Comédie
dramatique de Cristina Comencini, mise en scène Claudia
Stavisky, avec Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber
et Luce Mouchel.
"Jeux doubles", comédie
douce-amère de Cristina Comencini,
aborde, à travers un diptyque en miroir mettant en résonance
deux générations de femmes, plusieurs thématiques
: la transmission, si la mère enfante la fille, la fille
porte en elle sa mère pour toujours, qu'elle réplique
le schéma maternel, consciemment ou non, ou qu'elle le
rejette, la sexualité, la maternité et, pour reprendre
une terminologie de saison, l'épanouissement personnel.
Il ne s'agit cependant ni d'un essai sur la condition de la
femme ou sur la problématique de l'identité féminine,
ni d'une diatribe féministe mais davantage une chronique
du quotidien, dont le fil rouge est un extrait des "Lettres
à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke,
illustrant que si tout change rien ne change au fond et, pour
paraphraser Pierre Desproges, que la seule certitude est le
doute.
Quatre femmes se retrouvent régulièrement pour
papoter et jouer aux cartes dans une cuisine des sixties en
formica flambant neuf. On se croirait dans un épisode
de "Happy Days" variante romaine : elles sont pimpantes,
apparemment à l'aise dans leur vie de famille et pourtant,
tel un maquillage appuyé, le vernis craquelle face aux
rêves de la plus jeune mariée d'entre elles. Trente
ans après, ce sont leurs filles, celles qui jouaient
dans la pièce à côté, sans progéniture
qui les y remplacent.
Cristina Comencini brosse des portraits tout en finesse et
en tendresse de femmes, et de mères et filles archétypales
qui se dessinent en creux à travers les non-dits et les
pauses de dialogues qui, indubitablement, sonnent juste.
Sans esbroufe ni effets faciles, Claudia
Stavisky réussit la mise en scène idéale,
celle qui ne se voit pas, qui repose sur une vraie direction
d'acteur. Tel un chef d'orchestre, elle supervise les quatre
solistes qui sont ici des comédiennes talentueuses et
aguerries.
En effet, la distribution s'avère impeccable et judicieuse
: Ana Benito, Marie-Armelle
Deguy, Corinne Jaber et Luce
Mouchel donnent une vraie densité à des
personnages très méticuleusement construits jusqu'au
moindre détail du costume. Plus que des personnages de
théâtre. Des êtres de la vraie vie. |