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Soleil du Soir  (Tôt ou Tard)  novembre 2008

Il y a dix-huit mois, l’impayable Jean-Philippe Smet (plus connu sous le sobriquet de Johnny Vacances) avait lancé à grands renforts de pubs ou prime-times télévisuels, ce qu’il annonçait comme un retour aux sources de "Toute la musique [qu’il] aime" : un album de blues.

Malheureusement à mille lieues de l’authenticité promise, le disque intitulé Le Cœur d’un Homme ne proposait qu’une variétoche vaguement teinté de "notes bleues", elles-mêmes rendues obsolètes par la voix vociférante et une production bling-bling hors sujet. Un ratage complet, malgré la présence de quelques invités prestigieux (Taj Mahal, par exemple).

Quelques mois plus tard, avec la sortie de ce Soleil du Soir, son compatriote Dick Annegarn vient de réussir là où avait échoué le mari de Laetitia : reprenant et détournant les lieux communs (guitares sèches, douze mesures et imaginaire muddy-mélancolique), il propose un album de blues véritablement original, qui évite le clin d’œil trop appuyé aux USA en puisant dans sa belgitude de quoi insuffler à l’idiome musical archi-rebattu une singularité nouvelle.

La Belgique profonde se retrouve ici à chaque intonation d’une voix qui ne fait rien pour masquer son accent, mais use au contraire de son particularisme pour insinuer une musicalité différente à la langue française (qui, selon l’idée reçue, aurait du mal à se poser sur une musique d’obédience américaine). Pari réussi : la littérarité de l’écriture est bousculée par cet accent à couper au couteau, manière très personnelle de mâcher-recracher les mots, qui parvient à rendre le français cahotant, rugueux, bluesy.
Alors certes, il faut un petit temps d’adaptation pour s’habituer à ce chant mal embouché… Mais si l’on parvient à dépasser cet a priori, l’accent un peu "péquenot" de Dick Annegarn nous paraît servir à merveille le propos : il retrouve la ruralité inhérente au blues des origines, exhibant sans honte ses racines (roots) bouseuses et malodorantes.

Dans le détail : si quelques morceaux ("Bluesabelle", "D’abord un verre", "Quelle poule pond tant ?") puisent effectivement dans le classicisme country-folk-blues pour leurs arrangements, la plupart des autres chansons distillent leur mélancolie cafardeuse sans abuser des "gimmicks" du genre, en retrouvant l’esprit plus que la forme : c’est le cas notamment du magnifique "Dernier Village", belle évocation paysagère d’une campagne qui aurait tendance, à force de repli sur soi (monde moderne jugé invivable), à peu à peu disparaître. Ou "Sans Famille", évaluant les dégâts causés par la déshumanisation des liens sociaux.

Plus familier, "Jacques" adresse un beau clin à Brel (qui rime ici avec "rebelle"), dépeignant l’auteur du "Plat Pays" en outlaw disparu dans le maquis wallon. Et "Théo" brode joliment sur la légende des Van Gogh.

Globalement, il est beaucoup question de solitude et d’évasion, personnages aux rêveries (et beuveries) "bigger than life". L’écriture vaticine entre surréalisme pieds sur terre et redneckitude stylée, entre-deux idéal qui évite l’effet de réel pénible (type Nouvelle Scène Française) mais se tient également à distance d’une folie surlignée (à la Brigitte Fontaine). A l’image des photos de pochette, le chanteur semble se balader dans un pays westernisant, mythique et facétieux, où les garçons vachers tomberaient pour les pis généreux des vaches fatales de saloons.

Au final, ce Soleil du Soir très acoustique et dépouillé aurait aussi bêtement pu s’appeler "Country, Folk, Blues"… si ce titre (banal) n’avait déjà été utilisé par son compatriote Hallyday (encore lui !), 36 ans plus tôt. S’appropriant et réinventant l’ancienne musique rurale américaine, l’auteur-compositeur-interprète Annegarn en délivre, quant à lui, une vision autrement plus personnelle, qui ne tombe jamais dans le "à la manière de" (si ce n’est peut-être de lui-même) ou le featuring pseudo-prestigieux. Son petit univers nous apparaît assez riche pour pouvoir se passer de ça.

On peut sans doute, pour élargir le débat, rapprocher ce disque de certaines productions récentes de Jean-Louis Murat (Le Moujik et sa Femme, Lilith, Taormina), qui a lui aussi puisé dans un idiome country-blues pour révolutionner sa formule musicale et sortir de l’ornière sclérosante d’une chanson nationale repliée sur elle-même. S’inspirer du grand Ouest mythique, sans renoncer pour autant à ses racines et particularismes : la poésie des troubadours pour l’un, le surréalisme pour l’autre, l’Auvergne, la Belgique, etc.

 

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Le site officiel de Dick Annegarn
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Nicolas Brulebois         
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Dick Annegarn (14 décembre 2016)


# 13 octobre 2019 : On Manque de Mains D'oeuvres

Alors que la mairie de Saint Ouen a décidé de la fermeture de la salle mythique Mains d'Oeuvres, il est plus que jamais nécessaire de se mobiliser pour la culture. Alors on continue de notre côté avec beaucoup de musique, la fin de la session de Orouni, des tas de livres, du théâtre pour tous les goûts, des expos et plein d'autres choses (mais rien sur Dupont de Ligonnès). C'est parti.

Du côté de la musique :

"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Rencontre avec Orouni dans les rayons d'une librairie
et bien entendu, Orouni en session live, toujours dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos
et toujours :
"Pas plus le jour que la nuit" de Alex Beaupain
"Matriochka : Romantic fantasies & Transcriptions from Russia" de Alexandra Luiceanu
"La nuit devant" de Baden Baden
"aMour(s)" de Fabien Martin
"L'arbre rouge" de Hugues Mayot
"Why me ? why not" de Liam Gallagher
"Les disques dans notre vide poche" le podcast #1 de Listen in Bed
"Drive" le premier mix de Listen in Bed
"Mademoiselle in New York" de Lucienne Renaudin Vary
"Still life : A tribute to Philip Glass" de Maud Geffray
"The flood and the fate of the fish" de Rabih Abou Khalil
Rencontre avec The Great Old Ones
"Sprayed love" de Xavier

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Fausse note" au Théâtre de la Contrescarpe
"Sabordage" au Théâtre 71 à Malakoff
"Rêves d'Occident" au Théâtre de la Cité internationale
"Donnant Donnant !" au Théâtre Athénée
"Piège pour Cendrillon" au Théâtre Michel
"La Famille Ortiz" au Théâtre Rive Gauche
"La Promesse de l'aube" au Théâtre de l'Atelier
"Yannick Jaulin - Causer d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Yannick Jaulin - Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à pas parler d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Ciel, ma belle mère !" au Théâtre d'Edgar
"De quoi je me mêle !" au Théâtre Athénée
"On est mal Macron, on est mal" au Théâtre des Deux Anes
"Looking for Beethoven" au Théâtre Le Ranelagh
des reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre Rive-GAuche
"Anna Karénine" au Théâtre de la Contrescarpe
"Les Crapauds fous" au Théâtre de la Renaissance
"La Convivialité" au Théâtre Tristan Bernard
"Il y aura la jeunesse d'aimer" au Théâtre Le Lucernaire
"Nature morte dans un fossé" au Théâtre du Gymnase
"Une leçon d'Histoire de France : de l'An mil à Jeanne d'arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France : de 1515 au Roi Soleil" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Vipère au poing" au Théâtre du Gymnase
et la chronique des spectacles à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Moderne Maharajh, un mévène des années 1930" au Musée des Arnts décoratifs
"Balzac & Granville, une fantaisie mordante" à la Maison de Balzac

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Martin Eden" de Pietro Marcello
"Little Monsters" de Nicolas
"Les Chemins de la haute ville" de Nicolas
la chronique des films de septembre
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
"L'horizon qui nous manque" de Pascal Dessaint
"La petite conformiste" de Ingrid Seyman
"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann
et toujours :
"Archives des enfants perdus" de Valeria Luiselli
"De pierre et d'os" de Bérengère Cournut
"L'accident de l'A35" de Graeme Macrae Burnet
"Le mystère Sammy Went" de Christian White
"Les furtifs" de Alain Damasio
"Lost man" de Jane Harper
"Vers une nouvelle guerre scolaire" de Philippe Champy

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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