Siboni
"Let My People Go !" de Mikael Buch
"Les Nouveaux Chiens de garde" de Gilles Balbastre et Yann Kergoat

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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