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Headlight serenade  (Leaf / PIAS)  juillet 2006

On peut distinguer deux facettes de l’électro-jazz : une lounge musique très mode, affectée, chiquement popularisée en son temps par des groupes comme Saint Germain ; et une musique minimaliste et sensible, discrète, "musique d’ascenseur" tortoisienne. C’est à ce dernier courant que Triosk continue de confier sa barque avec The headlight serenade, excellent troisième opus.

A entendre cet album, il est d’ailleurs clair que la musique d’ascenseur a encore de bien beaux jours devant elle, malgré cet étiquetage honteux, que l’on acceptera finalement de bonne grâce, la question n’étant pas tant de savoir si, oui ou non, il faut réserver de telles compositions aux atmosphères confinées d’une ascenseur, mais plutôt de se demander ce que l’on entend par là.

Car l’on n’a pas parlé, c’est certain, de musique de supermarché - celle-ci, cette télé que l’on dit réalité en produit en quantité, assez, en tout cas, pour compléter les quotas d’une variété francophono-francophile parfois essoufflée - ni même, encore moins, de musique de salle d’attente, cette musique que l’on écoute dans l’immobilité stérile d’un contretemps, d’un délai non souhaité et qui n’épuise son sens que dans la réalisation effective du rendez-vous espéré ; non, non, non, c’est bien dans un ascenseur que la musique de Triosk sera à sa place. Admettons-le.

On pourrait gloser longtemps sur les activités essentielles qui prennent place, si l’on y songe, dans ces cabines à déplacement vertical automatique : comment l’on s’y repeigne, s’ajuste dans le miroir ; comment, avant le fatal rendez-vous, l’on s’essuie les mains moites sur le pantalon de flanelle que l’on avait acheté en solde ; quelle quantité de derniers morceaux de salades coincés entre les dents on réussit enfin à y extirper ; quelle quantités de coïts improbables, réels ou fantasmés, y ont lieu, dans la moiteur exiguë d’une panne, elle aussi réelle ou fantasmée, ou dans l’urgence trouble d’une ascension ininterrompue, commandant à l’homme soulagé une précocité éjaculatoire autrement socialement inacceptable ; quelles décisions irrémédiables l’on y arrête, pour les abandonner dès le palier ; quels regards gênés refusent de s’y croiser, obstinément ; combien de graffitis insultants ou, plus rarement, laudatifs, y ont été rédigés ; quelles salutations gênées, brèves, presque coupables s’y échangent ; quels beaux textes de Pierre Desproges y ont pris naissance…

Sans s’attarder plus longtemps sur ce détail, drôlatique mais trop banal pour que l’oreille du mélomane curieux n’ait envie d’y perdre le temps de son œil, on conviendra tout au moins que l’ascenseur, comme lieu de vie, en vaut bien d’autres - et l’on évoquera brièvement la symbolique propre au lieu : moyen de l’ascension ou de la descente, la dualité du ciel et des enfers - non pas ceux de la punition des méchants, mais ceux où Orphée descendit chercher son aimée ; exiguïté du lieu - pardon : du vecteur, dont le parcours phallique répond aux fantasmes d’enfantement qu’il suscite, l’ouverture périodique et béante de ses portes rappelant immanquablement celles du sexe (de la femme, de la mère), dans le temps même où leur fermeture, alliée à l’atmosphère confinée, à l’obscurité relative, ne peuvent pas ne pas faire songer l’homme, seul dans cet ascenseur comme il le serait dans son tombeau, à l’inéluctabilité de sa mort. L’ascenseur, s’il est un lieu de vie riche et complexe, est ainsi surtout le symbole de la vie et de la mort, de l’amour et de la sexualité, l’espace confiné d’un vertige que l’on n’aura jamais véritablement apprivoisé. Evidences, là encore.

Ainsi envisagée, la musique d’ascenseur est-elle réellement ce genre pauvre que l’on voudrait nous faire croire ? N’est-elle qu’un bruit de fond, que l’on n’écoute même pas, qui n’est là que pour combler l’embarras d’un moment vide ? En aucun cas. Loin d’être péjorative, comme on a pu l’imaginer tout d’abord, cette appellation réfère la musique au sens même de l’existence humaine, à l’absolu et à l’universel, c'est-à-dire à Dieu ou, s’il est mort, aux pulsions de l’inconscient. CQFD.

C’est à ce sens du terme que l’on peut dire que Triosk se révèle avec son nouvel opus, aux sonorités évocatrices, comme l’un des représentants les plus éminents du genre. Il le renouvelle même dans une large mesure, puisque c’est une musique improvisée que propose le trio. Les pièces y gagnent une légèreté, une spontanéité qui a pu parfois faire défaut aux hybridations électro-jazz ; elles savent surtout y garder un faux minimalisme appréciable qui rend important chaque geste musical, chaque touche de piano ou frappe de batterie, et met en relief le foisonnement soudain, la densité retrouvée de certains passages.

Marier la froideur chirurgicale de l’électronique avec le brouillonnement (sic) chaud du jazz peut paraître une entreprise périlleuse ; mais plus périlleux encore est de se livrer à cet exercice sans affectation moderniste. A ce jeu-là, Triosk ne commet aucune faute, et sa musique garde, malgré sa très grande richesse, une simplicité des plus louable. Avec un art consommé de la fausse répétition, de la variation jazzy sur le même thème déconstruit, un goût pour les ornementations électroniques discrètement omniprésentes, The headlight serenade est un album d’une maturité et d’une maîtrise totales, admirable de justesse, de fraîcheur et d’inventivité, véritable modèle d’un genre où le jazz sait conserver l’esprit du jazz, ne pas être simple prétexte à une fade bouillie électro-suffisante - un album qui risque malheureusement de ne pas savoir s’attirer les faveurs des oreilles les plus neuves.

 

En savoir plus :

Le site officiel de Triosk


Cédric Chort         
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# 5 février 2012 : Enfin l'hiver

Alors voilà, cela fait des mois que tout le monde s'étonne que le climat est plutôt clément en ce dernier hiver avant la fin du monde et puis d'un seul coup, quand il se met à faire un temps... d'hiver, c'est la panique, la télé sort ses reportages, l'instagrameur guette le moindre flocon et surtout tout le monde se plaint du froid. En attendant, on risque de se retrouver avec un album de Mallaury Nataf avec ces conneries. D'ici là, voici le programme de la semaine.

Du côté des platines :

"Violent hearts" de Shimmering Stars,
"The night visitor" de Anna Ternheim,
"Have som faith in magic" de Errors,
"Breakers" de Gem Club,
"Hall music" de Loney Dear,
"Future this" de The Big Pink, retrouvez aussi The Big Pink en interview et en images,
"Le temps qu'il faut" de Bertrand Betsch, ainsi que la deuxième partie de son interview qui fait logiquement suite à la première,
Watine en Froggy's Session, après la sortie de son disque "Still grounds for love",
Ibrahim Maalouf en concert au Fil de Saint-Etienne, Ibrahim Maalouf nous a également accordé une interview,
Shaka Ponk à l'Aéronef de Lille,

Au théâtre :
Les nouveautés de la semaine :
"Mystère Poe" au Théâtre L'Atalante
"S'envoler" au Nouveau Théâtre de Montreuil
"L'heure d'après" au Théâtre du Petit Hébertot
"Sortir du corps" à la Maison des Métallos
"Jacques et son maître" à la Pépinière Théâtre
"La trilogie degli occhiali" au Théâtre du Rond-Point
"Urbik/Orbik à la ville comme à l'univers" au Monfort Théâtre
"Sade 2.0" au Théâtre Les Déchargeurs
"Etty" au Théâtre de l'Ouest Parisien
"Copines d'avant" au Théâtre des Blancs Manteaux
"Amour, action ou vérité" au Théâtre des Blancs Manteaux
et un spectacle jeune public : "Lancelot, le chevalier de Merlin" au Théâtre de la Porte Saint Martin
Les reprises à ne pas rater :
"A toi pour toujours, ta Marie-Lou" au Théâtre Essaïon
"L'or" au Théâtre La Bruyère
"Même si tu m'aimes" au Théâtre Michel
Toujours à l'affiche :
"Simpatico" au Théâtre Marigny
"Le désert des Tartares"au Théâtre du Petit Hébertot
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre de la Porte Saint Martin
"F-X" au Théâtre Le Lucernaire
"Le système de Ponzi" au Théâtre des Abbesses
"L'envers du décor" au Théâtre Le Ranelagh
"La scaphandrière" au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue
"La trilogie de la villégiature" à la Comédie Française
"Rose" à la Pépinière Théâtre
"Naples millionnaire" au Théâtre de la Tempête
"Les Roches Noires" au Vingtième Théâtre
"Sur le chemin" à l'Auguste Théâtre
"Dialogues de sourds" à l'Auguste Théâtre
"Lo Speziale" au Théâtre des Artistic Athévains
"Richard III n'aura pas lieu" au Théâtre 13/Jardin
"Bronx" au Théâtre des Bouffes Parisiens

Exposition avec :

"Paint B.A.L." au Musée de la Poste

Lecture avec :

"Le refuge" de Niki Valentine

Cinéma avec :

La sélection de la semaine :
"Le Marin Masqué" de Sophie Letourneur
"Un monde sans femmes" de Guillaume Brac
"La taupe" de Tomas Alfredson
Les sorties récentes :
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"Le Printemps de Téhéran" de Ali Samadi Ahadi
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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