Le
Cours Cochet jouissent d'une
réputation et d'une renommée pérennes mais
également d'un succès allant croissant en termes
de candidatures. Le nombre d'élèves augmente à
chaque "rentrée" et Jean-Laurent
Cochet, comédien, metteur en scène et professeur,
a fait appel à un de ses anciens élèves
pour assurer la direction de ce cours.
Il s'agit de Pierre Delavène
auquel Jean-Laurent Cochet rend souvent hommage à la
qualité du travail indispensable accompli, et qu'il ne
pourrait assumer seul et qui lui permet de se consacrer aux
dimensions artistiques de son métier, et à son
rôle moteur pour assurer une synergie fondamentale entre
le Cours Cochet et la très active Compagnie Jean-Laurent
Cochet, dont il est l'administrateur, qui propose régulièrement
des spectacles.
Nous l'avons donc rencontré pour évoquer le présent
et le futur du Cours Jean-Laurent Cochet, une occupation passionnante
mais absorbante et omniprésente, ainsi que de ses projets
personnels.
Enfant de la balle ou enfant d'ailleurs ?
Pierre Delavène : Enfant de vigneron
que rien ne prédestinait au théâtre. J'ai
découvert le théâtre en école d'ingénieur
lorsque j’étais à l’Ecole Centrale
à Lyon. Sans doute cela devait-il germer dans ma tête
depuis un moment déjà - enfant j'aimais bien participer
à des sketches mais sans jamais être allé
au-delà privilégiant mes études - mais
c'est en deuxième année d’école d’ingénieur
que j'ai découvert le théâtre et j'ai fait
des festivals avec des pièces contemporaines qui ont
rencontré beaucoup de succès. Je me suis alors
dit que si je pouvais vivre d'un métier artistique au
lieu d'être ingénieur ce serait fantastique. A
la fin de mes études je suis venu à Paris et un
ami m'a conseillé le cours de Jean-Laurent Cochet comme
étant le cours à Paris à suivre. Et, quand
je suis entré dans ce cours, j'ai constaté que
c'était que c'était bien là où je
dois être et où je devais être. Cela relevait
de l'évidence. Ensuite tout s'est enchaîné
très naturellement.
La révélation ?
Pierre Delavène : La première
révélation est intervenue en faisant du théâtre
à Lyon, et, surtout, en faisant de la scène. Et
puis le bonheur infini d'apprendre un texte, de le jouer, même
en amateur, cette expérience humaine partager une aventure,
j'ai trouvé cela fabuleux. La deuxième révélation
est intervenue au cours de Jean-Laurent Cochet. A l'époque,
je suivais les cours le matin. L'après midi, je travaillais
et je me suis rendu compte que je n'étais pas du tout
concentré sur ce travail. J'avais la tête ailleurs
et il relevait de l'évidence que je vibrai pour le théâtral.
Je pars toujours de la fidélité à l'âme.
On peut exercer un métier choisi et y être très
heureux, ou exercer un métier purement alimentaire, les
deux sont louables, mais on peut le faire sans être forcément
en accord avec ses aspirations profondes. Pour ma part, je me
suis rendu compte que mon âme était loin du bureau
et, au bout de six mois, j'ai complètement abandonné
mon activité salariée pour me consacrer pleinement
aux cours et à l'apprentissage du métier de comédien.
Comment avez-vous perçu l'enseignement
de Jean-laurent Cochet à votre arrivée ?
Pierre Delavène : Auparavant, j'avais
suivi quelques cours et stages, mais de manière purement
anecdotique, car je m'y amusais beaucoup en faisant des improvisations
et autres exercices de ce genre - qu'on ne pratique pas au Cours
Cochet - dans lesquels on s'amuse mais sans apprendre la technique
du métier. Je m'en suis rendu compte dès les premiers
jours au Cours Cochet avec l'apprentissage de la respiration.
Et tout ce que j'avais fait auparavant m'apparaissait dérisoire.
C'est comme si un pianiste tapait sur un piano, cela fait du
bruit mais pas de la musique.
A cette époque, en 2000, Jean-Laurent
Cochet était entouré de trois assistants : Jacques
Mougenot, Philippe Le Gars et Pierre Trabaud. Donc c'était
très agréable. La chance que j'ai eue est intervenue
un an après quand Jean-Laurent Cochet est parti en tournée
avec "Chat en poche" spectacle pour lequel il cherchait
un comédien pour un remplacement et que j'ai été
choisi sur audition. Au bout d'un an seulement de cours être
choisi, et pour une tournée internationale, m'a fait
progresser deux fois plus vite, puisque j'étais entouré
de professionnels, et cela m'a donné la chance d'être
très vite sur scène et ce sans galérer.
Car la décision de rompre avec une activité
d'ingénieur, qui m'apportait un salaire assuré
et conséquent, pour assouvir ma passion n'était
pas évidente à prendre en termes financiers. Et
puis cela m'a conforté dans l'idée que ce choix
qui correspondait viscéralement à ce que je désirais
était le bon. Ensuite, j'ai joué dans "Doit-on
le dire ?" où j'ai commencé par un rôle
de valet avant de reprendre un rôle plus important dont
le titulaire, très bon comédien, ne pouvait assurer
la partie chantée. Deuxième chancie inouïe
! Ensuite, j'ai fait partie tout naturellement partie de la
distribution des autres spectacles montés par Jean-Laurent
Cochet avec des rôles de plus en plus importants.
Continuiez-vous à suivre les cours ?
Pierre Delavène : Oui, bien sûr. Tout en jouant
en tant que professionnel j'ai continué à suivre
les cours pendant trois ans. Et il le faut, comme le pianiste
fait ses gammes ou le danseur le travail à la barre.
Jouer une fois n'implique pas être prêt pour jouer
la comédie. Tout se travaille avec le temps, la technique
s'acquière, s'approfondit avec le temps. Et c'est Jean-Laurent
Cochet qui m'a ensuite proposé de devenir moi-même
professeur. Ce qui est également une manière de
continuer à travailler, ainsi qu'il le dit lui-même.
Après cette période avez-vous eu des velléités
d'aller voir ailleurs ce qui se passait, voire de passer le
concours d'entrée au Conservatoire ?
Pierre Delavène : En fait, j'avais déjà
vu ce qui se passait dans d'autres cours qui par ailleurs étaient
fréquentés par des personnes que je connaissais.
Je n'étais donc pas incité à y aller d'autant
que j'avais trouvé dans les cours Cochet ce qui me convenait
parfaitement. En ce qui concerne le Conservatoire, je n'ai pas
souhaité m'y confronter dans la mesure où, connaissant
la pédagogie qui y était enseignée - et
qui se situait aux antipodes de ce que nous apprenons aux cours
Cochet - cela aurait été trahir son enseignement.
Le seul intérêt, et le terme est approprié,
eut été d'apprivoiser un réseau politique
artistique qui peut être très important pour une
carrière. Mais je n'ai pas voulu vendre mon âme.
Quand on commence dans ce métier, on
peut avoir un rêve qui peut être d'entrer à
la Comédie française, ce qui fonctionnait aisément
il y a 50 ans. On y entrait et on jouait le répertoire.
Tel n'est plus le cas. Le Conservatoire perdure mais on n'y
joue quasiment plus le répertoire et la Comédie
française n'est plus porteuse de rêves compte tenu
de ce qu'y s'y joue. Ce qui est bien dommage d'ailleurs. Par
ailleurs, il y a peu de metteurs en scène et de réalisateurs
de renom. D'où la difficulté, pour les jeunes
comédiens, à savoir où envoyer leu CV pour
travailler d'autant que l'on voudrait l'envoyer à des
gens que l'on admire. Donc je ne suis pas allé voir ailleurs.
Et puis la Compagnie Jean-Laurent Cochet me proposait de beaux
rôles.
Vous avez évoqué le professorat que vous a proposé
Jean-Laurent Cochet. Cela rentrait-il dans vos prédispositions
?
Pierre Delavène : La transmission du
savoir et la pédagogie sont des vertus que j'ai acquises
assez tôt car dès l'âge de 14-15 ans j'ai
donné des cours de maths, de physique et ce jusqu'à
l'âge de 20 ans. J'avais donc la fibre pédagogique
et j'aimais transmettre les connaissances acquises. La proposition
de Jean-Laurent Cochet est également intervenue pour
insérer dans l'équipe pédagogique un professeur
plus jeune, donc plus proche, au niveau générationnel,
des élèves, et pour attester de l'intemporalité
de l'enseignement de Jean-Laurent Cochet qui doit perdurer.
Et je crois qu'il avait perçu en moi les qualités
de pédagogue et de discernement, apprécier sans
juger à la fois humainement et artistiquement, qui sont
indispensables pour l'enseignement de ce métier. Il m'a
donc donné cette chance, une fois de plus. Au début,
ce changement de statut n'a pas été évident
puisque je me retrouvai comme professeur d'élèves
qui étaient plus anciens que moi. Mais tout s'est passé
de manière très naturelle parce qu'ils se rendaient
compte que je professais dans le respect de ce que j'avais appris.
Vous êtes aujourd'hui plus qu'un professeur au sein des
Cours Jean-Laurent Cochet puisque vous en êtes le directeur
comme vous êtes devenu celui de la Compagnie Jean-Laurent
Cochet. Triple question : comment cela s'est-il passé,
quelles sont les contraintes nouvelles qui en résultent,
et qui sont peut-être aplanies par votre formation professionnelle
initiale, et, Jean-Laurent Cochet vous donnant une sorte de
carte blanche, quelles sont les orientations que vous lui proposez
?
Pierre Delavène : Traditionnellement,
les cours étaient dispensés tous les matins par
Jean-Laurent Cochet et 2 ou 3 assistants à une quarantaine
d'élèves. Depuis deux ans, nous avons développé
le cours, pour le démocratiser d'une certaine manière,
en l'ouvrant à des personnes qui ne pouvaient pas forcément
se rendre disponibles en pleine journée et qui voulaient
apprendre le métier soit avec des visées professionnelles
soit comme simple épanouissement personnel. Ainsi sont
nés les cours du soir et les cours du week end.
A la manière d'une boutade, j'avais
dit que nous aurions 200 élèves et c'est ce qui
s'est passé. Parallèlement, nous avons donc aujourd'hui
une dizaine de professeurs. Autre innovation, dans le cadre
de la transversalité artistique, nous avons fait appel
à des professeurs extérieurs pour assurer un enseignement
lyrique et, en 2007, nous avons initié un partenariat
avec une école de cinéma. Les évolutions
envisagées sont toujours soumises à Jean-Laurent
Cochet qui manifeste toujours un grand enthousiasme car il est
très ouvert à l'avenir et au développement
du cours. Ainsi nous avons ouvert une antenne du cours en province,
en Vendée.
L'organisation, la direction, la gestion des
cours absorbent 75 % de mon temps. Les connaissances acquises
dans l'école d'ingénieur m'aident beaucoup. Elles
m'ont notamment permis d'ouvrir le site internet qui constitue
aujourd'hui une interface indispensable. Cela étant,
notre but n'est pas de créer une "usine à
élèves" mais d'élargir les possibilités
d'accueil pour les élèves, même si nous
ne pourrons satisfaire une demande qui est importante. Nous
prévoyons, pour 2009, de doubler les cours du matin et
du samedi. Ce qui est formidable puisque cela participe du rayonnement
d'un enseignement, d'une transmission d'un savoir qui existait
avant Jean-Laurent Cochet et dont il est un des passeurs.
Par ailleurs, pour la rentrée 2008,
nous allons organiser des représentations publiques trimestrielles
destinées aux professionnels, qui seront l'équivalent
d'auditions, tout en sachant qu'il est parfois difficile de
les faire se déplacer. Mais cela nous paraît indispensable
pour permettre aux élèves de présenter
leurs qualités à partir de scènes abouties.
S'agissant de la Compagnie Jean-Laurent Cochet, j'ai repris
le poste qui se libérait et l'administrateur sortant
m'a aidé à assurer la transition. Et là
encore les choses se sont bien passées.
Vous indiquiez que vous ne pouvez accepter
toutes les candidatures. Comment s'effectue la pré-sélection
des élèves et, ensuite, la sélection pour
faire savoir à certains qu'ils ne sont pas manifestement
pas à leur place dans ce métier ou pour le moins
dans ce cours en raison du travail important que vous exigez
d'eux ?
Pierre Delavène : Jusqu'à il
y a trois mois, nous acceptions toutes les demandes et ensuite,
il y avait des élèves qui abandonnaient spontanément
et d'autres que nous incitions à trouver leur voie dans
un autre cours. Depuis, et c'est donc également une innovation
récente, nous effectuons des auditions d'entrée
qui nous permettent d'effectuer une pré-sélection
en ne retenant pas les candidats soit en fonction de leur parcours
quand nous constatons que nous pourrons rien lui apporter ou
soit en fonction de ce qu'il dégage qui ne correspond
pas au cours.
Quelle est la proportion de néophytes par rapport à
ceux qui sont déjà engagés dans une formation
de comédie ?
Pierre Delavène : Il y a en réalité
différentes provenances : le bouche à oreille,
ceux-là savent de quoi il retourne et, en général,
s'intègrent facilement, les stakhanovistes des cours
qui les essaient tous, ceux qui ont eu connaissance du cours
par internet. Il est vrai que nous affectionnons les candidats
qui n'ont suivi aucune formation car ils sont tout frais, tout
neufs et ce sont généralement les plus humbles
par rapport à ceux qui arrivent imbus de leurs précédents
et cela nous permet de leur enseigner les bonnes bases immédiatement
ce qui fait qu'ensuite cela va très vite car il n'y a
pas à les défaire d'un savoir-faire, qui très
souvent leur ont appris plutôt à montrer des choses
qu'à être ce qui les incite au cabotinage. Donc
cela peut coincer. Et simultanément faire des auditions
nous gêne un peu car nous aimons nous confronter à
tous les cas de figure et les cas les plus difficiles sont parfois
les plus passionnants pour les ramener dans la bonne voie.
Et le pourcentage de ceux qui se fourvoient et qui ne sont
manifestement pas faits ou armés pour ce métier
?
Pierre Delavène : Je ne peux pas vous
donner de pourcentage mais il faut savoir que sur 200 élèves,
si nous faisons abstraction des amateurs, il y a en a peut être
10 qui en feront vraiment leur métier et pourront en
vivre à titre principal à long terme. Il y a ceux
qui sortent du lycée qui viennent un peu en dilettante,
pour voir parce que comédien c'est branché et
ils décrochent très vite en raison du travail
qui leur est demandé. Et puis il y a ceux qui s'accrochent
sans voir forcément de grandes aptitudes soit par le
timbre de voix soit par le physique et qui par le travail arrive
à surmonter certains handicaps.
Nous recevons aussi toutes les tranches d'âge.
Il est vrai qu'en arrivant à 40-45 ans c'est sans doute
plus difficile d'entrer dans le métier. Cela étant,
nous nous rendons compte que les plus intéressants sont
ceux qui ont déjà acquis une certaine maturité,
des 20-24 ans, pour qui l’inscription résulte vraiment
d'un choix délibéré. Nous avons aussi de
plus en plus des personnes qui ont déjà un parcours
professionnel dans un métier et qui subitement s'octroient
une année sabbatique et viennent tenter de réaliser
un rêve qu'ils n’avaient jamais réalisé.
En tout état de cause, la sélection
se fait spontanément au bout d'un an car il faut de l'endurance
et de la patience dans ce métier. Et il faut impérativement
penser au long terme. Etre connu immédiatement et gagner
de l'argent c'est une illusion. C'est là la raison pour
laquelle au cours nous faisons travailler des élèves
dans des emplois qu’ils auront dans le futur. Et c'est
surtout le cas pour ceux qui n’ont pas forcément
le physique que l'on recherche en fonction de leur âge.
Toutes les jeunes filles n'ont pas le physique de jeune première.
Il en est de même également pour les garçons.
Ce qui implique pour eux une carrière plus tardive mais,
du fait de leur caractère et de leur personnalité,
une carrière qui peut durer plus longtemps car le physique
décline vite.
Jean-Laurent Cochet vous a clairement désigné
comme son successeur. Comment ressentez-vous ce futur héritage
?
Pierre Delavène : Sa décision découle
sans doute du même discernement que celui qui l'a incité
à me proposer le professorat, puis la direction du cours.
Donc j'accepte avec fierté ce legs qui n'est pas imminent,
puisque Jean-Laurent Cochet est en très grande forme
et qu'il enseignera sans nul doute jusqu’à 95 ans…
Donc nous verrons à ce moment-là. Il peut bien
évidemment compter sur moi pour assurer la pérennité
du cours. Nous oeuvrons également pour agrandir la famille
des enseignants, qui ont tous été adoubés
par Jean-laurent Cochet, qui assumeront la continuation du cours
et donc, s'il devait disparaître soudainement, le Cours
Jean-Laurent Cochet demeurerait sans se vider de sa substance,
ce qui est l'écueil rencontré parfois. Avoir été
choisi par lui pour reprendre le Cours est un immense honneur.
Un autre point a été évoqué, même
publiquement au cours d'une Master Classe, par Jean-Laurent
Cochet qui consiste en un lieu où pourraient être
proposés au public des spectacles interprétés
par les élèves aguerris du cours, élèves
dont la grande diversité, en termes d'âges et d'emplois,
suffirait à constituer une distribution de qualité
pour les textes du répertoire. Qu'en est-il concrètement
?
Pierre Delavène : Cette idée
évolue de manière souterraine depuis plusieurs
années et est toujours présente à notre
esprit. La pierre d'achoppement est de trouver un lieu dans
Paris, ce qui n'est pas aisé. Cela veut dire acheter
un lieu, ce qui implique des enjeux financiers et économiques
non négligeables, d'autant qu'il doit s'agir d'un lieu
ayant une certaine visibilité et crédibilité.
Car il ne s'agit pas de jouer dans un garage ou dans une arrière
cour. Sur le fond, le projet s'apparente à ce qu'avait
réussi Jean-Laurent Cochet au Théâtre Hébertot
avec des distributions qui incluraient des élèves
formés qui sont, dès lors, des comédiens
au même titre que les autres.
Il ne serait pas question de monter de pièces
uniquement avec des anciens élèves du cours car
il faut parfois savoir associer d’autres têtes d'affiches
pour susciter le public. Par ailleurs, le répertoire
ne serait pas uniquement classique car il est bon d'y mêler
des textes contemporains. Ce lieu ne saurait être uniquement
un conservatoire de pièces jouées mais également
un lieu tourné vers l'avenir pour enrichir ce répertoire,
même s'il serait formidable de pouvoir le ressusciter,
d'autant que nous avons au cours des élèves capables
de tenir ces rôles. Donc ce projet ne relève pas
de l'utopie mais il faut pouvoir le concrétiser de manière
rationnelle et le développement du cours peut constituer
une force économique qui pourrait l'impulser.
Ces différentes activités et responsabilités
sont, comme vous l'avez indiqué très chronophages
mais également consommatrices d'énergie. Comment
conciliez-vous cela avec votre carrière de comédien
?
Pierre Delavène : Il faut reconnaître que dans
les débuts, lorsque j'ai repris ces activités,
j'ai dû mettre ma carrière un peu entre guillemets
mais cela ne m'a pas empêché de participé
en tant que comédien à certains projets de la
compagnie ou d'aider à d'autres projets initiés
par Jean-Laurent Cochet comme "Aux deux colombes".
Mais cela a été très enrichissant sous
d'autres aspects puisque cela m'a permis de tout apprendre du
métier, de la constitution d'un projet à sa production.
Je précise qu'il n'y a aucun sentiment de sacrifice puisque
j'ai joué régulièrement chaque année,
même si ce n'était pas le rôle titre ou un
des rôles principaux, et donc que tout cela été
heureux. J'ai été amené à refusé
certaines propositions extérieures mais cela sans conséquence
puisqu'il ne s'agissait pas de projets qui m'intéressaient
à divers titres.
Quels sont vos projets et vos ambitions à titre personnel
en tant que comédien ?
Pierre Delavène : J'ai quatre lignes
d'action : le cours, pour la pérennisation de l'enseignement
qui y est dispensé, la production de spectacles à
travers la Compagnie Jean-Laurent Cochet et une société
que je viens de créer, ma carrière de comédien
dans le théâtre et dans le cinéma et avoir
un théâtre dans Paris. Cela implique d'avoir une
bonne organisation. Comme disait Mary Marquet, dont Jean-Laurent
Cochet évoque souvent la mémoire et l'esprit,
"Avant 30 ans j'ai su écouter et après 30
ans j'ai eu de l'ordre". Je viens d'avoir 31 ans et donc
je vais appliquer ce précepte.
Jusque là je me suis formé artistiquement,
administrativement, et aussi par mes études d'ingénieur.
Maintenant je rentre dans une sphère de direction. Je
vais devoir également trouver de solides assistants pour
me seconder dans cette tâche. Marina Cristalle m'aide
déjà pour les cours et Jean-Pierre Séjourné
pour les tournées. Pour ma carrière, je vais m'aider
tout seul (rires) en demandant aussi conseil à mon ami
agent Laurent Grégoire.
A partir d'octobre, je pars en tournée
avec "Oscar" dans lequel je reprends le rôle
tenu par Davy Sardou ce qui me donnera la joie de jouer sur
les routes de France. Même si je pars avec mon ordinateur
pour continuer à assurer mes différentes fonctions,
je ne serai, dans cette aventure, que comédien et je
n’aurai à penser qu'à mon rôle. Ce
qui sera formidable ! Et puis cela constituera une expérience
de travailler hors de la Compagnie Jean-Laurent Cochet même
si j'adore jouer avec Jean-Laurent. Mais quand on joue avec
lui c'est difficile d'exister en tant que comédien car
c'est un excellent comédien dont le talent éclipse
celui de ses partenaires.
Enfin, travailler hors de la Compagnie est
également important pour ne pas subir le poids d'une
étiquette qui peut confiner, surtout aux yeux des professionnels,
qui, pour cette raison, ne vous font pas forcément de
propositions. Cette tournée tombe bien au niveau chronologique
puisqu'elle sera parallèle à celle de la tournée
de "Aux deux colombes". Et puis je souhaite monter
une pièce qui me tient à cœur depuis quelques
années et dont je viens d'obtenir les droits. Ce qui
l'inscrit donc à une échéance rentrée
2009.
Quels sont vos registres de prédilection en tant que
comédien, quels rôles et auteurs ont vos faveurs,
et en tant que spectateur même si vous n'êtes pas
un spectateur comme les autres ?
Pierre Delavène : Il est évident
qu'en raison de la formation que j'ai reçue nous apprécions
les spectacles avec un autre regard que le public et le spectateur
que je suis est très vite rattrapé par le comédien.
Cela est une constante pour les comédiens. Cela étant,
j'apprécie tout particulièrement les comédies
de moeurs les pièces qui mêlent à la fois
des sujets tendres, drôles et sensibles, un peu comme
Monsieur Vernet ou la pièce "Aimer" créée
1921 par Maurice Escande une comédie à trois sur
de sentiments comme le désir, l'amour, la tentation.
Ce qui ne m'empêche d'aimer jouer dans
les pièces dites de boulevard car entendre un public
rire c'est pour le comédien être payé de
retour immédiatement c'est très gratifiant et
très agréable. J'aime bien les pièces intelligentes
mais pas les pièces intellectuelles, les pièces
conceptuelles, à thèse ou politisantes sauf s'il
s'agit d'une pièce délibérément
politique. Je ne vais pas au théâtre pour être
entendre des thèses, que je préfère lire,
mais voir des comédiens habités par un sentiment,
une passion, un questionnement. Cela peut devenir intelligent
parce que notre intellect se met à raisonner.
Cela étant pour répondre à
votre question, je n'ai pas de rôles types que je rêve
de jouer. Je pense que je me dirigerai dans l'avenir vers des
rôles d'autorité car cela me plait beaucoup car
je l'éprouve moi-même sur scène, une autorité
qu'on peut imposer sur scène par la drôlerie ou
d'autres registres. J'ai joué pendant plusieurs années
des rôles de jeune premier, que je souhaite quitter, même
s'il ne s'agissait pas de rôle de jeune premier classique
romantique, mièvre, un peu chiant à jouer.
Il y avait toujours un aspect inattendu, écornifleur
dans Monsieur Vernet, séducteur dans le Veilleur de nuit.
Je suis curieux des rôles qu'on va me proposer et je suis
attiré même par des rôles de bouffons, Jean-Laurent
Cochet pensait même à Boudu, des rôles de
compositions loin de moi, des personnages de traître et
de salaud et dans "La Reine morte", je me suis amusé
comme un fou avec le rôle car c'était un peu Narcisse-Néron.
Par ailleurs, j'ai beaucoup joué de classiques et donc
j'aspire à explorer un répertoire plus contemporain.
J'ai également un projet de long métrage
pour le cinéma mais qui n'est pas encore abouti. Le cinéma
est également un objectif à moyen terme en ce
qui me concerne. Même si j'ai une préférence
pour le théâtre où l'on est maître
de soi pendant la durée de la représentation alors
que le cinéma est une aventure où on est parachuté
pour faire ses prises.
Et puis une autre ligne directrice serait de
développer l'écriture dramaturgique. Cela me passionne
d'autant qu'avec l'étude des textes et maintenant une
certaine sensibilité accrue par cette étude je
pense connaître la structure d'écriture d'une pièce
mais cela ne suffit pas. Il faut trouver un sujet et surtout
disposer d'une certaine disponibilité d'esprit et de
temps… |