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Le Jeu de Paume  (Paris)  Du 16 mai au 3 septembre 2006

Le Jeu de Paume présente une rétrospective de l'œuvre de Cindy Sherman, artiste plasticienne américaine, utilisant la photographie comme support et son propre corps comme modèle, qui connût une reconnaissance et un succès commercial immédiats dès sa première exposition.

Considérée comme une pionnière de la photographie post-moderne, dont la caractéristique majeure réside dans l'appropriation des stéréotypes de la représentation, du cliché de presse, à la publicité en passant par le cinéma et même la peinture classique, elle a élaboré une œuvre qui résiste cependant à toute tentative d'analyse réductrice, dénonciation féministe des stéréotypes culturels et sociaux, autoportraits reflétant une recherche identitaire profonde, happenings sur le rapport entretenu avec l'art et le sexe, artiste camp de l'underground américian des seventies, simple fantasmagorie ?

"Mes photos ne sont pas un clou enfoncé dans la tête des gens. Aucune n'a de titre. L'interprétation doit être multiple. Et j'ai beaucoup changé de registre" précise Cindy Sherman. Que ce soit ou non dans des travaux de commande, elle se met en scène et se métamorphose au moyen de travestissements patents, prenant soin de ne jamais montrer son vrai visage, et encore moins son corps dénudé.

Privilégiant une scénographie très épurée sur des murs blancs, l'exposition se veut didactique à travers un déroulement chronologique qui permet d'appréhender le travail de Cindy Sherman sur une période de presque 30 années, de 1975 à 2003.

On constate qu'au fil du temps les formats de ses photographies, dépourvues de légende et réunies en des séries au titre générique, s'agrandissent, des petits formats noirs et blancs des "Untitled Film Stills" des années 80 aux clichés immenses des "Clowns" du deuxième millénaire, que dès 1980 le noir et blanc a cédé la place à la couleur avec les "Rear Screen Projections", et que, face au dilemme engendré par le postulat de départ qu'est l'auto interdiction de photographier d'autres modèles, elle doit recourir à des corps inanimés de poupées ou de mannequins pour représenter les Sex Pictures.

Une constante cependant : la représentation n'est jamais joyeuse. Au mieux révélatrice d'un étrange malaise au pire horrible et mortifère.

Car les œuvres de Cindy Sherman déclenchent essentiellement, au premier abord, des réactions viscérales allant au delà de la simple attraction ou répulsion qui se manifestent dans une deuxième temps quand, le choc visuel dépassé, le sujet est appréhendé par la raison. Et il est aussi évident que les qualités techniques de la photographie sont totalement occultées par le néophyte au profit du sens.

Le corps véhicule de l'exploration des identités plurielles mélancoliques

La femme multiple

L'exposition commence par les 5 portraits de la série Untitled A-E de 1975. Photographies en noir et blanc peu contrastées, comme des photomatons, de portraits en buste, visage souriant de face, le regard fixant l'objectif, épaules souvent découvertes, laissant parfois voir des marques de bronzage. Clown amateur, femme fatale ou jeune femme timide, le visage malléable et neutre de Cindy Sherman se grime, selon différents âges, avec quelques rares éléments vestimentaires appuyant la physionomie.

Une curieuse sensation assaille le spectateur à la vue de ces portraits simultanément stéréotypés dans l'expression et représentant les avatars d'une même personne.

Toujours des petits formats en noir et blanc pour les Untitled Film Stills qui sont formellement calqués sur les photos extraites des films que l'on affiche à l'entrée des cinémas.

Dans cette série de noir et blanc à l'esthétisme très policé, Cindy Sherman se métamorphose en "vedettes de cinéma" des années 50-60 dans une pose d'image arrêtée qui fige les personnages, le regard détourné de l'objectif mais regardant quelque chose hors cadre que le spectateur ne peut qu'imaginer. Ces femmes rappellent celles peintes par Edward Hopper dans un univers banal et ordinaire et envahies d'une mélancolie profonde.

Les Rear Screen Projections constituent une déclinaison des Untitled Film Stills. Les personnages photographiés, non plus dans un décor en trois dimensions mais plaqués devant un décor à une dimension résultant de la projection d'une diapositive, sont actifs, saisis dans une action qui paraît sinon plus évidente du moins plus logique au regard.

Avec les Centerfolds/Horizontals, la femme est clairement située dans un contexte sexuel.

Réalisées dans le cadre d'une commande d'un portfolio par la revue Artforum, Cindy Sherman réalise ces photos sur le modèle des doubles pages de magazines dits "de charme". Elle en détourne complètement l'érotisme latent au profit de situations induisant une sexualité subie, sexiste et violente. Souvent allongées, les femmes ne sont plus lascives et consentantes mais tristes et soumises. Le regard ailleurs, elles subissent la domination symbolisée par un téléphone, une coupure de journal, des chemises d'hommes accrochées à une porte.

 

Dans les Pink Robes, les femmes en peignoir rose, représentant des modèles saisies dans leur intimité, regardent l'objectif

Il en est de même dans la série Fashion dans laquelle, en réponse à plusieurs commandes de revues de mode.

 

Cindy Sherman fait porter le vêtement de mode par des femmes ravagées, édentées, tatouées, les mains sanglantes, dans des poses parfois violemment suggestives, jambes ouvertes.

Le cheveux gras, le visage sale, l'air dément contrastent avec les traditionnelles images de mode mettant en scène des femmes lisses et belles.

Pendant moderne des History Portraits/Old Masters, la série Hollywood/Hampton Types propose d'effrayants portraits frontaux, à la fois hyper réalistes, grotesques et pathétiques de représentations féminines stéréotypées.


Elle est il

Les avatars de Cindy Sherman se diversifient avec les série Bus Riders, Murdery Mystery et Historic Portraits dans lesquelles tous les éléments physiques d'identification, l'âge, le sexe, la couleur de peau, sont explorés.

Sur un fond unique totalement déconnecté de la réalité de la station de bus, mur blanc sale et parquet, le fil du déclencheur apparent, la série Bus Riders fige des portraits en pied avec un objet à terre (chaussures, papier…) et la marque du cadrage au sol, des passagers d'un bus invisible.

Cindy Sherman se grime et se démultiplie en autant de personnages des deux sexes, du petit chaperon rouge au collégien en passant par le photographe ou la bonne.

Ce procédé est repris dans Murdery Mystery, où elle s'amuse à camper des personnages d'un cluedo à inventer.

A l'occasion d'une commande pour des porcelaines, Cindy Sherman s'attaque, avec les History Portraits/Old Masters, ici présentés en galerie, à l'iconographie de la peinture figurative classique pour incarner les modèles plus ou moins imaginaires de portraits historiques d'un réalisme grotesque et iconoclaste.

Le corps dépersonnalisé

Dans l'imaginaire (Fairy Tales, Masks) ou dans la réalité (Diseasters, Civil Wars), l'horreur imprime sa marque au corps.

Avec les Fairy Tales, Cindy Sherman, malgré son doux prénom de manguette, ne nous transporte pas du côté de Disneyland.

Ses contes sont de véritables cauchemars car la dame est amateur de films d'horreur. Bien sûr, l'effrayant est sous jacent au merveilleux mais elle privilégie le premier qui se veut cathartique. Ainsi la belle odalisque du bain turc arbore un sourire de vampire et est affublée d'immondes seins postiches, le visage devient magma bleu.

Cauchemar comme les restes de corps en putréfaction de Civil wars pictures et Diseasters Pictures ramenant le corps à quelques éléments organiques

Les représentations sont explicites et poignantes : le corps dévasté se réduit à des déjections et à des décompositions informes.

Seuls des restes de membres ou un lambeau de vêtement vêtement rattachent à l'humain.

Dépecé, humilié, torturé, le corps se résume à des lambeau anonymes et le spectateur est renvoyé à ses peurs et à son imaginaire mortifère.

Tu n'es que poussière et tu retourneras à la poussière.

 

 

 

Et quand il y a un visage, son apparence humaine a disparu, phagocytée par le masque, un masque bouillonnant ou rigidifié (Masks).

 

 

 

 

 

 

 

 

La monstruosité poussée à l'extrême et la dislocation donne naissance aux créatures de la série Horror and Surrealist pictures.

Le sexe déshumanisé

Après avoir dénaturé la corporéité sexuée par l'exacerbation des signes extérieurs jusqu'à l'absurde, le vulgaire, le grotesque, l'épouvantable, Cindy Sherman s'attaque au corps sexué et il est réduit au sexe sans visage. Dans ce domaine elle ne se met pas en scène. Pour Broken Dolls et Sex Pictures, elle opère par le truchement de poupées, poupées de celluloïd, mannequins de bois ou jouets, comme si elle ne pouvait assumer ces fictions du moi.

Mannequins amputés, orifices béants, plastron mammaire, les Sex Pictures cristallisent les désirs bruts, clairement représentés et cependant équivoques.

La réification n'entraîne aucune distanciation par rapport au sujet et le spectateur est littéralement saisi.


Dans la série Broken dolls, photographies en noir et blanc, comme pour les Sex Pictures, Cindy Sherman procède par le truchement de poupées au corps ravagé et utilisées dans des postures pornographiques

 

 

L'exposition se clôt sur la série récente des Clowns dans laquelle apparaît le photomontage.

Le personnage du clown qui relève de la symbolique de l'enfance mais également symbole de l'ambiguité, celle des fameux clowns qui sont de tristes sires, est traité de manière angoissante par Cindy Sherman.

Que, à la manière d'un cauchemar, leurs grosses têtes entourent une petite fille en barboteuse ou qu'ils arborent une tête de monstre de Frankestein serrant une poupée Ken dans leur main, ils sont davantage inquiétants que grotesques.

D'ailleurs, le clown n'arbore-t-il pas un faux sourire permanent ? Et si c'était vraiment Cindy Sherman ?

 

"Ce n'est pas moi dans l'exposition" Cindy Sherman

avec l'aimable autorisation du Jeu de Paume

Crédits photos : Thomy Keat (Plus de photos sur La Galerie) sauf 6, 12, 13, 16 et 17 MM


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# 5 juillet 2020 : Un avant goût de vacances

il fait (presque) beau partout, on sort un peu de chez nous, on voit nos amis, on pense aux vacances. Chez Froggy's on continuera tout l'été à vous alimenter en culture mais ce sera peut être un peu plus calme. En attendant, voici le sommaire et bien sûr le replay de La Mare Aux Grenouilles #5 !

Du côté de la musique :

"Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.
et toujours :
"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"La Putain respectueuse" par Gérard Gélas
"Dracula Asylum" par Felicien Chauveau
"L'Homme qui rit" par Gaële Boghossian
"Cage" par Jacques Bellay
"Kyste" de et par Eloïse Hallauer et Camille Soulerin
et une pépite : "Jimmy's blues" de James Baldwin par Nicolas Repac et Anouk Grinberg
du théâtre moderne :
"Vient de paraître" d'Edouard Bourdet par Jean-Paul Tribout
"La vie de Galilée" de Bertold Brecht par Eric Ruf
le répertoire classique par la Comédie français d'hier et d'aujourdhui :
"Le Mariage de Figaro" de Beaumarchais
"On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset
Au Théâtre ce soir :
"Les Petits oiseaux" d'Eugène Labiche
"La Reine Blanche" de Barillet et Grédy
"Les Petites têtes" d?André Gillois
des comédies :
"L'Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim
"Jeux de mots bêtes pour gens laids" autour de textes de Bobby Lapointe
"Pochettes Surprise" de Jacky Goupil
du côté des humoristes :
"Jean Luc Lemoine - Au naturel"
"Moustapha El Atrassi - Second degré"
du théâtre visuel avec "L'Avare" par la Compagnie Tàbola Rassa
et enfin du théâtre lyrique avec"Ercole Amante" de Francesco Cavalli par Christian Hecq et Valerie Lesort

Expositions :

les réouvertures de la semaine :
le Musée d'Art Moderne dela Ville de Paris avec les collections permanentes de "La Vie Moderne" dans sa nouvelle présentation et la salle Matisse
le Musée Rodin
le Musée national des Arts asiatiques-Guimet
le Musée Cognacq-Jay et le Musée du Louvre
et les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
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Cinéma :
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du thriller :
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