Comédie
de Jules Renard, mise en scène de Marion Bierry, avec
Sarah Haxaire, Julien Rochefort, Hugo Seksig et Lola Zidi.
Jules Renard, qui pratique, selon l'analyse de Paul Guth, dans
son "Histoire de la littérature française",
un "naturalisme pincé", épingle ses
contemporains avec causticité et une rigueur d'entomologiste.
Dans son roman "L'écornifleur", définition
19ème siècle du pique-assiette, il cerne l'animal
humain profiteur, un jeune Rastignac, mouche prédatrice
à la tignasse rousse, fort d'une culture de façade
qu'il étale comme de la confiture et d'une situation
flatteuse d'étudiant-poète pour attirer les coléoptères
petits bourgeois, mais désargenté, qui s'initie
à l'opportunisme tous azimuths : à la table comme
au lit, à la ville comme au bord de mer, de la maîtresse
de maison à la jeune nièce nubile, prenant habilement
la poudre d'escampette le moment venu.
Marion Bierry porte à la scène une adaptation
co-écrite avec Renée Delmas qui a opté
pour une narration par le protagoniste illustrée de tableaux
qui d'une certaine manière, leste une mise en scène
par ailleurs très piquante.
Face Julien Rochefort un peu empêtré dans le
rôle du coucou englué dans sa suffisance et les
tergiversations que suscitent ses premières armes, et
à la délicieuse Lola Zidi qui a la fraîcheur
potelée et frondeuse de le jeune fille qui promet tant
pour ce rôle que dans son métier, Sarah Haxaire
et Hugo Seksig sont époustouflants.
Dans le rôle de ce couple de faux naïfs aux mamours
lénifiants, elle, déclinaison prosaïque d'une
Emma Bovary revisitée par Feydeau, lui débonnaire
mari dont la feinte idiotie ne masque pas totalement les airs
de raminagrobis qui se régale de ce qui se trame sous
son toit, et auquel il n'est pas tout à fait étranger,
ils sont tout simplement excellents, jouant toutes les nuances
avec virtuosité, aussi drôles que pathétiques.
Un régal. |