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Pays Sauvage  (Polydor / Universal)  février 2009

Il y a trois ans, le premier album d’Emily Loizeau (L’Autre Bout du Monde) s’élevait brillamment au-dessus de la mêlée de cette Nouvelle Chanson Française aujourd’hui tant décriée. Portées par un sens mélodique affûté et une interprétation sans faille, ses chansons proposaient deux registres complémentaires : la légèreté (thématiques "de fille" passées au tamis d’une imagination facétieuse) et la grande émotion (évocations de la mort de son père, ruptures inspirantes et mélancolie sublimée). Cette deuxième option avait bien évidemment notre préférence… mais les chansons légères n’étaient pas déplaisantes pour autant et s’avéraient largement plus supportables que celles de Clarika, Jeanne Cherhal & Co.

L’ensemble se présentait sous une forme à dominante piano-voix, mais assez  intelligemment orchestrée pour que la musicalité ne le cède pas au texte (assurément l’une des grandes tares de cette pseudo-scène). L’une des caractéristiques de la demoiselle tenait aussi à sa double ascendance : franco-anglaise, elle pouvait se permettre de varier les plaisirs, et proposer des titres dans la langue de Shakespeare qui ne sonnent point comme de la méthode Assimil mal digérée !

Trois ans et quelques projets plus tard (participations multiples et variées, sur des albums hommages notamment ; album live vendu par correspondance), elle revient donc avec ce Pays Sauvage, publié par une très grosse maison de disque et promu par une importante campagne de presse.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette "récupération" par un gros label ne rime en rien avec un "recentrage grand public" : au contraire, l’artiste propose aujourd’hui une chanson nettement plus décomplexée, sortant définitivement de l’ornière "chansons de fi-fille à piano-voix" pour proposer des thématiques et arrangements autrement plus culottés et luxuriants.

L’album démarre avec la chanson-titre, "Pays Sauvage", qui se présente clairement comme une continuation de L’Autre Bout du Monde (ces deux morceaux étaient d’ailleurs enchaînés lors des derniers concerts de la précédente tournée). On y retrouve les thèmes familiers (évocation métaphorique de l’au-delà, enfance perdue, etc.), mais abordés d’un point de vue différent : le temps a passé et le lointain refuge manifestement été dévasté ; le chant, plus torturé, se charge d’exprimer ce mal-être.

Ensuite, "Fais Battre Ton Tambour" introduit les musiciens du groupe Moriarty, pour un long blues gospelisant, à la lourde rythmique fangeuse d’où s’élève une voix réparatrice ("Je sens ma peine qui monte… je vais la chanter !").
"Tell Me That You Don’t Cry", qui lui fait suite, est un admirable slow à dominante folk-soul pianistique, aux choeurs doucement entrelacés avec David-Ivar Herman Dune.

"Sister", choisi comme premier single radiophonique, commence par un joli petit gimmick joyeusement sifflé, avant de dérouler sa mélancolie en deux temps : le souvenir d’une séparation d’enfance, vue par chacune des protagonistes. Sans être une grande chanson (il manque sans doute un petit quelque chose au refrain), c’est une scie assez efficace et mémorisable (nom de Dieu, ce gimmick !) pour remplir correctement son rôle d’amuse-gueule avant-coureur.

En guise d’interlude, "La Dernière Pluie" est une comptine accompagnée par des instruments "domestiques" (couteau, cuillère, paquets de corn-flakes et tout ce qui passe sous la main), au minimalisme plutôt rigolo et apaisant, après quatre morceaux émotionnellement chargés.
"Songes", qui lui succède, renoue avec les paraboles pianistiques sur l’au-delà. Malgré la thématique casse-gueule, l’interprétation toute en finesse (soulignée de très belles parties de cordes) parvient à transmettre une indéniable émotion.

"Coconut Madam", comme son titre l’indique, est plus légère et propose un texte non-sensique sur une épatante petite musique aux arrangements pleins d’esprit : on ne sait pas vraiment de quoi il retourne dans ce texte résolument portnawak… mais c’est fait avec tellement de grâce (beau et con à la fois, donc) que l’on accroche quand même et finit par reprendre en chœur les bruits de bouche de la dame.

A contrario, "La Femme à Barbe", très légère elle aussi, est une petite déception : la chanson nous paraît trop proche d’Olivia Ruiz (qui participe d’ailleurs aux chœurs) pour apporter  grand-chose d’original. C’est une comptine mal lunée et sautillante à souhait, que les enfants vont adorer (le mien jubile à chaque fois que je la passe), mais qui risque de laisser les adultes (vieux cons ?) sur la touche.

Dans le même genre "à la manière de", mais plus intéressante, "The Princess and the Toad" est un conte de fée p(r)ince sans rire chanté avec Thomas Fersen (dont l’univers est souvent peuplé, on le sait, d’animaux peu ragoûtants ; ici, un crapaud bécoteur). C’est aussi le pendant à "Voilà Pourquoi", la désopilante fable animalière du premier album.
Ces trois titres successifs (Coconut, Femme à Barbe et Princess…), malgré leur charme indéniable, constituent néanmoins le petit "ventre mou" du disque : trop de légèreté tue la légèreté ; ainsi enchaînées, les facéties commencent à prendre un peu trop le dessus, et il est grand temps de revenir au sérieux…

La dernière séquence du disque exauce brillamment ce souhait : porté par le banjo de Moriarty et des battements de mains rassembleurs, "Ma Maison" est une splendeur folk idéaliste et onirique, belle proposition retrouvant un peu de cet esprit communautaire (hippie ?) malheureusement passé de mode.
"In Our Dreams" poursuit sur cette lancée utopiste, dans un esprit plus éthéré pouvant évoquer certains des meilleurs titres de Keren Ann ou Marie Modiano. C’est une chanson intemporelle, qui aurait pu être écrite 30 ou 40 ans plus tôt et (pourquoi pas ?) chantée par Joan Baez ou Peter Paul & Mary : en interview, Emily Loizeau dit s’être replongé dans le folk de son enfance, et cela se ressent. Elle n’en propose pas une version "roots" à proprement parler, mais arrive à fondre naturellement cet idiome dans son univers personnel, pour un résultant ravissant.

Le petit miracle se poursuit avec "Dis-Moi Que Toi tu Ne Pleures Pas", version française de "Tell Me That You Don’t Cry" complètement revisitée : alors que la première version était basée sur un accompagnement pianistique, elle en propose ici une relecture grattée jusqu’à l’os, à l’arrangement essentiellement rythmique…. Surtout, elle est rejointe par l’artiste-activiste réunionnais Danyel Waro, qui ajoute un supplément de "racines" à une chanson sonnant déjà comme un vieux classique : son intervention et les développements percussifs qu’elle entraîne lui donnent l’air de venir de très loin, connectant brillamment le doux folk revendiqué par Emily Loizeau à une musique traditionnelle d’outre-mer, puisant sa source dans les vieux chants d’esclaves et retrouvant quelque chose (supplément d’âme) du blues des origines.

Difficile de faire mieux après un telle réussite, et pourtant : "Le Cœur d’un Géant" réunit une dernière fois ces éléments (esprit folk, onirisme, emballement rythmique) pour une nouvelle chanson-comptine arpentant sans mièvrerie (c’est suffisamment rare pour être remarqué) un imaginaire enfantin lointain et dangereux.

L’album s’achève ensuite dans la douceur, avec "La Photographie", arrangement original d’après un air de Monteverdi, texte signé par un dernier "invité de marque" : Jean-Loup Dabadie (parolier des meilleures chansons de Polnareff,  Reggiani ou Julien Clerc). Le choix peut paraître curieux : sur le plan de l’écriture, Emily Loizeau se défend admirablement toute seule ; et ce genre d’intervention extérieure, aussi sympathique soit-elle, nous apparaît presque superflue.

Au final, "Pays Sauvage" est un album moins homogène que l’ "Autre Bout du Monde", mais infiniment plus audacieux quant aux genres musicaux abordés et la réalisation. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire en découvrant le casting réuni pour l’occasion, l’omniprésence d’invités ne dessert pas le disque : cet univers artistique est suffisamment fort pour s’autoriser quelques digressions, se nourrir des talents gravitant alentour.

Le discours de l’artiste (sa poursuite de l’enfance perdue et le retour à certaines racines anglo-saxones) est parfaitement illustré par l’écriture ou les thèmes qui s’en dégagent. Et l’on apprécie énormément la nouvelle option percussive et rythmique, qui apporte un aspect plus terrien à une chanteuse qui pouvait, jusque-là, passer pour une "pauvre petite chose fragile". Elle ne l’est assurément pas… et fait, aujourd’hui, aisément la nique à la plupart de ses collègues (concurrents ?) chanteurs-musiciens français.

 

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La chronique de l'album L'autre bout du monde de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au Nouveau Casino (27 septembre 2005)
Emily Loizeau en concert à La Maroquinerie (Soirée Fargo all stars) (27 février 2006)
Emily Loizeau en concert au Festival FNAC Indétendances 2006
Emily Loizeau en concert au Festival en Campagne 2007

En savoir plus :
Le site officiel de Emily Loizeau
Le Myspace de Emily Loizeau


Nicolas Brulebois         
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# 5 février 2012 : Enfin l'hiver

Alors voilà, cela fait des mois que tout le monde s'étonne que le climat est plutôt clément en ce dernier hiver avant la fin du monde et puis d'un seul coup, quand il se met à faire un temps... d'hiver, c'est la panique, la télé sort ses reportages, l'instagrameur guette le moindre flocon et surtout tout le monde se plaint du froid. En attendant, on risque de se retrouver avec un album de Mallaury Nataf avec ces conneries. D'ici là, voici le programme de la semaine.

Du côté des platines :

"Violent hearts" de Shimmering Stars,
"The night visitor" de Anna Ternheim,
"Have som faith in magic" de Errors,
"Breakers" de Gem Club,
"Hall music" de Loney Dear,
"Future this" de The Big Pink, retrouvez aussi The Big Pink en interview et en images,
"Le temps qu'il faut" de Bertrand Betsch, ainsi que la deuxième partie de son interview qui fait logiquement suite à la première,
Watine en Froggy's Session, après la sortie de son disque "Still grounds for love",
Ibrahim Maalouf en concert au Fil de Saint-Etienne, Ibrahim Maalouf nous a également accordé une interview,
Shaka Ponk à l'Aéronef de Lille,

Au théâtre :
Les nouveautés de la semaine :
"Mystère Poe" au Théâtre L'Atalante
"S'envoler" au Nouveau Théâtre de Montreuil
"L'heure d'après" au Théâtre du Petit Hébertot
"Sortir du corps" à la Maison des Métallos
"Jacques et son maître" à la Pépinière Théâtre
"La trilogie degli occhiali" au Théâtre du Rond-Point
"Urbik/Orbik à la ville comme à l'univers" au Monfort Théâtre
"Sade 2.0" au Théâtre Les Déchargeurs
"Etty" au Théâtre de l'Ouest Parisien
"Copines d'avant" au Théâtre des Blancs Manteaux
"Amour, action ou vérité" au Théâtre des Blancs Manteaux
et un spectacle jeune public : "Lancelot, le chevalier de Merlin" au Théâtre de la Porte Saint Martin
Les reprises à ne pas rater :
"A toi pour toujours, ta Marie-Lou" au Théâtre Essaïon
"L'or" au Théâtre La Bruyère
"Même si tu m'aimes" au Théâtre Michel
Toujours à l'affiche :
"Simpatico" au Théâtre Marigny
"Le désert des Tartares"au Théâtre du Petit Hébertot
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre de la Porte Saint Martin
"F-X" au Théâtre Le Lucernaire
"Le système de Ponzi" au Théâtre des Abbesses
"L'envers du décor" au Théâtre Le Ranelagh
"La scaphandrière" au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue
"La trilogie de la villégiature" à la Comédie Française
"Rose" à la Pépinière Théâtre
"Naples millionnaire" au Théâtre de la Tempête
"Les Roches Noires" au Vingtième Théâtre
"Sur le chemin" à l'Auguste Théâtre
"Dialogues de sourds" à l'Auguste Théâtre
"Lo Speziale" au Théâtre des Artistic Athévains
"Richard III n'aura pas lieu" au Théâtre 13/Jardin
"Bronx" au Théâtre des Bouffes Parisiens

Exposition avec :

"Paint B.A.L." au Musée de la Poste

Lecture avec :

"Le refuge" de Niki Valentine

Cinéma avec :

La sélection de la semaine :
"Le Marin Masqué" de Sophie Letourneur
"Un monde sans femmes" de Guillaume Brac
"La taupe" de Tomas Alfredson
Les sorties récentes :
"Sur la planche" de Leïla Kilani
"Fleur de béton" de Stéphane Esse et Audrey Lange
"Tahrir, place de la Libération" de Stefano Savona
"Anonymous" de Roland Emmerich
"Le Printemps de Téhéran" de Ali Samadi Ahadi
"2018" de Quentin Théron
"Il n'y a pas de rapport sexuel" de Raphaël Siboni
"Let My People Go !" de Mikael Buch
"Les Nouveaux Chiens de garde" de Gilles Balbastre et Yann Kergoat

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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