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Interview  (Paris)  janvier 2008

Nouvelle année, nouvelle rencontre. C’est dans les premiers jours de janvier que nous avons pu rencontrer Wilfried Scheaffer, leader et fondateur de la formation française, Maarten (prononcez correctement "Marteun"). Leur dernière oeuvre My Favorite Sheriff vient tout juste de paraître. Piqûre de rappel.

Peux-tu nous donner quelques explications quant à votre nom de groupe, Marteen ?

WS : A vrai dire, je n’ai pas d’explications à donner ! C’est le nom que l’on a trouvé il y a longtemps avec des gens qui ne sont plus dans la formation aujourd’hui. Tout ce dont je me souviens c’est qu’on a bien aimé ce nom donc on l’a gardé.

Marteen existe depuis 1995, mais les choses se sont accélérées pour vous dès que vous avez commencé à enregistrer…

WS : En fait au début, les choses n’avançaient pas assez vite pour nous ce qui nous a décidé à enregistrer et à envoyer, histoire de voir les réactions. On a été assez surpris du bon accueil que ça a suscité. On avait même trouvé un tourneur et puis on a splitté avec certains membres du groupe. On a donc dû tout reprendre a zéro, on a travaillé sur un nouveau répertoire et puis on a recommencé à démarcher.

Ça ne débouchait pas vraiment, on a nous a dit de faire des morceaux en français, chose qu’on a toujours refusé de faire, du coup on tournait un peu en rond. A ce moment là, on a pris la décision d’enregistrer notre 1er album « Pictures of A Danish Girl ». On a enregistré l’album de manière assez rapide en 2 ou 3 jours, en live, pour que ça ne coûte pas trop de fric. Ensuite, il y a eu le concours CQFD qui nous permis de rencontrer de nouveaux gens avec qui travailler, notamment Boxson avec qui nous avons signé à ce moment là.

Tu expliques que chanter en français est une concession que vous n’avez jamais envisagé. Est-ce parce que votre culture musicale est uniquement anglophone ?

WS : Oui, en ce qui me concerne j’ai toujours été entouré de gens qui me faisaient écouter les Kinks, les Stones, les Beatles. Effectivement j’ai toujours baigné dans cet univers anglophone, je n’ai à l’inverse jamais accroché à la chanson française, même si j’ai essayé de m’y intéresser. J’ai toujours trouvé qu’il manquait quelque chose dans les mélodies, les textes… tout ça me barbe en fait !
Ce qui est bien dans notre groupe, c’est que c’est pour chacun a peu près la même histoire, du coup il n’y a jamais de questions quant au chant en français ou en anglais. Et puis par rapport à nos mélodies, le chant en français ne fonctionnerait, c’est une évidence pour nous tous.

Est-ce que vous avez eu une appréhension quant à l’écriture de ce 2ème album « My Favorite Sheriff » ? Le 2ème album étant toujours un album charnière.

WS : Pas vraiment. On voulait surtout faire quelque chose de différent. Le 1er album était un espèce de best-of de tout ce qu’on avait fait depuis quelques années. On voulait également sortir des ambiances acoustiques, beaucoup de cordes. Pour ce nouvel album, on voulait sortir les guitares électriques, et puis peut-être faire un album qui soit plus facile à défendre sur scène. Avec le 1er album, c’était pas toujours simple sur scène. Le truc acoustique, intimiste.

Par rapport à la difficulté de reproduire vos ambiances sur scène ou par rapport aux réactions du public ?

WS : Plutôt par rapport au public. Ça dépendait beaucoup des salles dans lesquelles on jouait. Evidemment les salles plus petites, plus intimistes, avec un public habitué à écouter ce genre de musique, ça se passait très bien. Mais quand on faisait des salles plus grosses, des 1ères parties, avec un public qui ne nous connaissait pas du tout et qui ne s’attendait pas à ce genre de musique, forcément c’était plus difficile… on ne s’est quand même jamais pris de tomates dans la tronche mais bon, voilà, les réactions étaient moins bonnes !

Pour cet album, est-ce que vous avez voulu raconter quelque chose en particulier, abordez-vous un thème en particulier ?

WS : Oui sur les 13 chansons, y’a 2 ou 3 thèmes assez récurrents. Par exemple, le nom de l’album fait référence au décès de mon grand-père avec qui j’étais très proche, il y a aussi des références à des voyages, des rencontres.

Vous avez travaillé avec Jason Lytle (leader de feu Grandaddy) pour ce nouvel album. C’est un peu un rêve qui s’est réalisé pour vous, non ?

WS : Carrément ! En fait, on a fait une maquette de l’album et la maison de disques nous a offert la possibilité de travailler avec un grand producteur de notre choix. On a donc présenté une liste d’une dizaine de noms et le directeur du label qui, comme nous, est un grand fan de Grandaddy nous a dit, pourquoi pas Jason Lytle. On a pris contact avec lui par l’intermédiaire de son manager, on a envoyé une maquette, puis notre 1er album… c’était un moment un peu délicat, l’histoire Grandadday venait de se terminer, il ne savait pas exactement ce qu’il allait faire… puis un jour on a reçu un mail où il nous disait ok, je fais cet album avec vous ! On s’est bien bourré la gueule le soir même, gros mal de crâne le lendemain mais c’était un bon mal de crâne !

Concrètement vous avez travaillé en France et aussi chez lui dans le Montana. Quel contact avez-vous eu avec lui ?

WS : ça s’est super bien passé, c’est un mec super gentil, pas du tout à se la jouer star, super respectueux de ce qu’on fait, un peu fou-fou aussi !

C’était la 1ère fois qu’il produisait un groupe depuis la fin de Grandaddy donc…

WS : Ouais, nous sommes les premiers qu’il a produit depuis. Les productions qu’il avait faites avant, c’était pour son groupe.

Est-ce que Jason Lytle a participé à l’évolution plus électrique que vous vouliez donner à ce nouvel album ? Est-ce qu’il a apporté des choses que vous n’aviez pas envisagées et qui ont servi cette évolution ?

WS : En fait, il nous a influencés en amont, quand on faisait les maquettes. Comme Sparklehorse nous a influencés ou Eliot Smith…
Une fois qu’on a commencé de bosser avec lui, ça a renforcé encore les choses. L’angle plus rock qu’on voulait apporter, lui l’a accentué, par son travail de production. Les titres, il ne les a pas changés.
Il a pris le projet du début à la fin, il a fait le mix aussi.

Vous n’avez pas réussi à le convaincre de reformer Grandaddy ?

WS : On est assez perfides en fait ! On lui a plutôt suggéré, le jour où il reforme Grandaddy, de nous prendre en backing band ! Mais en fait, il est déjà en train de travailler sur son album en solo.

En ce qui concerne la pochette de l’album, là encore vous êtes dans un univers anglophone, on dirait une photo de Martin Parr, en est-ce une ?

WS : Non, en fait, pour le 1er album, nous avions travaillé avec un ami photographe, Frédéric Pikrine. Pour ce 2ème album, on lui a demandé de nous remontrer des photos. Il nous a fait voir cette photo d’un homme assis de dos, seul face à la mer. Le souci avec sa photo, c’est qu’elle était en noir et blanc et qu’on voulait vraiment de la couleur. Du coup, on l’a reshootée mais avec un autre photographe car lui n’avait pas le temps. En tout cas, il est à l’origine.

Malgré vos emplois du temps qu’on imagine plutôt chargés, est-ce que vous prenez toujours le temps d’aller voir des concerts, ou d’écouter un peu de nouveaux artistes ?

WS : Oui toujours mais le prix des concerts est vraiment très cher maintenant. Je voulais aller voir PJ Harvey mais je crois que c’était quelque chose comme 50€ la place du coup je n’y suis pas allé. Mais j’ai quand même pu aller à des concerts sympas, j’ai vu Klima et Piano Magic, c’était vraiment bien, vraiment classe. J’ai fait une des soirées des Inrocks aussi, à l’Olympia avec Beirut, Devendra Banhart, Andrew Bird, Loney Dear, un super groupe d’ailleurs. La soirée était vraiment bien. J’ai loupé Interpol, leur dernier Zénith, je mis suis pris trop tard. J’ai adoré leur dernier album. C’est un album qui mérite plusieurs écoutes pour être apprécié. Pour leur première partie, c’était Blonde Redhead, un groupe que j’adore aussi. Eux je les ai vus plusieurs fois, c’est vraiment bien, ce qu’ils arrivent à faire à 3.

Qu’est-ce que vous feriez, professionnellement parlant, si vous n’aviez pas votre groupe ?

WS : On serait obligés de bosser ! Enfin, en fait on bosse à côté parce qu’on ne vit pas de notre musique. En ce qui me concerne, j’ai fait des études dans la culture, donc je pourrais éventuellement bosser dans les théâtres, mais ça me ferait chier !
La plupart des autres membres du groupe sont profs de musique.

Pour conclure, si tu devais décrire ta musique en seulement 3 mots…

WS : Le problème, c’est qu’avec 3 mots, j’ai peur de tomber dans le prétentieux ! Sensible, jolie, pas dépressive, contrairement à ce que les gens peuvent croire. On a souvent entendu le terme mélancolique. Disons que sur le 1er album je peux comprendre mais pas sur ce nouvel album. On a vraiment essayé de toucher à tout, parce qu’il n’y a rien de plus chiant que d’écouter un album où toutes les chansons se ressemblent.

 

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La chronique de l'album My favorite sheriff de Maarten

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crédits photos : Sébastien Petit


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Du côté des platines :

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"Nuit et Jour" de Music is not fun
"My God is blue" de Sébastien Tellier
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Lorn et Amon Tobin en concert à l'Aéronef de Lille
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"Des arbres à abattre" au Théâtre de la Colline
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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