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Interview  (Paris)  octobre 2003

A quelques heures de leur concert à la Cigale, Eiffel nous accorde une interview après la balance. Eiffel c’est Romain, Estelle, Damien et Emiliano. Romain, auteur compositeur interprête et leader du groupe nous accueille chaleureusement, disant même qu’il préfère les fanzines aux gros médias, et nous sert boisson et friandises avant de nous avouer qu’il est un peu bavard.
Et c'est avec une pointe d'accent à la Nougaro qu'il s'empare de la parole pour répondre avec humour et franc parler à toutes nos questions.


Quelles sont vos influences musicales ?

Romain : Nos influences musicales sont multiples bien évidemment. Il y a deux aspects : la musique que l’on écoute dans le cadre de notre métier et celle que l’on écoute en général et que l’on n'utilise pas dans ce que l’on fait. Et puis il y a de la musique qui nous influence dans le contexte dans lequel on est. Ça veut dire quoi le contexte dans lequel on est ? C’est un groupe de rock basse /guitare /batterie très traditionnel au niveau de la formation et dans ce contexte on a été influencé par le rock’n roll quand il a été crée ou juste un peu après dans les années soixante avec les Beatles. Car si même c’est d’une banalité effarante c’est quand même impossible de ne pas parler du "Double blanc" ; on peut revenir juste un peu avant avec Bill Haley, Gene Vincent, Eddy Cochrane, Little Richards, et pis tout ce qui en découle les Kinks, pas trop les Stones, hormis les Stooges, après il y a un petit saut vers 1977 les Clash, les Jams, les Buzzcocks plus que les Sex pistols, j’adore les Buzzcocks surtout Pete Shelley pour la composition et pour l’arrogance.

Les années 80, on sait ce que les gens en pensent, mais c’est notre enfance notre adolescence et ça a toujours un intérêt. Je n'ai jamais été fan des Spandau Ballets ni de Culture Club, j'étais fan de Police à ce moment. Mais il faut dire que si les années 80 n’avaient pas existé il n’y aurait pas eu de groupes comme les Pixies car même s’ils sont allés piocher dans les années 60 et 70 c’est avec une teinte au niveau du son notamment complètement barré parce que c’est du punk garage et en même temps un son très réverbéré un peu à la Spandau Ballets ou à la Abba comme le dit lui-même Frank Black non sans humour. Les années 80 ont donné naissance aussi à des groupes comme Nirvana qui sont importants pour nous.

Après il y a plus des électrons libres comme Nick Cave, Tom Waits, Fugazi, dans le domaine rock ... après le dernier Robert Wyatt est fabuleux, si on remonte avant il y a les Seeds mais on n’écoute pas que du rock. Par exemple, Estelle est à la base une musicienne baroque...

Estelle : oui de la musique ancienne mais on écoute de tout.

Romain : On écoute de la musique ancienne, du jazz, de la musique africaine, de la musique électro, Aphex Twin par exemple ; quand on dit électro faut faire gaffe, dans l'électro c’est comme une émission de Guy Lux il y a à boire et à manger...

Bien sûr par rapport à ce que l’on fait ce qui nous influence c’est la chanson française, la vieille chanson française Vian, Brassens, Ferré, Brel, Gainsbourg ; je suis fan de Brel et de Brassens.

Que dire ? La musique classique du début 20ème Debussy, Ravel on aime et c’est pas pour frimer pour dire on est ouvert mais cela veut dire qu’on peut avoir une culture double ou triple.

Le rock. Depuis l’age de onze ans, je voulais écrire des chansons et être dans un groupe de rock et après j’ai fait le conservatoire en classe de composition et en jouant en même temps dans des groupes de rock, l’un donnant envie de faire l’autre et réciproquement pour pas s’emmerder. Et il y a toujours ça dans Eiffel l’idée, l’envie d’asséner quelques brûlots mais aussi être dans un domaine un peu harmonique et tendre …en évitant la pop….j’adore la pop mais celle des Beatles…parce que la pop telle qu’elle peut être faite en français… attention….On y a goûté dans "Abricotine" notre premier album mais il y a des choses que je n’aime plus du tout que je ne défends pas et d’autres que je défends…on s’est cherché…être un artiste c’est pas de trouver c’est de chercher donc de se tromper et de l’avouer …on s’est trompé parfois.

Vous avez une formation classique et donc une certaine culture musicale…

Romain : On ne s’en vante pas du tout…

…ce n’est pas une tare

Romain :Dans un contexte rock n’roll, on a les classiqueux qui disent "oh ils font du rock ils ne savent faire que trois accords" et de l’autre côté vous avez les rockeurs qui disent "oh ils ont fait des études classiques c’est pas des vrais". Mais on s'en fout complètement.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’avoir une formation musicale par rapport aux musiciens autodidactes ?

Romain : J’admire beaucoup d’autodidactes. Frank Black était autodidacte et c’est un de mes compositeurs favoris, Lennon, Mc Cartney aussi. Ça ne veut rien dire autodidacte car tu peux faire le conservatoire mais tu peux aussi écouter pendant dix ans toute ta jeunesse la radio comme les Beatles…. Les Beatles ont appris le rock’n roll à la radio. Ce n'est pas être autodidacte, ils ont eu des maîtres, Little Richards...

On fait très attention à la tradition orale et aux secrets de l’imitation : faire comme son idole mais après il faut s’en détacher et c’est ça qui est dangereux. Tu peux tout faire à condition de savoir se détacher. Tu n’apprends que des outils mais les outils servent à exprimer le fond de sa pensée.

Je suis pour la culture mais la télé nous assène de la merde toute la journée c’est pas que l’on ne veut pas de la culture mais on veut de la vraie de la culture multiple et légère aussi qui soit variée, de la variété, de vrais émissions de variétés J’ai pas de problème avec la variété mais j’en ai avec la variétoche et les français sont les champions pour ça. Je suis à fond pour la culture mais elle ne s’apprend pas qu’à l’école ou au conservatoire; elle s’apprend aussi avec les gens dans la rue en écoutant les gens vivre les choses.

Nous on est en plein dedans. Faire du rock c’est continuer de chercher c’est autant d’apprendre à jouer mieux, de se trouver à quatre et c’est aussi la vie avec les gens avec qui on travaille . C’est le prolongement du conservatoire, d’avoir jouer dans des groupes de rock à Toulouse. Mes parents étaient musiciens et ils m’ont appris des choses aussi.

Les médias parlent beaucoup du renouveau de la scène rock française. Où vous situez-vous ?

Estelle : Nous ne sentons pas du tout un renouveau car nous vivons cela de l’intérieur. Depuis 1995 on fait du rock, on croise les mêmes gens. Dyonisos, Louise Attaque existaient déjà, ils jouaient mais on en parlait pas. Et puis, il y a eu la fin du rap donc les maisons de disque se sont dit "tiens on va aller voir du côté du rock, ça change" et du coup c’est arrivé sur les radios. Mais il n’y a pas vraiment de renouveau. L’intérêt des radios est vraiment très ciblé. Le public y a plus accès mais encore ce qu’on leur propose n’est pas vraiment du rock.

Romain : Il n’y aura jamais de renouveau du rock. Le musique existe depuis 1955, c’est une musique traditionnelle. Dans le rock français, il y a qui ? Noir Désir, Louise Attaque, Téléphone. Et on dit bon Eiffel c’est dans le sillon de Noir Désir, Dyonisos c’est un peu dans le sillon de Louise Attaque mais en plus marrant, mais ce sont des conneries. On fait toujours des comparaisons . Nous on est un peu comme Dyonisos, comme Mickey 3D, Tanger peu importe les statuts. Les Wampas dans cet humour là apportent une arrogance qui est dans la tradition du rock et que nous n’avons pas. C’est vachement bien, c’est bigarré et riche. Mais ce n’est pas le cas des préfabriqués rock comme Damien Saez.

Ce qui n'est pas notre cas notre parcours et notre manière d’enregistrer des disques, de tourner le prouvent. Avec Labels cette boite de disques merveilleuse avec des gens intelligents, des gens qui sont des musiciens cultivés, les sources d’inspirations et sources culturelles sont tellement multiples. Nous avons de vrais interlocuteurs ce qui n’est pas le cas dans les médias, je veux dire les gros médias. C’est assez inconsistant que ce soit le média rock "djeunes" ou le média soi-disant rock cultivé, les deux n’apportent rien. Entre les maisons de disques qui veulent reproduire des groupes qui marchent et les médias qui y répondent...

Estelle : En général, on a eu de bons contacts avec des fanzines où on sentait des gens passionnés qui cherchaient de nouveau trucs et qui n'avaient pas peur de parler de ce qu'ils aimaient. Dans les gros médias cela disparaît .

Oui une certaine frilosité et puis une arrière pensée commerciale...

Estelle : D’où un langage préfabriqué qui correspond au journal.

Romain : Dans certains médias, on ne nous aime pas trop parce qu’on l’a trop ouvert mais c’était pas pour poser pour faire rockn’roll. Ainsi si par exemple Beauvallet vient nous interviewer ce ne sera pas possible. Ils ont trop incendié Frank Black (rires).

C’est les Inrocks c’est une institution...

Romain : Oui, c’est devenu bobo pour un rock tout mou qui ne propose rien.

Vous faites beaucoup de concerts. Entre les ados fans de Popstars et de la Star Academy et les trentenaires qui lorgnent du côté de la nouvelle chanson française dite à textes, où se situe votre public ?

Romain : Nous on a le cul entre deux chaises. On a des textes qui sont pas géniaux mais qui se veulent pas "premier degré" et fun ; c’est vrai qu’on n'est pas super fun, enfin au niveau des textes mais sinon on peut faire plein de blagues !(NDLR : avé l’assent). Et en même temps notre musique est assez aérodynamique, elle fuse un peu et peut correspondre à l’attente des teenagers.

Donc entre deux chaises mais très agréable et notre public va de treize ans, et c’est génial, jusqu’à cinquante soixante ans avec, bien sûr, une pointe à 25-30 ans.

Estelle : C’est très varié et c’est très bien.

Cela se ressent sur les ventes ?

Romain : Oui mais c’est quand même des trentenaires ou des teenagers particuliers donc à la fin on a vendu 30 000 albums du "Quart d’heure des ahuris" ce qui n’est pas un disque d’or mais ce qui n’est pas non plus, vu l’époque, catastrophique. Mais ces trente mille là sont des huluberlus des gens particuliers.

Avez-vous pâti du parisianisme?

Romain : Dans ce milieu là il n’est pas question de mentalité parisienne. Paris n’est pas une ville très rock, il s'y passe tout et rien. l y a des gens géniaux et il y a des gens qui appartiennent à ce parisianisme musical qui nous a fatigué d’où le morceau "Hype".

Estelle : Il est vrai que ce n’est pas facile de démarrer à Paris contrairement à ce que l’on croit. Les contacts existent mais il n’est pas évident de le savoir immédiatement. En fait en province, il y a de nombreuses associations qui aident les petits groupes à tourner . Rien de cela à Paris où il faut se débrouiller seuls et trouver les bonnes personnes au bon moment

Vous avez choisi le nom d’Eiffel en hommage aux Pixies mais tous les médias usent et abusent de jeux de mots avec la tour Eiffel. Alors finalement est-ce un bon choix ?

Romain : Nous on est un peu cons, et je veux bien assumer une partie de la connerie. Un hommage aux Pixies bien sûr. Avant nous avions sévit dans un groupe qui s’appelait "Oobik & The Pucks". Un nom difficile à mémoriser donc.

Estelle : Nous cherchions un nom simple, court et facile à retenir et qui dise aux gens que c’est français, que ça chante en français.

Romain : Il y avait aussi l’idée aussi par rapport au petit cyclone parisien, ce petit truc phallique au dessus de Paris. C’était se moquer gentiment et de l‘humour aussi par rapport à nous mêmes. Mais ça n’a pas été capté comme ça et du fait que Damien, moi et Nicolas, notre ancien batteur, avons joué derrière Michel Houellebecq pendant deux heures et demie (rires) et 4 jours avec Burgalat. On était un groupe parisien et on a même failli être super branché et pourtant c’est pas le genre de la maison. En plus nous ne l’avons pas pensé comme ça, on le connaissait pas Houellebecq, on l’a lu la veille pour ne pas avoir l’air trop con et on s’est bien marré.

On connaissait bien Bertrand ainsi que son label. A l’époque on était au RMI, on répétait à Saint Michel et Burgalat est venu nous aider et a appelé des gens pour qu’ils signent avec Eiffel. On ne s’est pas rendu compte; après on a joué à la route du rock et au Montana à Saint Germain devant Françoise Hardy et Philippe Sollers qui en avait rien à foutre, enfin pas Hardy mais Sollers qui faisait beaucoup de bruit en parlant et en mangeant. Mais rien à voir avec nous !

Cette participation n'a pas eu d'impact négatif pour vous ?

Romain :Non enfin parfois on disait Eiffel groupe électro-techno-rock derrière Houellebecq.

Estelle : C’était quand même un peu énervant parce qu’on avait l’impression que Eiffel s’était constitué pour jouer derrière Houellebecq alors qu’on existait avant. C’était gênant et puis il y avait des rapprochements entre les propos de Houellebecq et ceux d’Eiffel, enfin ceux de Romain, alors qu’on se situe à des opposés au niveau du fond. Il y a eu une période où il fallait remettre les choses au clair à chaque fois.

Damien : Exactement

Vous faites preuve d’une énergie hors du commun. Alors quelle est votre ambition pour Eiffel?

Damien : S’inscrire au gymnase club (rires)

Romain : Garder la forme (rires)

Estelle : Se faire plaisir le plus longtemps possible…faire ce que l’on aime

Romain : Tenir sans faire de compromis mais pas tant dans l’idée que l’on est sincère et honnête. Mais c’est que si on fait des compromis on va se faire chier et en plus une fois qu’on a failli après on ne peut plus faire marche arrière. Il y a des choix à faire à un moment donné et s’y tenir.

Il y a beaucoup d’ambition, une ambition terrible, pas dans l’arrogance ou de prétention, ça peut arriver parfois à trop y croire ou croire mal, mais il y a beaucoup d’ambition et beaucoup d’énergie au service de cette ambition.

Estelle : Et on fait des bilans . Après chaque concert, chaque album. Arriver à faire bien ce que l’on a envie de faire pour s’améliorer tant qu’on a envie. C’est ce qui prime. Faire bien et aller au fond des choses.

Romain : On a beaucoup de choses à dire donc si on part bien et qu’on ne perd pas le nord et si l’industrie du disque accepte nos non-compromis, on peut peut être avoir une carrière de quinze albums et peut-être qu’à soixante ans on sera toujours ensemble.

Pouvoir avoir le temps d’exprimer plusieurs humeurs et chaque album, pour moi ça veut dire album plus tournée puisque ça marche comme ça pour nous, plus des petites surprises comme bientôt à la fin de cette tournée, c’est sûr qu’il faut budgétiser mais il y a plein de choses à faire avec Eiffel.

Justement en parlant de tournée et de budget, vous tournez depuis un an…

Romain : ...et vous vous êtes trompés sur le budget prévisionnel ...(rires)

…l’album a 1 an et vous tournez à nouveau avec cet album. Labels vous suit ?

Estelle : En fait, on ne tourne pas à nouveau avec cet album, on finit la tournée.

Romain : Labels suit; ils arrivent à recevoir tout l’argent qu’on leur donne (rires).

Estelle : On est sur nos dernières dates "électrique" et après on part sur un projet un peu différent.

Ça a donc duré une bonne année ?

Romain :Oui, c’est vrai mais c’est ce qu’il faut. C’est vrai que nous on rêverait plus au système sixties où on sort un 4 titres tous les deux mois et demi et on fait 20 concerts et on joue le répertoire qu’on a déjà à la base auquel on rajoute les nouveaux titres et après on s’arrête un peu. On y arrive un peu au sein de Labels.

Une tournée d’un an c’est quand même assez rare

Romain : Non pour les groupes qui marchent. Pour un groupe qui n’est pas disque d’or c’est chouette. Après, que Louise Attaque ou Dyonisos tournent deux ans ils le peuvent et puis il y a aussi la maison de disques qui dit on va exploiter le filon jusqu’au bout. Je ne sais pas mais tourner deux ans avec les mêmes morceaux ça me semble trop long. Après un an il faut changer et en même temps on ressent le besoin d’aller jsuqu’au bout de ces morceaux et de ce qu’ils disent.

Et puis il y aussi le fait , et nous en sommes conscient et je trouve ça très sain, qu'on est aussi des artisans et des ouvriers et il faut asséner cet album dans chaque salle. C’est normal, ce n’est pas que du marketing c’est aussi un taf de dire "regardez c’est nous vous ne nous connaissez pas voilà nous c’est ça". On ne peut pas tout le temps changer il faut bien donner un an au public.

Avec une tournée d’un an, vous trouvez le temps d’écrire ?

Romain : On a le temps de faire autre chose.

Vous avez dit : "Si ça ne tenait qu’à moi, on ferait un album tous les six mois".

Romain :J’ai peut être dit cela dans un contexte particulier. Ce n’est pas prétentieux de dire qu’on peut sortir un album tous les six mois mais on ne peut pas le faire tout en faisant une tournée de cent dates en parallèle. Et il faudrait que le cadre de la promotion soit différent. Peut être un single, mais c’est compliqué, c’est un coup de chance…Mais un groupe comme nous, on ne se vend pas sur un titre même s’il y a des titres qui ont été diffusés sur les radios. On se vend sur l’album et les passages de plusieurs morceaux - par album on a 4 chansons qui passent sur Le Mouv, RTL 2, Oui Fm - et surtout grâce aux concerts.

Quel regard portez-vous sur les titres joués dans les concerts ?

Estelle : Nous avons envie de faire de nouvelles chansons ce qui ne veut pas dire qu’on en a marre de celles là mais il y a un désir de changement.

Jouez-vous de nouveaux titres en concert ?

Romain : Non

Damien : Ce qui fait vivre un groupe c’est le public ; c’est aussi entre nous, grâce au public, de découvrir des choses nouvelles dans un morceau, un soir parce qu’il se produit une sorte d’osmose. On peut découvrir quelque chose au bout d'un an.

Les morceaux sont toujours vivants. Les Rolling Stones ont joué 4 000 fois "Satisfaction" et paraît que c’est super sur scène. C'est parce qu’ils le vivent vraiment. C’est aussi le moteur d’un groupe.

Romain : Un morceau enregistré est figé sur le disque, il n’existe plus. Enfin pour moi il en est ainsi.
La chanson revit quand on la joue, c’est comme le début de quelque chose d’autre grâce au fait que l’on joue ensemble devant le public. C'est le regard du public devant notre communication voire, employons les grands mots, notre communion qui donne un regard neuf.

Des fois c’est raté on n’est pas content et le morceau nous emmerde et on pourrait se dire on va s’arrêter de le jouer. Et le lendemain on le joue et "merde c’est génial" on sort de scène et on veut y rentrer à nouveau. On se réserve le droit de rater un concert, c’est pas un show. On est au stade où on joue pour prendre notre pied. Moi en ce moment j’adore les morceaux que l’on joue qui sont vieux parce que si l’album date d’un an moi je les ai composés il y a deux ans déjà mais peu importe.

La première fonction de la musique c’est d’annihiler la notion de temps. La dimension est différente d’un tableau où tu le prends frontalement à un instant T. La musique ça commence à 0 seconde et ça se termine à 3 minutes ou à 8 minutes. C’est le cas même pour un morceau qu’on joue depuis 5 ans.

Y a-t- il des morceaux qui ont beaucoup évolué au cours des concerts et qui sont devenus très différents de la version album?

Romain : Cela varie. Il y a des morceaux qui ont beaucoup changé et d’autres pas du tout

Estelle : Il y a des morceaux qu’on bidouille régulièrement dont on a changé la façon de jouer parce que cela ne nous satisfaisait pas.

Romain : Et il y a des morceaux qui marchent sur disque et pas sur scène et réciproquement. C’est pourquoi nous dissocions la scène du disque. Dans un contexte rock large je pense que l’idée de sensationalisme, on en a un peu besoin sur scène, de grossir les choses un peu à la manière des masques grecs, tout est plus grand, plus fort. La salle peut être pleine et il faut jouer avec cela bien qu’on n’ait pas de chorégraphie mais on voit ce que les groupes peuvent faire pour accrocher le public par autre chose que la musique. Nous avons un show pas calculé de notre part mais on sait que si la musique nous amène à en avoir envie on y va à fond. On donne le meilleur de nous, si on se met dedans, on ne se sent plus. C’est extra-musical et cela tu ne peux pas l’avoir avec l’album parce qu’il n’y a pas l'aspect visuel.

Je rebondis sur ce que vous venez de dire : n’y a-t-il pas une contradiction entre ce que vous venez de dire (la musique vivante) et le projet de vouloir faire un album live avec deux parties?

Romain : Non. Déjà l’album live n’aura rien à voir avec un album studio qui est biduouillé ce qui n’est pas mal depuis Sergent pepper parce que c’est aussi créer une œuvre. C’est un instantané comme une photo polaroïd.

Cela veut-il dire que vous allez enregistrer un concert et le diffuser en l'état ?

Romain : Non. On enregistre plusieurs concerts et on choisit les meilleurs morceaux.

Estelle : C’est pour donner aux gens une vision différente de l‘abum et ce que l’on peut donner sur scène au niveau de l’énergie et au niveau du son parce que nous ne sommes que 4 sur scène.

Romain : On est peut être pas encore au niveau. Je pense qu’il y a peu de groupes où on peut donner une heure et demie de musique live de A à Z, le mettre sur disque et en être satisfait. Un disque ça s’écoute plusieurs fois, ce n'est pas comme un concert. Pour moi écouter un live, on le rembobine et c’est comme retour vers le futur.

Estelle : les gens n’écoutent pas la même chose quand ils écoutent un live et quand ils écoutent un album. Ils ont conscience de la différence.

Romain : La chanson que l’on écoutera sur le disque live sera celle qui a été réellement chanté et ce n’est pas la même chose car il n’y a pas l'a posteriori donc il y a des défauts mais aussi les qualités des défauts et du fait de la présence du public il y a des morceaux qui sont différents parce qu’il y a eu quelque chose qui s’est passé ce soir là, quelque chose de visuel.

On peut penser que l’on sent le live. C’est destiné aux gens qui sont intéressés par Eiffel. Ce n’est pas la même chose qu'un album qui s’adresse à un public plus large...pour pouvoir continuer à en vivre sainement .

Estelle : C’est destiné aux fans qui ont vu les concerts et qui ont envie de retrouver les sensations du concert.

Romain : On s’est peu préoccupé de ça avant mais depuis six mois on prend conscience qu’on a des fans avec qui on discute, qui se posent des questions.

L’enregistrement est en cours ?

Romain : Oui, on a enregistré deux dates il y a dix jours et on enregistre ces deux jours la Boule noire et la Cigale.

La Cigale sur le plan acoustique cela doit être très différent ?

Romain : Oui, on espère parce que hier c’était pas forcément la super fête.

Estelle : Et aujourd’hui à la balance tout à l’heure non plus.

Romain : Quoique la balance, on ne sait jamais ce qui peut arriver par la suite. Et puis dès fois il suffit de dix secondes dans un morceau au début du concert pour que tout bascule irrémédiable dans le génial ou dans le mauvais. C’est la vie. C’est Le live. C’est pas mal ça comme accroche : "Eiffel c’est la vie c’est le live!" (rires) A mon avis...

Qu'en est-il du projet de mise en musique des textes de Boris Vian?

Romain : Ce n’est pas une déconnante. Oui, ce serait génial d’avoir le temps de faire cela et de trouver des gens intéressés pour l’éditer. Vian a écrit 400 chansons dont 300 sans musique.
C’est une mine d’or, pas tout mais certains comme "où est le fric ?" par exemple.

Vian est présent dans vos deux albums : l'adaptation de "Je voudrais pas crever" sur le premier album et un sample vocal extrait d'une de ses interviews dans "Dim Sum/Le plus grand nombre". Vian constituera-t-il un fil rouge pour Eiffel ?

Romain : Non. …Mais oui… comme en philo "oui mais non"

Estelle : C’est une coïncidence.

Romain : Il incarne comme tant d’autres comme John Lennon, Jim Morrison, comme….Jean Moulin (rires)...

Non ça c’est Mickey 3D ...

Romain : Il incarne l’idée de faire beaucoup de choses en très peu de temps et de mourir jeune , enfin c’est pas tant le fait de mourir jeune que de croquer la vie.

(Fou rire général)

Le morceau avec l’interview de Vian c’est trois morceaux en un ?

Romain : Il n’y a rien à voir du fait qu’ils soient accrochés. C’étaient trois textes trop courts pour faire une chanson.

Le fameux tryptique?

Romain : Ça c’est une question à la Beauvallet ! (rires). Il n’y a pas de symbolisme religieux. C’étaient des thèmes qui ne méritaient pas d’être développés et pis tchao. Le premier "Dim sum" c’est un paté chinois un hommage à Frank Black qui est fan de bouffe chinoise, et il y a le son, la déconnante. Au milieu ce truc de Vian où le texte peut donner à réfléchir ou faire flipper. Et à la fin Aurore c’était à la base un texte de Prévert "La belle saison". Au stade des maquettes la famille Prévert a opposé un refus alors j’ai écris le matin avant de mixer le truc et voilà. C’était l’idée de partir de Frank Black puis un document sonore l’interview de Vian une ambiance jungle sous jacente et finir sur l’esprit Gainsbourg... faire des morceaux exercices de style à la Frank Black, les Beatles... dire merci aux gens que l’on aime.

Pour vos prochains concerts avec des bois et des cordes, vous avez annoncé "un désir de changer la forme sans toucher le fond". S'agit-il d'une démarche conceptuelle?

Romain : Pas du tout. Il y a surtout un jeu de mot pourri. Sans toucher le fond. Je ne vois pas comment on pourrait changer la forme sans changer le fond. Pour moi, une harmonie et un texte disent quelque chose que l’on ne peut pas changer mais que l’on peut éclairer de manière différente. Nous sommes un groupe de rock donc on a choisi d’aller dans le sens du bruit mais il y a d’autres choses qui nous plaisent et on va éclairer différemment. La langue française est assez chiante, c’est un peu comme une pierre. Ainsi "Sombre" qui est un morceau sombre pas super clair. D’ailleurs il y a des gens qui disent "ah c’est dommage votre album il est pessimiste". Oui mais comme Brel c’est triste mais à un moment il y a "Frida" et là c’est gai. Nous c’est pareil "Si tu es la vie et qu’il y a un peu d’espoir" là est notre Frida.

Dans les concerts à venir, ce sera peut être plus mis en valeur on le fera un peu "ya du soleil ya des nana" (rires). On peut dire pas mal de choses avec les mêmes mots. Par la manière de les dire et de les éclairer, donc le son autour. Dans un groupe rock avec les possibilités sonores que ça a c’est déjà assez taré. Attention si je me mets à parler création …

Estelle : Le mieux est de venir nous écouter car on ne sait pas encore exactement comment cela sera.

Romain : Changer la forme ce n’est pas que changer les arrangements, dire "Eiffel ce sera un peu plus pop un peu plus chanson", ce qui ne veut rien dire. Dans le quart heure des ahuris, on a voulu faire du bruit mais les chansons sont plus, comment dire, ostinato circulaires, cycliques, comme au Moyen âge ou dans la musique indienne, des sortes de ragas indiens. Je vais être un peu plus conceptuel en disant : On va essayer de plus être dans, plus montrer l’être que le devenir. L’opposition de l’Orient et de l’Occident. Etre dans l’instant présent et ne pas chercher plus.

Etes vous boudhiste ?

Romain : Non, mais cela me plaît car il s’agit d’une philosophie et pas d’une religion.

Si vous ne disposiez que de trois mots pour qualifier votre musique, quel serait votre choix ?

Romain : Oh putain con ! Non, non je déconne. Non, je ne peux pas le faire. Vous êtes trois allez-y.

Estelle : la tension

Damien : l’émotion

Emiliano : la tendresse

(Rires)

Estelle : Non, c’est à vous de la définir

Romain : Tu peux faire le truc de base dans le genre Rock and Folk : C’est du rock français. Ou alors tu commences à développer et trois mots ne suffisent pas. Ou "Oh putain con !" mais avec l’accent !

Merci d'avoir accepté cet entretien

Romain : Ce fut un plaisir de communiquer avec vous.

 

 

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# 10 novembre 2019 : Non à la morosité

Faites une pause avec l'actualité, faites une pause avec les réseaux sociaux et profitez plutôt de notre sélection culturelle hebdomadaire avec des tas de belles raisons de se réjouir un peu. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"We were young when you left home" de Tim Linghaus
"Glam shots" de Rich Deluxe
"Imago" de Manuel Etienne
"Women" la 4ème émission de notre podcast radiophonique Listen In Bed
"Silent scream" de Holy Bones
"Stregata / stregato" de Gilia Girasole & Ray Borneo
"Révolution" de David Kadouch
"Jusqu'ici tout va bien" de Bazar Bellamy
Lysysrata, It It anita et The Eternal Youth au Normandy
et toujours :
"A l'oblique" de Phôs (Catherine Watine & Intratextures)
"So cold streams" de Frustration
"Liszt : O Lieb !" de Cyrille Dubois & Tristan Raes
"Au revoir chagrin" de Da Silva
"Ca" de Pulcinella
"Roseaux II" de Roseaux
"Symphonic tales" de Samy Thiébault
"Ca s'arrête jamais" de The Hyènes
"Ils se mélangent" de Djen Ka
Rencontre avec Joséphine Blanc accompagnée d'une session 3 titres acoustiques
"Funkhauser" de My Favorite Horses
Oiseaux Tempête et Jessica Moss au Grand Mix de Tourcoing

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Une des dernières soirées de Carnaval" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Les Mille et Une Nuits" au Théâtre national de l'Odéon
"21 Rue des Sources" au Théâtre du Rond-Point
"La dernière bande" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Mademoiselle Julie" au Théâtre de la Tempête
"Que Crèvent tous les protagonistes" au Théâtre 13/Seine
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génié" au Studio Hébertot
"L'Effort d'être spectateur" au Théâtre du Rond-Point
"Le Nouveau Cirque du Vietnam - Teh Dar" à l'Espace Chapiteaux de La Villette
"Olympicorama - Epreuve n°4 : le 100 mètres" à la Grande Halle de La Villette
"La Diva divague" au Théâtre de Dix Heures
des reprises :
"Les Membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Change me" au Théâtre Paris Villette
"Corneille Molière - L'Arrangement" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Qui croire" à la Comédie de Béthune
et la chronique des spectacles à l'affiche en novembre

Expositions avec:

"Greco" au Grand Palais

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Noura rêve" de Hinde Boujemaa
"Countdown" de Justin Dec
la chronique des films à l'affiche en octobre
et la chronique des films à l'affiche en novembre

Lecture avec :

"Profession romancier" de Haruki Murakami
"Feel good" de Thomas Gunzig
"Histoire mondiale de la guerre froide (1890-1991)" de Odd Arne Westad
"L'avenir de la planète commence dans notre assiette" de Jonathan Safran Foer
"L'écho du temps" de Kevin Powers
"Psychotique" de Jacques Mathis & Sylvain Dorange
"Une famille presque normale" de M T Edvardsson
et toujours :
"A comme Eiffel" de Xavier Coste & Martin Trystam
"Demain est une autre nuit" de Yann Queffélec
"L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent" de Philippe Delerm
"La frontière" de Don Winslow
"Les quatre coins du coeur" de Françoise Sagan
"Miracle" de Solène Bakowski
"N'habite plus à l'adresse indiquée" de Nicolas Delesalle
"Une vie violente" de Pier Paolo Pasolini

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
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