Texte
dramatique de Alain Kamal Martial, mise en scène de Thierry
Bedard, avec Marie-Charlotte Biais et Joao Fernando Cabral.
Thierry Bedard met en scène "Epilogue
d'une trottoire", un texte d'un jeune auteur mahorais, Alain-Kamal
Martial, qui transfigure le destin doublement tragique
d'une femme, une prostituée des bas-fonds malgaches, surnommée
une "trottoire" en Afrique, assassinée par un
client qui lui fracasse le crâne à la recherche d'un
troisième sexe sanglant dans lequel assouvir un désir
pathologique.
En la forme, Alain Kamal Martial, qui entend l'auteur comme
l'incarnation nécessaire de "dire même là
où la parole est impossible ou plutôt surtout là
où la parole est devenue impossible", a écrit
un long poème dramatique qui fait émerger de l'agonie
la voix et la survivance d'une femme qui va narrer le moment
ultime de
Emaillé d'extraits de conversations réelles de
prostituées et de cris d'enfants recueillis sur place,
Thierry Bedard a conçu un spectacle hybride particulièrement
percutant qui interpelle autant sur le sujet abordé que
sur le sens de la représentation théâtrale.
En effet, son travail s'inscrit à la fois dans le théâtre
de profération et d'action : une comédienne, Marie-Charlotte
Biais dont il faut saluer la performance, plongée dans
la quasi obscurité dit de manière distanciée
un texte sur la survivance qui n'est pas réaliste au
sens premier du terme.
De la relation de la mort imminente au retour sur les supplices
infligés, le fil de la narration remonte le temps et
le corps s'anime jusqu'au moment où il est réduit,
par l'intervention physique du meurtrier qui sort de l'ombre
du corps social, à un pantin de chair.
La dramaturgie du corps, initiée dans une figuration
chorégraphique avec la participation du danseur Joao
Fernando Cabral, pour signifier la violence plonge littéralement
le spectateur dans la stupeur et l'effroi, à différents
degrés bien évidemment selon sa sensibilité
et sa propsension à l'identification, et pose incontestablement
la question du simulacre au théâtre. |