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Interview  (Paris)  29 août 2007

En ce mois d'août, le festival En compagnie(s) d'été investit le Théâtre 14 en proposant des spectacles inattendus et singuliers parmi lesquels "Birthdeath", celui de la performeuse Virgina VulV.

Pour le commun des mortels les artistes sont souvent perçus comme des personnages intrigants et, parmi eux, les performeurs demeurent énigmatiques. Virgina Vuvl, artiste totale, performeuse profonde comme elle se définit elle-même, telle qu'elle se dévoile au public, suscite autant de fascination que d'interrogations.

Entretien exclusif avec un personnage hors norme, plus complexe et secret que ne laisse penser ses réponses claires, qu'il faut essayer d'appréhender derrière le sens premier des mots.


Vous avez décidé de vous exposer. Alors première question : qui êtes-vous ?

Virgina VulV : Je suis avant tout un être humain dans sa globalité et sa complexité. Je me définis actuellement dans mon travail comme "deep performer", performeuse profonde. C'est effectivement nouveau pour moi de m'exposer car j'ai eu 47 ans cette année et, jusqu'à présent, j'ai beaucoup travaillé en interne. Ce n'est que cette année que j'ai pris cette décision de m'exposer vraiment. Je me sens prête à affronter les regards et mon parcours est à mon image et à celle de mon œuvre : il est quasiment incompréhensible. Et je crois que c'est ce qui fait sa force.

Malgré l'anonymat dans lequel vous œuvriez et l'hermétisme que vous évoquez, existe néanmoins une personne qui a su appréhender votre travail avec, à la fois, beaucoup de culture et d'intelligence mais également de sensibilité. Donc un certain chemin a déjà été parcouru par son intermédiaire. Et c'est une rencontre sans doute importante pour vous.

Virgina VulV : Effectivement. Ma rencontre avec Sylvie Duchamps revêt une grande importance. Elle est universitaire mais avant tout quasiment un chasseur car elle a retrouvé ma piste, après avoir eu l'occasion d'entendre parler de mes œuvres, à partir de quelques traces que j'ai laissées en Amérique Latine notamment avec ce travail autour du caillou, de la chute et de l'impact, ces boules parfaites, au Costa Rica.

Sylvie a montré la patience et la finesse du limier pour venir débusquer - et me débusquer - au fin fond de ma Touraine maintenant. Je pense qu'elle a entendu parler prioritairement du "Birthdeath", qui est mon first song réalisé à l'âge de 40 ans dans des circonstances personnelles spécifiques, voire douloureuses, qui avait donné lieu à l'impression de 6 planches et un song en six couplets. Je pense qu'il a attiré son attention et son intérêt pour venir me chercher.

Deep performer donc mais dont le travail s'intègre complètement dans l'art contemporain puisque votre prestation comporte la présentation de ce premier opus, sous forme de rétrorama par Sylvie Duchamps précisément, d'une vidéo et une performance qui s'inscrit dans la mouvance du body art. Votre champ d'action, pour vous exposer, voire vous surexposer, est-il donc délibérément multimédia et transdisciplinaire ?

Virgina VulV : Oui, cela est très juste et Sylvie le formule d'une manière à la fois pertinente et amusante quand elle me définit comme "Shiva des art plastiques" qui - je la cite - "manie les supports et les concepts avec une dextérité et une violence toutes féminines". J'ai le désir profond de m'exposer, de me mettre en danger dans tous les médias et de me représenter dans ceux-ci et dans tout ce qui passe à portée de ma main et de ma tête.

Votre premier opus "Birthdeath" date de 2000, il y a également votre œuvre virtuelle "Ignis Agnus" et la vidéo sur le caillou que vous citiez et qui sont des œuvres accomplies. Maintenant que vous vous les avez révélées au public et que vous vous révélez vous-même, quels sont aujourd'hui vos projets futurs ?

Virgina VulV : Je souhaite repartir de la base en choisissant de nouveaux réseaux. J'ai envie de toiles et je vais réaliser sur toile grand format une partie du "Birthdeath". Pour en assurer la diffusion je vais procéder à une réédition car il s'agit d'un opus central dans mon œuvre. J'ai également envie de continuer mes voyages, de concevoir d'autres petits films, et au mois d'octobre je vais repartir aux sources en allant en Grèc, peut être à la rencontre de la déesse Baubo, et me laisser imprégner du territoire et des odeurs.

Ce qui veut dire que votre présence sur la scène au sens large du terme sera toujours ponctuelle, inattendue et rare ?

Virgina VulV : S'exposer est difficile surtout quand on n'en a pas l'habitude. Il faut retrouver à chaque fois, le feu pour le coup, et l'envie de le partager. Je suis aussi à la recherche d'un équilibre entre cette exposition et les moments où je me ressource, ce qui appartient également à ma phase actuelle d'exploration.

S'agissant de Sylvie Duchamps, qui a su vous "débusquer" et par rapport à la proximité qui s'est instaurée entre vous par votre œuvre interposée, vos relations sont-elles très étroites et permanentes avec sa présence constante en tant qu'interprète de votre œuvre ou s'agit-il d'une proximité uniquement théorique sans interaction relationnelle ?

Virgina VulV : J'ai voulu cadrer les choses assez rapidement avec Sylvie Duchamps qui est un être précieux, d'autant plus précieux pour moi puisqu'elle a fait partie de ce processus d'exposition mais nous ne nous voyons plus. Il y a eu une rencontre très forte, une vraie rencontre d'humain à humain quand elle m'a retrouvée. Mais nous avons pris la décision de ne plus nous croiser, de ne plus nous mettre en présence l'une de l'autre, pour préserver la qualité de ses recherches et son objectivité et, comme beaucoup de choses nous rapprochent, conserver notre autonomie respective pour ne pas s'interpénétrer et se mélanger et puis se perdre l'une et l'autre.

Le processus d'exposition est désormais enclenché et vous vous présentez au public avec une performance qui peut paraître assez déconcertante et qui comporte des connotations sexuelles et féministes très importantes qui peuvent, parfois, même aujourd'hui encore, choquer. Quels retours avez-vous du public ?

Virgina VulV : Les retours sont positifs, émus, comme les gens qui me disent qui me disent : "Je ris mais parfois sans savoir pourquoi" et ce souffle qui passe me plait. Après, je dirai que le ressenti est différent selon les personnes et les approches sont vraiment très personnelles. Les regards sont bienveillants et ils sont de tous âges ce qui me conforte et me fait plaisir. Je ne sais pas comment mieux répondre à cette question.

La performance que vous effectuez actuellement peut-elle évoluer dans une profondeur encore accrue, si l'on peut dire, à la manière par exemple d'un artiste performeur comme Jean-Louis Costes qui présente des performances qui vont assez loin dans la provocation, la sublimation et le sadomasochisme intellectuel ? Hormis la différence d'univers, serait-ce des orientations avec lesquelles vous pourriez flirter ou votre prestation restera-t-elle davantage conceptuelle ?

Virgina VulV : Je connais un peu son travail et j'ai l'impression que je ne m'inscris pas uniquement dans une démarche qui tend à briser les tabous. Je manie effectivement de la chair, des humeurs, des liquides mais j'en propose une lecture différente. Je pense au "Warm urine rain", cet arc-en-ciel mordoré d'urine chaude, que je transforme en principe fécondateur féminin et masculin en me situant au-delà du sexe. A ce propos, Sylvie Duchamps le disait fort justement à propos de l'étymologie du mot "sexe" qui vient de "secacre" couper, séparer. Or, je me situe davantage dans de réunion des deux principes.

En référence à la matrice fondatrice de l'humanité qui n'est ni un homme ni une femme mais les deux.

Virgina VulV : Oui, ou du moins d'être dans des principes que l'on rattache à du féminin ou à du masculin mais qui agitent autant l'homme que la femme et qui sont présents dans chaque être au-delà de ses attributs sexuels.

A l'occasion de ce festival En compagnie(s) d'été, le nombre de vos interventions sont très limitées. Y a-t-il d'ores et déjà d'autres dates prévues ou allez-vous tout de suite partir vous ressourcer ?

Virgina VulV : La semaine dernière, j'étais à Aurillac au Festival du théâtre de rue où j'ai vraiment goûté et apprécié le rapport aux personnes présentes dans une endroit très différent de la scène du Théâtre 14 qui était un préau d'école. Je suis aussi à la recherche d'endroits non institutionnels qui me ressemblent peut être davantage ou qui sont "chargés" de manière différente.

Ce qui m'intéresse beaucoup également est le rapport avec le public dans l'espace puisque dans ce type de lieu nous sommes, le public et moi sur le même plan. Je n'ai pas encore prévu de nouvelles interventions mais grâce à Sylvie Duchamps, avec qui bien évidemment je reste en contact par voie de mails, j'ai un espace sur MySpace. Et c'est dans mon espace, qui me permet de communiquer avec le public, que j'indiquerai mon actualité.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de la performance "Birthdeath"

En savoir plus :

Virgina VulV sur MySpace


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# 20 mai 2012 : Le changement (climatique), c'est maintenant

Le printemps va bientôt laisser sa place à l'été et toujours pas de beaux jours à l'horizon. Pour se consoler des orages, du froid et des diverses contrariétés de notre époque, il reste la musique, le théâtre, le cinéma... Voici donc une petite sélection hebdomadaire de nos chroniqueurs.

Du côté des platines :

"L'Amour, l'Argent, le Vent" de Barbara Carlotti. Retrouvez Barbara Carlotti en interview mais également en Froggy's session pour 3 titres
"Moyen-Âge" de Ange
"Rollerchain" de Belleruche
"A Matter of Time" du Peuple de l'Herbe
"La Fabrique" de Maud Lübeck
"Nuit et Jour" de Music is not fun
"My God is blue" de Sébastien Tellier
Polock, Air Bag One et Pamela Hute dans une sélection de singles
Lorn et Amon Tobin en concert à l'Aéronef de Lille
High Damage en concert au Grand Mix de Tourcoing

Au théâtre :

Les nouveautés de la semaine :
"Temps" au Théâtre National de Chaillot
"Peer Gynt" au Grand Palais
"Une petite histoire de la Comédie Française" à la Comédie Française
"Des arbres à abattre" au Théâtre de la Colline
"Love" au Théâtre du Petit Saint Martin
"Building" au Théâtre Mouffetard
"Le lever du Soleil" à l'Auguste Théâtre
"Je suis prophète, c'est mon fils qui l'a dit !" à la Maison des Métallos
"Comme un zeppelin en flammes dans son vol de retour" à La Loge
"Kalldewey" à La Loge
"Jupes et pantalons" au Théâtre Le Guichet Montparnasse
"La Jeanne de Delteil" au Théâtre de l'Ouest Parisien
et une reprise à ne pas rater :
"Le souper" au Théâtre de la Vieille Grille
A l'affiche :
"Amphitryon" au Théâtre du Vieux Colombier
"Rostam et Sohrab" au Théâtre 13/Jardin
"Illuminations" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Sous ma peau" au Théâtre Le Lucernaire
"Des poissons dans les arbres" au Théâtre Essaion
"Eloge de l'oisiveté" au Théâtre de Belleville
"Emily Dickinson, la belle d'Amherst" au Théâtre Le Lucernaire
"L'avare" à l'Aktéon Théâtre
"Une mouette" au Théâtre Paris-Villette
"Dans la jungle des villes" au Théâtre de la Colline
"Une puce, épargnez-la !" à la Comédie Française
"Amédée" au Théâtre de la Tempête
"Incendies" au Théâtre des Quartiers d'Ivry
"Contre les bêtes" à la Maison de la Poésie

Exposition avec :

"Berthe Morisot" au Musée Marmottan Monet

Lecture :

"21 avenue de la Boétie" de Anne Sinclair

Cinéma avec :
La sélection de la semaine :
"Moonrise Kingdom" de Wes Anderson
"American Pie 4" de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg
Les sorties récentes :
"Le jour où je l'ai rencontrée" de Gary Wiesen
"11 fleurs" de Wang Xiaoshuai
"Chercher le garçon" de Delphine Sebbagh
"Nino" de Thomas Bardinet
"Les fraises des bois" de Dominique Choisy
"Nana" de Valérie Massadian
"La vida util" de Federico Veiroj
"2 days in New York" de Julie Delpy
"Y a pire ailleurs" de Jean-Henri Meunier

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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