La
Pinacothèque de Paris démarre sa saison muséale
2008-2009 avec deux expositions qui proposent une grille de
lecture inédite de l'œuvre de deux peintres singuliers
: celle de Georges Rouault, à partir de son environnement
intime et l'art de l'estampe japonaise avec les chefs d'œuvre
de la collection Idemistu, et celle de Jackson Pollock à
travers les arts premiers et son attrait pour les rites chamaniques.
Sous le commissariat conjoint de Marc Restellini,
historien d'art et directeur de la Pinacothèque de Paris
et de Stephen Polcari, professeur
d’art moderne à Chapman University, "Jackson
Pollock et le chamanisme" revisite l'œuvre
du chantre de l'abstraction et de l'action painting à
la lumière des pratiques rituelles des amérindiens.
Cette quête mystique, au sens large du terme, de l'artiste
médiumnique et intercesseur entre l'homme et les forces
cosmiques qui régissent l'univers n'est pas nouvelle.
Ainsi l'exposition "Traces du sacré", qui s'est
récemment déroulée au Centre Pompidou,
illustrait notamment l'attraction des artistes pour les spiritualités
païennes et les danses sacrées qui constituent des
dénominateurs communs de toutes les civilisations primitives.
"When I'm painting, I'm not aware of what
I'm doing"
Cette
analyse paraît plus surprenante s'appliquant à
un peintre étiqueté "abstrait" qui fut
le chantre de l'action painting.
Et justement, s'agissant des fameux "dripping" ou
"all over", la thèse développée
à la Pinacothèque de Paris trouve également
à s'y appliquer en ce que ces derniers ne seraient que
la forme "invisible" de cette transcendance créatrice
aux symboles soigneusement codés.
L'exposition, au terme d'une superbe scénographie aux
couleurs intenses, propose un parcours thématique qui
commence par une vaste salle circulaire et passe par un couloir
"initiatique" pour aborder l'œuvre de Pollock
dans une approche résolument sensitive.
Elle
procède par appariement des toiles de Jackson Pollock
avec des objets rituels d'art primitif, en provenance notamment
des collections de Steven Michaan et de Alain Schoffel.
Elle initie également à une mise en résonance
avec l'oeuvre du peintre surréaliste français
André Masson qui fut une des
grandes influences de Pollock.
L'association avec l'art amérindien met en évidence
les grands thèmes du chamanisme qui se retrouvent dans
l'oeuvre de Pollock.
Tels
le feu, la renaissance ("Birth"), la sacrifice rituel
("Bald Woman with Skeleton"), la fusion avec l'animal
totem ("Man, Bull, Bird", "Composiiton with horse
at center") et la fusion tantrique de l'homme et de la
femme ("Composition on paper 1")
Un exposition rare, avec des toiles rarement exposées
venant principalement de collections privées, et qui
sort des sentiers battus. |