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Archipel
Le Tarmac de la Villette  (Paris)  février 2008

Comédie noire futuriste écrite et mise en scène par Issam Bou Khaled, avec Roger Assaf, Béchara Atallah, Sawsan Bou Khaled et Bernadette Houdeib.

A chaque mois son ébouissement, sa claque, son épiphanie théâtrale. Après "Questo buio feroce" de Pippo Delbono, créé en France au Théâtre du Rond Point, en janvier 2008, voici la création, en français, de "Archipel", au Tarmac de la Villette, écrit et mis en scène par Issam Bou Khaled.

"On détruit pour construire, on fait des guerres pour faire des paix, tous les processus aboutissent à des déjections qui s'accumulent quelque part dans les oubliettes de l'Histoire et dans les déblais de la Géographie".

Telle est la genèse d'"Archipel", résumée par son auteur, Issam Bou Khaled, libanais arabophone, en référence explicite avec sa propre histoire dans un pays en guerre perpétuelle dont la superficie a augmenté d'un kilomètre carré du fait de la fossilisation de tous les décombres et déchets de la guerre, humains inclus, tout simplement jetés dans la mer.

Cependant "Archipel" n'est ni un constat, ni un plaidoyer, mais transcrit une vision politique du monde et de l'homme, quand le réel devient absurde et que "nous sommes morts dans notre vie avant de mourir pour de vrai", avec une écriture singulière doublée d'une recherche esthétique et théâtrale.

Issam Bou Khaled sonde le cloaque de l'Histoire avec des laissés pour compte du 21ème siècle. Dans un magma instable qui semble se déverser dans la mer comme de la lave bouillonnante, mousseuse comme une rivière polluée, vers un ailleurs, sinon à la vertu salvatrice, du moins porteur potentiel de sens pour le présent, sont englués trois individus morts-vivants, vestige d'une humanité broyée.

Ils n'ont pas de nom, ils pourraient s'appeler Kikazaru, Iwazaru zet Mizaru, comme les singes de la sagesse dans l'iconographie chinoise qui édictent les principes qui, s'ils sont suivis, épargnent l'homme du mal. Ne pas dire ce qu'il ne faut dire, ne pas voir qu'il ne faut pas voir, ne pas entendre ce qu'il ne faut pas entendre : voilà bien, sans métaphore, la société contemporaine abreuvée d'informations, d'images et de discours.

Un docteur aveugle (Roger Assaf admirable), un otage sourd (Béchara Atallah parfait) et une femme muette enceinte d'un futur sans espoir (Bernadette Houdeib sublime), végètent avant de se muer en matière végétale. Ils attendent peut être. La tentation est grande d'établir un parallèle avec "En attendant Godot". Godot qui vient sous la forme d'une expérience ratée, un bébé éprouvette, (Sawsan Bou Khaled époustouflante) qui a conservé quelques neurones et dont le cœur bat encore, qui n'apporte ni espoir, ni désespoir, mais consomme la tragédie tout en dévoilant l'admirable résilience de l'âme humaine.

Comédien, auteur et metteur en scène l'écriture de Issam Bou Khaled, qui dit faire du théâtre pour se sentir vivant, est simple mais riche, évidente mais foisonnante, et la construction dramatique exemplaire, à la fois classique dans ses principes et proche d'un mécanisme à la Ionesco, un peu de mécanique sur du vivant, puis le vivant et le tragique qui se dessine sous le comique omniprésent virant au burlesque, est relayée par un univers sidérant.

Cette pièce qualifiée par son auteur de "comédie noire futuriste" est également une fable politico-poétique féroce que l'on souhaite salutaire et qui, en tout état de cause, et d'ores et déjà, est totalement enthousiasmante.

 

MM         
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# 30 novembre 2008 : une pluie de nouveautés

Le temps est à la pluie et au froid, raison de plus pour écouter de la musique ou vous octroyez un moment lecture bien au chaud chez vous, ou aller au théâtre et au cinéma.

Côté musique :

"Rest Now, Weary Head ! You Will Get Well Soon" de Get Well Soon,
"Hurricane" de Grace Jones,
"Xoxo Panda and the new kid revival" de Her Space Holliday,
"How we became" de Jeremy Warmsley,
"Ciné Magique" de Lily Frost,
"L'entredeux" de Marianne Dissard qui nous fait partager 4 titres en Froggy's Session,
"Bits" de Oxford Collapse,
Thomas Tantrum, Eugene McGuinness, Mr B the gentleman rhymer et Baddies à la Flèche d'or pour Rock is Dead #2
The Bellrays, Kabu Ki Buddah, Raymonde Howard et Second Sex au Fil de Saint Etienne
Et une nouvelle émission du Morceau Caché intitulée La biographie en temps réel

Au théâtre :

"Le songe d'une nuit d'été" aux Ateliers Berthier
"Othello" au Théâtre National de l'Odéon
"Les bouts de bois de Dieu" au Théâtre de la Tempête
"Gombrowiczshow" au Théâtre National de Chaillot
"Devant la parole" à la Maison de la Poésie
"Le repas" à la Maison de la Poésie
"Diagnostic" au Théâtre Daniel Sorano à Vincennes
"Les muses orphelines" à l'Aktéon Théâtre
"Mangiare" au Théâtre du Soleil
"Audimat" au Trianon
"Vu duo c'est différent" au Point Virgule
"Michel Hermon - Compagnons d'enfer" à la Péniche Opéra
et des reprises à ne pas rater : le Molière 2008 du meilleur spectacle seul en scène "Un monde fou" au Petit Théâtre de Paris avec Eric Métayer et une version savoureuse de "La flûte enchantée" au Théâtre des Mathurins

Expositions avec :

"Pollock et le chamanisme" à la Pinacothèque de Paris
"De Miro à Warhol - La collection Berardo à Paris" au Musée du Luxembourg

Lecture avec :

"Des néons sous la mer" de Frédéric Ciriez
"La mesure du temps" de Helon Habila
et dans la catégorie "Beaux livres" le catalogue de l'exposition "Picasso et les maîtres"

et du cinéma :

Edward au main d'argent de Tim Burton
un portait de Jason Statham
"Mesrine : L'ennemi public N°1" de Jean François Richet
"The duchess" de Saul Dibb
et "Vilaine" de Jean Patrick Bene et Allan Mauduit

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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