Spectacle
conçu et mise en scène par Jean-Pierre Bodin,
avec Jean-Pierre Bodin, Bertrand Péquériau, Eric
Proud et Bruno Texier.
Le plateau de la grande salle du Théâtre Artistic
Athévains a pris des airs de salle de bal de campagne.
Rideaux rouges, ampoules multicolores et trois musiciens qui
attendent l'arrivée du public en égrenant quelques
notes de musique pendant que Jean-Pierre Bodin commence à
murmurer le portrait d'un personnage prénommé
François.
L'idée est bonne mais hélas l'ambiance ainsi
posée tourne à vide en raison de l'atermoiement
imposé par le théâtre, autant aux artistes
qu'au public, dans l'attente de la venue hypothétique
de spectateurs influencés par un hebdomadaire culturel
bobo branché qui avait annoncé la représentation
à 20h30 au lieu de 20h et auquel on attribue sans doute
plus d'impact qu'il n'en a réellement. Jean-Pierre Bodin
reprend en boucle les quelques phrases introductives.
D'où l'impression désagréable de faire
du sur place, comme dans un avion qui tourne en rond dans l'attente
de l'autorisation d'atterrir. Dommage. Un léger flottement
suivra. Puis la magie opère on ne sait trop comment.
Peut être la voix de Jean-Pierre Bodin.
Et pourtant il n'a rien de la faconde généralement
attachée au conteur, présence tonitruante, verbe
haut et si possible coloré d'un accent du terroir. Peut
être le début de réminiscences de souvenirs
de la petite enfance.
Car "Chemise propre et souliers
vernis", spectacle qu'il a conçu, mis en
scène et qu'il interprète en compagnie de trois
compères musiciens, Bertrand Péquériau,
Eric Proud et Bruno
Texier, ramène le spectateur au bon temps des
bals populaires qu'ils soient du 14 juillet, de village, de
musette ou de noces.
Cela commence avec l'histoire de la vocation musicale de Jeannot,
le corrézien, et de son accordéon diatonique et
de Rémi et son épitaphe "la mi ré
mi la sol la mi la" pour essaimer à travers mille
détails et anecdotes drôles et attendrissantes
et restituer des fragiles instants de bonheur et de fraternité.
Conteur, chasseur d'histoires, ethnographe de la chronique
du temps passé, collecteur d'événements
mémorables et drolissimes, telle l'hilarant épisode
de la chemise Guétary, et concocteur de chansons originales,
il dresse une fresque d'une France aux plaisirs et aux petits
bonheurs simples peuplée de figures hautes en couleurs
et fortes en gueule à la manière des chroniques
villageoises dans une veine qui puise à la fois de "Le
bal" d'Ettore Scola, des plaisirs de la chair et de la
chère à la Bérurier de Frédéric
Dard et des chroniques de Philippe Delerm.
Un plaisir à ne pas bouder... d'autant que le bal ne
s'achève pas avec le salut au public. |