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Interview  (par téléphone)  janvier 2008

Entretien téléphonique avec Claire Diterzi, auteur du magnifique album Tableau de chasse.

Claire, tout d'abord bonjour. Ton deuxième album solo, Tableau de chasse est sorti le 22 janvier dernier. C'est un disque ambitieux dont la composition s'est faite à partir d'oeuvres d'art. Peux-tu revenir sur la naissance de ce nouveau projet ?

Claire Diterzi : Ces dernières années, j'ai beaucoup travaillé pour la danse ou le théâtre, j'ai aussi fait la BO d'un film (ndlr Requiem for Billy the kid d'Anne Feinsilber), la bande sonore d'une exposition de Titouan Lamazou. Je me suis rendue compte que de composer des chansons sur des projets d'autres personnes, notamment sur les arts visuels, c'était très agréable. Et puis, comme j'ai beaucoup joué à Chaillot avec Philippe Découflé en 2003 et 2004 (ndlr pour le spectacle Iris), la musique avait bien marché, ce que j'avais fait avait bien marché là-bas, le directeur m'a donc confié sa salle en février. Il m'a dit « Ecoute, reviens faire un concert en 2008 ». Et du coup, j'ai conçu l'album depuis deux ans en sachant que j'allais jouer à Chaillot. D'une façon un peu différente d'un album normal parce qu'il était vraiment stimulé et motivé par l'idée de jouer à Chaillot. Donc, il fallait quelque chose de plus épais que ce que je faisais avant. Je ne dirais pas conceptuel mais il me fallait une idée, quelque chose qui m'aide à habiller un peu ce théâtre. D'où l'idée dans le prolongement du mélange des disciplines, de travailler et de composer ces chansons à partir de sculptures et de peintures.

Comment s'est fait le choix des oeuvres ? Ce fut une étape longue ?

Claire Diterzi : Oui et non. J'ai pris un mois pour collecter beaucoup, beaucoup de choses. J'ai acheté beaucoup de livres, j'ai découpé, je me suis fait un cahier d'ambiance... Il y a des choses beaucoup plus contemporaines et des choses classiques ou anciennes, mais au final, il s'agit souvent de femmes. Les sculptures et les peintures représentent souvent des femmes dans leur nudité. Donc ça m'a permis - mais ça c'est vraiment le hasard car j'étais vraiment attirée par ces oeuvres-là – ça m’a permis de choisir ce qui me touchait, ce qui m'émouvait et ce qui m'inspirait tout simplement. Et comme je suis une femme, je pense que c'est ce dont je sais le mieux parler. Et donc au final, ça m'a permis d'écrire des chansons d'amour et d'aborder les sujets universels du couple, de la sexualité et de la sensualité.

Tu as déclaré que ce nouvel album est très personnel et autobiographique. Cela peut paraître étonnant au regard de la démarche de création et de la source d'inspiration des chansons.

Claire Diterzi : Finalement, c'est ce que je disais. Comme il s'agit de femmes, souvent je me sers de mes expériences pour en parler ou... C'est aussi des fantasmes. Les oeuvres d'art racontent vraiment une histoire. Il y a des personnes dans une position, qui font quelque chose, dans une certaine matière... Donc je me suis vraiment inspirée de tout ça pour finalement parler du quotidien mais en sublimant un peu.

Tu as eu une approche directe et sensuelle des oeuvres, à l'opposé d'une simple démarche intellectuelle ou d'historienne de l'art. Cela n'a pas été trop difficile de faire abstraction de ce qui a été écrit ou dit auparavant sur ces peintures et ces sculptures ?

Claire Diterzi : Ce que les gens pensent des oeuvres et ce qui en est dit, je m'en fous en fait. C'est vraiment parti de mon point de vue personnel et de ce qu'elles m'évoquaient. C'est vraiment une approche spontanée et très intuitive de l'oeuvre. Quand on prend « Le verrou » de Fragonard par exemple, qui est une oeuvre hyper connue, qui a donné la chanson « Tableau de chasse ». C'est un tableau qui est vraiment un chef-d'oeuvre de maître, tout le monde est à genoux devant. C'est sensé raconter une scène de viol selon les historiens d'art... Moi, j'ai mis beaucoup d'humour dans la chanson. J'ai l'impression qu'ils dansent le tango. Elle, elle me fait penser à un poulet ou à une dinde. Je les trouve un peu ridicules. J'avais vraiment envie de m'amuser avec ce tableau et d'en faire quelque chose de baroque mais de drôle en même temps, alors que bon, on pourrait crier au sacrilège.

Les voix et les rythmes occupent une place majeure. Il me semble que deux règles ont guidé la conception de l'album. Peux-tu nous en dire plus ?

Claire Diterzi : Alors, il y avait deux règles effectivement. J'avais vraiment en tête "Le mystère des voix bulgares" qui est un disque que j'adore. Je trouvais que les choeurs donnaient une dimension lyrique à la musique qui est très proche de la peinture. Ça donne vraiment des chansons en 3D, ça donne de l'épaisseur, de l'ampleur, de l'amplitude. Donc, j'avais d'une part le travail des choeurs, qui me tenait vraiment à coeur, c'est le cas de le dire. Et l'autre principe de base que j'avais, c'était que tout ce qui était sculpture, je le travaillais à partir de rythmes. Donc, j'ai fabriqué des rythmes à partir des matières des sculptures et j'ai écrit des chansons dessus.

Tableau de chasse est un album très coloré.. En écoutant l'album, on a vraiment l'impression de flâner dans un musée et de passer sans transition d'une époque à une autre, d'un style à un autre. « La vieille chanteuse » évoque Fréhel et les chanteuses du début du XXème siècle tandis que la chansons « A quatre pattes » sonne très 70's avec ce côté bimbo.

Claire Diterzi : En fait, c'est ce que j'adore quand on se balade dans les musées et qu'on n'a pas quand on écoute la FM ou qu'on regarde la télé. De toute façon je trouve les médias assez vulgaires, chez moi je laisse mes enfants sans ça. Quand je vais dans les musées ou que je vais voir des spectacles de danse ou de théâtre contemporain ou que je vais au musée, ce qui me plaît, surtout avec les oeuvres d'art, c'est qu'on voyage dans le temps. Et c'est vrai que moi, j'ai une certaine nostalgie du passé et en même temps je trouve que la chance du métier que je fais, c'est de pouvoir être libre, d'inventer des trucs et de chercher. Je trouve qu'il y a trop de facilité et de « consensuel ». Les artistes ont peur de ne pas vendre, le public aime bien être rassuré, acheter ce qu'il connaît, ce qui lui rappelle quelque chose qu'il a connu... Voilà, dans cette notion de se balader dans le temps, j'aime bien mélanger à la fois la musique électro, dans des programmations assez pointues, et effectivement des sons de gramophone, utiliser ma voix comme on le faisait il y a cent ans... J'aime bien ces contrastes.

Ecoutée indépendamment de l'album, à l'aveugle en quelque sorte, beaucoup se tromperait d'époque de création pour "La vieille chanteuse" .

Claire Diterzi : En plus, cette chanson est assez engagée. Moi ce qui m'a plu, c'est de chanter comme une vieille de 80 ans, à partir d'un croquis de Toulouse Lautrec. C'est un croquis de la chanteuse Yvette Guilbert qui m'a beaucoup inspiré. Je me suis mise dans la peau d’Yvette Guilbert comme si elle avait 80 ans. Du coup, les paroles dénoncent aussi le jeunisme du métier. Je fait ce métier depuis longtemps et je trouve que pour le faire bien, il faut le temps de mûrir, de se trouver, ce qui n'est pas le cas de… L'industrie est impatiente, ça perd des artistes, ça nous éloigne de l'authenticité, surtout avec la Star Academy et compagnie.

Ce sont des produits marketings.

Claire Diterzi : Oui voilà. Il faut être jeune, il faut avoir une image parfaite. C'est énervant !

Ton album est à l'opposé de cette standardisation. C'est un album atypique qui se révèle peu à peu, au fil des écoutes.

Claire Diterzi : Je trouve que pour les choses qui diffèrent, il faut toujours un effort. Le plaisir, ce n'est pas automatique. Le plaisir, il faut toujours faire un effort pour l'obtenir, à tous les niveaux, je n'irai pas plus loin... Rentrer dans un univers qui est différent de ce qu'on a l'habitude d'entendre, d’écouter quelque chose de neuf, de culotté comme ça, oui ça demande plusieurs écoutes. Mais, une fois que tu es dedans, c'est là que se crée l'émotion finalement, c'est là qu'on s'élève. Enfin j'espère en tout cas avec mon métier faire ça. Ce qu'il me procure à moi en tout cas, c'est d'aller toujours plus loin, de dépasser les limites et surtout de ne pas se contenter de la facilité. J'avais peur aussi avec ce projet de passer pour une cultureuse élitiste, une intello machin et finalement je m'étais assez éloignée des oeuvres dans les premières interviews. Et tout le monde y revient, on en parle beaucoup finalement. Les gens aiment l'idée et la prennent très simplement. Je suis assez contente.

Ce n'est pas un simple exercice de style. Très vite, on se détache des peintures et des sculptures qui sont à la base des chansons.

Claire Diterzi : Oui, oui, c'était la volonté. Que les chansons soient autonomes et que je puisse les jouer sur scène sans qu'on sache qu'elle était la source d'inspiration. Après, cette source d'inspiration est mise en avant parce qu'il y a Chaillot et qu'il faut quand même habiller. Le théâtre est énorme, ce n'est pas le Café de la Danse. Là, je me suis plus engagée sur un spectacle-concert que sur un concert plus basique. C'est sûr que j'étais beaucoup plus ambitieuse.

Justement, comment as-tu envisagé le passage à la scène ?

Claire Diterzi : ça s'est très bien passé. Ça m'a pris beaucoup de temps pour recruter les gens qu'il fallait d'un point de vue humain et artistique. Là, on sort d'une tournée de deux ans avec une équipe jubilatoire, on s'est vraiment marré. Là, comme on est beaucoup plus sur scène pour ce projet, j'avais peur de me tromper de personne ou de perdre l'intimité que j'avais avec les gens de la tournée précédente. Et finalement, j'ai auditionné des choristes, on a fait des résidences, on a déjà travaillé. Donc le spectacle est mis en scène, il tourne, enfin, on ne l'a pas joué en public mais il prêt. Il a besoin d'être rodé mais il est travaillé. C'est assez proche du disque.

Tu intègres des anciens morceaux dans le spectacle ?

Claire Diterzi : Oui, j'y ai pris plaisir. Plus on fait des chansons, plus on peut écrémer. J'ai pris le meilleur de ce que j'avais fait avant et j'ai aussi eu du plaisir en les arrangeant avec mes nouveaux musiciens. C'est donc un spectacle qui dure une heure et demie à peu près.

Tu as porté beaucoup d'attention au livret du disque.

Claire Diterzi : Le livret est très important, j'y ai passé un temps fou. Je le trouve très beau, je suis très fière. C’est vraiment une déclinaison de mon cahier : le cahier de prospection, le cahier où j'ai écrit, où j'ai dessinée, où j'ai pensé... C'est un cahier qui m'a accompagné pendant un an et demi. Quand tout a été écrit, j'ai eu du mal à m'en séparer. Ça n'intéresse plus personne, on le voit dans la vidéo du spectacle mais surtout je l'ai adapté au livret du disque pour garder cette matière et pour que les gens le voient. Ça m’intéresse aussi que les gens voient la gestation d'une oeuvre. Et c'est ce qu'on voit aussi dans le spectacle. Comment cela se passe quand tu es une femme, que tu as des enfants, que tu es compositrice, que tu dois écrire des chansons à l'heure du dîner, répondre à des phoners comme là... On voit ça aussi en vidéo. C'est un spectacle qui peut faire sourire.

Un grand merci à Claire Diterzi pour sa disponibilité.
Merci à Lara pour l'organisation du rendez-vous.

 

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La chronique de l'album Tableau de chasse de Claire Diterzi
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En savoir plus :
Le site officiel de Claire Diterzi

crédits photos : Thomy Keat (plus de photos sur Taste of Indie)


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# 20 septembre 2020 : Orages ...ô des...espoirs !

Ce bel été indien se termine sur des orages, du tonnerre et des inondations terribles. Décidément 2020 ne nous épargne rien. Dans l'espoir de jours meilleurs et se faire plaisir au milieu de tout cela, voici notre sélection culturelle de la semaine.

Du côté de la musique :

"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses
et toujours :
"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre

Au théâtre :

les nouveautés :
"Aux éclats..." au Théâtre de la Bastille
"Onéguine" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Surprise parti" au Théâtre de la Reine Blanche
"Mademoiselle Else" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Killing Robots" au Théâtre Paris-Villette
les reprises :
"Marie des Poules" au Théâtre du Petit Montparnasse
"Hector Obalk - Toute l'Histoire de la peinture en moins de deux heures" au Théâtre de l'Atelier
"Trinidad - Pour que tu t'aimes encore" au Studio Hébertot
"Carla Bianchi - Migrando" à la Nouvelle Seine
"Jos Jouben - L'Art du rire" à La Scala
"Mudith Monroevitz" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec "Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris
la dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - La collection de Madame" au Musée du Quai Branly
et toujours :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Ailleurs" de Gints Zilbalodis
at home :
"Caramel" de Nadine Labaki
"Tomboy" de Céline Sciamma
"Peur" de Danielle Arbid
"La Cour de Babel" de Julie Bertucelli
"La Bataille de Solférino" de Justine Triet

Lecture avec :

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"De soleil et de sang" de Jérôme Loubry
"Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard"
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"Dans la vallée du soleil" de Andy Davidson et "Les dynamiteurs" de Benjamin Whitmer
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