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puce James Brown est mort
Effet mouillé et peau délicate  (Paris)  février 2007

Hier la fin. Enfin la mort. Comme tout le monde je me suis réveillé avec une drôle de gueule de bois. Au delà de ce que l'on appelle le réveillon, c'est la nouvelle d'hier soir qui ma foutu la gueule dedans. Nous sommes le 25 décembre et James Brown est mort. C'est cette idée fixe qui m'a accompagné toute la matinée. En me réveillant, l'enfer dans la tête, les égouts au bord des lèvres, un vague souvenir des ombres et des mouvements de la veille. Et puis machinalement j'appuie sur le bouton "play" de la chaîne. Surprise, ce matin ce n'est plus l'immuable "Sympathy for the Devil" qui est sur la platine. Non, c'est "Get Up Felling Being Like A..." premier morceau de l'album Sex Machine.

Hier il y avais eu ce drôle de sursaut: "Il faut mettre cet album, comme cela, demain, ma première pensé sera à James Brown". Oui, il devait être mort, rien d'autre n'aurait pu déplacer Beggars Banquet de ma platine. J'avais fait la même chose pour Syd Barett... Le temps de s'habiller avec le mal de crâne ambiant et les enceintes crachant une guitare en boomerang "I got mine/don't worry about his". Il était temps d'aller faire un tour sur mon palier : l'alcool emmagasiné dans ma prostate voulait sérieusement prendre la fuite. Les fringues de la veille... il s'était passé quelque chose ce matin. Le blue jeans, les boots espagnoles, la chemise noir satin, la veste en velours bleu nuit; une cigarette glissée dans la bouche... direction le parquet qui grince, les toilettes glacées et désertes... puis on vire la braguette à bouton...il s'était passé quelque chosent hier, la mort de James Brown n'en était pas restée là... puis on lève la chemise... le vieux noir suant m'avait fait faire une bêtise... on baisse le sous vêtement... une chose qui dérangeait mes clauses morales ... apparition d'un suçon sur l'aine...il s'était vraiment passé quelque chose.

Qu'est ce que j'ai fait la nuit où mister dynamite est mort ? Noël dans toute sa splendeur. Evitez la fête de famille cette fois ci. Juste une dôle de virée avec mon compère Adrien Durand chez un DJ à réminiscence eightee's. Une sorte de nouvelle an avant l'heure comprenant cadeau surprise. "Ramener chacun un cadeau qui sera donné au hasard à quelqu'un". Moi j'avais pensé très intelligent d'emballer mon vinyle en trop de Leonard Cohen, "Song From a Room". Qui allait tomber sur ce truc? Cette bande de branchés n'allait rien y comprendre, pensant se retrouver devant un chanteur folklorique israélite. "Et J. , tu trouvessç_ extra si j'offre un Divx de clip Herbie Hancock, ils vont halluciner non?". Durand entretient le culte des anciens jazzeu x transfomistex, les vrai gars de la disco...

"James Bronw a grandi chez une tante qui tenait un bordel. Il faut comprendre qu'il va largement contribuer a l'imagerie "Black Pimp", le phantasme de la Black Fondation, ce même phantasme relayé par les italo- américains du style Scorcese dans "Taxi Driver". Ca va être toute l'image de la pute au mini short, les longues boots blanches à talons marrons et les grosse lèvres rouges. Et aujourd'hui c'est de parfaits petits pâles qui partent en trip sur ce mauvais délire. "Funky Président", c'est marrant d'avoir écouté cette chanson le soir où il est mort. D'habitude j'écoute plus la période sixtes ou early seventies. Mais les trucs avec des flûtes et un nom de comics américain... on a pas idée".

"Ce type est un mauvais J. il pense que la musique noire n'est faite que pour danser, et la musique blanche pour collectionner... tu vois le genre de DJ prétentieux" Je voyais très bien ce qui nous attendait : des blondes de 19 ans avec des hauts à paillettes dorées, des branchés à en vomir, mais personne de plus de 25 ans, soit exactement 10 ans de moins que celui qui reçoit... c'est pour baiser plus facilement.

La scène était surréaliste. Arrivé dans cette apart immense, indécent de mélange de styles. Entre le rococo et la pop art. Andy Warhol aurait bien rigolé de la génération de dégénérés qu'il a cré&. Et puis de la musique assourdissante. Du blues industriel mal foutu, Tom Waits rencontre Rammstein en ex U.R.S.S. Les corps formaient des courbes retranchées. Des jeunes gens suant, la veste sur le bras, les babines pleines de champagne, parlent à des jeunes filles aux pupilles dilatées. Les plus défoncés étaient bien trop lubriques pour des esprits comme les nôtres. La critique devait se lire dans nos yeux. Le maître de maison, un grand chauve complètement vêtu de blanc, s'avance vers nous. "BONSOIR, tenez posez vos cadeaux ici, et passez moi vos manteaux. Désolé pour le bazar qu'il règne, mais j'étais à Berlin... vous savez comment sont les gothiques... blah blah blah". Raél n'aurait pas fait mieux, toute cette phrase avec le même ton mort. Alors nous garderons nos manteaux et désolé pour le bazar mais l'on sent plus ton envie de dire que tu vas te branler à Berlin plutôt que ton dégoût pour le foutoir. S'infiltrer maintenant... la tache s'avére des plus délicates. Première escale, le buffet avec des coupes chopés à la volée. Des têtes se retournent vers nous. Certains dévisagent mes cheveux, d'autre le badge Magma d'Adrien. "Tu crois qu'il vous nous bouffer tout de suite ou ils vont nous laisser nous pinter pour nous prendre par surprise?" C'est vrai que la question pouvait se poser.

"1988, il était un peu tard et il y avais un peu trop de coke... Alors il se prend d'une lubie : tuer cette vieille black défoncée. 1988, James Brown tire sur la bagnole de sa femme fuyant la maison. Comme tout les grands James Brown avait un flingue, comme Elvis, Spector ou Thompson..." et un flingue c'est tout ce qui nous manquait. Quatre heures que nous étions dans cet enfer. L'on avait déjà eu le droit d'ouvrir nos cadeaux surprise et d'entendre toutes les conneries que la terre peut porter. J'avais eu la chance de gagner un livre sur l'argenterie du second empire alors qu'Adrien tenait une sucette en sucre représentant un phallus en érection. Quand à mon vinyl, c'est ce putain de DJ qui l’a eu "Je pourrais peut être en faire quelque chose". L'alcool commençait vraiment à monter. Du champagne à 30€ la bouteille pour des gens en quête d'ivresse. Adrien s'était trouvé une fille au rouge à lèvres mauve à paillettes. Il lui expliquait ce qu'était le mouvement Soft pendant qu'un baby rockeur m'avais coincé dans un coin. "Keith Richard s'est vendu le jour où il a changé de coupe de cheveu mec. L'homme le plus élégamment ravagé au monde, son sourire édenté et l'héroine à fumer pour se préserver de la dépendance..." A moi d'encaisser ses conneries, m'inquiétant plus du niveau de mon paquet de clopes que des paroles de ce garçon. Et puis Guerre Froides en B.O de fond, la soirée tournait au mauvais film d'horreur.

"James Brown faisait flancher tous les puristes. Le Jazz n'est pas une blague, ce n'est une musique avec laquelle on pouvait pas rire. Et James Brown ne pouvait pas faire de Jazz. Même si son orchestre en avats tout l'air. Lui qu'est ce qu'il en pensait... pas grand chose. Il voulait juste prendre sa revanche sur le monde, devenir quelqu'un d'important... Freud aurait dit que c'était pour regagner ses parents..."

C'était le fond du fond, 6H00, les dernières reines de la nuit avec l'air un peu défraîchies, les vraies s'étaient de toute manière déjà vues offrir un dernier verre. "J'en peux plus, il faut que l'on se casse de cet endroit ! Viens on vole une dernière bouteille et les dernières jolies filles et on va se prendre un petit déj du coté du pont de l'Alma". Monsieur Durand avait raison. Les dernières images était apocalyptiques : sa sucette flottait comme un sous marin grec au milieu d'un bol de punch, le DJ vomissait sa connerie dans des toilettes immenses. J'ai récupéré mon vinyl et on s'est enfui de cette appart. Avec nous, le baby rockeur, la fille aux lèvres mauves et leurs amis branchés qui avaient l'air plutôt malades. "J'ai une voiture les garçons, on peut rentrer à six dedans en se tassant un peu". Tu parles que certains ne se sont pas gênés pour récupérer des poules sur leurs genoux. Quant à moi, j'ai eu le droit àla place du mort. "Tiens J. choisis la musique dans mon I Pod". Quel genre de jeunes filles a une Classe A comme voiture et du Animals comme musique? Comme quoi cette génération ne veut plus dire grand chose.

James Brown était une idole de la contestation noire... "Say It Loud, I'm Black and I'm Proud". La mauvaise blague en aura même fait l'hymne des Black Panthers pendant un moment. Son engagement pour la négritude, ça je remet pas en doute. Mais contre la drogue! "King Héroine" est la pire des chansons anti-drogue qui a été composée. Surtout quand on voit ce qu'il lui est arrivé... il n'a jamais lâché. L'héroine... certainement... mais le reste !

Le drugstore, on aurait pas pu trouver plus cliché. Comment est ce que des branchés finissaient leur réveillon et commençaient Noël ? Enfin, des pseudo passéistes. J'avais l'impression d'être un foutu cliché enfermé dans une peau humaine. J'allais mettre ça sur le coup de l'alcool. Alors il était plus fort que moi de m'esclaffer : "Pourquoi cet endroit"... et à une blonde inconnue de me répondre "Mais attend, c'est le meilleur endroit: t’as une presse, un tabac, de quoi prendre un petit déj et en plus je dois acheter de l'huile de framboise pour ma mére !". Aller acheter des clopes, ligne fixe dans ma tête. "Un paquet de Camel souple s'il vous plait". Une buraliste chinoise, une de plus.

"Vous désirez quoi ?" "Juste un café merci ?". Ou me barrer, à choisir. Les conversations allaient tourner en rond, je le sentais bien. C allait encore être aux théories fumeuses sur la mort de McCartney, si les fringues de prêt à porter étaient rock and roll, puis des "vrais bistros de nos quartiers"... que des discussions stériles de jeunes gens morts avant même d'être nés ; des étrons sans âme... Mon portable aller me sauver. Ma mère m'appelle. "Joyeux Noël, tu as bien dormi?" " Non je n'ai pas dormi mais Joyeux Noël. C'était bien par chez vous" ; "Oui plutôt... tiens j'ai entendu à la radio que James Brown est mort !!!"

"Do my thing". Je me souviens du jour ou j'ai compris ce mot. Mon père avait une collection de vinyls dans laquelle j’aimais me perdre. Entre Joe Pass et Bob Marley on trouvait "Sex Machine" de James Brown. J'avais l'impression que la pochette enfermait le type, qu'il &tait prisonnier du cadre. J'imaginais que c'était pour cette raison qu'il transpirait autant. J'avais demandé à mon père de le mettre. "Do my Thing"... et tout explosait apès le "one two three four"... pom/pom/pom/pom. Aujourd'hui je comprends cette chose : James Brown a inventé le funk dans un moment de rage, la rage la plus profonde d'un homme et de sa musique. Comme tous les matins où Sympathy for the Devil me réveillat. Samba, musique africaine électrique, la basse lui tapait sur les tempes et c'est cette rage qu'il a dû sortir de ses tripes.

Les Stones c'est quand Nikki Hopkins va au créneau, ce piano qui monte, meilleur que le fluide dans la verge ; et la base de Keith Richard qui en veut au monde, Don Quichotte de l'électricité. Ce combat, James Brown l’a perdu, mort car ce sont des hommes malgré tout ce que l'on veut en croire. Et l'orgasme... c'est cette chose sortie des fins fonds d’un amas de viscères la fumée et la puanteur, toutes les souffrances d'un homme explosent dans la beauté, la sublimation.

Et j'observe mon aine. Non je n'ai pas détourné une mineure. "James Brown est mort". Ce n'était pas les douces lèvres d'une fille qui a pincé là où ma peau est la plus délicate avant de plonger la tête... Non, la voix de ma mère, ma main sous ma chemise et à moi de me pincer. Il me fallait juste la violence pour me réveiller, ou pour me punir. Me dire que toute notre vie allait être comme cela : voir les gens mourir, les gens qui comptent. La musique du Diable... c'est tellement vrai... aimer cette musique c'est signer un drôle de pacte...

 

L.J.Jet         
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Il fait beau et chaud, on reste à l'ombre, on traine à la plage, mais si vous avez encore un petit moment pour jeter un oeil à Froggy's Delight, nous sommes toujours là. Voici le programme light et rafraichissant de la semaine.
petit bonus, le replay de la MAG (Mare Aux Grenouilles) numéro #1

Du côté de la musique :

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Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

Le compte-rendu de la 35ème édition du Festival Humour et Eau salée
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Expositions :

en real life :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Voir le jour" de Marion Laine
"Le Défi du champion" de Leonardo D'Agostini
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"2021" de Cyril Delachaux
"Les Robinsonnes" de Laurent Dussaux
"L'Ile aux femmes" de Eric Duret
"Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué" de Jean-Claude Sussfeld
"The Storm" de Ben Sombogaart
...et des courts-métrages
"Odol Gorri" de Charlène Favier
"Poseur" de Margot Abascal

Lecture avec :

"Retour de service" de John Le Carré
"Un océan, deux mers, trois continents" de Wilfried N'Sondé
"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
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