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Interview  (Saint-Etienne)  3 octobre 2008

Six mois après la sortie de leur album Enter the Automaton, le groupe B R OAD WAY  multiplie les projets. Nous les avons donc rencontrés à Saint-Etienne pour discuter de leur projets passés et futurs.

Vous avez eu une collaboration avec une pièce de théâtre. Pouvez-vous en parler ?

Gio : On a été contacté l'année dernière par Jean-Claude Berutti, co-directeur artistique de la Comédie de Saint-Etienne qui, dans le cadre d'une création de la Comédie de Saint-Etienne, Barouf à Chioggia, souhaitait faire intervenir un groupe de la région ligérienne pour participer en direct de la bande son de cette pièce qui était dirigée par Vladimir (ndlr : Vladimir Steyaert) et Jean-Claude Berutti pour la mise en scène. Ils ont donc pris contact avec Simon Javelle, co-directeur du festival Paroles et Musiques, afin qu'il défriche des groupes susceptibles d'être intéressés et intéressants pour cette création. De fil en aiguille, le choix de Jean-Claude s'est donc porté sur B R OAD WAY.

On a travaillé pendant un mois et demi à la préparation sonore de cette pièce, en collaboration avec Vladimir qui a vraiment chapoté toute la mise en scène sur la première partie. Ensuite, on a travaillé avec les comédiens à réel, à l'Usine sur le calage, sur la création et on a fait des répétitions montées comme ça sur une dizaine de jours. Cela a donné lieu à trois représentations grand public au mois de juin à Saint-Etienne, qui se sont super bien passées. Tout le monde a eu beaucoup de bons retours, c'était une dynamique super intéressante : le concept de cette pièce était qu'il y avait deux comédiens professionnels et des comédiens amateurs. C'était joué sur cette mixité là, sur cet équilibre un peu fragile du coup. En termes de fréquentation, c'était complet tous les soirs, assez chouette pour une première expérience de la comédie. Je pense que cela a été assez formateur tant pour nous que pour les comédiens, que pour Vladimir, le co-metteur en scène qui a appris pas mal aussi sur cette rencontre.

Fabb : Pour l'anniversaire de la Comédie, ils voulaient ramener le théâtre à la rue, comme faisait Dasté à l'époque. Ils ont voulu absolument que cela se joue en plein air. La difficulté était d'autant plus grande et pour les comédiens amateurs – porter la voix, c'est beaucoup plus compliqué quand cela se passe à l'extérieur – et pour nous, il y a une difficulté plus grande mais cela a permis pour une modique somme à l'entrée d'ouvrir le théâtre à plein de gens qui habituellement ne vont pas à la Comédie ou dans d'autres petits théâtres. C'était une vraie réussite. Je ne sais même pas s'ils n'ont regretté de ne pas avoir multiplié le nombre de rencontres dans plein de points de la ville pour faire participer un maximum de la population à cette pièce qui est très populaire et facile d'accès.

C'est un projet qui est clos. Est-ce qu'il peut éventuellement renaître quelque part ?

Jan : Pas ce projet là. Mais on a fait une superbe rencontre avec Vladimir Steyaert. Je pense que l'on sera amené à retravailler ensemble. D'ailleurs, on va le voir tout à l'heure parce qu'il monte sa compagnie. Il y aura d'autres projets, le feeling est bien passé. Dans la création, la grosse difficulté pour nous, c'était quand même une comédie à la base alors on ne pouvait pas trop faire du B R OAD WAY habituel (rires). Ce n'est pas très happy.

Joué en live à chaque fois.

Raize : Joué en live. L'autre difficulté, c'était : pas de micros, sur scène en plein air, pas non plus de gros arrangements qui prendraient la place sur le spectacle. Cela faisait un bon cahier des charges à suivre mais super intéressant à l'arrivée.

On va parler de la résidence à la Fabrique avec le Quatuor Pli. C'était lié à la pièce ou l'idée s'est faite à côté ?

Raize: Non, rien à voir avec la pièce. C'est une idée qui remonte à assez longtemps. Cela faisait pas mal de temps que l'on voulait confier une espèce de "carte blanche" à B R OAD WAY. Cela n'a pas pu se faire pendant assez longtemps et puis, tout d'un coup, les choses se sont débloquées. Il y a eu l'opportunité de travailler en collaboration avec le Fil, la Fabrique et le Quatuor Pli et Lionel Pal un le vidéaste. Cela a pu se mettre en place récemment, tout ça est encore en cours et on est dessus depuis, on va dire, fin août maintenant. Il y a eu de la préparation du côté de B R OAD WAY qui a amené les morceaux pour travailler, pour faire le spectacle.

Ensuite ont suivi 3 semaines de résidence à la Fabrique qui ont permis de voir un peu ce que tout le monde pouvait amener à l'édifice et histoire de voir aussi si la rencontre fonctionnait parce que mine de rien, c'est une rencontre entre deux vidéastes aux univers qui sont quand même assez éloignés au niveau esthétique et au niveau de la façon d'amener l'image. Au niveau musical, pareil : le quatuor Pli est très atypique, il regroupe 4 musiciens, 4 expérimentateurs et pas du tout un quatuor conventionnel. 4 personnalités, 4 façons d'utiliser le violon complètement différentes, toujours cette envie de déstructurer aussi, d'improviser. C'est pour cela que c'est une formation qui évolue beaucoup dans la musique contemporaine, beaucoup axée sur l'improvisation, sur le côté un peu bruitiste de la musique.

La rencontre avec B R OAD WAY n'a pas forcément été évidente au début parce qu'il a fallu trouver un angle d'approche où chacun pouvait trouver un espace où s'exprimer et à la fin, il a fallu quand même avancer sur de la matière musicale, des titres et structurer tout ça, faire un ensemble cohérent, arriver à des choses qui fassent sens sur l'ensemble. Au terme de trois semaines qui n'ont pas été de tout repos, il aura fallu beaucoup fignoler, trouver les bons angles de communication, la bonne façon de travailler pour que chacun ne reste pas frustrer, que chacun exprime son potentiel pour servir au final le projet. Là, on est au stade où les filages ont été faits sur la fin de la résidence. Donc, on a un filage qui dure à peu près 55 minutes.

Maintenant, l'étape qui arrive, c'est une semaine de résidence au Fil en octobre. On va essayer de profiter de l'accès au studio du Fil pour enregistrer déjà toutes les parties de cordes. Cela va nous permettre ensuite d'avancer sur la finalisation du projet au niveau enregistrement pour aussi pouvoir diffuser un petit peu toute cette matière qui aura été travaillée pendant tous ces mois.

Cela va aboutir sur un, deux concerts et d'autres choses après ?

Raize : On va essayer d'en tirer un album. Le top serait de figer ça au niveau son et aussi au niveau vidéo, essayer d'enregistrer le live en multi-caméras, en un joli montage et d'avoir effectivement encore une fois un CD et un DVD avec, cette fois-ci, le vrai live de toute cette création. Ce serait bien pour le début de l'année.

Jan : Pour le live, cela risque d'être un peu plus compliqué parce qu'il faudra être dix sur scène. Déjà que nous à 5, c'est déjà un peu la galère… (rires) On n'est pas sûr encore de délimiter à une tournée. Tout dépend du soutien des autres structures, déjà la région Rhône-Alpes. Ça se trouve, ils vont jouer le jeu et on va faire encore d'autres concerts, en région en tout cas et après, on verra. C'est vrai que c'est un peu l'inconnu. D'où l'importance de l'enregistrer aussi, que cela ne s'arrête pas à deux représentations.

Raize : C'est vrai que c'est un projet très ambitieux avec déjà beaucoup de personnes sur scène. Même techniquement, le fait par exemple de vouloir travailler avec deux personnes qui malaxent l'image, il faut deux vidéo-projecteurs minimum. Parce que l'on s'était dit que l'on pouvait, en faisant des compromis techniques, diffuser tous les deux sur le même vidéo-projecteur, mais on perd vraiment en cohérence dans le travail. Si on le veut vraiment, comme la musique peut s'additionner sur une table de mixage, il faut ouvrir des tranches dédiées à chaque personnage et là, séparer l'image. Il faut que ce soit des aplats qui viennent se coller. Ça aussi, c'est super intéressant parce qu'il faut trouver une espèce de cohérence entre les deux univers : au même titre qu'il faut savoir, à un moment donné, apporter le silence pour que les cordes s'expriment, il faut écarter ses propres images ou les fondre pour que le relief se crée. On est deux avec des machines reliées : ce qui est encore plus difficile voire plus excitant, c'est que lui récupère mon travail, moi je peux récupérer le sien et du coup, on a la diffusion de nos travails et aussi la manipulation de l'autre, en direct. On est vraiment dans une espèce de dialogue. Pendant les essais, c'était assez frappant ou troublant : de temps en temps, tu es en train de mixer et tu te perds.

Vous en êtes contents en ce moment ?

Raize : Tu veux dire de l'ensemble ? On est entre les interrogations : quel va être le réveil quand il va falloir s'y recoller pour que l'on enregistre tout ça sur bande, la prochaine étape ? Est-ce que l'on va être surpris dans le bon sens du terme ou alors est-ce que l'on va se dire qu'il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir ?
Pareil en vidéo, j'ai l'impression que l'on a bien avancé et que l'ensemble est cohérent.

Jan : Oui, on est arrivé à une cohérence. Content du résultat.

Raize : Le gros de la matière est là. La matière a été trouvée, les grosses directions, les couleurs, les ambiances. Tout ça, c'est là. Après, c'est encore brouillon quand on ne connaît pas les rouages, mais je pense qu'avec du temps et en affinant ces parties qui ont été figées, on va arriver à un résultat vraiment sympathique.

Jan : L'exercice est assez différent entre figer sur disque et présenter les mêmes morceaux en spectacle. Là, on mène les deux de front, en parallèle. Cela va faire deux choses complètement différentes à faire au final. Cela rajoute encore plus à l'expérience.

Fabb : Il y a une espèce de truc complètement frustrant par rapport à ce projet, quand tu arrives à un résultat qui bouleverse, c'est de se dire que l'on ne pourra plus jamais le refaire. Dans des rencontres comme ça où c'est tellement mélangé, cela va vraiment être impalpable. C'est pour cela qu'il faut vraiment que l'on arrive à le figer et sur un support sonore et sur un support vidéo, parce que je ne sais pas comment on va arriver à repalper cela. C'est presque plasticien comme rencontre.

Votre nouvel album est sorti il y a 6 mois. Avez-vous eu beaucoup de retour de la presse, du public ?

Gio : On est assez mitigé par rapport à cette sortie d'album. Je pense qu'au niveau presse, on a vraiment eu un accueil qui était beaucoup plus que ce que l'on attendait. C'est la première fois que l'on travaillait avec une attachée de presse pour un projet du label 6am, on a travaillé avec Clara Moreno qui est une ancienne journaliste chez Coda. On l'avait rencontré déjà à l'époque du premier album parce que Coda était partenaire sur 06:06am.

Du coup, on a eu l'occasion de travailler avec Clara qui avait la casquette de journaliste à l'époque. Elle a monté sa boite de communication suite au dépôt de bilan et à la fin du magazine. Elle connaissait le projet, qui lui tenait vraiment à cœur. Elle a mis une énergie au sein de son travail qui fait que l'on a eu vraiment de très bonnes retombées presse. Pour la première fois, on est arrivé à obtenir des passages sur France Inter, on a été Coup de cœur dans l'émission Alternatives de Laurence Pierre. France 2 aussi s'est greffé à cela puisque Olivier Bas a pris ce projet à cœur. Olivier est le programmateur du Festival Fnac Indétendances, quelqu'un qui travaille aussi et qui est responsable de l'émission CD'Aujourd'hui sur France 2. Faire de la télé nationale, faire de la radio nationale plus toute la presse qui a suivi, beaucoup de magazines qui nous suivaient déjà depuis le premier album, depuis l'album de John Venture, et également une presse que l'on n'avait jamais réussi à toucher, notamment la presse gothique par exemple. On a été super surpris que l'album soit qualifié de somptueux par les magazines purement gothiques (rires).

Ce qui était rigolo aussi, c'est que l'on a pu assister, à travers de notre casquette de musiciens, à une espèce de mutation de la presse et des médias en règle générale puisque l'on a vu, par exemple, Deezer, site de streaming gratuit et légal sur internet, faire sa première page avec B R OAD WAY. Cela nous a amené à toucher énormément de gens, on a eu énormément de retours directs du public par rapport à ce nouveau type de média.

Pour ce que l'on a eu comme retour du public, on n'a vraiment pas à s'en plaindre. On avait une angoisse justement par rapport à John Venture qui avait été très bien accueilli tant par les professionnels que par le public. On avait un peu cette angoisse de se dire si jamais on fait beaucoup moins bien, cela risque de faire mal à l'égo, c'est toujours un petit moment assez dur à vivre. Là, au contraire, on a senti que cela continuait à avancer, que l'on touchait un public de plus en plus large, que les gens qui étaient enclin à écouter John Venture ont apprécié cet album, ont compris la démarche, mais si elle est peut-être moins évidente à la première écoute. Les gens, en tout cas, ont pris le temps de rentrer dans Enter the Automaton.

C'est vrai qu'au niveau promo et public, on a été super ravi. Après, là où cela a été un petit peu compliqué, c'est au niveau tournées parce que l'on a eu beaucoup moins de dates que ce que l'on escomptait faire et que l'on a pu faire auparavant pour des soucis divers et variés. Je ne rentrerai pas dans ce sujet là parce que cela prendrait des heures. Déçu par cette frustration de ne pas avoir pu jouer cet album devant un public. On a fait une petite série de 4 ou 5 dates, suite à la sortie de l'album au mois de mai et une date, cet été, au festival Indétendances. On a toujours eu un super bon accueil du public. Pour la dernière date, le 8 août à Paris, on avait 2000 personnes qui ont apprécié apparemment, qui sont vraiment rentrés dedans, de superbes retours. Juste la frustration pour des histoires qui nous dépassent un peu et qui font partie de l'environnement de B R OAD WAY, on se retrouve à quai et on ne peut pas présenter un peu plus cet album. Maintenant, on passe à un autre projet. On espère que Enter the Automaton n'est pas mort non plus, que l'on aura peut-être l'occasion – c'est en projet – d'essayer de monter une petite tournée sur cette saison pour rattraper ça et le présenter au public. Mais c'est vrai qu'en tant que musicien, c'est toujours frustrant de ne pas pouvoir montrer ça et même pour nous, de pouvoir faire la fête sur la route, cela fait longtemps ! (rires)

Parallèlement à B R OAD WAY, est-ce que vous avez chacun des projets indépendants ?

Raize : Dans la création, c'est vrai que l'on a un peu tous misé sur B R OAD WAY et autour de B R OAD WAY. Parce qu'il y a B R OAD WAY en tant que tel et il y a aussi toutes ces rencontres que l'on aime faire à côté, qui prennent aussi beaucoup de temps, de réflexion et puis d'action, qui nous permettent vraiment d'ouvrir l'univers de B R OAD WAY encore par ailleurs, de faire avancer le projet mère – on va l'appeler comme ça – faire évoluer et lui trouver d'autres routes, d'autres codes, de façon de faire, etc. C'est vrai qu'entre B R OAD WAY et puis les projets qui sont liés à B R OAD WAY, cela nous prend à peu près 98% de notre temps de création. (rires)

Angil est en train de faire le deuxième volet d'un éventuel triptyque avec Jerry. Est-ce que vous allez rencontrer Deschanel après ou est-ce que, pour l'instant, vous ne l'avez pas encore envisagé ?

Gio : Je dirai qu'en parallèle, on est aussi en train de construire le troisième volet de John Venture avec la rencontre avec le Quatuor Pli. Je pense que cela n'était pas du tout prévu comme ça à la base. Pourquoi se limiter uniquement à un triptyque ? Nous aussi, on fonctionne sur des rencontres et que ce soit B R OAD WAY-Quatuor Pli ou Angil-Deschanel, je pense que ce sont tous deux des enfants de John Venture. La famille risque d'être finalement plus grande que prévu en termes de rencontres (rires).

C'est surtout la démarche qui est importante plus que de miser sur un concept de triptyque. La démarche constitutive de tout cela, le noyau dur qui est John Venture, c'est-à-dire deux formations qui se rencontrent. Maintenant, on arrive à un niveau de maturité de John Venture qui fait que l'on peut exploser ce carcan qui ne se limite plus à deux ou trois groupes, à la famille un peu 06am. Maintenant, il va falloir voir les choses plus largement, on a tous été contaminé par la source mère John Venture pour avoir envie de faire des rencontres. Je trouve ça rigolo qu'en parallèle Angil-Deschanel soit en train de composer ce super projet Jerry et que nous, on soit avec le Quatuor Pli, dans une autre direction en train de donner la suite, la grande continuité des descendants de John Venture.

On peut s'attendre à des surprises, en concert ?

Jan : Oui, effectivement, pourquoi pas après, une rencontre B R OAD WAY-Deschanel, pourquoi pas une rencontre à nouveau Angil- B R OAD WAY aussi dans quelques temps ?

Fabb : On n'a pas inventé non plus ce concept là.

Gio : Pourquoi pas une rencontre B R OAD WAY- Thee More Shallows ? (rires)

Jan : Oui, pourquoi pas. Ca, on aimerait bien.

Fabb : Pourquoi pas une rencontre B R OAD WAY-Nigel Godrich ? Appel, appel de B R OAD WAY…

Raize : Ce genre de disques Hymie's Basement ou 13 & GOD, ces mélanges comme ça qui sont super intéressants. D'arriver à reproduire ça, en tout cas d'être dans cette démarche là, ça fait avancer, c'est sûr.

Gio : Sans vouloir trop intellectualiser la chose puisque c'est né sur des envies, sur des besoins de rencontres musicales, on est tous, en termes d'influence, réellement touché par des projets comme Anticon, mjuc. On est un petit peu dans cette démarche là de hip hop qui est une fusion de projets personnels. Du coup, le fait d'aborder la musique en termes de formations de groupe puisque l'on vient tous de cette formation rock, c'est-à-dire une entité = un groupe et non pas une entité = une personne, on applique un peu cette démarche à la démarche hip hop, de dire tel projet, c'est un mec qui rencontre un mec. Au fond, on a besoin de faire la même chose et c'est tel groupe rencontre tel groupe et on s'enrichit tous mutuellement, cela nous emmène sur des terrains sur lesquels on n'irait pas tout seul.

Cela nous amène aussi dans la frustration parfois à se heurter devant des murs parce que la rencontre, on la décide mais on ne sait pas si elle sera fertile ou pas. En tout cas, ce sera toujours une rencontre intéressante humainement même si artistiquement, il n'en ressort rien. Des gens comme Why ?, par exemple, arrive à ce niveau de maturité avec des albums comme Elephant Eyelash parce qu'il y a eu Hymie's Basement derrière. La réciprocité peut se faire également pour The Fog et je pense que du projet de John Venture, les Angil en sont sortis grandis comme nous on en est sorti grandi.

Cela nous amène à réfléchir sur notre processus de création, sur notre entité de groupe, sur les acquis sur lesquels on se repose. En composition, c'est assez facile au sein d'un groupe de prendre des habitudes mais qui, sur le long terme, se révèlent souvent être de mauvaises habitudes, c'est-à-dire une espèce de routine dans la composition.

Et le concept de rencontre, en changeant l'équation de base, cela met en péril nos acquis et cela amène à développer, à aller chercher dans nos ressources une autre manière de composer, une autre manière de travailler. Je trouve que le début de la rencontre B R OAD WAY et le Quatuor Pli a été hyper symptomatique de ça. On est arrivé avec une habitude de création que l'on avait tous en interne, au sein de B R OAD WAY qui a été un petit peu dérangé par John Venture mais au fond, on avait la même manière de composer, c'est-à-dire école folk, rock'n roll, "musique actuelle" : on joue la musique, on l'écrit après. Et le Quatuor Pli, eux, ils ont une démarche qui fait que l'on écrit la musique et on la joue après. C'est cela qui a fait cette zone de flottement au début où chacun cherche ses repères, où du coup tout notre processus de création est remis en cause puisque l'on ne retrouve plus nos modèles, on arrive en même temps avec des bases. Les gens du Quatuor – c'est exactement la même démarche à l'inverse – se retrouvent, eux aussi, mis en péril. Et là, on réinvente un territoire commun, un langage commun et c'est là où même si artistiquement après, il ne découle rien – ce ne sera pas le cas de cette rencontre – c'est déjà cette mise en péril qui est intéressante : c'est le fait de réécrire un langage commun et de réécrire une zone de jeu commune.

Cela permet d'évoluer d'album en album. Enter the Automaton n'aurait jamais eu cette couleur si John Venture n'était pas passé par là, on a revu beaucoup de choses en termes de création, cela a à tous complètement modifié notre manière de travailler, notre rapport à nos instruments.

CD1D a deux-trois ans. Je voulais savoir comment évoluait le site. Est-ce qu'il y a beaucoup de labels que se rapprochent de vous maintenant, est-ce que les gens continuent d'acheter, de plus en plus ? Est-ce que vous allez vous orienter vers la vente dématérialisée ?

Raize : Effectivement, il y a de plus en plus de labels qui viennent rejoindre cette fédération. On a mis en place des nouveaux outils qui sont "on se fédère", "on mutualise nos propres ressources" pour essayer de nous aider dans nos propres projets, et l'un des premiers outils de cette fédération, c'est la plate-forme de distribution. Le gros du souci des petits groupes comme nous, des petits labels, c'est d'exister, d'être diffusés pour que l'on puisse, ensuite, pouvoir échanger avec vous, entre autres.

En cela, ça commence à grandir. Ca grandit pour deux raisons : d'une part parce que quand on grandit, on devient de plus en plus connu, d'autre part malheureusement, parce que le reste du château de cartes s'effondre. Vu qu'il y a de moins en moins de visibilité ailleurs et qu'il y a toujours un instinct de survie, on se rapproche de projets tels que CD1D et puis, étant donné que l'on se développe et que l'on est de plus en plus connu, il y a un intérêt autre à cette fédération.

On a mis en place en plus la vente dématérialisée puisque c'est difficile quand même de l'ignorer, même si, et il faut être réaliste, cela représente en tout et pour tout 15% des ventes, c'est-à-dire que c'est anecdotique. Mais même en dehors de CD1D, par rapport au schéma "classique" de fnac.com, d'Amazon, d'itune, etc. – à la réflexion, Amazon ne fait pas de vente dématérialisée – en tout cas, fnac.com oui, cela représente très peu de pourcentage mais c'est difficile de l'ignorer aujourd'hui, c'est difficile de ne pas aller sur ces terrains là. Donc, on l'a mis en place depuis le début de l'année, ça fonctionne, on fait grandir aussi ce processus, on essaie d'être cohérent par rapport au discours de base, parce que l'on a toujours cette difficulté qui fait que plus tu grossis, plus il y a des espèces de paliers à franchir où il faut garder la cohérence et pouvoir continuer à exister.

En termes de vente, on subit une baisse comme les autres structures, en tout cas comme les circuits traditionnels la subissent. Par contre, j'ai l'impression qu'elle touche moins justement CD1D que les grosses structures. Il y a une vraie volonté d'éduquer les gens, de créer une niche sur cette plate-forme et que ce soit un acte de soutien que d'acheter. De toute façon, s'ils veulent le trouver, ils le trouveront, et puis s'ils veulent l'écouter gratuitement, ils pourront l'écouter sur des sites comme Deezer. Il y a vraiment la notion de soutien et d'éducation à travers CD1D. Je ne sais pas si elle transpire assez.

Et par rapport à iTune ?

Raize : … qui est presque 80% du marché numérique, il faut le savoir. Je n'ai vraiment pas envie que CD1D soit assimilé à un distributeur et donc dans un système de concurrence par rapport aux autres distributeurs classiques. Ce n'est carrément pas la volonté, on prend 15% du prix que le label aura bien voulu définir, pour faire fonctionner la plate-forme, arriver à zéro euro de bénéfice à la fin de l'année, et essayer de reverser un maximum d'argent aux petites structures pour qu'ils rémunèrent tous leurs artistes ou qu'ils fassent signer d'autres artistes.

On n'est pas dans une volonté mercantile de vouloir se placer stratégiquement comme pourrait se placer iTune, c'est impossible. Il faut se rendre à l'évidence, on ne peut pas concurrencer Apple. Eux, en plus, ont complètement décalé la notion musicale, en tout cas la notion de l'objet : l'objet ne devient plus le CD ou le vinyle, l'objet devient l'entité qui le contient.
Même par rapport aux distributeurs classiques, vraiment pas la volonté de faire la guerre à qui que ce soit, juste avoir envie de survivre et d'être diffusé, et pour les petites structures et les groupes, mutualiser nos forces. En gros, l'album de B R OAD WAY a pu sortir en l'état parce que l'on a mutualisé nos forces en termes de communication, de création, de processus de création de production qui demande des subventions pour que l'on puisse aller au bout de ce processus de création et puis en termes de diffusion, parce qu'il nous faut une diffusion nationale et que nous, en tant que tel, on ne peut pas la supporter. Jarring Effects est venu nous aider et avec une licence a pu nous faire valoir d'une visibilité plus grande. De plus en plus, on voit dans pleins de secteurs la mutualisation et la fédération est l'une des clés de la survie pour avoir une diversité culturelle qui est de plus en plus grande, qui est de plus en plus présente.

On est toujours autant motivé par ce projet, il y a pleins d'artistes qui supportent ce projet, c'est aussi ça qui est super gratifiant. Nous, on fait partie des rouages, aujourd'hui oui mais demain, peut-être plus. On sera toujours en train de soutenir cette volonté de faire exister une certaine diversité culturelle. On avait fait la première partie au Brise-Glace avec les EZ3kiel où eux nous disaient clairement : on soutient CD1D parce que c'est quand même le seul site où si tu as envie de trouver de la première création que l'on ait faite jusqu'à aujourd'hui, tout ce que l'on a pu réaliser, ce site le permet. Même aujourd'hui, va essayer de trouver 06:06am, c'est impossible de trouver les débuts de B R OAD WAY. Là, tu peux le trouver et à des prix raisonnables. Tu peux encore trouver John Venture, va essayer de trouver John Venture dans un circuit classique, impossible !

Quels sont vos futurs projets ?

Jan : Il n'y a pas grand-chose à dire pour le moment. En parallèle, un troisième album qui suivra B R OAD WAY-Quatuor Pli, assez rapidement derrière.

C'est déjà en tête.

Jan : Il y a pour le moment 4 morceaux d'esquissés, cela nous donne un peu la direction du truc. Bien hâte aussi. En tout cas, c'est initié.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de B R OAD WAY
Le Myspace de B R OAD WAY

Crédits photos : Sébastien Barriol (la série complète sur Taste of Indie)


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# 20 octobre 2019 : De tout, pour Tous

Encore un programme bien chargé et très éclectique au travers de notre sélection culturelle hebdomadaire. Beaucoup à lire, à voir, à écouter... alors ne perdons pas de temps. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Engine of paradise" de Adam Green
"Phantom solids" de Lunt
"Fear of an acoustic planet" de Tahiti 80
"A wonder plante to" de Nilok 4tet & Daniel Zimmermann
"Six strings under" de Eric Legnini
Sarah McCoy et Dom La Nena au Nancy Jazz Pulsation
"Nothin' but" de Flyin' Saucers Gumbo Special
"Comfort zone" de Hugo Lippi
"Hors l'amour" de Jean Felzine
"A ciel ouvert" de Kaori
Rencontre avec Lady Arlette, accompagnée d'une session live et acoustique
"Vinyles, suite" c'est le titre de l'émission #3 de Listen in Bed
"Déluge" c'est le troisième volume des Mix de Listen in Bed
"Hybrid" de Yosta
et toujours :
"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Orouni en session live dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Cirque Leroux - La Nuit du Cerf" au Théâtre Libre
"Un jardin de silence" à La Scala
"Frida jambe de bois" au Théâtre de l'Union à Limoges
"Fleur de peau" au Théâtre Essaion
"Habiter le temps" au Lavoir Moderne Parisien
"Wilde - Chopin" au Théâtre Le Ranelagh
"En ce temps là l'amour..." au Théâtre des Mathurins
"Imposture posthume" au Centre Culturel Suisse
"Fred Tousch - Fée" au Théâtre de Belleville
"Corinne Zarzavatdjian - Un nom à coucher dehors !" au Mélo d'Amélie
des reprises :
"L'Ingénu" au Théâtre Le Lucernaire
"Le Crépuscule" au Théâtre de l'Epée de Bois
"J'aime Brassens" au Théâtre d'Edgar
et la chronique des spectacles déjà à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Vampires - De Dracula à Buffy" à la Cinémathèque française

Cinéma avec :

le film de la semaine :
"Au bout du monde" de Kiyoshi Kurosawa
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"Cléopâtre" de Alberto Angela
"Histoire du Canada" de Daniel de Montplaisir
"Je te suivrai en Sibérie" de Irène Frain
"La source de l'amour propre" de Toni Morrison
"Ordinary people" de Diana Evans
"Vik" de Ragnar Jonasson
et toujours :
"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
"L'horizon qui nous manque" de Pascal Dessaint
"La petite conformiste" de Ingrid Seyman
"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Guerilla, le temps des barbares" de Laurent Obertone
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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