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puce Sphères - Erik Truffaz & Sly Johnson
Grand Mix  (Tourcoing)  17 mars 2009

S'il y quelque chose qui a toujours été d'une évidence totale pour moi, c'est la secrète parenté entre les mondes du jazz et du hip hop. Il s'agit moins d'une filiation historique ou directement musicale (quoique), que d'une proximité d'intention : la liberté, la folie, le goût de l'inspiration, une certaine façon de débouler, de se rendre, peut-être, inécoutable, lorsqu'on a été tout d'abord socialement indésirable – souvenons-nous qu'avant d'être une musique bourgeoise réservée aux élites cultivées, le jazz a été musique du ghetto, née de la ségrégation institutionnalisée.

C'est donc avec la conviction d'aller toucher du doigt une vérité fondamentale de l'histoire de la musique du vingtième siècle, petit bonheur simple s'il en est, que je me suis rendu ce mardi 17 mars au Grand Mix de Tourcoing, qui fait une fois encore la preuve de la diversité et de la richesse de sa programmation en accueillant Eric Truffaz et Sly Johnson, duettistes étonnants pour un projet original, The fly.

Mais avant d'en venir là, louons le dieu des premières parties locales, qui a certainement inspiré la programmation du groupe lillois Sphères, fort à sa place en cette soirée.

Pour être honnête, je ne connaissais pas l'existence de cette formation, qui a fait sien le projet de marier le jazz (le plus recommandable, parfois un rien coltranien dans ses accents) et un chant rappé abreuvé de hip-hop et de slam.

Le quintet (chant, clavier, contrebasse, batterie et sax / clarinette basse) réussit à merveille ce mariage.

Le public se laisse porter avec plaisir par le chant introspectif, à la scansion douce, les textes du registre de l'intime, les débordements lyriques des lignes mélodiques complexes où s'emmêle le saxophone, les explosions soudaines, gorgées d'une émotion dans laquelle on devine une sincérité touchante. Une belle découverte, dont on suivra avec attention les aventures.

Du côté de The fly, ce sont en fait les avatars de Rendez-vous, dernier opus d'Eric Truffaz, que l'on est venu découvrir sur scène.

Ce triple album (!) proposait en effet trois collaborations différentes, sous les titres de Bénarès, Mexico et Paris, ancrées dans trois univers sonores très différents. Où l'on retrouvait, donc, ce goût de l'auto-réinvention, de l'exploration des limites et de la collaboration qui ont toujours été l'apanage du trompettiste (et qu'il serait trop long ici de détailler, puisque cela reviendrait tout simplement à disséquer l'ensemble de sa discographie).

Paris marquait précisément la rencontre avec Sly Johnson, beat boxer et vocaliste, issu de la scène hip hop, découvert au sein du Saïan Supa Crew et retrouvé plus récemment aux côtés de Camille, autre grande exploratrice musicale. C'est cette rencontre que le projet The fly tente de prolonger, avec un spectacle partiellement improvisé, qui accueille également le batteur Philippe Garcia ("Cap'tain Planet"), acolyte habituel de Truffaz.

Sur scène, seront joués quelques titres de Paris (dont l'excellente reprise de "Come Together" des Beatles, délicieuse touche pop) ; mais Eric Truffaz le dira clairement : c'est l'improvisation qui est le cœur même de ce projet. De fait, on sent qu'une réelle communication passe entre les trois hommes, qu'un plaisir commun anime, celui de jouer, tout simplement. Ce qui n'exclut pas une forme de surenchère, de défis muets, de ces défis sans perdant, ces "chiche que..." enfantins. A ce jeu, le duo basse (à la bouche) – batterie (à la baguette) s'en donne à cœur joie.

Voûtés sur leurs pédales et machines, samplant et triturant le son (jusqu'à faire ressembler, parfois, un chorus de trompette à une envolée de synthétiseur), les trois musiciens bricolent en direct une musique impossible – acceptant avec simplicité et bonne humeur quelques accrocs. L'élégance des grands.

Très ample, la musique ainsi produite, gorgée d'échos et de résonances, de rythmes impossibles, traversée de fulgurances soudaines, déchirée de languissantes plaintes, est à la confluence d'univers étrangers. Pourtant, elle ne prend jamais l'air d'un collage incongru, d'une juxtaposition déplacée. On est dans le jazz, on n'en sort pas, l'apport des beat box, s'il donne une nouvelle coloration intéressante à l'ensemble, ne dévoie rien, au contraire. Les amateurs de Truffaz retrouvent ainsi sans difficulté son jeu si caractéristique, tout en couleurs chaudes et hypnotiques.

Certainement que le trompettiste s'était déjà à plusieurs reprises rapproché des sonorités venues du monde du hip-hop et que son identité tient justement en cette facilité qui est la sienne d'ouvrir son univers. Une réussite, encore une fois, qui confirme son statut de musicien culte, grand explorateur des terres aventureuses.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Sphères
Le Myspace de Sphères
Le site officiel de Eric Truffaz
Le Myspace de Eric Truffaz
Le Myspace de Sly Johnson

Crédits photos : Cédric Chort (Toute la série sur Taste of Indie)


Cédric Chort         
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Erik Truffaz Quartet et Anna Aaron (27 septembre 2012)


# 22 septembre 2019 : Fin d'été

Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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