Xavier
Jaillard, comédien, metteur en scène et
auteur dramatique, prend à compter du 13 mars 2009 la
direction du Théâtre du Petit Hébertot.
Parallèlement à sa carrière personnelle,
il vient notamment de voir son adaptation de "La vie devant
soi" triompher au Théâtre Marigny avec Myriam
Boyer qui a reçu le Molière de la meilleure comédienne
2008, il se consacre sans compter pour la création théâtrale.
Ainsi il a créé, et anime depuis plusieurs années,
les soirées découvertes théâtrales
du Studio Raspail sous l'égide de la Société
littéraire de la Poste et de France Télécom
présente chaque saison de nombreux spectacles à
l'affiche ainsi que des spectacles en recherche de production
et a créé une structure associative, ACTE, pour
développer et promouvoir la création théâtrale
contemporaine.
Nous l'avons rencontré pour commenter cet évènement
et connaître les nouvelles orientations de ce théâtre.
Vous allez très prochainement prendre la direction du
Théâtre du Petit Hébertot. Comment est arrivée
cette opportunité et quelle en sera la première
programmation ?
Xavier Jaillard : Le Petit Hébertot,
c'est pour moi une vieille aventure. J'y avais joué il
y a déjà quelques années "L'oursin"
de Francis Blanche, un spectacle qui avait très bien
marché et qui était resté plus de 4 mois
à l'affiche. Après la belle et dans lequel je
jouais, je n'ai pas souhaité faire la tournée.
J'ai souhaité rester à Paris pour faire proposer
mes autres textes car le tout n'est pas de surfer sur un petit
bout de laurier. L'essentiel est de continuer sa carrière
d'auteur et de comédien, ce que je veux faire, et j'ai
donc repris mon bâton de pèlerin pour trouver des
théâtres à ma mesure et je suis revenu notamment
Petit Hébertot.
Ce théâtre jumelé avec
le Théâtre Hébertot, qui fait parfois de
succès et parfois rencontre des vicissitudes commerciales,
comme ce fut le cas avec "Clérambard". Le Petit
Hébertot s'est trouvé confronté à
de belles propositions artistiques mais commercialement non
viables il m'a été proposé d'en prendre
la direction. Il se trouve que depuis 4 ans, depuis que je gère
notamment les Découvertes théâtrales du
Studio Raspail et d'autres événements. J'ai notamment
créée ACTE, l'association pour la création
théâtrale européenne qui a bénéficié
de quelques subventions notamment de la part de La Poste. J'ai
donc accepté ce challenge qui va démarrer le vendredi
13 mars 2009, date que j'ai volontairement choisi, avec deux
programmations.
A 19h, ce sera une pièce dont je suis
l'auteur "Jules Renard est en voyage" pièce
qui se passe dans l'univers de Jules Renard, ce qui me tient
à cœur car je suis né dans le village voisin
du sien. Il s'agit d'une pièce à deux personnages,
Philippe et Ragotte, qui sont dans le journal de Jules Renard,
un couple de paysans qui, à la fin du 19ème siècle,
attendent le retour de leur fils unique qui était à
l'armée. A 21 h, pour rester cohérent au niveau
de la programmation, Pierre Bellemare m'a proposé une
lecture de textes de Alphonse Allais. Pierre Bellemare a bien
évidemment un destin d'homme de communication et d'homme
de théâtre qui dépasse largement le cadre
du Petit Hébertot mais il a très gentiment accepté
de faire une première série pendant un mois pour
faire connaître son spectacle avant de partir vers des
destinées plus glorieuses et notamment en tournée.
J'ai bien évidemment saisi cette opportunité pour
avoir cette affiche Jules Renard - Alphonse Allais.
La reprise d'un théâtre entraîne une passation
de pouvoirs et un bilan. Il y a toujours un passif mais également
des points forts. Qu'en est-il en l'espèce et sur quoi
allez-vous faire porter vos efforts ?
Xavier Jaillard : Je n'émettrai aucune
critique sur la programmation de l'ancienne directrice qui était
une programmation de qualité. Fanny Delbrice a fait pendant
5 ans un énorme travail de défrichage. Ce que
je pense c'est qu'actuellement la crise qui secoue le pays a
un contrecoup dans toutes les activités culturelles puisque
qu'en France dès qu'il y a un souci de croissance économique
on commence par taper dans les budgets culturels contrairement
à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. Le travail
entrepris par Fanny Delbrice n'est plus aussi facile à
mener dans une période de récession. Je ne veux
pas me prostituer mais je sais par expérience que dans
les périodes difficiles il faut tabler sur les grands
noms, sur l'appui des médias, et notamment de la télévision,
et qu'il vaut mieux jouer la comédie que le drame.
Ce sont ces points que je souhaite faire évoluer.
Bien sûr, je ne suis pas opposé à la programmation
de découvertes mais je crois qu'il faut aussi miser sur
la sécurité quitte à panacher les spectacles
en faisant appel à des noms connus. C'est la raison pour
laquelle la première programmation mise sur deux auteurs
connus Jules REnard et Alphonse Allais. J'ai bien conscience
que le Petit Hébertot est considéré comme
un petit théâtre, il compte 110 places, et Que
nous ne pourrons pas, financièrement, recevoir les grands
noms du théâtre. En revanche, nous pouvons les
accueillir pour rôder leur spectacle ce qui permettra
au théâtre de bénéficier de leur
notoriété. Je vais tenter cette piste. Je ne suis
pas sûr d'y parvenir mais si je n'étais pas convaincu
je ne commencerai pas.
Envisagez-vous de prévoir une formule d'abonnement pour
fidéliser un public ce qui n'existait pas dans ce théâtre
?
Xavier Jaillard : Cela est effectivement très
important car le public d'abonnés constitue une base
solide et indispensable pour un théâtre. Pour les
petites salles, il n'y a généralement pas de public
d'abonnés car il est difficile d'abonner un public pour
de la création ou de l'expérimentation. Cela existe
pour les grandes salles qui ont une direction artistique très
affirmée comme par exemple le Théâtre Antoine.
Je vais essayer néanmoins de susciter une fidélisation
mais cela ne s'effectue pas dans . Il faut environ 2 ans pour
constituer un tel fichier. Cela étant je ne partirai
pas de rien puisque je dispose déjà du fichier
de ACTE et de celui des soirées théâtres
du Studio Raspail.
Quand j'ai monté mon premier théâtre
avec Francis Blanche, cela remonte maintenant à de nombreuses
années, j'avais un ami, le directeur d'un restaurant
dans le 17ème arrondissement, situé en face de
la mairie, qui m'a dit à l'époque qu'il ne fallait
pas tenir compte des considérations qui tiennent à
ce que les soirées, dans le monde du spectacle, de la
nuit et de la restauration, sont tributaires de faits comme
avant ou après le terme après le terme, il fait
chaud il fait froid, un match à la télé.
Il m'a dit, et j'ai retenu sa leçon : : le problème
n'est pas de tenir mais de trouver 100 personnes. Et donc il
faut commencer par le 17ème arrondissement sans penser
vouloir toucher le monde entier mais il faut aussi ne pas penser
que l'on va être touché de plein fouet par la crise
de Wall Street.
Telle est donc mon intention. Ainsi nous allons
également avoir une programmation jeune public avec des
spectacles pour enfants les mercredi, samedi et dimanche à
15 h, et j'ai fait appel à une amie, qui est aussi une
formidable comédienne, et qui vit dans cet arrondissement
à qui j'ai demandé de concevoir des spectacles
à partir des contes d'Andersen. Il s'agit de Anne Marbeau
et elle est l'épouse d'un metteur en scène connu,
Sylvain Leymarié, qui va assurer la mise en scène
de ces spectacles.
Encore un point sur la programmation et la durée de
la programmation d'un spectacle. Misez-vous sur le renouvellement
fréquent de l'affiche ou sur la pérennité
d'un spectacle ?
Xavier Jaillard : On part sur un contrat d'un mois sachant
que, et c'est le privilège des théâtres
privés, si le spectacle marche bien il est prolongé.
Pour les programmations ultérieures, j'ai un gros avantage
sur les autres directeurs de théâtre puisque lundi
prochain j'en serai à ma 54ème soirée de
découvertes théâtrales au Studio Raspail
et donc j'ai dans mes carnets un nombre non négligeable
de spectacles dans lequel je peux puiser. Mais mon souhait est
d'y puiser le plus tard possible c'est-à-dire d'amener
les deux premiers spectacles jusqu'à la fin de la saison
2008-2009. |