Comédie
dramatique de Gustave Akakpo, mise en scène de Géra
Balazs, avec François Clavier, Valérie de Dietrich,
Guillaume Gilliet et Christophe Vandevelde.
Un jeune métis togolais, revient dans le pays de son
père, la Syrie. Ecrivain, il vient effectuer des recherches
sur une langue en voie de disparition. Il est accueilli par
sa cousine, célibataire et enceinte, envoyée par
son père pour le séduire et sauver l’honneur
de la famille.
"Non père il ne m’a pas encore troué
la nudité", s’exclame-elle avant de se faire
moraliser par son père : "Ma fille tu ouvres
ton jardin quand il ne le faut pas, et quand il urge tu le fermes.
Ouvre ton jardin ma fille, pour l’honneur de la famille."
Une fatalité qui pourrait la sauver, en effet, adulte
et désormais plus vierge, elle n’a aucun chance
de séduire qui que ce soit.
Dans ce pays totalement inconnu, le jeune togolais va se retrouver
au milieu d’un conflit familial de poids, motivé
par des traditions très ancrées, trop probablement…
Il va se retrouver seul face à lui-même et à
sa vision des hommes, de la femme, de la religion et des libertés.
Il va se mesurer aux clichés qu’ont les syriens
des africains, et tendre la main à cette femme de 40
ans, sa cousine, perdue et menacée par sa famille pour
avoir fauté.
Les personnages se croisent et s’entrecroisent. Ils se
parlent sans jamais se comprendre. Il y a le jeune écrivain,
noyé entre tous, qui va payer pour l’exil de son
père, appelé avec colère "l’absent"
par sa famille. La cousine qui a subi toute sa vie l’autorité
du patriarche, la maladie de sa mère et qui n’a
jamais gouté à un semblant de liberté.
Enfin, une dizaine de personnages annexes vont intervenir :
le chauffeur de taxi, le français en vacance, l’ivoirien,
la prostituée, présents pour appuyer l’absurdité
des situations et l’impuissance des personnages.
Ils sont tous en quête, en quête d’un savoir,
du bonheur ou de l’honneur. Avec toute l’animosité
qui les motive, ils n’arrivent pas à échapper
à leur destin. Au milieu des interdits et de l’oppression
il ne leur reste que la parole comme exutoire. Ils content le
récit d’une vie, une lecture publique de leur journal
intime.
Gustave Akakpo a choisi de rire du
pire et d’ironiser ces modes de vies et traditions qu’il
connait si bien. Il y dénonce la force des hommes et
l’impuissance des femmes. Il nous fait rire de situations
dramatiques tout en transmettant une émotion profonde.
Guillaume Gillet, qui interprète
le jeune togolais, nous fait rire par sa naïveté
et son insouciance à la manière d’un Candide
au pays de Voltaire. La cousine, jouée par Valérie
de Dietrich, nous émeut par sa sensibilité,
son authenticité… un jeu jusqu’aux larmes.
"Habbat Alep, titre énigmatique,
s’impose comme l’illustration d’une société
au bord de l’explosion. |