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Casino de Paris  (Paris)  20 mars 2008

Me voici dans la fosse avec un gros point d’interrogation en forme de pendule… Le décor ne trompe pas. Sous trois lunes énormes, deux horloges et deux cœurs donnent le diapason : le thème de ce soir est bien la Mécanique du Coeur, le dernier album de Dionysos, superbement prolongé par le roman éponyme de Mathias Malzieu, le chanteur. Seulement voilà, comment porter à la scène cet opus évocateur à l’ambiance victorienne et fantastique, soutenue par d’inimitables invités ?

Côté filles, je ne me fais pas trop de soucis, le registre de la petite Babet colle à Emily Loizeau ou à Olivia Ruiz, ça passera… Mais côté garçons : Arthur H, Grand Corps Malade, Alain Bashung, Jean Rochefort, Éric Cantona même. Leurs voix sépulcrales nous manqueront, c’est certain... Un instant je me surprends à imaginer l’opéra rock que la mécanique pourrait inspirer… Oui, ça le ferait franchement, on parle d’ailleurs d’un film d’animation, et des folies bergères en novembre avec tout le monde… Mais non, je sais bien que ce n’est pas pour ce soir. Puis-je au moins espérer un invité surprise ? La question reste donc entière : sans ses featured artists comme on dit, cet album, génial mais atypique, vaut-il vraiment la peine d’être mis en scène ?

Heureusement, ils ne me laissent pas cogiter bien longtemps les Dionysos, ce n’est pas leur style merci. Peu de temps après une première partie que j’ai malheureusement ratée, la nuit tombe sans prévenir et ils déboulent… Bonjour le Casino de Paris, et ça démarre… à fond les pistons, par le morceau le plus rock de La Mécanique du Cœur, "King of the ghost train". Mathias se balance comme un petit punk et met le feu à notre chaudière immédiatement. J’ai à peine le temps de remarquer qu’ils sont huit maintenant ! Un trombone, une trompette et un piano de plus, ça résonne bien avec leur style, de plus en plus symphonique. Démonstration immédiate sur "Le jour le plus froid du monde", la naissance de cette histoire de petit garçon qui a une horloge à la place du cœur. Les cuivres prennent leur place, Babet fait Loizeau à merveille comme prévu, mais surtout : ne touche pas à tes aiguilles. Ensuite, si des fois nous avions peur de n’avoir droit qu’à la Mécanique, les Dionysos en cravate nous servent un bon retour du "Jedi", et notre photographe accroche quelques sauts mémorables d’un Mathias au cœur remonté à s’en faire péter les ressorts.

À partir de là, les engrenages bien huilés s’imbriquent. Dans la salle, ça rebondit et ça chante de partout. Ils sont bien en train de nous sonner les cloches, les Dionysos. Loin de mes doutes initiaux, je me laisse mouvoir et émouvoir, au rythme effréné des morceaux qu’ils enchainent. Ils piochent allègrement dans tous leurs albums. "Ta gueule le chat, ta gueule le chat, ta gueule le chat, ta gueule", gueulons-nous tous à l’unisson, comme nous le faisions au tour précédent. Et voilà que la "Neige" tombe avec les hommages, et que "L’homme se met à pondre des œufs". Et j’en passe ! Eux aussi d’ailleurs, me dis-je à la fin, en me rendant à l’évidence : leur répertoire est maintenant suffisamment large pour se passer de "Coccinelle", du "Retour de Bloody Betty", de mini goldorak érotique dans son "Anorak", et autres "Lacets sont des fées".

Mais revenons donc à cette Mécanique du Cœur qui domine ce concert. Alors, comment s’en sortent-ils sans leurs invités ? Exit les morceaux avec Grand Corps Malade et Arthur H, dommage pour les saints, mais ils sont inimitables. Mathias tente quand même "L’Homme sans trucage" et se fade la tirade du père Jean "Méliès" Rochefort, avec beaucoup moins de classe dans l’Andalusia Anda, forcément, mais c’est pas grave. Sur "La Panique Mécanique", il nous la joue plus subtil en nous racontant sa rencontre avec le grand Bashung, votre humble serviteur Jack l’éventreur, pas loin, en haut de la colline qui surplombe la ville (et ses clochers). Il y a du flot et de l’émotion dans la voix du petit chanteur. C’est bien Mathias encore qui se colle aux répliques de Rossy de Palma, une des fétiches actrices d’Almodovar, sur "Cunnilingus mon amour !" Ça sera le gimmick gueulé lors de cette tournée, c’est clair, et c’est bien marrant aussi. " Whatever the weather" et surtout la "Symphonie pour horloge cassée" nous mettent le palpitant à cent à l’heure, vraiment. C’est toujours comme ça avec les Dionysos, les albums prennent une toute autre dimension rock sur scène. Je suis convaincu, pour ne pas dire conquis.

Et puis, au moment où je ne l’attends plus, il nous l’annonce son invité. Nous l’appelons, et pouf, surgit pour de bon (et de l’autre côte) Olivia Ruiz, la miss Acacia de la mécanique. Et c’est sur "Tais-toi mon cœur" que le couple se déchaine dans une harmonie scénique imparfaite, mais bon, qui peut suivre un mec comme Mathias sur scène ? Mais là, il se passe un truc bizarre quand même. La miss Ruiz, invitée d’honneur de l’album pour quatre morceaux, n’en fait qu’un sur notre scène (et les chœurs sur une reprise d’un vieux rock au rappel, mais bon). J’aurais aimé – et je ne suis pas le seul, ça fuse dans la fosse – le dialogue avec la "Flamme à lunettes", ou l’hispano-anglais de "Candy Lady". Plus bizarre encore, c’est Babet qui fait tourner "Mademoiselle Clé", très bien d’ailleurs, tic tac, tic tac, tic tac. À la limite, on se demande ce qu’elle est venue faire par là, l’Olivia, mais bon, c’est sympa d’être venue quand même.

Ha, que c’est bon ce concert, mais que ça passe trop vite… Pour le double rappel, les Dionysos nous servent "La berceuse hip-hop du docteur Madeleine", une merveille de duo. Don’t you want to sleep ? Ho non les gars ! Our motherfuckin’ clocks do clic-cloc ding dong ! Le gros délire aboutit sur un interminable "Giant Jack", pendant lequel Mathias vient visiter une deuxième fois notre fosse… Il nage sur nous jusqu’à une plateforme, pendue du balcon. Nous le hissons, un de nos frères assis là-haut descend le récupérer et le voilà qui se promène parmi les fauteuils, hors de portée. Il nous fait taire et nous offre un petit a cappella des familles. Et puis, le voilà qui revient, se laisse pendre depuis le balcon, à un mètre de moi… Nous le récupérons, ce drogué du public au visage illuminé, pendant que ses frères musiciens nous relancent, Giant Jack… is… not… dead… Little Jack non plus ! De retour sur sa scène, ils envoient ses trois petits – en fait, ils sont immenses – nouveaux se balader sur nous. Je me souviens de la dizaine de musiciens (et du chef d’orchestre) de la Symphonietta de Belfort qui s’étaient prêtés au jeu au Zénith…

Et là, je me dis que les Dionysos m’avaient offert mon meilleur concert l’an dernier, et qu’ils sont bien partis pour me refaire le coup cette année. Je tire mon chapeau haut-de-forme bien bas. Quelles putains d’inspiration et d’énergie…

 

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En savoir plus :
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Le site officiel de Dionysos

Crédits Photos : Laurent Hini (Plus de photos sur Taste of Indie)


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# 15 septembre 2019 : Life in Vain

Cette semaine Daniel Johnston nous a quitté, mais aussi Philippe Pascal de Marquis de Sade. Merci à eux pour tout ce qu'ils ont apporté à la musique mondiale pour l'un et hexagonale pour l'autre.
Pour ce qui est du reste de l'actualité culturelle de la semaine, c'est parti pour le sommaire :

Du côté de la musique :

"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold
et toujours :
"L'horizon" de Manu
"Twelve nudes" de Ezra Furman
"Spleen 1" de Fleur du Mal, chronique assortie d'un entretien
Rencontre avec Le Flegmatic autour de son nouvel album "Ruine nouvelles" Le Flegmatic
"Echoplain Ep" de Echoplain
"Michel on my mind - Tribute to Michel Petrucciani" de Laurent Coulondre

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Pompiers" au Théâtre du Rond-Point
"La Vie de Galilée" à La Scala
"Suite française" au Théâtre La Bruyère
"The ways she dies" au Théâtre de la Bastille
"La Fin de l'Homme rouge" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Pour un oui ou pour un non" à la Manufacture des Abbesses
"Louise au parapluie" au Théâtre du Petit Gymnase
"La Réunification des deux Corées" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Ecoutez leur silence" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Les Naufragés" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Vive Bouchon !" au Théâtre du Splendid
"Marie-Antoinette" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Tempête en juin" au Théâtre La Bruyère
"Aux rats des paquerettes" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Pas vue, Ni connue" au Théâtre Essaion
des reprises
"L'homme à tête de chou" au Théâtre du Rond-Point
"Fables" au Studio Hébertot
"Le Défunt" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Dom Juan ou les limbes de la mémoire" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Une leçon d'Histoire de France - De l'An mil à Jeanne d'Arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France - De 1515 au Roi-Soleil " au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Karine Dubernet - Souris pas !" au Point Virgule
"Sandra Colombo - Instagrammable et cervelée" à la Comédie des Trois Bornes
"Marion Mezadorian - Pépites" à la Nouvelle Seine
"Carla Bianchi -Migrando" à la Nouvelle Seine
"Giorgia Sinicorni - Comment épouser un milliardaire" à la Nouvelle Seine
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Le Monde selon Roger Ballen" à la Halle Saint-Pierre

Cinéma avec :

"Les Fleurs amères" de Olivier Meys
Oldies but Goodies avec "Les Idoles" de Marc'O
et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits
et toujours :
"Autoportrait d'une vie heureuse" de Ingo Schulze
"Conversations entre amis" de Sally Rooney
"Le dernier grenadier du monde" de Bakhtiar Ali
"Le siècle des dictateurs" Sous la direction d'Olivier Guez
"Les opérations extraordinaires de la seconde guerre mondiale" de Claude Quétel
"Les réfugiés" de Viet Thanh Nguyen

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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