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Conférence de presse  (Route du Rock 2007)  15 août 2007

Conférence de presse de Herman Düne en concert le 15 aôut 2007 à la Route du Rock 2007.

Pour commencer, quel est ton premier souvenir musical qui t’a marqué ?

David-Ivar : Mon premier souvenir musical, c’est encore assez clair dans ma tête, ma mère m’a amené voir Miles Davis, quand j’avais 7 ans, à Stockholm, dans un parc d’attraction, et je m’en souviens très bien, c’était super. C’est mon premier souvenir musical. Et aussi mon père me jouait des chansons depuis que je suis tout petit, mais je ne peux pas dater le premier souvenir. Dans tous mes souvenirs, je me souviens de mon père qui chante.

C’est excitant de jouer avec un groupe à chaque fois à géométrie variable ? Vous pouvez vous retrouver à 7 comme à 2 ou 3 ou 4…

David-Ivar : Pour nous, c’est vraiment bien je pense parce que on aime ça, c’est un truc qui nous fait plaisir de changer, de pouvoir réinterpréter notre musique, souvent avec des gens nouveaux qui la découvre. Pour le public, je ne sais pas.

Neman : Pour nous, c’est toujours un plaisir de jouer avec les gens qu’on aime, dont on aime la façon de jouer. C’est vrai qu’il y a finalement pas mal de gens dont on aime bien leur musique et c’est toujours un plaisir de partager avec ces gens.

C’est un exercice auquel vous êtes visiblement habitué puisque le groupe Herman Düne doit composer avec une géographie assez éloignée. C’est votre moteur, un peu quelque part.

David-Ivar : Ce n’est pas comme un truc réfléchi où l’on se dit il faut changer tout le temps le groupe, sinon ça ne marche pas. C’est plus comme ça que ça s’est fait, par la force des choses parce que l’on a toujours aimé des musiciens qui avaient aussi des projets à eux. Je pense à Julie Doiron qui était notre bassiste pendant un moment, elle avait ses projets à elle, ou Turner Cody. Beaucoup de gens comme ça qui ont d’autres projets, donc quand ils sont libres, ils viennent avec nous. C’est rafraichissant quelqu’un qui découvre tes morceaux à chaque fois parce que tu peux les jouer complètement différemment.

Neman : Ce sont souvent des gens effectivement qui ont leurs projets personnels, ils ne sont pas toujours disponibles. On est un peu obligés aussi, par la force des choses, de changer de musiciens. Ils ne sont pas toujours disponibles quand nous on a besoin d’eux. C’est pour ça aussi que ça change suivant notre planning.

Ca se gère comment cette histoire parce que ça peut-être un peu casse-gueule ?

Neman : Oh ! Ca va. Souvent on prend des gens qui sont bons musiciens, soit la plupart ont l’habitude d’arriver comme ça et de jouer. On ne fait pas non plus de la musique hyper compliquée, ce n’est pas comme si on avait besoin de répéter des milliers de fois avant de jouer. Je crois que c’est assez simple.

David-Ivar : On a de la chance de rencontrer beaucoup de musiciens qui aiment improviser, jouer comme ça vient et sur le moment présent plus qu’en prévoyant ce qu’ils vont jouer. Et en plus, c’est vrai que je n’écris pas des choses très compliquées. On ne fait pas de la musique très compliquée, ce serait plus compliqué effectivement si c’était une musique orchestrée ou écrite, mais ce sont juste des chansons. Souvent les musiciens avec qui on joue nous disent qu’ils se basent sur la voix, ils peuvent suivre sans problème.

Enfin quand je dis ça, ça a l’air très excentrique mais c’est assez courant dans la musique. Et c’était encore plus courant évidemment dans les années soixante où un chanteur arrivait dans une ville et demandait au groupe local de l’accompagner parce que ça coûtait trop cher de faire tourner un groupe avec soi, donc les gens étaient habitués. Nous, c’est toute cette tradition que l’on aime en musique, on a l’impression de l’honorer en la développant nous même, avec nos chansons.

Tu parlais de tes compositions relativement simples d’Herman Düne. Sur Giant, d’un avis unanime, vous vous êtes un petit peu éloigné du carcan, enfin de votre étiquette anti-folk et lo-fi qui vous colle un petit peu à vos baskets. Ca s’est égayé, ça s’est arrangé par rapport à ce que vous avez pu faire par le passé.

David-Ivar : C’est marrant parce que "arrangé", ça peut avoir deux sens. On peut très bien arranger quelque chose de très simple. Tu sais, Phil Spector avait des orchestres symphoniques pour des chansons à trois accords et ça ne les rendait pas plus compliquer. C’est juste effectivement agrémenter de sons et d’instruments en plus mais les chansons restent très simples, souvent encore plus simples que les chansons d’avant. Même notre premier album, il y a beaucoup de chansons avec des accords un peu jazz, et plus en plus on a laissé tomber tout type de complications.

Les chansons de Giant sont nées comment justement ? Ca reste spontané certes mais un peu plus arrangé. Il y a des choses qui sont très hispanisantes.

David-Ivar : Tu parles de deux choses différentes, c’est-à-dire qu’une chanson nait à la guitare ou à deux, guitare-batterie avec des paroles. Ca, c’est la naissance d’une chanson. L’arrangement est souvent en différé par rapport à ça, ça peut être trois mois, quatre mois après la création d’une chanson et ce sont des étapes qui sont complètement, en tout cas pour moi, indépendantes. Les chansons sont nées, elles étaient assez gaies comme ça parce qu’elles étaient écrites gaiement, assez simplement. En tout cas, pour ma part, j’avais envie de chansons très très simples et c’est comme ça que je les ai écrites.

Et après, effectivement, on les a arrangées parce qu’on avait la possibilité d’avoir des musiciens que je trouvais exceptionnels, par exemple au saxophone, à la trompette, et on avait envie de jouer avec eux. Et ça, si je me permets d’insister, c’est que c’est assez indépendant les arrangements et la composition d’un morceau, ce n’est pas pareil. Il y a effectivement des gens comme des DJ, qui composent leur musique comme un arrangement. Pour eux, c’est ça la chanson alors que nous, la maison c’est la chanson et on la peint d’une couleur ou d’une autre. Ca ne change rien à la chanson elle-même, tous les arrangements. C’est un peu comme ça que l’on voit le truc.

Et la peinture, elle est mélancolique ?

David-Ivar : Nous, on aime les choses, les émotions qui sont assez fortes et directes, donc la mélancolie est une émotion comme ça qui peut toucher, surtout par la musique assez facilement. Ca me fait penser à hier, je suis allé voir Ratatouille et le critique qui mange à Ratatouille est emporté directement en enfance. C’est mélancolique et cette émotion tout de suite, tu la sens dans le cinéma. Ce critique que tu n’aimais pas, tout à coup tu vas l’aimer. En musique, c’est un peu pareil, la mélancolie c’est à la fois pour la personne qui chante et à la fois pour la personne qui écoute, c’est très fort, c’est direct.

Vous pensez qu’avec Giant vous avez réussi à vous affranchir de l’étiquette de suiveur de Silver Jews. Ce sont des gens que vous appréciez beaucoup.

David-Ivar : Si on avait cette étiquette, je la trouve très bien et je n’ai pas envie de l’abandonner, j’aime beaucoup D.C. Berman et les Silver Jews. Je n’ai pas l’impression même si j’adore, d’avoir le même genre de musique, ça ne me dérangerait pas, je n’ai pas l’impression que l’on s’en rapproche tellement.

Neman : Il y a toujours cette fâcheuse tendance de classer les gens comme ça. Avec ce disque là, je pense effectivement juste par le fait que l’on ait changé de son et que l’on ait fait des arrangements, on sort un peu de ce carcan que je trouve un peu stupide personnellement. Ca ne m’empêche pas d’aimer beaucoup de groupes dans ce domaine. Ce n’était pas notre but de faire de l’indie rock ou quoi que ce soit. C’est juste faire la musique que l’on aime.

David-Ivar : Ceci dit, pendant que l’on parle je me rends compte que Silver Jews, c’est bien choisi. Voilà. Si tu rapproches plus d’autres groupes de ce même genre de label, on ne ressemble pas beaucoup parce que l’on écoute beaucoup de groupes classic rock, on aime des choses de la musique des années 60 assez classiques, même des années 50 comme Chuck Berry, c’est ça qui nous nourrit. Silver Jews, c’est bien choisi surtout par le fait qu’il engage des musiciens de Nashville, qu’il évolue dans un cercle très indépendant, très punk rock avec tous les gens qui gravitent autour. Je pense que chez lui, il doit surtout écouter Billie Holiday, c’est comme ça que je l’imagine.

Ca me fait penser aussi avoir écouté un morceau qui me faisait beaucoup penser au Palace Brothers.

David-Ivar : Will Oldham, lui, on le connaît assez bien personnellement, j’aime bien parler avec lui parce qu’il n’est pas dans ce truc. Quand tu dis Will Oldham, on dirait de l’indie rock ou des choses comme ça, mais je ne pense qu’il en écoute ou très peu. Il peut parler pendant longtemps de vieilles musiques, donc ça c’est plus des trucs dont je me rapproche.

Le fait que tu le connaisses personnellement et que Will Oldham est assez ouvert sur les collaborations, pourquoi ne pas envisager une collaboration avec Herman Düne comme il l’a fait avec d'autres ?

David-Ivar : Moi, ce que j’aime surtout chez lui, j’avoue, c’est son écriture. Je pense que moi, ce que j’ai de bon, c’est surtout ça aussi. Alors j’aimerai bien qu’il prenne Neman à la batterie, ce serait une bonne collaboration. Moi, écrire avec lui, je ne sais pas si je saurai faire. Honnêtement, je n’écris pas beaucoup avec d’autres gens.

Tu t’es rapproché de ces gens là pour leur qualité d’écriture, la narration, c’est quelque chose qui est important pour toi, donc l’écriture des mots en tant que tel ?

David-Ivar : Etre rapproché de quelqu’un qui travaille bien, ça fait plaisir. Après, ça ne ressemble pas forcément. Je préfère que l’on me compare à quelqu’un du genre Will Oldham ou des Silver Jews que de quelqu’un dont je n’aime pas l’écriture, je ne vais pas dire de noms. Je ne trouve pas que ça se ressemble. Evidemment, je trouve que ce sont des gens qui travaillent. Déjà, c’est une notion que j’adore. Ce sont des gens qui écrivent des chansons en travaillant, en jouant avec des mots, en faisant des rimes riches, en faisant des belles choses. Quand on me rapproche de ça, je suis assez content.

Pendant un moment, on voyait Herman Düne dans une espèce de sphère avec Jeffrey Lewis et compagnie, cette sphère anti-folk. Maintenant, on voit Herman Düne dans des grandes salles, on voit Herman Düne dans des festivals, et puis affranchi de cette étiquette un peu nombriliste. C’est aussi une évolution naturelle qui s’est faite ou c’est vraiment une volonté de s’affranchir de ça ?

David-Ivar : On ne s’est pas affranchi de Jeffrey Lewis. C’est un de nos meilleurs amis, c’est un artiste que l’on adore sur tous les points. Moi, j’aime son écriture, son jeu, ses concerts. Je n’ai pas envie de m’en affranchir, j’adore. Si on a l’occasion de tourner ensemble encore, on le fera que ce soit pour lui, pour Kimya Dawson, on a joué avec elle il n’y a pas longtemps. Parmi les artistes anti-folk, il y a des amis, des gens que l’on aime beaucoup, dont on aime le travail. On n’a pas envie de s’en affranchir.

Maintenant, on n’a jamais été attiré, on n’a jamais essayé de choisir notre public. Ce n’est pas vraiment une démarche qui nous intéresse. On n’a jamais essayé d’avoir le public punk rock anti-folk. Nous, on aime jouer et de plus en plus, on se rend compte que chaque concert est unique, on n’a jamais essayé d’avoir un public qui soit toujours le même.

Donc c’est normal d’évoluer. Vous savez comme les modes passent : une année des personnes vous écoutent, une autre année ce sont d’autres personnes.

Neman : Je crois que c’est surtout le hasard qui a fait que les routes de Jeff et Düne ne se sont pas forcément croisées cette année. En septembre, on joue en Angleterre plusieurs fois. La plupart des musiciens qui se sont sur nos albums sont des gens de New-York, qui sont dans cette même scène que ce soit les filles qui font les chœurs, les Baby Skins et puis des gens qui font le sax Kerry et John. Effectivement, ce sont plus des gens dont on apprécie la musique, leur façon de jouer, avec qui on aime bien faire de la musique.

David-Ivar : Quand je parle avec Jeff Lewis de musique, ce qu'il écoute ce n’est pas forcément de l’anti-folk ou du pop rock. Kimya Dawson, elle, écoute du soft rock, Sting.

Quel est votre meilleur souvenir pendant les années où vous avez joué ensemble sur scène, peut-être avec des musiciens ou en studio ?

David-Ivar : La chance avec la musique, c’est qu’il y a beaucoup de bons souvenirs. Je vais prendre au moins 10 secondes pour réfléchir à l’un de mes meilleurs souvenirs, parce qu’il y en a beaucoup. (RIRES)

Neman : Il y a plein de souvenirs différents. Il y a soit des gens avec qui on aime jouer par exemple Kimya Dawson, les concerts avec elle, quand on est parti en tournée avec elle aux Etas-unis. Ca, ce sont des grands moments pour nous. Moi, j’ai le souvenir d’un concert à Columbus dans l’Ohio. La scène était juste devant le bar. Les gens n’étaient pas du tout attentif. Déjà nous on n’est pas très connu à Columbus dans l’Ohio. Quand Kimya a joué, c’était pareil, c’était l’enfer.

Elle en a eu marre et elle a fini le concert dans les toilettes en disant : "Bah écoutez, s’il y en a qui ont envie d’écouter, qu’ils viennent dans les toilettes". C’est un bon souvenir. Sinon, il y a plein d’autres choses. Le mois dernier, on a joué au Jazz Festival de Montreux. Pour nous, c’était un honneur de jouer là-bas. On a joué dans le Miles Davis Hall, tu vois les statues de Ray Charles, de BB King. Ca m’a vraiment rendu heureux de jouer là-bas.

David-Ivar : Oui, j’ai un très bon souvenir d’un concert au Cabaret Sauvage que l’on a fait avec un section de cuivres. J’avais un super son sur scène. C’était superbe parce que les cuivres sonnaient super bien. Effectivement, j’ai plein de souvenirs de concerts d’il y a quelques années où l’on organisait avec Mains d’Œuvres et Benoit Rousseau, des concerts qui s’appelaient Mo’Fo Festival. Tout le monde jouait ensemble. Je me souviens d’un moment super où il y avaitJeff Lewis, son frère Jack, tout le monde sur scène. On était une quinzaine à chanter, c’était marrant.

Ca va donner quoi Herman Düne sur son prochains album ?

David-Ivar : Je ne sais pas ce que ça va donner. Je ne sais pas. Je pense que là, ça fait un an que l’on joue sur scène. Je ne sais pas trop comment le décrire mais ça donne autre chose et l’album sera différent comme chacun de nos albums a été différent. Ce sera d’autant plus différent qu’André ne sera pas sur l’album. Je ne sais pas du tout comment on va le faire ni avec combien de musiciens, ni où on va l’enregistrer, quelles chansons seront dessus, on n’a rien prévu encore.

Vous êtes tout le temps sur la route. Vous avez le temps d’écrire ? Comment vous faites pour écrire quand vous êtes en tournée comme ça ?

David-Ivar : Tu sais c’est dur, vachement pénible. Tout à l’heure à Neman, je disais qu’il fallait que je prenne du temps. J’écris sur la route mais je n’ai pas assez de temps d’écrire tous les jours, je me sens frustré. Là, on a quand même des chemins où on prend l’avion, le train, des interviews, c’est super pour nous mais je pense que si ça dure encore deux mois, ça commence à faire comme si tu arrêtes ton moteur trop longtemps, tu as du mal à revenir à écrire tous les jours.

Vous l’arrêtez quand la tournée ?

David-Ivar : Là, je crois que ça ne va pas s’arrêter avant novembre pratiquement.

Vous vous sentez à part sur la scène française ?

Neman : On n’a pas trop écouté de musiques, de chansons françaises. Effectivement, on vit ici parce que nos familles habitent ici mais c’est vrai que l’on enregistre la plupart de nos disques à l’étranger, on tourne à l’étranger. Pour nous, c’est plutôt un lieu où l’on habite mais musicalement, à part des amis qui sont proches de nous à Paris, que l’on a forcément connu parce que l’on était sur le même label mais on n’était pas forcément amateur de leur musique.

David-Ivar : Je ne me sens pas vraiment attiré parce que je n’ai pas entendu de chansons en anglais vraiment bien en France. Je ne me sens pas du tout appartenir à une scène française en ce moment. Mais, c’est vrai qu’il y a des musiciens que j’aime bien. Souvent, ce sont des musiciens de jazz parce qu’il y a une tradition à Paris, une tradition de jazz. Là, je me sens proche mais je ne peux pas dire que je suis dans cette scène là. Je les connais personnellement.

C’est quoi une bonne chanson pour vous ?

David-Ivar : C’est difficile à décrire mais …

Est-ce que tu ressens le moment où tu te dis là, c’est bon, je suis sûr ?

David-Ivar : Oui, je le sens. Je change rarement d’avis. Quand j’écris une bonne chanson, il se trouve que c’est une bonne chanson. Je le sens tout de suite. En général, je ne peux pas m’arrêter de la chanter toute la journée, je la trouve vraiment bien, j’ai envie de l’enregistrer, de la jouer en concert tout de suite. Ca m’est arrivé quelques fois d’avoir une chanson que je ne pensais pas terrible et de la jouer pour des amis et que l’on me dise quelle est super et de changer d’avis mais assez rarement. En général, j’écris plein de chansons et le jour où j’en ai une que je trouve bonne, je m’en rends compte, j’ai envie de l’enregistrer tout de suite.

Neman : Sinon, c’est vrai que le bon test pour nous, c’est de les jouer sur scène et de voir comment les gens réagissent. C’est un peu comme ça que l’on choisit les chansons que les disques. Et puis surtout les petits aussi. Quand tu fais écouter une chanson à des petits enfants qui n’écoutent pas forcément Sonic Youth ou Pavement et qui dansent, je pense que c’est un bon test aussi.

Ca vous agace le monde de l’indie rock ?

Neman : Pas du tout. Ce sont des groupes que j’aime bien.

David-Ivar : Si ça m’agace… Je ne sais pas comment dire, c’est partagé parce que moi je ne peux pas dire que je n’en fais pas partie. J’écoute aussi Sonic Youth, ce genre de choses, c’est cool, c’est de la bonne musique. Ce qui m’agace, c’est le côté, comment dire, trop comme une étiquette. Passer la musique comme un style de musique, surtout avec l’Indie rock. Les gens sont très indulgents avec des artistes étiquetés avec Indie rock et vont dans la même phrase te dire que, je ne sais pas, God is my copilote est un groupe merveilleux et que Bruce Springsteen est ringard.

Il y a des gens qui disent aimer la musique, qui peuvent te dire ça en face. Je le rencontre beaucoup dans le monde de l’Indie rock où tu dis j’aime Dolly Parton et les gens rigolent et tu ne comprends pas pourquoi et après, dans le même jour, ils vont écouter … je ne sais pas, trouver un exemple … enfin bon, une fille qui chante comme Dolly Parton… Oui, voilà, tu vois ce que je veux dire.

Je trouve que dans l’Indie Rock, ce côté de cette scène où les gens se sentent bien en confiance avec des gens de même culture, qui lisent les mêmes bd, voir les mêmes films et tout. Ca fait qu’il suffit qu’un type arrive avec une barbe et une chemise à carreaux, lui, il est bien alors que tu as quelqu’un qui écrit une chanson magnifique mais qui est un peu plus vieux, qui joue sur une guitare rouge et orange et lui, c’est pas bien, quoi !

Est-ce que tu peux parler un peu d’un artiste comme Bob Dylan ?

David-Ivar : Moi j’aime toute l’influence de Bob Dylan. On peut en parler pendant des heures. L’influence est à tous les niveaux ; je pense qu’il n’existe pas de personnes qui écrivent des chansons qui ne soient pas influencées par Bob Dylan, d’une façon ou d’une autre soit par opposition, soit par influence directe. C’est tellement dans l’air. Dès que l’on entend une chanson qui rime, on est obligé de penser à Bob Dylan soit parce que sa rime, elle est moins bonne que Dylan, soit parce qu’elle est dans une chanson de Dylan, ou soit parce que c’est une rime qu’aurait pu utiliser Dylan.

C’est quelqu’un qui est l’étalon, la mesure pour savoir si un texte est bien construit ou pas, savoir si un texte a une teneur ou une consistance au niveau de l’écriture. Je ne sais pas comment ça se fait que lui, il a compris à l’âge de 20 ans, vous savez parfois on dit les personnes autistes voient les équations mathématiques comme quelque chose de physique et peuvent comme attraper des chiffres, on dirait que lui, il a compris ça avec les mots. C’est impossible de trouver une chanson écrite par Dylan qui n’ait pas ce côté où tous les mots sont à leur place et surtout après Blonde On Blonde.

J’aime toutes les périodes, mais je trouve qu’après Blonde On Blonde, ça devient encore plus alchimique, encore plus magique et jusqu’à Shot of Love, c’est un de mes albums préférés. C’est encore plus émouvant dans Shot of Love parce que c’est une période où lui est devenu chrétien pour des raisons personnelles, il y a cette opposition entre l’artiste et sa vie personnelle, il est un peu déboussolé, il revient de l’alcoolisme pour aller vers le christianisme, sa vie sentimentale est complètement chaotique.

Même quand il veut donner un message presque évangélique, il n’arrive pas à écrire une mauvaise chanson et ce ne sont que des beaux mots, que des belles choses. C’est un peu comme ça dans Infidels ou Slow Train Coming que je trouve merveilleux. Je trouve cela intéressant surtout que même aux époques où il n’était pas… parce qu’il y en a eu, ce qui est très étonnant à voir maintenant des époques où moi j’ai vu des vidéos du Band aid où il jouait avec Cliff Richards et Ronnie Woods, où ils se faisaient huer.

Maintenant, c’est impensable que ça se passe parce qu’il est trop vénéré. Et même à cette époque là, il écrivait des chansons merveilleuses et son influence était immense au nombre de personnes qui le reprenaient. Tout le monde peut reprendre n’importe quelle chanson ou n’importe quelle face B de Dylan et en faire un tube soit reggae, hip hop, n’importe quoi. Parce que c’est la mathématique d’écriture qui colle parfaitement, je trouve.

Vous avez d’ailleurs repris une de ses chansons. C’est quelque chose de fréquent ?

David-Ivar : Moi, j’aime les chanter et on aime les jouer. Comme je disais, ce sont des chansons très faciles à interpréter parce que la structure est tellement forte que quelque soit la façon dont tu la joues, elle reste une chanson intéressante. C’est un peu bizarre parfois de reprendre Bob Dylan sur scène. Quand on a joué aux Vieilles Charrues, c’est un festival en Bretagne, Brian Ferry fait que des reprises de Bob Dylan, on a l’impression d’être à un mariage un peu quand on écoute des chansons que l’on connaît bien. Ce n’est pas ce que l’on aime, on a envie de chanter nos chansons même si elles ne sont pas aussi bien que les chansons de Dylan.

Il y aura des nouveaux morceaux ce soir, par exemple ?

David-Ivar : Je pense oui. On fait souvent des nouveaux morceaux. On n’a pas de set list, c’est pour cela que je te réponds "je pense"…

Il n’y a jamais de set list ?

David-Ivar : Non.

Et comment ça se passe ?

David-Ivar : Parce que les chansons sont faciles, les musiciens ont l’oreille ouverte.

Et qui est-ce qui donne le la ?

David-Ivar : Je commence un morceau. C’est souvent moi mais parfois c’est Neman qui a envie de jouer tel morceau, c’est un de nous deux.

Vous ne savez même pas le premier titre que vous allez jouer ?

David-Ivar : Non, on ne sait pas.

Neman : Bon, on a des petites habitudes quand même. Ca dépend comment on se sent. C’est agréable de pouvoir se dire tiens ce soir, on commence par ça, suivant comment est la salle. C’est super excitant pour tout le groupe d’entendre juste un accord et de dire c’est cette chanson plutôt que de regarder une liste à la con qui est écrite par terre.

Ca n’est jamais arrivé aux musiciens de se tromper ?

Neman : Si si, ça arrive, surtout moi…

David-Ivar : Ca nous arrive souvent de nous tromper. Je commence un morceau et les autres pensent que c’est un autre morceau. Nous on le sait mais les autres gens pas forcément. Cette année, on a fait une liste pour la première fois pour 5 concerts. Ca nous a bloqué, ce n’était pas de bons concerts alors on a arrêté. On faisait des concerts où l’on était très nombreux, on croyait qu’il fallait faire une liste et c’était impossible, on n’y arrivait pas.


 

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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
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"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

"Cavalier seul" de Fred & Nat Gévart
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"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
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"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
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"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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