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Interview  (Paris)  10 octobre 2003

Vendredi 10 octobre 2003, au Chao Ba, dans le 18ème arrondissement qu'il affectionne que nous avons rendez-vous avec Bertrand Louis, auteur-compositeur-interprête français qui sort un deuxième album "2".

Réservé, sensible, et sympathique, il répond à nos questions avec sincérité, humour et modestie et un grand sens de l'autodérision envers son personnage d'outsider de la nouvelle chanson française.

A titre liminaire, il réagit à l'article que nous lui avons consacré.

Le parallèle avec Alexis HK ne me gêne pas mais c'était plutôt la descrition des personnages "fils de soixantehuitards" qui me gêne un peu.

Il est vrai que le bandeau est un peu ironique et provocateur...

J'ai bien compris...

Vous êtes souvent cité comme un des fleurons de ce que les médias appellent la nouvelle chanson française. Que pensez-vous de ce que les médias appellent le renouveau de la chanson française ? Vous avez l'estampille "Renouveau de la chanson francaise" mais vous, où vous situez-vous?

En fait il y a un terme qui me convient c'est "outsider " (rires). Non il est vrai que j'ai un succès d'estime, pas mal de gens parlent de moi mais je n'ai pas encore touché la grande presse notamment. Même si ce n'est pas ce que je recherche à tout prix, je pense qu'il faut forcément en passer par là.

Mais acceptez vous la comparaison avec tous les ACI ?

Enfin moi le terme nouvelle chanson française, ça me fait rire déja, il faut bien mettre des étiquettes bien sûr, mais personnellement je ne trouve pas cela très nouveau. D'ailleurs votre article m'a fait rire parce que justement je me disais il y a quelque temps que c'était un retour aux ACI, par rapport aux produits ou l'on prend le meilleur auteur, le meilleur compositeur, un gars qui a une voix que les gens aiment bien et puis on balance ça et ça cartonne sur les radios.

C'est vrai que la nouvelle chanson francaise se sont des entités, c'est a dire que l'on fait tout (enfin moi en tout cas) arrangements etc... et .. c'est plus humain, ça peut pécher par certains cotés, ce ne sont pas des machines. Par exemple chez certains la voix peut être un peu moins bien mais comme le texte est très travaillé ce n'est pas un problème...d'autres ce sera le contraire, cela crée une personnalité, nous sommes humains, pas des robots.

Vous faites effectivement tout, quelles sont vos exigences vis a vis de vous même ?

J'ai une voix un peu monocorde par exemple je pourrais, peut etre, ne plus chanter, je sais pas .. mais ça fait partie de mon personnage...

Quel est l'apport des musiciens ? ce sont seulement des interpretes ?

Le 1er album je l'ai fait entièrement tout seul, et puis ensuite j'ai pris des musiciens pour jouer sur scène et j'adore jouer avec des musiciens. C'est vrai qu'au départ c'était quand meme un petit peu fasciste, genre fallait faire mes morceaux et rien d'autre et puis au fur et à mesure, même dans le cadre de mes chansons, ils arrivent à trouver leur liberté, leur expression.

Le deuxieme album je l'ai beaucoup plus fait avec les musiciens, c'est à dire que j'avais des bases de morceaux qui étaient beaucoup moins travaillées et donc on a répété ensemble et puis on a joué pour ensuite aller en studio et enregistrer là très vite et ensuite j'ai tout repris et réagencé. Donc il y a un apport de vie, de matière, important.

Il y a également Jérôme Perrin sur le disque, c'est votre frère ?

Oui exactement.

Ca se passe comment avec lui ? Y a t il une certaine symbiose ?

Oui bien sur, on fait de la musique ensemble depuis très longtemps. Lui il a son groupe, (Polaroid), un groupe d'électro, avec du texte mais quand même tout ordinateur, qui va bientot sortir un disque . Il me donne des coups de mains sur scène, sur l'album il joue de la basse et comme il est très branché électro, programmation etc... je lui fais parfois des petites commandes genre "tiens fait moi une petite programmation sur tel ou tel morceau", je vampirise un peu ses compétences :)

Quel est votre parcours musical ?

Alors moi j'ai un double parcours musical. J'ai été au conservatoire depuis tout petit et j'ai découvert le rock vers 13 ans ce qui fait que j'ai toujours eu ces 2 influences là. On avait fait un petit groupe au lycée, avec mes 2 frères. Et puis au fil du temps, comme on n'a pas toujours été dans la même ville on a un peu arrété et maintenant on rejoue parfois ensemble avec mon frère puisqu'on est tous les deux à Paris bien que sur des projets différents.

Contrairement à beaucoup d'autres ACI actuels, vous ne semblez pas issu du sérail, pas de famille dans l'audioviuel ou autre ?

Non et ça me manque beaucoup. D'ailleurs ma mère m'a dit un jour "si ton père c'était Aznavour, t'inquiètes pas que ça se passerait mieux pour toi" (rires).

Comment se sont donc passés vos premiers pas dans la chanson alors ?

Et bien justement assez difficilement car je n'avais aucune connexion. Et c'est vrai que je me posais des questions au sujet des "fils de" car... bon ils manquent pas de talent pour y arriver car c'est pas un métier facile.. mais ça doit être plus simple car ils doivent être mieux aiguillés.

Moi j'ai eu des débuts difficiles car je n'ai pas forcément rencontré les bonnes personnes. Je n'ai pas non plus été forcément très bien conseillé et ça n'a pas avancé comme ça aurait pu ...En même temps en terme de délai c'était pas forcément très long, à partir du moment ou j'ai fait les maquettes ça a dû prendre 1an et demi ou 2 ans.

Enfin vous n'avez pas si mal été aiguillé que cela puisque votre 1er album a quand même été produit par Ian Caple !

Oui ! justement, c'est bien ça le truc, c'est que à partir du moment où mes maquettes étaient faites il n'y avait plus de question à se poser je voulais que ce soit comme ça point final. En plus Ian Caple avait déjà écouté mon disque par hasard et sans dire que c'est lui qui est venu me chercher, c'est vrai que quand j'ai pensé à lui pour produire et que l'on m'a dit qu'il avait écouté et aimé mon disque ça c'est très vite concrétisé. Et ça c'est grâce à Polydor car c'est au moment où je suis rentré chez eux que les connexions se sont établies.

Cela s'est passé de la même façon avec Gilles Martin?

Oui, du fait que je suis parti de rien dans la musique, sans contact, je me crée maintenant ma propre famille, je rencontre des gens au fur et à mesure.

Gilles Martin j'ai toujours apprécié son travail notamment sur le premier Miossec. D'ailleurs au départ je devais travailler avec un autre réalisateur qui a pas pu le faire (qui travaille avec Miossec maintenant) et qui m'a proposé Gilles Martin et j'ai tout de suite aimé l'idée.

Finalement 2 ans c'est pas si long pour tout ça ...

C'est vrai ... je suis peut être un peu impatient :)

Avez vous en stock d'autres textes pour un prochain album ?

Ah non ! (rires). Je fainéantise un peu en ce moment. J'ai bien 2 ou 3 petits trucs mais je voudrais éviter les redites, alors j'essaie de me ressourcer, de trouver l'inspiration en vivant au quotidien. En fait je travaille beaucoup par période, je ne suis pas tout le temps en train d'écrire des chansons.

Alors justement, comment travaillez- vous ? Quelles sont vos sources d'inspiration ?

Ca part souvent d'une idée que j'ai et puis ensuite j'observe beaucoup autour de moi, je discute avec les gens sur ce sujet (sans leur dire bien sur "tiens je vais faire une chanson la dessus"). Je suis comme tout le monde, on a tous les mêmes problèmes, les mêmes joies.
Je met aussi de coté des idées que je prend dans les pubs chez les autres chanteurs et puis après je vais à la pêche dedans sur les trucs qui concerne ce sujet là et puis j'en fais une chanson ...

Y a t il des auteurs qui vous inspirent plus que d'autres ? (j'ai trouvé un coté tres gainsbourien dans votre façon d'utiliser les allitérations)

Effectivement j'ai très envie que le texte soit structuré, dansant, qu'il y ait des rapports de sonorités, donc ça en effet Gainsbourg l'a fait mais ça vient aussi de la poésie, notamment, j'aime beaucoup Baudelaire.

Et sur le plan musical , quelles sont vos sources d'inspiration ?

Les grandes influences du passé ... La musique classique m'a beaucoup marquée, dans la chanson .. Brel et Gainsbourg . En ce qui concerne la musique de maintenant, c'est un peu tout, je me tiens au courant de tout ce qui se fait, notamment la musique électronique ... que l'on dit nouveau....
Ca peut etre parfois dans un bar, j'entends un truc, je ne cherche même pas à savoir ce que c'est mais ça peut me donner une idée de faire une chanson.

Le fait d'être sur une Major, n'entraîne-t-il pas des contraintes en termes de productivité et de liberté ?

Non pas du tout, c'est très cool pour ça. C'est plutôt à moi de me faire mes échéances. D'ailleurs quand le deuxième album a été prêt c'etait un peu genre "ah deja !". Faut reconnaitre que être dans une major c'est pas comme ce que les gens pensent, autant des trucs qui paraissent bien le sont pas forcément, autant sur ce plan là c'est vraiment bien.

La signature avec une major est un hasard?

C'est un destin ! Non en fait moi je voulais être signé sur Lithium ou bien un label dans le genre , je trouvais que ce label allait bien avec mes chansons, mes arrangements etc... Mais aucun de ces petits labels n'a voulu me signer.

En connaissez-vous la raison?

Non c'est un mystère. Le même mystère qui fait qu'actuellement j'ai de bonnes critiques dans pas mal de médias et que pourtant ...ça ne décolle pas vraiment en terme de ventes par exemple.

Peut être parce que les gros consommateurs de disques actuellement ce sont les ados et que vous êtes pas dans ce créneau ?

Oui c'est vrai, et puis la nouvelle chanson française n'est peut etre pas encore tres bien soutenue par les médias, il n'y a pas de radio dédiée à cette chanson par exemple comme il peut y avoir des radios rock, etc..Et quand c'est soutenu (comme sur France Inter) c'est au compte goutte, c'est quelques artistes seulement qui sont choisis et qui percent...

Comme Vincent Delerm par exemple qui a eu un succès fulgurant ...

Oui voilà c'est tout à fait ça, ils en sélectionnent un et il cartonne, c'est le même principe que la Star Academy finalement sauf que là c'est le fait de gens qui pensent qu'ils sont intelligents.

Qui pensent être intelligents .... ?

(rires) Ah .. j'aime bien faire des petites remarques ironiques de temps en temps ...parce que c'est devenu unl ieu commun de dire "c'est de la chanson intelligente". c'est vrai que ça explose, c'est notre temps, c'est plein de boue et plein de monde et de temps en temps ça explose un peu comme les volcans il y a des éruptions et c'est chacun son tour, ça sort et ça retombe.

Ne pensez-vous pas qu'il y a aujourd'hui de plus en plus de produits et de moins en moins d'artistes?

Non je trouve qu'il y a beaucoup d'artistes

La promo décrit votre dernier album comme haut en couleurs avec 14 chansons qui se baladent dans tous les styles musicaux. Cet éclectisme musical résulte-t-il d'un choix ? Si oui, quelle en est la raison ? Un choix impossible, un désir de balayer large ou le fait de considérer que chaque texte insuffle sa propre couleur musicale au détriment d'une théorie de l'unicité de son de l'album ?

Je coche la troisième solution. En fait l'éclectisme est un inconvénient pour se faire connaître; l'album est pas assez rock pour les radios rocks, les radios chansons me trouvent trop barré... et moi cet éclectisme résulte d'un vrai choix. J'ai voulu pousser chaque morceau à ses limites par rapport à l'inspiration initiale.

Par exemple dans "le chien" le côté teigneux pouvait s'exprimer par le rap ainsi j'ai écouté après le chien de Ferré et cette chanson est presque rappée et il a pris ce côté là. Je ne voulais pas faire un morceau rap en soi et uniquement pour faire un morceau rap. Mais je suis fan de NTM et Public ennemy.

Pour la bossanova, c'est "the girl of ipanema", ça renvoie à une fille qui passe comme dans un rêve. "la plus belle fille du web" s'inscrit naturellement dans la musique électronique car le web est un monde en soi un peu déconnecté du réel.

J'ai voulu atteindre l'unité dans le multiple pour aboutir à la globalité d'un personnage qui est unitaire ; je trouve qu'il n'y ai pas de contradiction dans mon album.

Le fait de balayer large ça me fait rire parce que j'y ai pensé aussi et pourquoi pas. Il y a des perversions et des défauts qu'il faut exprimer et je suis aussi un peu pervers et arriviste. Mais je ne le renie pas.

Quels sont vos ambitions ou vos désirs?

Trouver un public même s'il s'agit d'une petite niche - on en revient au chien - comme certains artistes qui ne vendent pas énormément de disques mais ont leur public et quand ils sortent un album ils font des concerts. Mon album est sorti en mai et j'ai fait deux concerts. Bientôt je vais en faire plus.

Je ne suis pas obligé de ramer pour trouver une première partie et que les gens disent "tiens bertrand louis c'est bien" même sil savent que c'est une salle de 200 places et pas forcément un zénith.

Vous êtes produit par un gros label et il ne semble pas y avoir une grosse infrastructure promotionnelle...

Si elle existe mais les gens ignorent que les rois du pétrole ne sont plus les maisons de disques mais les programmateurs de radios qui font et défont les artistes. Il y a dix quinze vingt ans un patron de maison de disque pouvait influer sur les programmations. Maintenant c'est quasiment impossible car ils veulent faire ce qu'ils veulent et insister pour promouvoir un artiste pourrait même s'avérer négatif et se retourner contre l'intérêt de l'artiste.

Ce sont donc des diktats des programmateurs de l'audiovisuel?

Oui. Au niveau du label le travail est fait

Avant votre premier album, vous aviez fait de la scène?

Pas trop. J ai fait des petits bars à Paris mais je suis arrivé un peu vierge en ce qui concerrne la scène. J'en ai fait plus après mon premier album et j'étais un peu stressé. En étant sous une major il y a eu vite des dates importantes comme l'Européen et c'était pas facile. Maintenant je me sens mieux sur scène et j'y vais.

Sur scène, l'éclectisme de l'album est-il gênant pour les musiciens?

J'ai fait un choix pour la scène en faisant un panel des deux albums et certains titres, comme "Voisin voisine", un peu barré et que j 'ai vraiment envie de chanter sur scène, sont plus difficiles à programmer en concert.

Vous parliez du zénith pensez-vous que les grandes salles sont adaptées au côté intimiste de vos chansons ?

Oui je m'étais fait la réflexion je l'avais jamais dit "c'est intimiste ce que je fais" mais l'intimité est grande. (rires) J'ai fait une première partie à l'Olympia qui est la grande salle intimiste où la voix part dans le public et je fais les premières parties de Bénabar et de Mickey 3D qui jouent dans des salles de 1000 places. J'aime bien les grandes salles car sur scène je suis plus rock et cela de plus en plus.

Les interprétations sur scène sont-elles différentes?

Non, mais sur scène le côté rock ressort davantage . Les chansons du deuxième album peuvent s'écouter de manière intimiste mais aussi en élevant le niveau sonore qui libère de l'énergie.

Il est vrai qu'à la première écoute à volume faible, l'album paraît très easy listening et que les réécouter en augmentant le volume font qu'il gagne à être réécouté.

Oui et je pense qu'il en est de même pour le premier album. Beaucoup de personnes me l'ont dit et la difficulté pour se faire connaître et être diffusé, vient aussi de là parce qu'il faut prendre le temps d'écouter plusieurs fois un album et que peu de gens le font.

Pour les concerts, les premières parties notamment celle de Mickey 3D sont imposées ou choisies?

En fait, nous avons le même tourneur et ça marche plutôt bien. Il est vrai que je ne l'aurais peût être pas penser au début. Le public est en adéquation car Mickey 3D est le rat des champs et moi je suis le rat des villes mais sur scène il y a des similitudes.

Vous avez été récipiendaire du Prix Félix-Leclerc de la chanson - Volet France - 2002 . Qu'en avez-vous pensé ? Quel en a été l'impact ?

C'est bien parce que je suis allé aux Francofolies de Montréal où j'ai joué dans deux grandes salles notamment au Spectrum. Mon disque est sorti là bas et à ma connaissance les ventes se passent plutôt bien.

Je me disais les prix je m'en fous mais en réalité c'est assez flatteur parce que l 'on a besoin de reconnaissance.

Précisément et la reconnaissance du public: aimez-vous jouer en live?

Oui de plus en plus. Au début, j'étais un peu flippé sur scène mais j'aimais bien parce que c'est un moyen de partir, de prendre la route. Maintenant, ça va mieux. Mais pour accéder à la province c'est plus diffcile.

Vous avez des dates en province et dans des villes importantes telles que Lyon...

C'est vrai mais je suis tout à fait prêt à aller dans les petites villes mais pour le moment il n'y a pas d'opportunité. Galérer sur la route, j'aimerais.

C'est de tourner sur les petites villes ou alller chercher le public là où a priori on n'est pas susceptible de le trouver?

Oui un peu des deux, je coche les deux.

Sur l'album vous êtes dix , ce qui fait une grosse formation pour la scène...

Sur scène la formation normale c'est quatre; actuellement on est trois. Il y a beaucoup de programmation mais ça passe bien, ça fait pas play back. Pour le moment, je ne peux pas me permettre plus.

Une question un peu indiscrète, vous pouvez d'ailleurs ne pas y répondre. Etre sur une major permet-il de vivre de sa musique?

Je pense. Le fait de signer avec une major permet de dégager un peu d'argent pour la production de l'album avec une avance. Ce n'est pas énorme mais, avec le statut d'intermittent et les quelques concerts que je fais, ça me permet de vivre.

Les concerts ne coutent-ils pas plus cher qu'ils ne rapportent?

Les concerts coutent de l'argent à la maison de production mais moi je suis payé. Le soutien d'une major n'est pas négligeable. Mais si les ventes ne suivent pas la major ne continue pas et il y aura un problème. Cela étant je ne m'en soucie pas trop parce que je vis l'instant.

Sur le topo promo il y a de petites notes de présentation pour chaque morceau. En êtes-vous l'auteur car certaines sont assez prétentieuses (par exemple pour "je balaie" : abstraite et intellectuelle) ?

Oui. je fais de l'autodérision.

L'autodérision ne constitue-t-elle pas une manière d'anticiper les critiques?

Oh oui parce que je suis susceptible et paranoïaque. C'est vrai qu'il faut s'assumer et que je le fais de plus en plus mais au début on m'a souvent accolé le terme d'intellectuel et ça me faisait chier alors que maintenant je trouve ça bien.

La chanson" je balaie" est née à une période où je n'arrivais pas à écrire et je voulais me forcer à écrire sur le vide, un peu comme l'être et le néant de Sartre.

Vous avez fait des études littéraires?

Non, scientifiques mais j'ai beaucoup lu de littérature et de philosophie

Sur votre deuxième album, "Slogan 2" reprend les mêmes ingrédients que "Slogan" du premier album. S'agit-il d'un filon?

Je ne sais pas s'il y aura une série, comme les films. Le premier est différent car le slogan principal c'est "la vie est un voyage" et les thèmes sont sur la provocation de l'argent par rapport à la pauvreté. Et je ne chantais pas, je parlais.

Le deuxième est sur la prétention. J'ai exprimé mon côté prétentieux et j'aime bien le deuxième parce que j'ai réussi à chanter sur les slogans

Pour "Slogan 3" je ne sais pas, il faut que je trouve le déclic.

Il pourrait y avoir un slogan par album, une sorte de fil rouge....

Oui pourquoi pas? D'ailleurs l'utilisation de slogan se généralise et on les retrouve dans d'autres titres comme " l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" et "dans mon pays le noir est une couleur" où le titre est un slogan.

J'ai d'ailleurs essayé de les envoyer aux sites de casseurs de pub même si ce n'est pas dans le but de casser les pubs que je les utilise; enfin si casser un peu, montrer la débilité qu'elles véhiculent.

Lou Reed à Barbés se classe aussi dans la prétention?

Non la musique au niveau des accords me fait penser à Lou Reed. Je ne suis pas un gros fan de Lou Reed mais parfois je m'en sens proche au niveau des attitudes.

Transition facile quel genre de musique écoutez-vous? et aimez vous?

Un peu de tout. Jai eu des coups de coeur pour NTM, Public enemy, Velvet underground, les Doors , Gainsbourg...

Sinon, maintenant j'écoute beaucoup de choses pour me tenir au courant des influences du moment ; j'ai envie d'avoir les oreilles ouvertes en permanence pour connaître mon époque et ses tendances.

Actuellement, je n'écoute pas grand chose. Tout dépend des périodes.

Et pendant les périodes d'écriture?

Pour le moment le mystère de la création de l'écriture...Il n'y a pas de systématisme

Vos préoccupations du moment sont les concerts?

Oui bien sûr.

Au début de cet entretien, vous avez parlé de votre voix qualifiée de monocorde. Qu'en pensez-vous?

Bien, j'aime bien comme je chante, je ne sais pas quoi dire. Dans le premier album, elle était un peu coincée du fait du stress. Mais ça plaisait aussi. Je m'autodérisionne aussi parce qu'on avait dit que ma voix était blanche alors dans cet album, j'ai écris "écoute ma voix blanche".

Je la travaille un peu en ce moment pour garder le souffle d'autant que la vie des concerts n'est pas très saine, on picole un peu après.

Ce qui fait progresser la voix c'est les concerts

Ne pensez-vous pas que la multiplication des concerts va vous éloigner de l'écriture ou du moins du temps de l'écriture?

Je ne sais pas car je ne l'ai pas encore vécu. C'est vrai que je me demande parfois comment certains, comme Bénabar qui tourne beaucoup font pour écrire. Mais j'ai vraiment envie de partir en tournée, de ne pas voir le jour, ce doit être un voyage interstellaire.

Ce qui vous attire c'est donc l'expérience existentielle?

Oui, c'est une expérience que j'ai envie d'avoir.

On peut donc prendre rendez-vous après la tournée?

Oui. On peut même faire un point après les concerts de ce trimestre.

Ok nous le ferons si vous avez un peu de temps à nous consacrer pendant les concerts à l'espace Kiron

Oui, il n'y a pas de problème.

Une dernière question sur les notes de chansons "Voisin voisine" est présentée comme une chanson de merde et cependant vous souhaitez la chanter sur scène donc ce n'est pas une chanson de merde?

Oui justement j'ai écrit ces petits commentaires aussi pour provoquer.

Donc c'est ludique mais aussi un peu frimeur

Oui, il y a des deux (sourires.)

Vous avez dit ; "Il faut provoquer la provocation". Pouvez-vous nous en dire plus?

C'est une formule philosophico-publicitaire. Si je reprends les slogans "prétentieux" c'est pour me moquer de ma propre prétention mais ça démontre aussi que je ne suis pas vraiment prétentieux.

Quand j'avais 25 ans je me la pétais, j'étais prétentieux et maintenant je trouve ça un peu con tout en sachant qu'il faut un peu de prétention, c'est un moteur .

Y a -t-il une question que l'on ne vous a jamais posé et que vous aimeriez que l'on vous pose? Si oui, laquelle et quelle serait votre réponse?

Au début j'étais très étonné que l'on ne me parle pas plus des textes et du sens de mes chansons. Mais maintenant, on m'en parle davantage.

Vos chansons commencent "Dans mon quartier" ce qui donne immédiatement le ton. Tous vos textes concernent votre environnement immédiat . Est-ce un choix par rapport aux artistes qui s'engagent dans des causes socio-politiques, comme l'altermondialisme par exemple?

Oui pour moi être chanteur c'est un homme dans son univers et l'univers c'est le monde. Il y avait un slogan, encore un, qui disait "nous sommes dans le monde et le monde est en nous". Je suis ouvert aussi sur le monde.

Vos textes sont quand même en lien direct avec des perceptions et des préoccupations très urbaines

Oui. Je n ai pas encore parlé de la pollution mais j'ai mon petit mot à dire sur ce sujet et ça va venir.

Si vous ne disposiez que de trois mots pour qualifier votre musique et vos textes, quel serait votre choix?

C'est une question difficile. Euh...Vie...Structure...Jouissance...

Et maintenant le challenge est de faire une chanson avec ces trois mots...

La vie est une structure jouissante

 

N'hésitez pas écouter et réécouter ses albums et retrouvez-le en concert à Paris en novembre à l'espace Kiron.

 

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# 22 septembre 2019 : Fin d'été

Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Mondrian figuratif" au Musée Marmottan-Monet
"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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