On ne remerciera, tout d'abord, jamais assez, le Nouveau Casino, responsable
de l'exploit d'avoir fait traverser la Manche à l'envers aux fameuses
soirées londoniennes « Blow Up » pour les faire renaître
rue Oberkampf à Paris.
Après la douloureuse expérience des Solarflares à l'automne
dernier, heureusement rehaussée par la parfaite prestation Nuggets du
DJ, la venue du pape de l'orgue Hammond, Brian Auger, était l'occasion
rêvée de pouvoir se replonger, l'espace d'une soirée dans
l'ambiance du « Stroll On » des Yardbirds tiré du chef d'ouvre
homonyme d'Antonioni.
A peine entré dans la salle, première surprise : le garage-punk
sixties habituel a laissé place à une sorte d'easy listening jazzy
au demeurant très sympathique (intéressante relecture du «
Evil Ways » de Santana). Et là, premier doute : si l'ami Brian
ne nous resservait pas un florilège de ses classiques époque Julie
Driscoll ou Oblivion Express ?
La suite confirmera (malheureusement ?) cette première impression. Chez
les Auger, la musique est devenue une histoire de famille : le propre rejeton
du maître est au baguettes et sa délicieuse fille assure les parties
vocales ainsi que les ondulations derrière le micro. Deux heures plus
tard, le Brian Auger Band quittait la scène après avoir fait entendre
sa conception de la musique.
Comprendre que le monde se divise en deux parties, ceux qui savent jouer et
les autres. Et autant le dire franchement, ce soir là, le groupe a joué
dans la première catégorie. En effet, le parti pris plutôt
jazz - malgré un clin d'oil à son ami Robbie Krieger, le temps
d'un « Light My Fire » - a été propice aux improvisations
répétées des musiciens, perçues soit comme ennuyeuses,
soit comme époustouflantes mais dont la qualité et la maîtrise
ne peuvent en aucun cas être mises en doute.
Morale de l'histoire : un concert à l'ancienne où la virtuosité
est au service de la musique et non pas l'inverse. Une question d'époque
en somme. |