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Interview  (Paris)  3 janvier 2007

André Salzet, comédien et directeur de la Compagnie Populart Théâtre dont la démarche est de faire vivre sur scène des textes littéraires pour emmener le spectateur à la découverte de l’univers d’un auteur.

Avec "La colonie pénitentiaire" de Kafka à l'affiche du Théâtre du Lucernaire, seul en scène, il prolonge et amplifie son travail sur le récit et la narration qu’il avait initié avec "Le joueur d’échecs" de Stefan Zweig qui a connu un grand succès auprès du public.

Sur scène, André Salzet propose au spectateur, au terme d’une prestation remarquable dans un registre difficile, un véritable voyage à la fois dans la langue et dans le fantastique visionnaire de Kafka et raccompagne le public à la fin du spectacle pour répondre à ses éventuelles questions.

Il a bien voulu nous accorder une interview pour prolonger ce moment.


Pourquoi La colonie pénitentiaire de Kafka ?

André Salzet : Le projet de "La colonie pénitentiaire" est né après "Le joueur d'échecs" de Stefan Zweig que j'ai créé en 1996. Il y a eu une première mouture en 1999 de "La colonie pénitentiaire" qui est, pour moi, le pendant du joueur d'échecs qui montre la victime alors que la colonie montre le bourreau ou du moins un système répressif.

"Le joueur d'échecs" est un spectacle que j'ai énormément joué, près de 1 000 fois, et je voulais continuer dans le registre des auteurs de langue allemande dont l’univers me passionne. Sans doute y a-t-il une accointance particulière de ma part avec leur sensibilité et leur forme de pensée. Je me sens à l'aise avec ces auteurs et certains de leurs récits. J'ai ensuite joué "Avant la retraite" de Thomas Bernhartd avant La retraite et "Les nouvelles galantes" de Maupassant. Et en 2006, je voulais me pencher à nouveau sur Kafka car il me semblait que je n'étais pas allé jusqu'au bout du travail envisagé initialement.

Yves Kerboul qui a fait l'adaptation du récit et la mise en scène initiale n'a pu assurer la nouvelle mise en scène et j'ai donc demandé à Laurent Caruana, qui avait beaucoup travaillé avec Yves Kerboul en tant que comédien, de faire une nouvelle mise en scène. Et c'est une très belle rencontre comme on aime en avoir au théâtre. Nous sommes donc partis sur une forme d'imaginaire, avec notamment, un travail sur les objets, pour forger notre propre imaginaire de comédiens et de metteur en scène en parallèle à celui de Kafka pour faire passer cette histoire.

Avec le temps j'ai sans doute mûri et l'expérience du joueur d'échecs n'est sans doute pas négligeable. Je pense que je le joue complètement différemment aujourd'hui. Je suis beaucoup plus détaché de Kafka, de la pression, du poids de cet auteur gigantesque et le travail avec Laurent m'a donné une ouverture sur des choses plus simples pour pouvoir le jouer de manière très abordable.

Quels sont les éléments et les thématiques qui vous paraissent importants à porter à la scène ?

André Salzet : L'imaginaire très singulier de Kafka est basé sur des situations absurdes Cela me plaisait beaucoup de voir comment il construit une histoire à partir d'une idée qui jaillit. D'autre part son implication personnelle dans l'oeuvre puisqu'à l'écriture de la machine il y a en parallèle l'écriture de Kafka. Enfin le côté visionnaire d'un texte écrit en 1914 par rapport à l'histoire. Il est par ailleurs très moderne à son époque puisqu'il imagine une machine très sophistiquée qui reproduit de signes figurant sur un papier à l'instar d'un scanner.

A la fin de la représentation à laquelle j'ai assisté je vous ai vu sortir par la salle avec le public et parler avec eux, ce qui est assez rare. Cela vous arrive-t-il fréquemment et quelle est la réaction du public sur ce spectacle ?

André Salzet : Je sors systématiquement avec les spectateurs. Pour moi le théâtre est fait ensemble, avec les spectateurs. Je rencontre les spectateurs quand j'entre sur scène et nous faisons l'histoire ensemble. Il y a une rencontre et le spectateur influe énormément sur la représentation surtout en situation de monologue. Je leur parle à la fin pour dire : "Voilà on a fini l'histoire et ce qui s'est passé c'est du théâtre". Parfois les gens sont un peu gênés mais moi je suis très spontané et très libre avec eux. Les questions portent souvent sur la manière de travailler car sur le fond il est encore un peu tôt à la sortie d'une représentation. Une dame m'a fait dernièrement une remarque très touchante quand elle m'a dit que pour elle, quand Kafka reprend ses feuilles manuscrites et dit : Je ne sais pas ce qu’il m'arrive cela signifie qu’il a conscience de l'horreur qui va se réalise quelques années plus tard.

Vous êtes soucieux de porter des textes littéraires au théâtre. N’y a-t-il pas suffisamment de textes de théâtre ?

André Salzet : Certainement mais les textes que je monte résultent d'un choix personnel. J'ai une formation scientifique et je compense une carence de textes littéraires pendant mon adolescence en les travaillant aujourd’hui ce qui me permet de plonger dans l'univers d’un auteur et de faire partager cet immersion au public car la connaissance des grands auteurs n’est jamais complète. Cela peut aussi leur donner envie de lire ou relire d'autres textes de cet auteur. Un de mes autres intérêts est de rendre cette littérature populaire dans le bon sens du terme.

Ma compagnie s'appelle Populart Théâtre ce qui est explicite quant à sa démarche. La démarche essentielle de mon théâtre est de le rendre accessible à tous. Je ne choisis pas des auteurs faciles mais tous les publics viennent m’écouter. Ma famille est d'origine agricole et elle vient voir mes spectacles sans aucun problème de compréhension. Cette démarche me procure un énorme plaisir. Il y a aussi le plaisir de parler des textes fort bien écrits dans un langage qui n'est pas un langage courant simpliste ce qui nécessite un travail important pour leur donner du rythme et du sens.

La lecture est très tendance en ce moment alors qu'il ne s'agit pas d'un exercice facile, encore moins quand il s'agit d'un texte littéraire voire philosophique, et ce n'est pas facile à faire passer auprès du public.

André Salzet : Oui mais ici il y a un parti pris théâtral qui permet de mettre le texte à la portée du public.

Vous évoquiez votre goût pour la littérature germanique et Kafka et Zweig sont nés à la fin du 19ème siècle. Ce goût englobe-t-il des auteurs contemporains comme Peter Handke, David Gieselman ou Werner Schwab par exemple ?

André Salzet : Je suis plutôt début du 20ème siècle, la période 192O-194O, qui me paraît être une période intéressante notamment par le fait qu'on peut confronter l'œuvre de ces auteurs à la réalité historique. Et les écrits de cette période sont très léchés donc j'aime relever ce défi de me colleter à une telle langue.

Parlons un peu de votre compagnie.

André Salzet : J'ai créé cette compagnie Populart Théâtre en 1990. J'ai d'abord suivi les cours de l'école Dullin puis j'ai travaillé à la Cartoucherie Vincennes à l'Epée de Bois et au Théâtre du Soleil parce que c'était un rêve. J'ai eu la chance de travailler sur un film pendant 4 mois ce qui a constitué une expérience extraordinaire qui m'a donné une pêche terrible pour une cinquantaine d'années !

Vous êtes comédien depuis toujours ou votre vocation est-elle récente ?

André Salzet : J'avais une très forte sensibilité artistique mais j'ai suivi mes études et je suis ingénieur informatique mais j'ai arrêté au bout de quelques mois pour me consacrer au théâtre. Donc après le Théâtre du Soleil j'ai créé cette petite compagnie française qui vit avec quelques modestes subventions de manière indépendante. Mais elle a trouvé beaucoup d'appui auprès de directeurs de théâtre de banlieue et de province qui sont intéressés par ma démarche qui n'est pas très facile et qui achètent les spectacles par anticipation ou accueille la compagnie le temps de répétition.

Je suppose que cette compagnie est composé d'un tout petit noyau dur et ensuite d'électrons libres qui sont des comédiens engagés au fil des créations ?

André Salzet : Oui. La compagnie est composée essentiellement de mes proches, d'une petite structure administrative qui est indispensable et d'un metteur en scène. Nous avons aussi un créateur lumière qui est un fidèle depuis des années même s'il travaille avec d'autres compagnies car nous sommes tous des intermittents du spectacle et un scénographe. Pour les spectacles comme le Maupassant, il fallait trouver des comédiens pour constituer une bonne équipe pérenne, ce qui est difficile à gérer en raison de leurs engagements.

Avec Laurent Caruana nous allons essayer de monter les projets ensemble car moi entant que directeur de compagnie et comédien j'aime bien choisir les textes. L'osmose est donc indispensable ce qui est le cas avec Laurent de manière à ce que je puisse me consacrer uniquement à la comédie. Mon souci primordial est que le texte ne soit pas écorché c'est-à-dire qu'il ne soit pas détourné de son sens.

Et les projets ?

André Salzet : Il y a déjà des dates de prévues pour une tournée pour "La colonie pénitentiaire" et je pense que le calendrier va encore s'étoffer car le spectacle reçoit des échos très favorables de la presse. Ce qui va sans doute nous permettre d'avoir des contacts avec des directeurs de théâtre avec lesquels je n'ai pas encore travaillé et notamment dans l e théâtre public. Car je me sens plus avoir une démarche de théâtre public même si je me situe un peu entre les deux. Je pense être plus proche du théâtre public car je défends une certaine idée du théâtre et le travail pédagogique que je fais avec le public et les scolaires.

"Le joueur d'échecs" tourne toujours également. En ce qui concerne un prochain spectacle, Laurent Caruana et moi avons déjà des idées mais le choix n'a pas encore été fait entre le fait de continuer à explorer les auteurs de langue allemande ou de changer d'horizon avec un spectacle avec une grande distribution.

Pas d’autre spectacle où vous serez seul en scène ?

André Salzet : Non, je ne pense pas. D'une part parce que je maîtrise maintenant bien ce registre et j'ai envie d'avoir un partenaire sur scène. Et puis, dans le registre du récit-narration, le public vous reconnaît d'un spectacle à l'autre dans votre manière de jouer et il faut lui proposer de voir le comédien que je suis dans un autre registre.

Et "La colonie pénitentiaire" au Théâtre du Lucernaire ?

André Salzet : J'y resterai tant que le spectacle aura la faveur du public. C'est d'un commun accord avec le Théâtre du Lucernaire que nous procédons à des prolongations. Et puis ce spectacle s’adresse aussi à un public de scolaires d’où un aspect pédagogique intéresse le Lucernaire. Pour moi le côté pédagogique est essentiel même avec un public adulte. D'ailleurs à la fin du spectacle je dis quelques mots sur scène pour inviter le public à s'exprimer s’il le souhaite et je réponds à leurs questions. Cet échange a lieu souvent avec les lycéens et je me déplace aussi dans les lycées pour parler de ce texte dans les classes.

Faites-vous partie des comédiens qui vont au théâtre et qui ont conservé un œil de spectateur "ordinaire"?

André Salzet : Je vais effectivement beaucoup au théâtre et je suis un spectateur ordinaire. Je suis un très bon spectateur. J'y vais d'abord pour écouter une histoire, voir des comédiens jouer, voir une mise en scène et me laisser embarquer dans mon plaisir de spectateur. Et j'ai vu d'excellentes choses comme Bartleby avec Yann Collette qui est vraiment extraordinaire, Laurent Terzieff dans "Florilège". Ariane Mnouchkine disait, et Philippe Caubère le reprend dans ses one man show, Ce que je veux c'est qu'on me raconte une histoire. Et puis j'aime aussi voir les comédiens comme Philippe Noiret dans "Love letters" avec Anouk Aimée ou Robert Hirsch dans "Le gardien". Car c'est une leçon de théâtre

Et des comédiens de la jeune génération ? Des comédiens avec qui vous aimeriez travailler ?

André Salzet : Yann Collette mais il est à la Comédie française. J'aimerai beaucoup travailler avec Laurent Terzieff.

Vous l'avez contacté pour ce faire ?

André Salzet : Oui, je lui avais proposé une adaptation de "La métamorphose" de Kakfa. Mais il s’agit d’une oeuvre très difficile à adapter et je n'ai pas encore trouvé le point d'entrée pour en faire une personnelle. Ce qu’a noté Laurent Terzieff quand il l’a lue.

Ce projet reste d'actualité ?

André Salzet : Pour le moment non. Mais il y aura peut être un déclic !

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique du spectacle "La colonie pénitentiaire"

En savoir plus :

Le site officiel de la Compagnie Populart Théâtre


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# 16 septembre 2018 : Un été sans fin

On n'est pas trop mal sous le soleil de septembre. Il faut bien cela pour faire oublier un peu l'actualité politique et sociale. Pour se détendre, voici notre petit programme culturel hebdomadaire, notamment avec de la musique, des spectacles à foison, la rentrée des expositions, une sélection de films et toujours de la littérature. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Let my children hear Mingus" de Géraud Portal
"Joy as an act of resistence" de Idles
"Move through the dawn" de The Coral
"Reiði" de Black Foxxes
"Rising, la fin de la tristesse" de Blaubird
"Idomeni" de No Mad ?
"Sun on the square" de The Innocence Mission
et entre livre et musique "Beach Boys, un été sans fin" de Jean Emmanuel Deluxe

et toujours :
"June" de Brendon Anderergg
"Comme de Niro" de Madame Robert
"Neige à Londres" de Eles
Retour sur la 28eme édition du Festival de la Route du Rock de Saint Malo
Interview avec Judith Owen en concert le 17 septembre au 3 Baudets
le Rock chic de Thomas Breinert, découverte à prolonger par l'écoute de la session acoustique.

Au théâtre :

les nouveautés :
"Infidèles" au Théâtre de la Bastille
"Dialogue aux Enfers" au Théâtre de Poche-Montarnasse
"Le C.V. de Dieu" à la Pépinière Théâtre
"Signé Dumas" au Théâtre La Bruyère
"Solaris" au Théâtre de Belleville
"L'éternel premier" à La Pépinière Théâtre
"1830 Sand Hugo Balzac : tout commence..." au Théâtre Essaion
"Galilée, Le Mécano" au Théâtre de la Reine Blanche
"Vipère au poing" au Théâtre Le Ranelagh
"4.48 Psychose" au Théâtre La Croisée des Chemins
les reprises :
"La Nostalgie des blattes" au Théâtre du Petit Saint-Martin
"Cyrano de Bergerac" au Théâtre Le Ranelagh
"Une ombre dans la nuit" au Théâtre Le Ranelagh
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"Gérémy Crédeville - En vrai le titre on s'en fout" à la Comédie de Paris
"Fabrice Petithuguenin - C'est compliqué" au Théâtre Le Bout
"Manon Mezadorian - Pépites" au Théâtre du Marais
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Expositions avec :

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Ciné en bref avec :
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