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puce L’Homme qui marchait sur la lune
Howard McCord  (Editions Gallmeister)  2008

Il aura donc fallu attendre une décennie pour voir L’Homme qui marchait sur la lune faire son apparition sur la scène littéraire française. Il était temps. Et cette heureuse idée, cette lumineuse initiative, c’est aux éditions Gallmeister qu’on la doit. Cette jeune maison d’édition, créée en 2005 par Olivier Gallmeister et ayant pour créneau principal le "Nature Writing" , n’a pas manqué l’occasion d’acquérir les droits pour l’édition française du roman de Howard McCord, auteur inconnu en France, mais dont le livre serait déjà devenu culte en Amérique.

Á ce stade de la chronique, je sens poindre chez l’ami internaute une certaine forme de perplexité, et que cette histoire de "Nature Writing" le laisse, disons, dubitatif. Je me permettrai donc une légère digression.

Non, le "Nature Writing"  n’est pas une apologie de la pêche à la mouche ou de l’isolement voulu, recherché et expérimenté, deux années durant, dans une cabane en plein milieu d’une forêt avec, pour seule compagnie, soi-même et quelques sympathiques rongeurs ; non, il ne s’agit pas de cela. Ou plutôt, pas seulement. Petite définition prise sur le site de Gallmeister : "Le Nature Writing est un courant littéraire majeur aux États-Unis dans lequel la Nature trouve toute sa place. Cette littérature du Grand Dehors, au parfum d’aventure et au goût de voyage, s’exprime sous les formes les plus diverses (romans, récits, nouvelles, policiers) […]." Et si, en plus de cette courte définition, l’on mentionne quelques uns des représentants d’hier et d’aujourd’hui de ce courant – de Henry David Thoreau et John Muir à Annie Proulx et Alan Tennant, en passant par Edward Abbey, Norman Maclean et Jim Harrison (d’ailleurs, en passant, mention spéciale aux deux derniers auteurs cités, et ce, respectivement, pour leurs livres La Rivière du sixième jour et Légendes d’automne, lesquels, une fois adaptés en films, auront permis à Brad Pitt de démontrer ses étonnantes capacités capillaires – eh oui, c’est aussi ça, le "Nature Writing") –, on comprendra que ce genre littéraire a de nombreux thèmes et moyens d’expression récurrents, dont, dans le désordre : les grands espaces, l’observation, le silence, l’aventure, le retour aux sources et les rapports entre l’Homme et la Nature, le questionnement perpétuel de la condition humaine, et parfois, tout de même, l’action. Bref, tout un programme.

Auquel semble d’ailleurs souscrire assez volontiers Howard McCord dans L’Homme qui marchait sur la lune, premier roman de ce sexagénaire américain par ailleurs auteur de plusieurs recueils de poésie. Et j’avoue, n’étant pas forcément porté sur ce type de littérature, j’étais assez sceptique au moment d’entamer le livre de McCord. Après tout, de quoi parle-t-il, ce roman, sinon d’un homme qui marche, marche encore, et parfois court (et ce parfois nu – eh oui, c’est encore ça, le "Nature Writing"), le tout dans un paysage lunaire hostile donnant davantage envie de rester chez soi au fond de sa couette, ou bien affalé dans un hamac en train de siroter une bonne bière fraîche, que de courir ? De plus, la forme – un monologue d’environ 125 pages sur 130 –, me faisait craindre un livre monotone, barbant, très premier degré, et bardé de poncifs et de lourdeurs. Erreur.

Dès les premières pages, McCord instaure une étrange, envoûtante et mystérieuse ambiance, laquelle dérive aussi bien du lieu où se situe l’action que du narrateur et personnage principal de ce roman : William Gasper. Ce dernier, marcheur solitaire invétéré et ascète convaincu (attendez seulement de voir où et comment il dort, ainsi que ce qu’il mange…), semble vouloir fuir la compagnie de ses semblables, ceci pour son bien …et pour le leur. On apprend par exemple que, dans un passé pas si lointain que cela, Gasper fut militaire et tueur à gages ; il est donc possible que notre ami William connaisse une ou deux personnes, peut-être d’anciens employeurs, qui, probablement, aimeraient s’assurer que sa langue ne s’agite de trop. Ainsi, comme on le découvre dès les premières pages du livre, William Gasper ne laisse pas tout le monde indifférent, et lors d’une énième marche dans cette partie aride et pas franchement amicale du Nevada qu’il nomme affectueusement « la lune », il va rapidement se rendre compte que quelqu’un, ou quelque chose, voire les deux, le suit et lui prépare un mauvais coup. Le chassé, tout en se racontant et en méditant sur les aléas de la vie et la face obscure de l’Homme, va dès lors jouer au chat et à la souris et se muer en chasseur, le tout avec calme, patience et professionnalisme.

Le tout est admirablement servi par une langue qui sait être simple, crue et efficace à certains moments, et qui, sans être pour autant absconse, se fait plus abstraite et métaphorique à d’autres. Et c’est là l’un des points forts de ce livre : on ne sait jamais vraiment si William Gasper est fou, paranoïaque, illuminé, mythomane, ou « simplement » doué de sens et d’une intelligence au-dessus de la norme. Certainement un peu tout cela à la fois. Gasper – et le lecteur avec lui – semble constamment baigner entre réel et imaginaire, onirisme et perception ultra-sensible de ce qui l’entoure. Certes, avec ce surprenant narrateur à la fois sombre, froid et mystique, le lecteur risque de ne pas toujours savoir sur quel pied danser, et aura peut-être par moments le sentiment de perdre le fil de l’histoire ; cette impression ne dure généralement pas, Howard McCord sachant parfaitement casser le rythme de son récit en faisant se succéder, chez son personnage, pensées, actions et anecdotes simples et primaires, et atermoiements "métaphysiques" complètement barrés. En d’autres termes, on peut parfois être dérouté, voire perdu, par les pensées de Gasper, mais l’intrigue est efficace, et l’on a tout simplement envie de tourner les pages pour la connaître, l’issue de cette fichue partie de cache-cache ! Et puis, cette fin, ces quinze dernières pages venues de nulle part et plus que surprenantes (les mauvaises langues diront : "improbables"), eh bien moi, j’en redemande !

Au final, c’est un livre qui ne laisse pas indifférent, vous savez, le genre de roman qu’on lit presque d’une traite ou bien qu’on arrête au bout de quelques pages, le genre de roman qu’on trouve génialissime ou tout bonnement ridicule, le genre de roman que l’on défend corps et âme ou qui donne envie d’insulter le libraire et ses conseils à la mords-moi le nœud et de lui jeter son livre à la figure, bref, typiquement le genre de roman délicat et excitant à conseiller. Je ne sais pas ce que vous en ferez, mais moi, ce livre sombre un chouïa barré, surprenant et parfois déroutant, mais au final écrit avec une sacrée maîtrise, je ne le rendrai pas au libraire.

 

Nicolas         
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