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Interview  (Paris)  21 avril 2008

Rendez-vous est pris avec Arman Méliès dans les beaux quartiers. L’Etoile, avenue Mac Mahon (un général illustre !), nous arrivons chez Warner. Direction les entrailles du bâtiment ; au sous-sol un studio confortable et chaleureux. Arman est en journée "webpromo" : il enchaîne donc interviews, shootings, sessions ... Le temps de s’envoyer deux de ces gâteaux qui fonctionnent toujours par paires dans leur emballage plastique (pas le temps de manger !), c’est parti !

Arman Méliès nous parle de son 3ème album Casino à la beauté pop âpre et onirique.

21 avril, aujourd’hui sort officiellement Casino. On se sent comment un jour comme celui-là ?

C’est un peu bête parce qu’il y a tellement de travail en amont de l’album que même une fois qu’il est fini - j’ai fini d’enregistrer en décembre, on a mixé en janvier après, c’est une histoire de promo, de concerts, on commence à monter la tournée, à travailler les morceaux pour les présenter sur scène … - du coup, le jour où il sort, on se retrouve un peu démuni. C’est presque un jour comme un autre alors qu’on met énormément de choses dans un album.

Tu t’es levé tôt, de bonne humeur ?

Je me suis levé de bonne humeur quand même. Je savais qu’aujourd’hui il y avait une bonne nouvelle. Après, on n’a pas l’impression non plus d’avoir accompli quelque chose d’extraordinaire.

On n’est pas excité comme un gamin un jour comme ça ?

Non, sincèrement, non.

Arman Méliès, pseudo ou filiation cinématographique ?

Les deux. Pseudo, mais choix du pseudo en fonction d’une certaine filiation parce que pour moi le cinéma est important. Le cinéma d’une manière générale ; ça m’a beaucoup influencé. Que ce soit la musique des films ... j’avais en tête quand j’ai commencé à faire de la musique, d’essayer de créer des atmosphères évocatrices pour que chacun puisse se faire un peu son petit film ; que ce ne soit pas uniquement des chansons comme ça avec un texte un peu basique où je donne ma version des faits.

J’ai lu ta bio officielle sur myspace, qui regorge de qualificatifs dithyrambiques à ton égard. Comment tu définirais « Casino » en trois adjectifs ?

(silence) Sympathique (silence, il réfléchit) Apre et stimulant.

Citadin ou campagnard ?

Citadin définitivement.

Parisien ?

Non, je suis banlieusard mais je suis fasciné par tout ce qui est urbain et par les grandes villes et je m’emmerde très vite à la campagne !

Casino, c’est ton 3ème album ; comment se compose un 3ème album ? Il y a déjà tout un parcours qui existe, tu connais le truc ... Des envies qui sont nouvelles ? Un peu d’enjeu ? Des attentes ?

On navigue peut-être un peu moins à vue. Sur les deux précédents, il y avait un côté : on compose des morceaux sur une période relativement longue et puis un jour on se retrouve avec suffisamment de morceaux pour en faire un album. On a la chance de pouvoir l’enregistrer donc au final on a un disque. Là, je savais que j’allais faire un 3ème disque ; c’était prévu pour moi, contractuellement donc ...

Donc c’est confortable ?

C’est confortable et j’ai pu prévoir en amont ce que je voulais faire pour orienter l’album dans cette direction. J’avais dés le départ envie de faire quelque chose d’un petit peu moins cérébral, d’un peu moins atmosphérique et j’ai travaillé dans ce sens au moment de l’écriture puis au moment de l’enregistrement.

Quelle est la chanson que tu aurais aimé composer, écrire ?

Il y en a plein, mais "Le commerce de l’eau" de Dominique A, par exemple, ça m’aurait bien plus.

Pour toi, quelles sont les conditions idéales pour écouter Casino ? Une atmosphère, un lieu, une humeur ?

Je ne sais pas ...

Seul en voiture la nuit entre Paris et Rouen ou ...

Ca peut être bien. En voiture, pour peu qu’on ait un autoradio qui soit relativement correct, je trouve que c’est vraiment quelque chose de super. Après, je ne sais pas dans quel état d’esprit il faut être mais ...

Tu connais ton état d’esprit quand tu le fais donc tu peux ...

Oui, mon état d’esprit, comment expliquer ... c’est assez complexe. Il y a quelque chose d’assez volontaire quand on écrit des morceaux. On essaye de mettre en mots, de mettre en forme des choses qui sont comme ça un peu évanescentes. Donc il y a ce côté où l’on essaye de contrôler l’incontrôlable et puis en même temps il y a un côté assez contemplatif où on se laisse aussi bercer soi-même par ce que l’on est en train de jouer, ce que l’on est en train de composer. C’est un petit peu contradictoire.

2008, les quarante ans de mai 68, ça t’inspire ?

Oui ça m’inspire ; disons que l’on est dans une période où on nous bassine avec la fin de mai 68, la fin des idéaux : tout ça n’aurait été apparemment qu’une vague farce. Moi j’en suis pas convaincu, je pense même plutôt le contraire. Je pense qu’effectivement il y a eu des retournements de veste, il y a eu des gens qui se sont embourgeoisés et qui sont devenus nettement moins intéressants, mais ça reste comme une période où on osait beaucoup de choses, où on créait beaucoup. Je pense qu’un bon petit coup de pied dans la fourmilière à l’heure actuelle ça nous ferait pas de mal non plus.

Avec Casino, on parle à ton propos d’un virage un peu plus chanson, moins atmosphérique ...

J’ai essayé d’être plus direct dans le texte même si je n’aime pas faire des choses qui sont trop simplistes. Mais on peut écrire un texte qui dans la forme est très simple et qui pour autant est très riche. J’aime bien prendre des moyens détournés pour créer des ambiances un peu singulières. Mais je voulais quand même quelque chose d’un peu plus direct. J’ai essayé d’avancer un petit peu moins masqué sur cet album parce que je parlais de choses qui me tenaient à coeur, d’événements qui m’ont marqués, qui m’ont changés. Du coup j’avais moins besoin de créer un monde totalement onirique, totalement surréaliste.

Tu penses que ça vient avec le temps ... parce que c’est le 3ème disque, parce que tu peux ...

Ca vient avec le temps, ça vient avec ce qu’on vit aussi. Selon les périodes, je pense qu’on a envie de certaine choses. Avant j’avais vraiment envie de créer un monde qui, sans être totalement imaginaire, était quand même essentiellement basé sur le rêve ou sur le réenchantement en tout cas ; un côté ça très onirique. Là j’étais un peu plus les pieds sur terre.

Le réenchantement n’est plus possible ?

Si. J’ose espérer que l’art est un réenchantement perpétuel.

Tu es plutôt vin rouge ou vodka redbull ?

Vin rouge ! Parce que j’adore ça et puis parce que je n’aime pas du tout le redbull.

Sur Casino, il y a une reprise de Lio « Amoureux solitaires ». C’est un clin d’oeil au sentimental que tu serais ?

Oui il y a un petit peu de ça. Surtout, je trouvais assez rigolo de revisiter un texte, de revisiter une chanson qui avait une image ça un peu guillerette et d’en faire quelque chose de beaucoup plus dense ; sachant que le texte appelait vraiment ça. Quand on le lit, il est quand même relativement sombre. Donc je voulais en faire quelque chose de premier degré mais sans ironie aucune, quelque chose de vraiment sincère. Je voulais m’approprier le texte pour en faire un truc un petit peu comme ça ... presque candide.

Une question vraiment con. Si tu avais été hardeur ou pornstar, quel aurait été ton pseudo ?

(Rires). Arman Méliès.

Quel Arman Méliès va t-on découvrir sur scène à l’occasion de la sortie de ce disque ?

Ca va se faire en groupe donc c’est un grand changement. Hormis quelques rares occasions, avant je faisais des concerts solos. Et puis ça va être beaucoup plus électrique et beaucoup plus brut, on peut dire. Je ne cherche pas à faire quelque chose qui soit forcément très rock. J’ai envie qu’il y ait quelque chose de vraiment électrique, de tendu qu’on puisse rapprocher un peu de groupes comme Blonde Redhead ...

Donc tu te sens pas nécessairement proche d’une famille chanson française ; plus dans une approche anglo-saxonne...

Oui j’écoute essentiellement des groupes anglo-saxons, même si il y a des choses en France qui me touchent beaucoup. Ma famille musicale, s’il y en a une, c’est plutôt le rock indé.

Tu viens de travailler avec Bashung pour son nouvel album « Bleu pétrole ». Comment travaille t-on avec Bashung ? Raconte nous. C’est quand même un grand monsieur.

C’est un très grand monsieur mais ça se passe très simplement. C’est ça qui est assez étonnant. C’est quelqu’un qui est d’une gentillesse extrême et d’une grande simplicité ; donc que ce soit pour les rapports humains basiques ou pour l’écriture en commun, au final c’est vraiment quelque chose qui paraît presque naturel. On se rencontre, on papote, on crée des choses, on échange et puis un jour monsieur Bashung dit "ce titre là et ce titre là je les ai enregistré, ça y est. C’est super beau, ils sont sur le disque".

Je lui avais fait pas mal de petites propositions ; au fur et à mesure j’agençais les propositions, j’étoffais ce qui lui plaisait et je mettais au placard ce qui lui plaisait moins. Au final il y avait 4 ou 5 titres qui étaient en chantier et puis il m’a rappelé juste avant de partir en enregistrement pour me dire "sur ces 4 ou 5 titres là, j’en enregistre 3".

Un autre lui plaisait bien, mais il n’arrivait pas trop à se l’approprier. Après l’enregistrement, il m’a rappelé et m’a dit que sur les trois enregistrés, il y en avait un qui ne fonctionnait pas très bien ... donc il y en a 2 sur l’album.
(Arman Méliès a écrit les musiques des titres Tant de nuits et Vénus)

C’est une belle reconnaissance de ton travail.

Oui, j’étais vraiment très très honoré qu’on me propose d’écrire pour lui et ensuite que ça se concrétise, que ce soit sur le disque.

L’écriture, c’est quelque chose que tu fais en permanence ou par périodes ? Quand il y a un disque à faire tu te consacres à ça ...

Non, j’écris tout le temps. J’écris à un rythme relativement lent ; c’est-à-dire que ça se fait de façon un peu pèpère parce que c’est naturel et puis je le fais avant tout par plaisir. Mais je le fais tout le temps donc il y a tout le temps des morceaux en chantier.

Plutôt musique d’abord ?

Plutôt musique oui. Je commence souvent par la musique avec des suites d’accord et puis des mélodies comme ça toutes bêtes en yaourt. Puis petit à petit, tout ça prend forme, je commence à mettre des mots sur les mélodies, je commence à arranger un peu la musique et au fur et à mesure les morceaux émergent ...

Ca doit être un moment où on est très seul, non ?

Oui c’est un moment où on est seul mais j’aime bien cette solitude. Pour le coup, c’est vraiment quelque chose que je trouve plaisant. Ca me donne du plaisir tout simplement. A la fin d’une journée, quand j’ai écrit une chanson, je l’ai joué 25 fois pour la tourner dans tous les sens, me l’approprier. C’est quelque chose d’assez jubilatoire, j’en ressors grandi, plus énergique et près à aller boire des coups avec les copains.

La nuit tu rêves de tes chansons ?

Pas du tout. Je ne me rappelle quasiment jamais de mes rêves et quand je m’en rappelle c’est pas du tout lié ni à la musique ni à quoi que ce soit que je pourrais m’approprier pour en faire des chansons.

Quelles sont les questions que tu détestes en interview ?

Il n’y en pas. Il y a des questions plus ou moins passionnantes mais on ne m’a encore jamais posé de question horripilante.

Nous sommes là dans les sous-sols de chez Warner. Le secteur de la musique est en train d’évoluer dans tous les sens (crise du disque ...). Tu fais un album avec Warner, tu es au coeur de ça, ça se passe comment ?

Pour moi ça se passe très simplement dans la mesure où j’ai sorti l’album précédent chez Warner donc il me semblait logique de faire le suivant ici. Tout le monde était partant ici pour le faire. A l’époque c’était pas encore abouti, il n’avait pas pris exactement cette forme-là mais les maquettes étaient quand même assez proches. J’ai fait écouter les maquettes. On m’a dit "c’est très bien, on le fait".

J’ai dit, j’aimerais bien enregistrer à Bruxelles parce que j’aimerais bien être loin de chez moi. On m’a dit "parfait, pars à Bruxelles". Donc pour moi la crise du disque, j’en suis bien conscient, je vois bien les problèmes que ça génère mais je ne peux pas dire que ça ait vraiment affecté mon travail pour l’instant.

Remerciements, on laisse Arman continuer sa journée promo ...

Retrouvez Arman Meliès
en Froggy's Session
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En savoir plus :
Le site officiel de Arman Méliès
Le Myspace de Arman Méliès

Crédits photos : Thomy Keat (la série complète sur Taste of Indie)


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