Conte
de Shekespeare, mise en scène de Yann-Joël Collin,
avec Cyril Bothorel, Paul Breslin, Xavier Brossard, Marie Cariès,
John Carroll, Yannick Choirat, Pascal Collin, Issa Dakuyo, Christian
Esnay, Delphine Léonard, Eric Louis, Elios Noël
et Alexandra Scicluna.
Deux pièces à l'affiche, un seul auteur, Shakespeare,
pour cet fin d'automne au Théâtre National de l'Odéon
avec deux metteurs en scène décapants.
Si Eric Vigner donne une approche vidéogame stylistique
de "Othello", Yann-Joël Collin transforme les
Ateliers Berthier en vraie fausse Factory en toc avec une version
happening revival des sixties de "Le songe d'une nuit d'été"
qu'il revisite en la faisant passer à sa moulinette.
Yann-Joël Collin est d'ailleurs tout à fait clair
sur sa démarche "grâce à la connivence
créée avec le public, la comédie devient
le lieu d'un questionnement général sur le théâtre
et sa fabrication, ce qui intéressant ce n'est pas l'histoire
mais comment on en parle" et sur son analyse de cette comédie
féérique qu'est "Le songe d'une nuit d'été"
en indiquant dans ses notes d'intention que "cette histoire
c'est un peu n'importe quoi". De là à faire
n'importe quoi…
Il est vrai que cette œuvre de jeunesse de Shakespeare,
qui célèbre l'action du monde invisible sur l'homme
et les sortilèges de la séduction amoureuse, avec
son imbroglio d'intrigues et sa diversité de registre
et mêle réalité et illusion, le propre du
théâtre, est d'une fantaisie débridée
propre à toutes les audaces.
Yann-Joël Collin la fait donc passer à sa moulinette
qui a pour but de casser les codes et de brouiller les repères,
pour parvenir à "une théâtralité
suraffirmée". Une moulinette standardisée
qui s'applique quel que soit le texte et qui repose sur quelques
fondamentaux intangibles : casser le fameux 4ème mur
en multipliant les mieux d'intervention des acteurs, des cintres
à la rue en passant par les cintres et parfois même
en transportant la scène et le public dans un autre lieu
contigu au théâtre et utiliser les moyens techniques
audiovisuels que sont la vidéo et les micros.
Pour ce nouvel opus, Yan-Joël Collin, qui appartient à
cette génération qui découvre la contre
culture américaine et les ashrams culturels des années
60, propose un retour vers le futur aux Ateliers Berthier transformés,
"pour faire la fête" avec un spectacle marathon
de 4 heures, en vaste open space qui accueille les spectateurs
avec un bar aux néons fluo pour pouvoir repartir s'asseoir
avec son gobelet comme si on était à la maison,
un écran projetant des images qui se veulent psychédéliques,
captées au vol par une caméra au poing au tournis
lelouchien, filmant n'importe quoi pour meubler le vide et un
fond sonore rockien avec un guitariste-chanteur live babacool,
tignasse et barbe poivre et sel, voix rauque à souhait,
qui semble tout droit exhumé d'un documentaire sur le
flower power, pour combler le silence.
Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence à
la dispute conjugale du roi et de la reine des fées,
aux jouvenceaux aux amours contrariés et aux plébéiens
qui s'avisent de faire du théâtre. Et à
quoi assiste-t-on ? A un spectacle de variétés
composés essentiellement de numéros de music hall
permettant à chacun des intervenants d'avoir son quart
d'heure warholien. Nous y revoici. La boucle est bouclée.
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