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Interview  (Paris)  2 décembre 2006

"Les présidentes", pièce d’un auteur autrichien contemporain, Werner Schwab, est à l’affiche du Théâtre de l’Opprimé. C’est le projet de Christophe Guichet, et de sa compagnie Gaby Théâtre 2, qui en assuré la mise en scène et partage la scène avec Nicole Gros et Thierry Chollet.

Un théâtre violent, novateur, engagé, subversif peu connu en France qui donne lieu à un spectacle atypique.

Une belle occasion de rencontrer Christophe Guichet et Nicole Gros, des passionnés de théâtre.

Vous êtes à l’origine du projet pour "Les présidentes" pièce dans laquelle vous jouez et dont vous avez assuré la mise en scène. Comment avez-vous découvert cet auteur et quels sont les éléments qui vont sont séduit ?

Christophe Guichet : J’ai découvert Schwab quand il a été monté pour la première fois en français à Bruxelles en 1994 au Théâtre Varia - qui est mon théâtre mère dans lequel j’ai beaucoup travaillé car si je suis breton d’origine j’ai fait mes études théâtrales en Belgique - mis en scène par Michel Dezoteux. Et j’ai trouvé formidable son univers. J’avais auparavant beaucoup travaillé les auteurs allemands Muller Brecht, Karl Valentin avec lequel j’ai des affinités.

Et puis les études que j’ai suivies à Bruxelles sont axées autour Kleist, Schiller et Schwab s’inscrit dans cette tradition que l’on veuille ou non. Ensuite j’ai vu deux versions de cette pièce en France, dont celle à Chaillot, et j’ai été surpris de voir que les français ne s’emparaient pas du texte comme d’une matière brute, une sculpture. C’est un texte qui est "dans les fesses" et ce dans ce que j’ai vu, notamment à Chaillot, le texte était resté un texte, sans passer dans le corps comme le font les Belges qui ont la nécessité de parler français et un français plus rural, sans que ce terme soit plus péjoratif, plus ancré dans le sol.

Schwab qui a fait les Beaux Arts se lance dans la sculpture et comme il n’en est pas satisfait, il se met à sculpter la langue. La langue est une matière et il faut prendre Schwab, et particulièrement "Les présidentes" comme une matière à sculpter. Il faut rentrer de plain-pied et j’adore ce travail là.

Justement vous parlez de ce travail de sculpture de la langue. Comment cela se passe-t-il dès lors que le texte est en langue allemande donc il y a une traduction, voire une adaptation à la langue française, et de ce fait sans doute une déperdition de sens ou de force ?

Christophe Guichet : La pièce a été traduite à la demande de Michel Desoteux et les traducteurs sont allés en Belgique pour se rendre compte de ce qu’est un français non pas lourd mais avec un sens véritable. Je vais encore employer les termes "dans les fesses" ce qui va d'ailleurs bien avec Schwab ! Et ils ont réussi à rendre ce désir de sculpture. Les personnes qui connaissent bien l’allemand trouvent que cette traduction est forte et le sens respecté.

Et Nicole Gros, Thierry et moi-même nous nous sommes rendu compte en travaillant que cette traduction est juste en sentant que le rythme était bon. Comme quand dans un alexandrin on inverse des mots on est triste parce qu’on sent que le rythme n’est pas le bon. Cela permet d’aussi toutes les lectures. Schwab veut que ce spectacle soit un spectacle un peu branlant, un peu trash et drôle. Que les spectateurs soient morts de rire et qu’ensuite vienne le ressac en se rendant compte que l’on a ri sur des choses épouvantables.

Et il se sert de tout l’inceste, le sexe, la merde, la religion, le sang dans une logorrhée terrible avec cette langue qui est un vernis de cette toute petite bourgeoisie, vernis qui va craqueler très vite et puis de ce petit univers qu’on essaie de tuer avec la télévision qui apporterait un endormissement violent.

Comment s’est concrétisé ce projet en terme de distribution des rôles ?

Christophe Guichet : A la base je suis comédien et j’adore jouer. Et puis depuis 10 ans que ma compagnie Gaby Théâtre 2 a été créée, compagnie pour monter des projets d’écriture de comédiens qui deviendraient chefs d’orchestre et auraient envie de se plonger dans un univers précis. Dans ce cadre, chacun d’entre nous vient avec ses propositions et les comédiens décident s'ils veulent être chef d’orchestre sur un projet pour développer un univers particulier.

Dans mon parcours d’acteur, ce sont des pauses de réflexion sur le théâtre que j’ai envie de raconter. Et dans Gaby Théâtre 2 nous sommes tous motivés parce qu'on n’a pas encore fait. Je n’avais jamais joué une femme comme cela et je ne m’étais pas attaqué au langage schwabien. De plus politiquement je suis en plus très proche de ce qu’il écrit. J’ai un engagement politique fort ferme et définitif même si je n’appartiens à aucun parti et cet engagement je le défends à travers Schwab.

Pour le choix des partenaires j'ai ma propre compagnie qui regroupe les gens avec qui j’ai envie d’être. Je ne fais donc pas d’audition. Nicole Gros je la connais depuis longtemps et elle fait partie de mon parcours théâtral et affectif comme Thierry Chollet. Au début, j’avais prévu de jouer cette pièce avec deux hommes.

Il s’agissait d’un parti pris ?

Christophe Guichet : Non pas du tout. Au départ je voulais jouer une femme et Thierry, qui est un ancien boy scout, me paraissait tout à fait indiqué pour jouer la petite Marie. Et le troisième devait être Alain Montoisy, un acteur belge, qui a un côté qui collait avec le personnage d’Herta car il a fait un spectacle sur Karl Valentin dans lequel il jouait un nazi très impressionnant, ce qui me paraissait important pour le personnage.

Alain étant indisponible j’ai réfléchis pour un autre comédien et je me suis dit que le sexe du comédien importait peu. Je l’ai proposé à Nicole parce que Herta c’est elle. Proximité du personnage et de moi car je ne galère pas pour monter un projet avec des gens avec qui je n’ai pas envie d’être. Nicole est aussi auteur et metteur en scène, Thierry a été mon assistant sur un projet précédent et ce sont des gens avec qui je peux me mettre en danger et qui acceptent que je sorte de scène pour voir ce qui se passe et qui me donnent un retour. Ils savent être indépendants sur scène.

Jouer et mettre en scène me demande un travail en amont plus important donc, 2-3 mois de réflexion préalable afin d’avoir des propositions à présenter aux camarades et ce sont eux qui acceptent que je sois le chef d’orchestre. Ils savent lire une partition et c’est moi qui la mets en musique.

Nicole Gros vous étiez donc le personnage d’Herta ?

Nicole Gros : Au départ, je ne savais pas. Christophe m’avait parlé de ce projet mais je ne connaissais pas Schwab comme lui et je ne l’avais pas vu jouer même si je connaissais un peu son univers. C’était donc une découverte, un électrochoc à la lecture. Schwab est un poète de la dramaturgie, un vrai auteur. Et il faut monter les auteurs et pas les pseudo auteurs ! Cela étant quand il m’a proposé le rôle d’Erna je ne savais pas si j’en étais capable. De la lecture du texte se dégagent une grande violence et une grande force.

C’est aussi un théâtre très périlleux mais j’avais complètement confiance dans les choix de Christophe et je lui ai donc donné mon accord. D’où un formidable travail qui s’en est suivi et notamment un vrai travail en équipe. Je ne peux plus travailler avec des gens qui ne sont pas capables de s’investir à fond dans un projet. Ce n’est pas une question d’âge ni même de talent mais d’investissement et d'investissement total !

Christophe Guichet : Je suis tout à fait d’accord ! Les comédiens expriment leur accord ou leur désaccord et l’équipe est constituée bien sûr de ceux que l’on voit sur scène mais aussi de celui qui crée les lumières, qui est un compagnon de chemin depuis un certain temps, qui vient prendre son plaisir et fait ses choix, d’un compagnon pour la scénographie, d’un compagnon pour les costumes. Ce sont de vraies rencontres professionnelles avec une communauté de pensée politique et d’exigence pour le travail qui nous amène à travailler ensemble.

Comment cela se passe-t-il concrètement quand vous dîtes que les comédiens peuvent exprimer leur sentiment ? Surtout quand les comédiens sont également metteur en scène ?

Nicole Gros : Il y a un chef de projet et on discute des choses mais et pour ma part j’oublie complètement que je suis également metteur en scène.

Christophe Guichet : Chacun a et doit être à sa place. Il ne doit pas y avoir de confusion des rôles.

Vous disiez que la langue de Schwab est forte et violente et dérangeant ce dont on a peu l’habitude à Paris. Au cours de vos réflexions et de votre travail avez-vous pris en compte cet élément et pratiqué une sorte d’auto censure ?

Christophe Guichet : Je ne pense jamais le théâtre en ces termes. Je ne pense jamais à la censure. Je propose une chose que je sais être en adéquation avec mon univers. Je sais ce que je n’aime pas. Après quand on monte un auteur comme Schwab et qu’on fait des recherches sur lui et son travail, son parcours, son environnement, les auteurs autrichiens et que j'ai cette idée forte de Sissi impératrice et ce que ce cela représente, l’idée du film et mon désir de théâtre, il n’est pas question de censure.

Ensuite, quand je lis les commentaires de Schwab sur son écriture cela m’apporte des éléments qui vont construire ma dramaturgie mais je n’ai pas de limite. Je ne suis pas un exhibitionniste même si j’aime le corps exposé au théâtre et les situations de gros plan et le texte me porte vers les grosses fesses, les boutons, la toque de fourrure. Il n’a bien évidemment jamais été question de mettre de la merde sur le plateau car la situation passe par le récit.

C’est la langue qui amène l’univers et soutient l’imagination. Il aurait été sot de faire une quelconque provocation scatologique ou autre. Mais il existe des signes qui ne sont d’ailleurs pas repérés par tous et heureusement car Schwab écrit un théâtre volontairement surchargé qui va jusqu l’épuisement.

Nicole Gros : Schwab a trouvé une écriture originale qui lui permet d’aller jusqu’au bout de ses convictions et qui n’est jamais gratuite. La fidélité au texte ne nous fait pas tomber dans la vulgarité parce qu’il y a quelque chose qui soutient. Il y a de la grossièreté qui est justifiée. La vulgarité c’est la provocation gratuite, le racolage.

Christophe Guichet : Schwab sur tous les interdits et ainsi nous fait comprendre que pour lui le non dit qui il y a eu en Autriche en1946 avec le choix du pardon et l’affirmation d’avoir été dominée par l’Allemagne et de ne pas avoir participé aux exactions nazies engendre des comportements comme celui de la petite Marie contrainte à nettoyer en permanence les écuries d’Augias.

Pensez-vous que le théâtre allemand commence à être joué en France ?

Nicole Gros : Thomas Bernhard, Fassbinder, Otto Kraus sont déjà joués en France.

Christophe Guichet : Le théâtre allemand souffre comme le théâtre français du peu de place qui est fait au théâtre contemporain. Mais les compagnies théâtrales françaises sont plutôt extrêmement curieuses sur tout ce qui se passe à l’étranger en Angleterre par exemple avec Sarah Kane, Martin Crimp, en Australie avec Edward Bond et il y a peu de pays où les compagnies s’emparent ainsi des auteurs non nationaux. Alors bien sûr si mon cœur est plus enclin vers les auteurs allemands, on monte des auteurs italiens, espagnols, serbes qui ne sont même pas montés dans leur pays.

Nicole Gros : Ce qui est une démarche courageuse à une époque où il est difficile de monter une pièce. .

Christophe Guichet : En Alsace, le TNS avec Stéphane Braunschweig monte plus de textes allemands car il est influencé par la proximité géographique, la langue et la compréhension d’un univers. En France, Fassbinder par son théâtre et son cinéma a été un phare et un guide et pour moi c’est sûr et pour ma vision du monde. Quand je m’attaque à Schwab j’ai une pensée pour Fassbinder pour la couleur et le corps. La langue de Schwab se parle avec le corps.

Nicole Gros : Ce qui explique la réticence d’un certain théâtre français. Il n’y a pas de tradition dans le théâtre français au sens où dans les autres pays il y a une et une seule tradition et tout le monde travaille de la même manière. En France, il n’y a pas d’école de mise en scène et on voit bien que le théâtre est une famille éclatée même s’il y a des grands comme Copeau, Jouvet ou Dullin. Peut être que la seule tradition française est le boulevard. Et dans la formation cela se sent. Beaucoup de jeunes comédiens savent dire un texte mais physiquement …ça blesse.

Christophe Guichet : En Belgique j’ai été frappé par l’importance que cela prenait de parler le français au théâtre. Quand je suis parti en Belgique à 20 ans j’étais dans un papiautage….

… un papiautage ?

Christophe Guichet : …j’avais un débit de mitraillette et je n’étais pas ancré dans le sol. J’ai appris ce qu’était un français parlé senti, vécu et la nécessité de dire.

La programmation de "Les présidentes" s’achèvera fin décembre 2006. Qu’est-il prévu ensuite ?

Christophe Guichet : L’équipe du Théâtre de l’Opprimé est formidable et c’est vraiment une équipe avec qui j’ai envie de m’associer et l’inverse est également vrai. Je suis dans la même ligne politique que ce théâtre et son engagement politique et physique dans le théâtre d’intervention. Nous attendons les acheteurs et si le spectacle leur plait nous partons en tournée sans problème !

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Compagnie Gaby Théâtre 2 ?

Christophe Guichet : La Compagnie Gaby Théâtre 2 a été créée pour accueillir une première écriture "La danse du poisson" qui était une co-écriture et un spectacle que je jouais seul sur la thématique sur l’hôpital. Ensuite, les autres spectacles ont été proposés par Chantal Lavallée : "Jazzy Joe et le gentil petit pois" qui est un conte musical que nous avons même enregistré et qui est distribué par Naïve. Nous avons également créé "Cabaret reconnu", un travail de laboratoire, que nous avons créé dans une usine, puis dans squat, toujours dans le désir de se poser la question : "Qu’est-ce le corps et la parole au théâtre. Je m’expose quel rapport ai-je avec le public ?".

Nous jouions en proximité dans un souci, qui est très fort chez moi, de rapport avec le théâtre forain dont j’adore le faux vrai et le vrai faux. C’est-à-dire que soudain je crois au gorille en plastique qui va me sauter dessus et j’aime jouer avec ces codes. Nous avons ensuite créé et jouer "Ascension et déclin d’une européenne" qui est de mon écriture.

Avec "Les présidentes" c’est la première fois à Gaby Théâtre 2 que nous montions un auteur qui n’était pas proposé par le clan. Tout simplement parce que je suis en phase d’écriture, écriture dont je ne suis pas satisfait du résultat, et que simultanément j’avais le désir de jouer.

Vous êtes doublement à l’affiche du Théâtre de l’Opprimé avec la pièce "Bonjour Suzanne" de Nadia Laberche dont vous assurez la mise en scène.

Christophe Guichet : Dans la Compagnie Gaby Théâtre 2 nous menons également une réflexion sur notre fonctionnement économique. Gaby Théâtre 2 vit avec les subventions ponctuelles que nous obtenons et son fonds de roulement provient de deux spectacles : "Jazzy Joe et le gentil petit pois" que nous avons joué 200 fois et le produit de nos interventions faites auprès de publics en grande précarité ou en grande difficulté. Je travaille avec des fondations et des associations, voire les pouvoirs publics, dans les prisons et aussi sur l’accès à la parole dans un groupe de femmes battues. Ces recettes nous permettent de faire notre travail de création puisque nous ne sommes de bons intervenants que si simultanément nous créons de spectacles.

Et nous avons pensé souhaitable d’avoir en réserve un spectacle où l’on puisse arriver à 17 heures et jouer à 18 heures partout. "Bonjour Suzanne" est donc une commande que j’ai faite dans cette optique à Nadia Laberche, qui est un auteur que j’apprécie et qui est membre de notre compagnie. La commande était : une pièce à 2 personnages avec un banc. Elle a écrit la pièce nous l’avons retravaillé en partenariat puis monté. Et je voulais ainsi montrer que l’on peut faire du théâtre de qualité dans un petit format.

Après l’actualité et un petit flash back sur la compagnie, parlons des projets.

Christophe Guichet : Nous démarrons une résidence au Théâtre des Quartiers d’Ivry parce que nous travaillons beaucoup en compagnonnage avec différents lieux comme la Ferme Du Buisson à Noisiel, qui nous a accueilli pour "Les présidentes" et notre spectacle précédent. Il y a dans mon parcours des gens qui me suivent de longue date. Même si je suis un électron libre pas toujours facile à cerner et que je peux être un sous-marin disparaissant pendant un an. Mais quand je reviens je fais deux spectacles !

Nous allons travailler "Le petit rocher" qui est la dernière écriture de Chantal Lavallée qui sera présentée dans le cadre du Festival de la chanson française du Val de Marne en octobre 2007 et qui sera créée au Théâtre des Quartiers d’Ivry. C’est le 2ème conte musical écrit par Chantal Lavallée. Nous le faisons par curiosité. Cela ne veut pas dire que cela n’a jamais été fait mais nous, nous ne l’avons pas encore fait !

Nicole Gros vous êtes également metteur en scène. Jouer dans "Les présidentes" vous donne-t-il envie de monter un projet sur le style d’écriture ?

Nicole Gros : J’aime beaucoup les auteurs allemands et avant de monter "Les liaisons dangereuses", qui est ma dernière mise en scène en date, j’avais pensé monter "Les larmes amères de Petra Von Kant" de Fassbinder. Fassbinder, Schnitzler me renvoient à tous les textes forts et notamment à mon envie de Tennessee Williams. Cela renvoie aux grands principes et notamment il ne faut pas se perdre dans des œuvrettes.

Vous déplorez qu’on ne joue pas davantage les grands auteurs ?

Nicole Gros : Nous pouvons comprendre la frilosité des théâtres privés en raison des problèmes commerciaux. Même sans chercher des auteurs aussi violents que Schwab, le théâtre privé cède à la facilité en allant vers de petits textes et en pensant qu’avec des têtes d’affiche on va faire du bon théâtre. Ce qui est faux et même avec des têtes d’affiche ils n’arrivent pas à remplir les salles.

Il est du devoir des théâtres publics de monter les auteurs contemporains mais il ne le fait pas assez. C’est malheureux parce que le théâtre c’est du divertissement mais aussi une éducation extraordinaire. Il faut monter du théâtre par nécessité absolue. Car c’est très dur et il ne faut pas se moquer des gens. Et il ne faut surtout pas dire et penser par avance que cela ne plaira pas aux spectateurs. Cela n’est pas prévisible et heureusement.

Christophe Guichet : Ensuite que l’on aime ou pas ce qui est proposé, et je reviens à la question de la censure, mon idée est que l’on ne peut pas sortir d’un spectacle monté par Gaby Théâtre 2 ou d’un spectacle dans lequel je suis en disant :"C’est mauvais". On peut dire : "Cela ne m’a pas plu, ce n’est pas mon univers" mais j’interdis à quiconque de dire que c’est mauvais ou que l’on ne l’a pas fait consciencieusement.

Voilà les critères à mettre en jeu et ce sont d’ailleurs les miens en tant que spectateur ! Il faut soutenir les paris, les projets osés pour en apprécier la qualité. C’est cela l’intéressant. Le respect du public aussi bien sûr. Je précise aussi que j’ai déjà travaillé sous la direction de Nicole et que c’est un plaisir réciproque. Je ne suis pas le chef d’orchestre sur tous les projets. Pour le prochain ce sera Claire Cafaro, que j’ai dirigée précédemment, et je serai simplement comédien.

Vous venez de parler de vous comme spectateur, qu’avez-vous vu récemment qui réponde à ces critères ?

Nicole Gros : J’ai bien aimé "Dommage qu’elle soit une putain" au Théâtre du Quartier d’Ivry que j’ai apprécié pour sa simplicité. Plus ancien, il y a "La bête sur la lune" montée par Irina Brook.

Christophe Guichet : Depuis 3 mois, je suis prisonnier de mes travaux. Mais je suis un dingue de Roméo Castellucci qui est tous les ans au Festival d’automne aux Ateliers Berthier avec la Societa Raffaello Senso et je suis fan de ce qu’il fait. C’est très différent de ce que je fais mais à chaque fois je ressors profondément changé. Je ne serai pas capable de faire ce qu’il fait mais je suis là et je me dis : "Quelle pensée forte ! Comment cet homme arrive-t-il à me raconter des chose sur l’homme ?". Parce que le théâtre ce n’est que cela : parler de l’humain. Ce qu’il fait me bouleverse.

Et puis ensuite j’ai des plaisirs comme "Hedda Gabler" avec Isabelle Huppert l’an dernier. Je n’ai pas aimé la mise en scène mais cette "saloperie de nom de dieu d’actrice" qui arrive à faire quelque chose qui m’intrigue et me marque. Que j’aime ou que je n’aime pas, elle ne montre pas, ne donne pas et pourtant je vois tout. Elle était très surprenante pour moi. Chez elle, il y a un art développé qui est tout aussi surprenant qu’agaçant parfois, mais je regarde et il se passe quelque chose.

Vous êtes allé la voir dans "Quartet" de Muller actuellement à l’affiche ?

Christophe Guichet : Non, je n’aime pas cette pièce. J’adore Heiner Muller et j’ai fait le tour de l’Europe en 1989 avec "La mission", j’ai participé à la création à Avignon de "Ciment" en 1991-1992. Je connais Heiner que j’ai rencontré chez lui à Berlin et j’ai eu le plaisir de parler de cette pièce avec lui mais je n’aime pas cette pièce.

Quand j’ai commencé à travailler les textes d’Heiner Muller, comme tout texte contemporain, on se pose une question récurrente qui est : "A-t-on affaire à une arnaque ou pas ?". Car quand on joue ce style d’écriture et de théâtre très fort, certains soirs je ne sais plus si je crois en qu’il écrit, d’autres soirs une phrase illumine tout et 200 fois je ne m’en lasse pas. Comme pour Schwab. On peut partir longtemps avec un auteur comme Werner Schwab.

Je vois que chaque soir on travaille beaucoup avant le début de la représentation et ce que j’aime bien c’est que chaque acteur a son couloir du possible dans la pièce et peut définir comment il peut s’y promener. Et bien profiter de l’humeur du jour. Si le personnage est bleu ce soir, il sera peut être bleu foncé ou bleu marine, mais en tout cas toujours bleu.

C’est respecter le public que de jouer la même pièce et de profiter de ce qu’est l’acteur et de ce qu’est l’humain pour aller dans cette palette de couleurs différentes. Certains soirs on trouvera que la petite Marie veut se venger et qui était la perception par le spectateur de l’humeur du jour de Thierry. Je suis très friand de cela et c’est un théâtre qui le permet.

Pour conclure nous pouvons donc vous souhaiter de partir longtemps en voyage avec Schwab ?

Christophe Guichet : C’est sûr !

Vous aussi Nicole ?

Nicole Gros : Bien sûr !

Christophe Guichet : Elle n’a pas le choix !

 

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La chronique du spectacle "Les présidentes"


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# 20 octobre 2019 : De tout, pour Tous

Encore un programme bien chargé et très éclectique au travers de notre sélection culturelle hebdomadaire. Beaucoup à lire, à voir, à écouter... alors ne perdons pas de temps. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Engine of paradise" de Adam Green
"Phantom solids" de Lunt
"Fear of an acoustic planet" de Tahiti 80
"A wonder plante to" de Nilok 4tet & Daniel Zimmermann
"Six strings under" de Eric Legnini
Sarah McCoy et Dom La Nena au Nancy Jazz Pulsation
"Nothin' but" de Flyin' Saucers Gumbo Special
"Comfort zone" de Hugo Lippi
"Hors l'amour" de Jean Felzine
"A ciel ouvert" de Kaori
Rencontre avec Lady Arlette, accompagnée d'une session live et acoustique
"Vinyles, suite" c'est le titre de l'émission #3 de Listen in Bed
"Déluge" c'est le troisième volume des Mix de Listen in Bed
"Hybrid" de Yosta
et toujours :
"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Orouni en session live dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Cirque Leroux - La Nuit du Cerf" au Théâtre Libre
"Un jardin de silence" à La Scala
"Frida jambe de bois" au Théâtre de l'Union à Limoges
"Fleur de peau" au Théâtre Essaion
"Habiter le temps" au Lavoir Moderne Parisien
"Wilde - Chopin" au Théâtre Le Ranelagh
"En ce temps là l'amour..." au Théâtre des Mathurins
"Imposture posthume" au Centre Culturel Suisse
"Fred Tousch - Fée" au Théâtre de Belleville
"Corinne Zarzavatdjian - Un nom à coucher dehors !" au Mélo d'Amélie
des reprises :
"L'Ingénu" au Théâtre Le Lucernaire
"Le Crépuscule" au Théâtre de l'Epée de Bois
"J'aime Brassens" au Théâtre d'Edgar
et la chronique des spectacles déjà à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Vampires - De Dracula à Buffy" à la Cinémathèque française

Cinéma avec :

le film de la semaine :
"Au bout du monde" de Kiyoshi Kurosawa
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"Cléopâtre" de Alberto Angela
"Histoire du Canada" de Daniel de Montplaisir
"Je te suivrai en Sibérie" de Irène Frain
"La source de l'amour propre" de Toni Morrison
"Ordinary people" de Diana Evans
"Vik" de Ragnar Jonasson
et toujours :
"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
"L'horizon qui nous manque" de Pascal Dessaint
"La petite conformiste" de Ingrid Seyman
"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Guerilla, le temps des barbares" de Laurent Obertone
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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