Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Un homme et une femme
Interview  (Paris)  6 mars 2009

Les trois garçons qui composent le groupe Un homme et une femme nous ont reçus pour parler de leur nouvel album Opium, de leurs passions et de leur label.

Commencons par une présentation du groupe.

Franck : C'est une rencontre des hasards et d'une envie. Cela fait presque 10 ans que l'on joue ensemble. Steve et moi sommes frères, ça aide (rires). On joue donc ensemble depuis longtemps même si on avait arrêté de jouer. On a eu envie de réactiver cela, envie de faire des compositions, envie de scène. Et puis on a rencontré Kevin un peu par hasard : il est venu chez nous avec un ami et ça s'est fait comme ça.

Steve : Oui, on arrivait tous à un moment où il fallait absolument monter un groupe, pour Kevin c'était pareil. C'est arrivé à un moment où nous étions étudiants, nous avions envie d'un groupe avec un chant français. On voulait essayer de faire quelque chose de hors norme, sans aucune prétention. Quelque chose à part qui avant tout passait par le plaisir de jouer ensemble. Tout passe toujours par là en fait : ça fait 10 ans que l'on joue ensemble, on a fait plusieurs albums, plusieurs projets et le plaisir est toujours là.

Franck : D'ailleurs, tout ce que l'on compose est fait ensemble, c'est plus un travail en live.

C'est donc un travail collégial, tout le monde participe, même pour les textes ?

Franck : Pour les textes, comme c'est moi qui chante, c'est moi qui écrit. Mais je soumets toujours mon travail à l'approbation des autres. Cela m'arrive d'abandonner des choses quand ça ne leur plait pas, quand je n'arrrive pas à les convaincre (rires). Il faut qu'il y ait cette cohérence entre les textes et la musique.

Tu arrives donc avec des textes et ensuite vous essayez des musiques dessus ?

Kevin : Non, c'est l'inverse en fait. On compose la musique et ensuite le chant vient se caler dessus.

C'est ce qui explique cette construction assez particulière que l'on trouve peu en chanson française : la musique est vraiment au-delà de quelques accords qui soutiennent le texte ?

Franck : Oui, c'est vrai qu'au départ il y a déjà quelques arrangements et les textes s'articulent autour des arrangements.

Steve : Ceci dit, cela peut aussi s'expliquer parce que nos influences sont très peu en France, même si on aime bien Serge Gainsbourg, qui est tout de même un incontournable. Mais nos influences sont clairement anglo-saxonnes et cela nous paraît naturel de composer de façon viscérale, ce qui nous représentait bien tous les trois. Quelque chose qui se construit naturellement. Ensuite, Franck arrive avec ses textes, avec cet univers français dans lequel au final on  se reconnaît tous les trois. On avait alors une perception du resultat comme étant vraiment à nous et pas des morceaux rapportés de textes et de musique.

Franck : C'est vrai qu'en France, les chansons ont tendance à être arrangées autour des textes et nous ne voulions pas cela mais plutôt que la voix soit elle-même un instrument parmi les autres.

Steve : C'est aussi pour cela que nous voulions enregistrer en Hollande pour ne pas avoir un producteur qui nous propose un mix à la française. Il y a aussi une facilité à enregistrer à l'étranger par rapport au fait de monter des projets en France. Et puis c'était assez magique, cet enregistrement en studio, en Hollande. Le producteur parlait très bien anglais, donc la communication était facile mais pas français. Et sa perception des textes de Franck était vraiment bluffante.

Franck : Il a compris exactement notre intention. D'autant que le premier jour, je pense qu'il a fortement douté du fait que l'on réussirait à boucler l'album en 12 jours. Mais en fait, cela s'est très bien passé, notamment parce que nous nous étions énormément préparés avant et nous avons tout déroulé.

D'ou vient chez vous cette sorte d'ambiguïté entre des textes en français et une musique d'influence très anglo-saxonne ?

Franck : C'est assez simple dans la mesure où je ne me vois pas écrire en anglais. Cela me vient en francais, mes émotions, etc. J'ai déjà essayé en anglais mais c'est en francais que j'ai l'impression de vraiment dire quelque chose. Et puis comme on le disait tout à l'heure, au démarrage on avait envie d'explorer de nouveaux horizons et en l'occurrence des chanteurs français qui jouent comme des anglo-saxons, il n'y en a pas beaucoup. On voulait montrer que c'était possible et qu'on pouvait en sortir quelque chose de bien.

Steve : Ce qui est important pour l'histoire de groupe, c'est aussi d'avoir un groupe honnête. Ce que l'on  fait, c'est nous. On ne se force pas. On écrit en francais et on joue cette musique plus anglo-saxonne. C'est naturel, on est bien comme ça. C'est difficile car cela devient très underground de faire du français. On se retrouve toujours avec des étiquettes comme Diabologum et Dominique A. Pourtant, ce ne sont pas nos influences. C'est paradoxal, car on a la chance d'être dans un pays riche culturellement, en terme d'écriture, etc. Mais dès que l'on tombe dans des cases défendues par des espèces de... paroisses,  il ne faut pas. On nous tombe dessus.

Franck : C'est normal que les gens parlent d'autres groupes pour essayer de faire comprendre à quoi on pourrait ressembler mais je ne trouve pas cela toujours juste. Quand j'écris, je ne pense pas que cela ressemble à Dominique A.

Steve : En fait, ce que l'on voulait seulement quand on a monté le groupe c'était, sans prétention, faire le groupe que l'on avait envie d'entendre et qui n'existait pas. Evidemment, on court toujours après cela et c'est ce qui nous fait avancer. Enfin, on dit cela mais on ne cérébralise pas trop tout ça car sinon on perd le plaisir de jouer. Le temps passe et il faut que le plaisir reste sinon ça ne vaut pas le coup.

Vous vous interdisez des choses ? Vous mettez beaucoup de compositions de côté ?

Kevin : On s'interdit d'interdire !

Franck : Oui c'est vrai, les choses qui ne collent pas sont écartées naturellement. On se connait bien.

Steve : Finalement, l'interdiction vient du temps, des moyens.

Franck : Et puis, on ne met pas tant que cela des compositions à la poubelle car on essaie vraiment de les travailler jusqu'à arriver à quelque chose d'abouti. Quitte à se rendre compte qu'à la fin, cela ne convient pas mais c'est rare.

Pour terminer avec cette histoire de chant en francais, j'ai lu des chroniques accusatrices là-dessus…

Steve : Ils ont le droit de le penser. Et c'est un peu lié au timbre de voix. Mais c'est vrai que ces chroniques peuvent repousser certaines personnes qui s'attendent à un truc alors que je pense qu'on est loin de cela au final. Mais c'est comme ça.

Franck : De toute facon, tu peux utiliser les mêmes ingrédients et ne pas faire la même cuisine. Parfois, je lis "des textes lettrés", alors donc il n'y aurait que lui qui aurait le droit de faire cela.

Kevin : Et puis effectivement, il y a peu de références, ça revient toujours à cela.

Vous parlez plutôt de Blonde Redhead ou Sonic Youth.

Tous : Largement !!! D'ailleurs, si on devait aller chercher des références dans les intonations de voix, ce serait plutôt du côté de Blonde Redhead.

Comment se passe la sortie du disque en terme de tournée notamment ?

Steve : L'album sort en France, en Belgique sur notre propre label Kitchen. Et puis on va essayer de jouer live, un peu partout. On aimerait bien aller jouer en Angleterre.

Et Kitchen, comment ça se passe ?

Steve : Ca va, il y a pas mal de sorties, on avait envie d'une scène un peu à part comme The Coming Soon par exemple.

On peut aussi déceler dans votre musique quelques constructions un peu post-rock. C'est aussi une influence ?

Franck : Oui, avant même le premier album, c'était comme cela qu'on composait, avant que l'on sache comment le chant allait se poser. Je pense qu'Opium est le résultat de toutes ces années de travail, de mise en place. Un peu comme une histoire d'amour, ce n'est pas toujours facile mais le résultat est là, c'est un aboutissement.

Un aboutissement, cela veut dire une page qui se tourne. Que va-t-il se passer après Opium ?

Franck : On ne sait pas encore mais c'est vrai qu'il y aura peut-être d'autres choses à amener dans le groupe. En tout cas, il y a des envies.

Steve : Déjà en 10 ans, il y a eu plusieurs projets, plusieurs EP confidentiels. On a mis du temps parce qu'on ne connaissait rien au milieu de la musique, on n'avait pas de potes là-dedans. On a découvert au fur et à mesure, au fil des rencontres et désormais, on a une meilleure perception de là où l'on voudrait aller.

Franck :  Et puis aussi peut-être, le faire autrement. Cela fait 10 ans et il y a une petite routine qui s'installe. Ce qui n'est pas négatif mais qui donne envie de rafraichir un peu le truc.

Qu'as-tu envie de faire passer dans tes textes ?

Franck : En fait, Opium vient sur une période pendant laquelle nous avons tous eu des enfants. Les textes parlent de cela. Et puis quand tu as des enfants, tu te projètes toi-même dans ton enfance. Il y avait quelque part un peu cette envie d'écrire pour nos gamins.

La plupart des textes, ce sont des projections de souvenirs d'enfance mais sur ce monde d'adultes. Dans cette réflexion que j'avais sur l'enfance, c'est que les sentiments que tu as en étant petit et même un peu en grandissant, sont hyper violents, que ce soit positif ou négatif. Les enfants, c'est un ampli à sentiments poussé à 11. Chaque petite bêtise est un drame, chaque moment de joie est également très démultiplié. C'est ce que je voulais retrouver dans mes textes mais avec des mots d'adultes. Opium, c'est un peu cet onirisme là. Ces contrastres avec cet encrage dans la réalité.

En tout cas, il n'y a pas de messages politiques ou autre. On ne fait que de la musique, c'est tout. On ne veut pas provoquer chez les gens cette idée d'artiste intouchable, etc. On veut juste faire un truc simple. Sans prétention.

C'est quoi le futur ?

Franck : On a envie d'ouvrir notre univers à d'autres personnes.

C'est-à-dire ?

Steve : On ne sait pas mais on a envie de faire des choses rapidement. Sans cesser de soutenir cet album qui commence sa vie. Les modes de diffusion changent, alors pourquoi pas changer aussi. Pour nous, faire un album n'est pas évident car nous avons tous des boulots à côté alors peut-être que nous allons changer cela.

Franck : Peut-être sortir des singles comme du temps de la Motown.

Kevin : En plus, avec les problèmes de vente de disques, je ne sais pas comment va se passer la distribution dans l'avenir.

Et pour le label, vous avez également ces craintes de distribution ?

Kevin : Oui, bien entendu. Pour le moment ça va, et Pias nous aide bien sur la distribution mais peut-être serons-nous amenée à changer de mode de distribution.

Et vous pensez qu'il vaut mieux fournir une aide aux maisons de disque ou aux artistes ?

Steve : En fait, les deux. Le téléchargement illégal, c'est vrai que cela peut faire un manque à gagner, mais c'est aussi un moyen de découvrir donc peut-être qu'il faudrait une régulation intelligente. Pour l'artiste, l'état doit favoriser la création, aider les artistes à la hauteur du travail fourni.

Franck : Mais le rôle de la maison de disque a beaucoup changé aussi, elle n'est plus vraiment là pour faire exister le projet. Aujoud'hui, avec les nouveaux moyens de communication, la maison de disque n'a plus vraiment de raison d'être, ce qui est important désormais, c'est le tourneur. Même pour trouver un producteur, internet suffit. C'est ce qu'on a fait.

Pour notre label, c'est aussi difficile car on perd souvent du temps à essayer d'équilibrer les comptes plutôt qu'à s'occuper d'artistes et sans les aides, c'est vrai que nous n'aurions probablement rien pu sortir. Donc c'est assez compliqué. C'est vraiment un autre job par rapport au travail d'artistes.

Mais ces deux mondes là ont du mal à cohabiter. L'artiste voudrait être libre et sent qu'il le peut, et la maison de disque veut faire de l'argent. Nous, on a la chance d'avoir une structure qui nous permet de ne pas trop dépendre de ces changements. Et puis pour revenir au téléchargement illégal, cela offre une telle visibilité que si tu as du talent, cela t'offre une telle visibilité que ça marchera à un moment donné pour toi.

Vous croyez encore aux albums ?

Tous : Oui, bien sûr c'est encore un produit de notre génération mais c'est vrai que chez les jeunes, ce qui compte c'est que le disque soit sur iTunes ou non.

Franck : Mais je crois que cela peut aussi sauter une génération et je crois au retour du vinyle en fait. D'ailleurs, Opium va sortir en vinyle.

Quel est le disque que vous écoutez le plus quand vous êtes seul chez vous ?

Franck : Un Beatles, l'album blanc ou Sergent Peppers.

Steve : Mon frère n'est pas mon frère pour rien. Je dirais l'album blanc des Beatles, qui correspond à un moment important de notre vie pas toujours facile. Et quand je l'écoute, ça me rappelle cela. Mais je suis rarement seul quand je l'écoute.

Kevin : Moi j'hésite entre Slayers et Sonic Youth, mais sans doute Washing Machine, et notamment le dernier morceau que j'écoute seul car c'est un morceau bruitiste de 20 minutes qui ennuie tout le monde.

Retrouvez Un homme et une femme
en Froggy's Session
pour 3 titres acoustiques en cliquant ici !
 

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album Opium de Un homme et une femme

En savoir plus :
Le Myspace de Un homme et une femme

Crédits photos : David Didier (Toute la série sur Taste of Indie)


David         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

• A écouter aussi sur Froggy's Delight :

Un Homme et Une Femme (12 mars 2009)


# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
des reprises
"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

"Cavalier seul" de Fred & Nat Gévart
"Ce qu'elles disent" de Miriam Toews
"Cent millions d'années et un jour" de Jean Baptiste Andrea
"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
"Où bat le coeur du monde" de Philippe Hayat
et toujours :
"Koba" de Robert Littell
"Back up" de Paul Colize
"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
"Un peu de nuit en plein jour " Erik L'Homme
"Une bête au paradis" de Cécile Coulon
"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=