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Entretien de février 2007  (Paris)  20 février 2007

Depuis plus de 40 ans, Jean-Laurent Cochet, comédien et metteur en scène, professeur d'art dramatique, est présent simultanément sur tous les fronts ; ce qui témoigne non seulement d'un bel exemple de longévité théâtrale mais aussi d'un dévouement indéfectible pour son métier et son art et d'une vocation humaniste de passeur pour transmettre aux jeunes générations le savoir qu'il a lui-même reçu de ceux qu'il appelle avec déférence "ses maîtres".

Il anime également, au sein du Théâtre Pépinière-Opéra, des "Master Classes", consacrées aux grands auteurs classiques, qui rencontrent un succès retentissant auprès d'un public fidèle auquel se joignent souvent des comédiens renommés.

Ces cours public d'interprétation dramatique entrouvrent aux néophytes la porte du cours de théâtre pour les éclairer quant au travail en amont de la représentation dans lequel il dispense un enseignement technique et didactique abondamment illustré par des anecdotes et des références à l'histoire du théâtre.

Et comme la culture dramatique et lyrique de Jean-Laurent Cochet est phénoménale et son esprit d'à propos un véritable ravissement, il convient de lancer un avertissement liminaire : assister à ces cours entraîne une addiction immédiate et irréversible !

D'une disponibilité et d'une simplicité remarquables, Jean-Laurent Cochet a accepté de nous recevoir à son domicile, dans un univers habité de fleurs, de livres et de disques où règne l'harmonie et la quiétude, pour évoquer sa carrière, son métier, son professorat et ses projets, au cours d'une série d'entretiens qui s'appuient sur les différents points et réflexions abordés dans ces master classes.

Ce premier entretien fait suite au premier des 3 cours programmés dans le cycle "Les Printanières" qui s'est déroulé le 19 février autour de Marivaux.


De l’enseignement de l’art dramatique

Vous enseignez depuis plus de 40 ans. Comment vous est venue cette fibre de l'enseignement et comment avez-vous su conserver au cours de ces années la fraîcheur et l'envie indispensables ?

Jean-Laurent Cochet : Je dirai déjà que c'est la durée qui entretient la fraîcheur et l'envie. J'ai commencé très très jeune et je n'y aurais peut être pas pensé de moi-même, je ne le sais pas. Quand je suis entré au Conservatoire j'étais encore très jeune mais j'avais beaucoup plus d'expérience que mes camarades. Et mes maîtres, qui étaient pourtant de grands maîtres, me disaient que j'étais fait pour m'occuper d'eux et les diriger. Ils me disaient "Sois gentil, fais travailler untel".

Et sous leur férule, j'ai fait travailler mes camarades. Quand j'ai eu mes prix très brillamment et que j'ai été engagé à la Comédie Française. Et comme j'avais eu mes prix très brillamment les élèves du Conservatoire venaient me trouver pour que je les fasse travailler. Et j'ai eu des résultats mirifiques, voyant les plus grands noms du théâtre qui avaient été mes élèves avant même que je n'ouvre mon cours officiellement. Ensuite, cela s'est fait tout naturellement et c'est extraordinaire. Je venais de quitter la Comédie Française, dont j'avais démissionné, et j'étais très peu connu car le côté média n'existait pas à cette époque.

Et immédiatement le cours a marché très fort et je ne l'ai jamais arrêté. Pour la bonne raison qu'il n'y a rien de plus exaltant et c'est la meilleure façon de se faire travailler soi-même. Enseigner, c'est se mettre à la place de l'autre. Alors quand des gens me disent : "Ce n'est pas un bon comédien, il ne joue pas la comédie mais c'est un bon professeur", c'est aberrant ! Comme si quelqu'un qui ne sait pas jouer du piano l'enseignerait en disant : "là est le do ou le ré." ! Il faut être comédien, de préférence pas trop mal ; et puis toujours en activité pour pouvoir faire évoluer son propre travail à travers ce que l'on enseigne aux jeunes.

Parce qu'on leur enseigne le classicisme, ce qui fait que le théâtre est parvenu jusqu'à nous. Et puis, sans tomber dans le modernisme imbécile il y a quand même des styles d'œuvre qui peuvent demander autre chose. Cela entretient la fraîcheur et j'en suis parfois moi-même le premier étonné parce que c'est, je ne dirai pas fatigant, mais très déchargeant car cela absorbe une grande énergie et je n'ai jamais arrêté.

Au début, les cours avaient lieu tous les matins dimanche inclus. Ensuite, j'ai dû réduire en raison de ma propre activité professionnelle mais j'ai toujours conservé comme aujourd'hui au minimum 3 cours par semaine plus des cours spécifiques pour des gens plus âgés qui veulent faire d'autres expériences. Ce qui est tout autant passionnant. Cela m'entretient complètement dans la forme qui est la mienne en ce moment.

Je ne me lasse pas. Et pourtant parfois je me demande "Combien de fois ai-je entendu cette scène ?", 6-7 000 fois, peut être ; mais chaque fois c'est un peu différent. Le même élève passe différemment avec l'écart des trois semaines pendant lesquelles il aura travaillé, suite aux indications qu'on lui a données. Un autre élève, même s'il faut jouer les personnages avec la fidélité à ce qu'ils sont, présente quelque chose de différent parce que le personnage passe à travers son filtre personnel. C'est toujours nouveau.

Vous apportez beaucoup à vos élèves mais eux vous apportent-ils également tant à l'enseignant qu'au comédien que vous êtes ?

Jean-Laurent Cochet : Bien sûr ! Quand je leur indique quelque chose sur le moment je n'y pense pas, mais je me mets dans la situation dans laquelle j'espère qu'ils se mettront après. Donc mes indications ne sont pas dogmatiques, je fais mon texte et leur montre comment on doit raisonner. L'enseignement comme le mien, nourri de celui de tous les maîtres qui me l'ont transmis et de mon expérience de vie, va au-delà du théâtre.

Le théâtre est une thérapie pour tout le monde. Même ceux qui n'envisagent pas de faire ce métier devrait passer par le théâtre qui apporte une révélation de soi-même. Cela vaut mieux que tous les psy. En faisant un caractère, un personnage, on est forcé de s'interroger sur ce qu'on a ou pas en soi. Et cela participe à l'épanouissement personnel. Bien sûr il y a ceux qui font une carrière, encore que ce soit plus aléatoire aujourd'hui. Avant, même si le théâtre a toujours été un métier d'aventure, et heureusement, avant donc, avec un certain physique, une certaine voix et un certain travail on savait qu'on vivrait de son métier.

Aujourd'hui, cela a beaucoup changé en raison notamment des modes elles-mêmes, nées malheureusement d'une idéologie, d'une politique qui fait que le théâtre est tenu par des réseaux qui fait que ce n'est plus sur le talent qu'on engage les gens. C'est du copinage et s'ils ont du talent, tant mieux. Mais mieux vaut ne pas en parler car la situation du théâtre est actuellement terrible et ce n'est pas en le déplorant que cela changera les choses. C'est la raison pour laquelle je continue mon cours avec acharnement. Ce que j'enseigne ne va pas forcément les aider. Ca peut même constituer un handicap car il y a beaucoup de "castings" selon le terme actuel où on dit aux gens : "J'espère que vous n'avez jamais rien fait !".

On les choisit sur les Champs Elysées. C'est une sorte d'amateurisme généralisé et c'est à peu près le seul pays où cela se passe ainsi si on compare à ce qui se passe ici avec la maîtrise qui préside en Angleterre, en Suède, en Allemagne. Pour continuer mon parallèle avec le piano, on ne joue pas du piano si on ne l'a pas appris. Alors que chez nous c'est un peu le monde à l'envers.

Vous avez dit "Il y a beaucoup de professeurs sur la place de Paris mais peu d'enseignants".

Jean-Laurent Cochet : Ah ! J'ai été stupéfait quand on m'a annoncé le nombre de professeurs répertoriés. Cela va de 1 ou 2 autres cours comme le mien qui ont été créés par des gens qui ont appris leur métier et qui ne sont pas des criminels. Ils sont comédiens, un peu de ma génération, qui ont donc acquis leur savoir auprès des mêmes maîtres. Mais il y a des gens qui enseignent des choses qu'ils ne savent pas et qu'ils n'ont jamais su. C'est aussi tragique que si on déformait les pieds et les jambes des jeunes enfants dans des cours de danse.

Dans la danse, cela se voit tout de suite ; alors que dans le théâtre on ne s'en rend pas compte. Je reçois parfois des élèves qui sont restés 2 ans dans un cours où, non seulement on ne leur a rien appris, mais où on les a déformés. Tous les jours il s'en ouvre un nouveau et le cours est dispensé dans la salle à manger du professeur. Ce n'est pas tragique car s'ils ont vraiment besoin et envie de faire ce métier ils se rendront compte par eux-mêmes que ce n'est pas suffisant et ils iront ailleurs.

Du comédien

Une de vos principes est qu'être comédien est un métier et non un art ce qui va à l'encontre de ce que croit généralement l'opinion publique.

Jean-Laurent Cochet : Effectivement et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai tenu à faire ces cours publics. Pour que le public soit meilleur juge que les critiques dont parfois ce n'est pas le métier non plus. Qu'il voit au moins ce qui s'apprend et comment, car le public - et ce n'est pas le mépriser, au contraire car c'est pour lui qu'on travaille - n'est pas censé savoir comment on travaille. On ne se lave pas les dents en public !

Quand le public voit une personne sur scène il ne pense pas qu'il s'agit d'une personne qu'on paye alors que ce n'est pas son métier et c'est pourtant ce qui se passe aujourd'hui. Il va prendre ce qu'il fait en disant en sortant : "J'aime" ou "Je n'aime pas". Le goût entre bien sûr en jeu, comme ceux qui n'aimaient pas Elvire Popesco parce qu'elle avait un accent, mais cela est très subjectif et il existe des critères objectifs d'appréciation. C'est d'abord un métier et on ne peut pas en arriver à ce qui est l'art, c'est-à-dire d'abord s'effacer devant un auteur et puis être en perpétuel état de liberté et de maîtrise de soi-même. C'est Jouvet qui disait que le comédien était à la fois l'instrument et l'instrumentiste.

On est artiste mais on joue sur notre corps qui doit être travaillé sur la respiration, l'articulation. Si tout cela n'est pas parfaitement maîtrisé au point de l'oublier on ne peut pas jouer une situation et diriger un personnage. Etre d'abord un artisan et c'est là qu'on devient artiste. De même que je fais la différence, qui est immense et que d'autres ont faite avant moi, entre acteur et comédien.

Justement il s'agit d'un point que je souhaitais aborder avec vous !

Jean-Laurent Cochet : La distinction n'est pas aisée car il y a des comédiens moins bien que d'autres et des acteurs meilleurs que d'autres. L'acteur est, en général, quels que soient son physique et son emploi, celui qui ne se fait jamais oublier. On sent derrière tout ce qu'il fait, qu'il le fait en le montrant : "C'est ça ce que je fais, c'est cela qu'il faut apprécier en moi" ,et il va très vite surjouer au lieu de s'effacer derrière le personnage au nom duquel il parle.

Le comédien est celui chez qui cela ne se voit plus du tout. On pourrait dire que l'acteur surjoue et que le comédien déjoue. Le comédien peut jouer n'importe quel emploi et à chaque fois il est le personnage. Je prends souvent comme exemple, (exemple suprême, il y en a mille autres) mais pour prendre ce qu'il y a de mieux, Raimu et Harry Baur.

Raimu était un gigantesque acteur et Harry Baur était le très grand comédien. Et pourtant c'était deux personnages et deux vedettes considérables. Mais Harry Baur aurait pu jouer ce que jouait Raimu, (il l'a d'ailleurs fait, je crois), et l'inverse non.

Il y a des acteurs dont ce n'est même pas le métier et il y a des acteurs parce qu'ils agissent, si je puis dire, d'une manière juste. Il y a également de très bons acteurs mais qui ne passent jamais la frontière qui mène vers le comédien. C'est Madame Colette qui disait aussi bien pour les comédiens quepour les acteurs qu'ils devaient pratiquer "l'effacement éclatant". Il faut complètement s'effacer derrière le personnage mais avec suffisamment d'éclat pour que ça aille jusqu'au public.

J'ai également retenu une phrase qui appelle quelques commentaires sur le registre du comédien qui se situe entre l'impuissance et l'étonnement.

Jean-Laurent Cochet : Voilà encore une des raisons qui ont présidé à la création de mes cours. Il y a des choses qu'on ne peut pas se contenter de dire ; il faut les illustrer car sinon cela reste théorique. C'est la gamme du comédien qui commence par une lecture approfondie du texte pour s'imprégner du climat et de la situation théâtrale. Ensuite il faut s'approcher du texte de l'auteur sans chercher à le dire bien. Donc faire son propre texte en se mettant dans la situation inventée par l'auteur.

Dans les situations fortes chez les grands auteurs classiques il y a toujours le besoin de convaincre l'autre. Et c'est la raison pour laquelle nous prenons le public à partie de ce qui va se passer avec un partenaire qui n'est pas d'accord avec nous. Il n'y a situation que s'il y a contradiction. C'est là que tout d'un coup on se dit qu'on est impuissant à raconter tout ce que j'ai de moi à quelqu'un qui ne va peut être pas me comprendre et en même temps l'étonnement de ne pas y arriver alors que je fais tout pour le convaincre.

C'est le registre du personnage lui-même. Ainsi l'infante dans "La Reine morte" de Montherlant, quand elle n'arrive pas à convaincre Inès à s'enfuir dit : "Porte, porte, quels mots pour t'ouvrir". Ensuite, de cette impuissance on cherche d'autres arguments et en même temps on est étonné de ne pas être plus convaincants et c'est ainsi que l'intrigue rebondit. C'est un vaste registre.

Quand vous avez présenté les deux premiers élèves, vous avez indiqué qu'ils allaient jouer des contre-emplois. Cela veut-il dire que même en contre emploi on est rattrapé par l'emploi ?

Jean-Laurent Cochet : Non, ce n'est pas tout à fait cela. C'est fou comme les choses évoluent. Quelqu'un me disait hier : "C'est terrifiant au Français - le Français où règne la défiguration absolue - ils en sont revenus conventionnellement aux emplois ! Je lui ai répondu : "Mais que me dites-vous ! Nous avons été virés parce que nous respections les emplois et que la politique du moment était de tout prendre à rebours et de systématiser le contre emploi. L'emploi, comme pour un pianiste qui ne peut pas jouer Liszt s'il a une petite main, indépendamment de toute l'émotion personnelle, depuis Molière, existe avec des catégories d'emploi avec des noms.

Mis à part la tragédie, pour les hommes, cela allait de l'ingénu au premier rôle en passant par le jeune premier, le grand jeune premier rôle. Avec l'âge si on s'épaississait par exemple on jouait les "rondeurs" et c'étaient les rôles du Malade, d'Orgon, du Bourgeois etc. L'emploi était délimité par une harmonie, René Simon disait une harmonique et je comprends ce qu'il voulait dire, entre le physique et la voix. On ne peut pas jouer une jeune première ravissante si on a un physique un peu tordu. Mais si on est ravissante et que la voix est très grave, ce n'est pas possible non plus. Et là réside le problème pour les faire travailler quand ils sont très jeunes et qu'ils ont du talent. Il faut les préparer à ce que seront leur emploi quand ils auront pris de l'âge.

Le physique est, pour certains emplois, secondaire car on peut se transformer, se grimer, se maquiller. Hirsch a, toute sa vie, fait des compositions. Pour la voix cela est plus difficile. Il faut pouvoir, à l'intérieur de son timbre, avoir plusieurs couleurs. Marie Marquet avait un orchestre symphonique dans la voix et elle pouvait tout jouer indépendamment de sa grande taille. Au contraire, Madeleine Renaud n'avait qu'une note, un gazouillis délicieux, mais qui ne lui permettait pas de jouer tous les rôles et notamment la tragédie. Dès lors, même âgée, elle a continué à jouer les ingénues comme dans "Harold et Maude".

La voix se compose plus difficilement. Il y a des comédiens qui y parviennent comme Laurence Olivier quand il a joué "Othello" très négroïde. Il a travaillé pendant des mois en se mettant des poids sur le ventre pour avoir une voix de basse. Mais cela relève du domaine des cas particuliers. La modulation du timbre de voix permet de jouer le vieillard ou un vieux délicieux. Les contre emplois peuvent être amusants en permettant au comédien de se révéler et de surmonter sa timidité. Il faut chercher dans tous les rôles jusqu'où on peut aller trop loin comme disait Jean Cocteau. Une femme qui a un physique d'ingénue et qui travaille Lucrèce Borgia en sortira enrichie pour jouer ensuite Agnès.

Mais il ne faut pas, comme à la Comédie Française, faire jouer des rôles par des gens qui n'en n'ont pas l'âge ou qui ne parlent même pas français, Ce n'est pas grave pour l'auteur qui est trahi, (depuis le temps qu'il est dans sa tombe, il continue à tourner tranquillement), mais pour le public et pour les jeunes. Car, ou bien cela les écoeure, (comme faire jouer Orgon par un noir car il n'y en avait pas au 17ème siècle ou du moins il n'aurait pas eu des enfants blancs, et Tartuffe par un jeune homme, alors que c'est un filou, complètement nu), ou ça les amuse et cela fausse leur jugement.

Vous insistez sur le respect du texte et le rôle du comédien. Où se situe le metteur en scène ?

Jean-Laurent Cochet : Le metteur en scène, comme Copeau, Dullin, Jouvet sauf vers la fin, c'est un comédien qui en dirige d'autres. C'est tout. Comme le chef d'orchestre est un musicien qui en dirige d'autres. Parce qu'il a appris plus de choses, parce qu'il a une dimension plus pédagogique et d'échange avec les autres, qu'il a une autorité différente. Le metteur en scène est un comédien qui doit pouvoir jouer chaque rôle parce qu'il le possède par la lecture, par la recherche, la connaissance de l'oeuvre et peut l'indiquer à l'autre. Pour faire du théâtre, il faut un texte, c'est le verbea et tout part de là, mais c'est l'acteur qui est essentiel. On peut jouer sans décor, sans accessoire, sans lumière une bougie suffit.

Aujourd'hui les mises en scène sont des sauces invraisemblables et inutilement coûteuses. D'ailleurs avant cela ne s'appelait pas "mise en scène" mais "régie". Les mots "mise en scène" faisaient hurler Jean Vilar qui disait "Nous sommes des régisseurs qui réglons le spectacle". Tant mieux si le metteur en scène sait choisir un décorateur qui créera un plus pour l'ambiance, mais un rideau noir suffit pour faire avancer l'imagination du public. Un metteur en scène est donc obligatoirement un comédien qui peut diriger les autres comédiens sur les rails du personnage et du style comme un chef d'orchestre.

Nos brochures sont assimilables à des partitions mais sans les points de repères que sont les temps et les pauses. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle, lorsque, ayant monté beaucoup d'opéras, on me demandait la différence entre l'opéra et le théâtre je répondais : "Aucune. Je dirige des interprètes, ceux qui chantent et ceux qui parlent, à l'intérieur de la situation et de l'esprit de leur personnage".

Du théâtre

J'avais envisagé de conclure cet entretien sur la situation actuelle du théâtre que vous avez qualifiée "au bord du gouffre" mais vos propos liminaires me laissent penser que vous ne souhaitez pas trop vous exprimer sur ce sujet.

Jean-Laurent Cochet : Effectivement, je préfère ne pas trop en parler. Non pas pour taire mes sentiments, car j'ai toujours avoué tout le long de ma vie et cela aurait pu me causer du tort, si ce n'est qu'on est toujours récompensé d'être en accord avec soi-même J'ai toujours claqué des portes quand j'étais en désaccord. Ainsi ai-je démissionné du Conservatoire, du Français, d'un peu partout, et je m'en suis bien porté, même si on me taxait de caractériel.

J'ai appris à ne plus leur faire de publicité alors qu'ils détruisent le métier et, de plus, vis-à-vis des jeunes qui n'ont plus d'exemples à se mettre sous les yeux et qui n'ont pas l'âge d'avoir connu ceux que j'ai vus, afin de ne pas les rendre nostalgiques. Au contraire je leur dis simplement de faire preuve d'assez de discernement pour se rendre compte, connaissant l'œuvre, si elle est respectée ou non. Et moi je travaille pour ce qu'ils feront dans 5, 10 ou 15 ans. Car c'est d'eux que viendra assurément une restauration du métier.

Vous avez évoqué l'importance du physique, de la voix, de la respiration et on parle beaucoup aujourd'hui de la dramaturgie du corps.

Jean-Laurent Cochet : J'attends qu'on m'explique de quoi il s'agit. C'est un mot comme on en a inventé d'autres. La dramaturgie n'a rien à voir avec le corps. Cela se rapporte à l'intellect, c'est Jan Kott parlant de la dramaturgie de Shakespeare, c'est l'analyse et l'étude des oeuvres. La dramaturgie du corps est inventée par des personnes qui ne savent même pas ce que cela veut dire. Eventuellement pour moi cela pourrait vouloir dire être libre de son corps et que tout passe d'abord par le corps. Jouvet disait "Tout est suspect sauf le corps". Bien sûr qu'il faut être libre de soi pour que le sentiment vous traverse. C'est aussi simple que ça.

Je me doutais bien que cela allait vous faire réagir. De même sans doute si je vous demande votre sentiment par rapport à ce qu'on désigne aujourd'hui sous le terme de "spectacle total" ?

Jean-Laurent Cochet : On comprend de quoi il s'agit mais il était inutile de créer ce mot là. Il y en a eu de tous temps. Molière a écrit des spectacles avec des intermèdes, du chant et des danses. Cela ne veut rien dire c'est un snobisme qui va vite se démoder pour être remplacé par un autre. Tout cela ne concerne pas notre métier ! C'est du vent !

 

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La Master Classe de février : Marivaux

En savoir plus :

Le site officiel de Jean-Laurent Cochet

Crédits photos : Thomy Keat (Plus de photos sur Taste of Indie)


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# 12 juillet 2020 : Un air d'été

On entre dans la saison des vacances, pour vous comme pour nos chroniqueurs. Vous nous retrouverez tout l'été quand même avec des éditions web plus légères et toujours notre Froggy's TV bien sûr avec La Mare Aux Grenouilles et plein d'autres émissions. c'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

La Mare Aux Grenouilles #6, sommaire et replay
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.

Au théâtre :

en salle :
"Littoral" au Théâtre de la Colline
"Karine Dubernet - Souris pas" au Point Virgule
et dans un fauteuil de salon :
des créations :
"Yvonne princesse de Bourgogne" par Jacques Vincey
"Lucrèce Borgia" par Lucie Berelowitsch
"La Dernière neige" de et par Didider Bezace
"Pinocchio" de Joël Pommerat
"Soulever la politique" de Denis Guénoun
"Je marche dans la nuit par un chemin mauvais" de et par Ahmed Madani
Au théâtre ce soir :
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"Le Tombeur" de Robert Lamoureux
"Une cloche en or" de Sim
du boulevard :
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Face à face" de Francis Joffo
du côté des humoristes :
"Bernard Mabille sur mesure"
"Christophe Alévêque est est Super Rebelle... et candidat libre !"
et finir l'Opéra :
avec du lyrique :
"Le Balcon" de Peter Eotvos par Damien Bigourdan
"Orlando furioso" de Antonio Vivaldi par Diego Fasolis
"La Flûte enchantée" de Mozart par Romeo Castellucci
et du ballet avec deux créations étonnantes : "Raymonda" de Marius Petipa et "Allegria" de Kader Atto

Expositions :

les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma at home avec :
le cinéma contemporain
"A woman at war " de Benedikt Erlingsson
"Lulu" de Uwe Janson 
"L'Apotre" de Cheyenne Carron
"La tendresse" de Marion Hänsel
"Crawl" de Herve Lasgouttes
"Nesma" de Homeïda Behi
le cinéma culte des années 1920 :
"Le cuirassé Potemkine" de Sergueï Eisenstein
"Nosferatu le vampire" de Friedrich Wilhelm Murnau
"Le Cabinet du docteur Caligari" de Robert Wiene
"Les Deux Orphelines" de D.W. Griffith
et l'entre deux avec les années 1970 :
"Mado"de Claude Sautet
"La Traque" de Serge Leroy
"La femme du dimanche" de Luigi Comencini
et retour au 2ème millénaire avec de l'action :
"Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie" de Jan De Bont
"Blade Trinty" de David S. Goyer
avant de conclure en romance avec : "Un havre de paix  de Lasse Hallström

Lecture avec :

"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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