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The Best Of  (Parlophone / EMI)  juin 2008

Un album de Radiohead est toujours un événement. Cependant, celui-là sent un peu la liquidation totale avant fermeture. Coincé entre un coffret regroupant l’intégralité de leurs disques sous l’ère EMI et In Rainbows, album expérimental dans tous les sens du terme, ce Best Of, non désiré par le groupe, retrace pourtant l’épopée fantastique d’un groupe majeur et bien sûr non définitive.

Thom Yorke, Johnny et Colin Greenwood, Ed O’Brian, et Phil Selway ont assurément marqué de leur empreinte le rock des années 90 à nos jours (et pour encore de belles années). Véritables pionniers du rock et de son au-delà, ils ont enfanté, durant leur période EMI, six albums plus un live, se réinventant à chaque fois et évoluant vers un idéal musical.

Il y a 15 ans tout juste, ce petit groupe anglais s’est retrouvé propulsé sur le devant de la scène grâce à son méga tube "Creep", illustrant une scène du film Cyclo de Tranh Anh Hung. Pourtant, Pablo Honey (1993), dont est tiré ce titre, ne fera pas beaucoup de bruit et c’est avec l’album suivant, The Bends (1995), que le groupe va réellement exploser. Ce dernier voit d’ailleurs arriver aux manettes de quelques morceaux un certain Nigel Godrich qui, au fil des albums, deviendra véritablement le sixième homme du combo.

En 1997, OK Computer marquera le sommet de leur art. Album difficilement dépassable, il entraîna par la suite une remise en question et permit une réorientation musicale du quintet, véritable renaissance. L’expérimentation est alors reine et se marie au savoir-faire du groupe. Une musique entêtante faite de boucles, de rythmes fracassés, de mélodies aériennes émerge alors, représentée par Kid A (2000), Amnesiac (2001) et finalement Hail to the Thief (2003). Ce dernier, dix ans après Pablo Honey, marque alors la fin du groupe sous l’égide d’une maison de disque.

Enfin en 2007, de retour et libérés de leurs obligations envers EMI, Thom Yorke et ses quatre acolytes surprennent leur monde et provoquent une mini révolution en proposant le téléchargement libre du dernier album In Rainbows avec choix de la somme à débourser. Coup médiatique ou volonté de faire évoluer le music system, l’avenir nous le dira.

Ainsi, EMI, délaissé par les cinq d’Oxford, décide presque logiquement d’exploiter le filon jusqu’au bout. Après un coffret intégral sorti il y a peu, cet album est la dernière carte (provisoire ?) de la maison de disque. Sobrement intitulé The Best Of, ce disque retrace une carrière d’un groupe hors du commun. Il se décline en deux disques, comprenant des titres allant de Pablo Honey à Hail to the Thief. Il est presque inutile de revenir sur les morceaux qui le composent. Que du bon forcément mais pas de surprises (no surprises ?). Vingt-neuf titres forcément indiscutables dont une bonne moitié tirée de The Bends et Ok Computer.

L’ordre choisi, à savoir aléatoire, a sûrement ses raisons. En même temps, chaque choix aurait été tout autant critiquable : ordre chronologique, alphabétique, par nombre de lettres, par numérologie, par classement au top 50, couleur de pochette ? Pourtant, on se dit que la chronologie permet de voir l’évolution du groupe. Et là, pour le coup, on saute allégrement d’un album à l’autre. Alors évidemment, passer de "You" à "There There", le lien n’est pas toujours évident. Le grand écart est alors de rigueur. On retrouve bien sûr les singles des différents albums, mais pas seulement. Ainsi "Talk Show Host" provient de l’EP Street Spirit et "True Love Waits" est une version live que l’on retrouve sur I Might Be Wrong. Cependant, pas d’inédit ou de nouvelle version de derrière les fagots. De plus, jouant à fond le concept "Best Of", le graphisme reprend différents éléments visuels des albums. Ah, ils sont forts chez EMI !

Mais la question qui va sans aucun doute animer les longues soirées d’été est : à quoi sert ce Best Of ? Bien évidemment, les puristes crieront au scandale, au mercantilisme forcené de la maison de disque, à l’absence de cœur des dirigeants de EMI voulant à tout prix faire du fric sur le dos des pauvres artistes. Et en effet, il suffit d’aller sur n’importe quel site marchand et d’y lire les avis des internautes avertis pour s’apercevoir que la révolte gronde.

Les avis y sont tranchés et sans recours : "Symptomatique de notre société consommatrice, le best of en est le parfait symbole, il est la négation de l’œuvre de l’artiste, l’exemple même du pillage des maisons de disques méchantes envers les gentils artistes, une insulte à la démarche artistique". Oh la la, l’affaire s’envenime.

Mais bon, pour le reste du commun des mortels, dont modestement je me sens proche, le Best Of reste un bon moyen d’écouter et de découvrir un artiste. Alors inutile de monter sur ses grands chevaux et de dénoncer l’hégémonie honteuse du fric sur le monde (qui est de toute façon une réalité !), et considérons simplement ce disque pour ce qu’il est… C'est-à-dire un simple disque que l’on est en droit  d’acheter (ou pas) et d’écouter (ou pas). Et que celui qui n’a jamais acheté un Best Of lance la première pierre.

Alors oui, forcément il s’agit d’un bon disque. Forcément puisqu’il s’agit de Radiohead. Et s’il est évident que dans l’absolu, il vaut mieux posséder les différents albums tant on n’y trouve rien à jeter, le Best Of peut être intéressant pour ceux qui ne connaissent pas encore le groupe ou sont vaguement fans. Et puis, on ne sait jamais, le Best Of peut être un bon moyen pour lutter contre la baisse du pouvoir d’achat, pour éviter le réchauffement climatique, ou combattre le tartre. On peut, en fait, toujours trouver des raisons d’aimer un best of et autant de le détester.

Alors laissons donc les biens pensants penser et faisons ce qu’il nous plait…

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Radiohead
Le Myspace de Radiohead


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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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