Dans
le cadre de l'édition 2008 du Mois de la Photo, Sabine
Belz, directrice des manifestations culturelles au Goethe
Institut à Paris, a organisé une exposition
présentant les travaux récents de la photographe
allemande Jordis Antonia Schlösser,
membre de la jeune agence Ostkreuz, homologue berlinoise de
l'agence Magnum, dont le travail ressortit à la photographie
sociale.
Elle a sélectionné des clichés de deux
séries réalisées par Jordis Antonia Schlösser
au cours de ses pérégrinations européennes
et qui illustre la thématique ouverte de l'événement,
"la photographie européenne entre tradition et mutation"
dans le sens de l'humain et de l'identitaire.
La série en noir et blanc illustre un "Adieu au
passé" : elle investit les régions industrielles
allemandes touchées par les mutations technologiques
qui se traduisent par la fermeture de certains pôles industriels
et le dépeuplement de régions hantées de
villes fantômes où la nature reprend progressivement,
et inexorablement, ses droits.
Ses
images suffisent à évoquer les bouleversements
subis par leurs habitants en termes de désolation et
de déracinement même si certains retardent à
l'extrême leur départ comme la jeune femme qui
vaque à des occupations domestiques de repassage dans
une rue déserte.
Ces clichés anticipent de ce qui attend les populations
des régions excentrées des pays de l'Est, de la
Pologne à la Biélorussie, que la couleur de la
série "En bordure de l'Europe"
rend encore plus prégnant
Les photographies de Jordis Antonia Schlösser dressent
un état contrasté de la situation des régions
qui, à peine sorties des bouleversements historiques
du 20ème siècle, se trouvent propulsées
dans la grande nation Europe du 21ème.
Elles cristallisent cette période charnière dans
laquelle le mouvement inéluctable vers le futur entraîne
l'abandon du passé et signalise la route vers l'uniformisation.
Dans
les villes, la modernité côtoie la vétusté
de l'habitat "communiste", une modernité représentée
par l'invasion des émissions télévisées
"internationalisées" comme Big Brother ou la
station de radio polonaise futuriste.
En revanche, les bourgades rurales sont encore ancrées
dans le passé et vivent encore dans le respect des traditions,
de la pratique du culte aux danses folkloriques, et dans un
régime économique de subsistance avec ses petites
cultures maraîchères, dont celle des fameux cornichons,
et ses vendeurs au bord de route. Une Europe à deux vitesses
qui laisse présumer des convulsions qui toucheront ces
communautés et populations.
Et ces photos sont totalement étonnantes et édifiantes
pour le visiteur urbain.
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