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Grace/Wastelands  (Delabel / EMI)  mars 2009

On doit l'avouer : à la fin des Libertines, on ne donnait pas cher de la peau de Pete Doherty, et on était fort sceptique sur sa capacité à se relever (voire à survivre). Le bancal premier album des Babyshambles (Down In Albion, 2005) ne nous avait pas franchement rassuré malgré quelques éclairs de génie ("Fuck Forever", "Albion", "Up The Morning", "Pipe Down"), pas plus que sa pitoyable prestation à Rock en Seine la même année. Et puis, voilà bientot deux ans, Shotter's Nation nous avait littéralement cloué le bec, et depuis le groupe est apparu plus pro que jamais lors de ses concerts (nous avons notamment eu l'occasion de le voir maîtriser totalement son sujet à Benicassim l'été dernier). C'était donc avec espoir et appréhension que nous attendions la sortie tant annoncée (et maintes fois repoussée) de l'album solo de Peter Doherty (car il faut maintenant l'appeler "Peter", son alter ego Pete étant réservé aux colonnes de la presse people).

Ne tournons pas autour du pot : Grace/Wastelands est un grand album. Pourtant, entre ses diverses annulations de concerts à la dernière minute, ses spectacles chaotiques, ses démêlés judiciaires, ses cures de désintox, ses frasques londonniennes faisant régulièrement les choux gras des tabloïd, son idylle avec Kate Moss, son séjour en prison, etc., on avait trop vite oublié le talent qui habite le très lettré et cultivé Peter Doherty. Ce disque ne laisse plus de doute et le révèle tel qu'il est : un artiste de génie.

Il semble enfin avoir pris conscience du temps passé à gâcher son immense talent. Tant et si bien qu'on le sent ici en partie apaisé, fier de ses chansons comme jamais. Mais aussi libéré de pouvoir pour la première fois publier un disque sous son propre nom, de ne pas avoir à se cacher sous le masque des Libertines ou des Babyshambles, et de pouvoir se livrer sans concession. Mais cette mini-métamorphose n'aurait sans doute pas été possible s'il n'avait pas su aussi bien s'entourer. En effet, Pete a bâclé trop d'enregistrements par le passé pour ne pas avoir eu envie sur ce disque d'en mieux maîtriser les contours en faisant appel à un véritable sorcier de studio. Le résultat est splendide et, davantage qu'un album solo, ce disque est véritablement le fruit d'une collaboration à trois, tant certaines chansons semblent avoir été sauvées de l'oubli (la plupart ont été écrites il y a quelques années et n'ont jamais été enregistrées depuis) et magnifiées par le tandem Stephen Street (producteur) / Graham Coxon (guitariste).

Ces derniers ont su tirer le meilleur de Doherty, ce que personne n'avait réussi à faire auparavant. Il faut dire que ces deux-là ne sont pas vraiment n'importe qui : Graham Coxon n'est autre que l'ex-guitariste de Blur, et Stephen Street un producteur culte des années 90 (il a oeuvré sur la grande majorité des albums de... Blur, sur certains disques des Smiths, et sur le dernier Babyshambles). Pas nés de la dernière pluie, donc. Ces invités de marque ont, semble-t-il, galvanisé Peter Doherty, qui ne s'était jamais autant répandu en louanges dans ses interviews (il ne cesse de vanter le professionnalisme et la qualité de ses deux comparses d'enregistrement).

Aux quatre coins de l'album, on songe – toutes proportions gardées – aux Kinks de "Waterloo Sunset" ou "Sunny Afternoon", et on sent l'influence de l'immense Ray Davies ("1939 Returning", "I Am The Rain", "Sweet By And By", "Sheepskin Tearaway"...). Outre un don évident pour le songwriting, ces deux ambassadeurs de la pop anglaise (à quarante ans d'intervalle) ont en commun ce phrasé nonchalent et désabusé, cette capacité à peindre une émotion avec une mélancolie et une justesse sans pareil. L'amour de Peter Doherty pour la poésie et la littérature en général et sa grande maîtrise de la chose y sont sans doute pour quelque chose.

"Arcady" ouvre l'album par une ballade country joyeuse et enlevée où l'on retrouve la voix délicieusement éraflée de l'anglais et où celui-ci erre dans son pays imaginaire, se laissant porter par ses rêves de paradis perdus. Le single "The Last Of The English Roses" surprend et, avec sa rythmique de guitare claquée et sa batterie sourde, se situe quelque part entre The Cure ("Lullaby") et le "Guns Of Brixton" des Clash. "1939 Returning" – qu'il devait à l'origine enregistrer en duo avec Amy Winehouse – évoque un soldat allemand marchant sur l'eau gelée du Rhin peu avant d'être fait prisonnier (soldat rencontré par la grand-mère de Peter, si l'on en croit ses dires) et touche droit au coeur, de même que "A Little Death Around The Eyes" et "Salome". Ces trois chansons ont comme point commun d'être livrées avec de splendides arrangements de cordes qui, plus encore que de les embellir, les envoient dans une toute autre dimension.

L'entâme de Grace/Wastelands met l'eau à la bouche, mais une fois n'est pas coutûme, les sommets de l'album se trouvent en toute fin de disque : "Sheepskin Tearaway" (interprétée en duo avec Dot Allison) est un moment de grâce et de magie pure, le temps semblant suspendu dès le premières notes. "Broken Love Song" se détache également du lot, son refrain obsédant nous faisant frissoner de la tête aux pieds, Peter Doherty se livrant comme rarement. "New Love Grows On Trees", sombre et désabusée, impressionne, et son vers récurrent et obsédant comme une complainte morbide fait froid dans le dos ("If you're still alive when you're 25, oh should I kill you like you asked me too"). Enfin, "Lady Don't Fall Backwards" (parralèle à "The Lost Art Of Murder", dernière chanson de Shotter's Nation), conclut l'album par deux minutes miraculeuses de beauté où règnent une fragilité et une simplicité des plus émouvantes. C'est comme ça qu'on préfère l'anglais, et sans doute cela explique pourquoi, longtemps encore après son écoute, ce disque reste dans notre coeur et hante notre esprit de ses splendides mélodies : jamais, sans doute, Pete Doherty ne s'était à ce point mis à nu.

Ce disque marque la première étape sur le chemin de la rédemption pour Peter, lequel se débarasse petit à petit de ses oripeaux de "poète maudit" pour émerger vers la lumière du succès. On ne peut que l'y encourager tant ses chansons semblent se bonifier à mesure qu'il calme ses frasques, arrête de se disperser et se concentre sur sa musique. Avec cet album, Peter Doherty met les points sur les "i" : de tout ce qu'il a pu produire, que ce soit avec Carl Barât et les Libertines, ou avec ses Babyshambles, Grace / Wastelands est – pour le moment – son projet le plus abouti. Grandes chansons, grand producteur, grand interprète : on est pas loin du chef d'oeuvre avec cet album, et l'on tremble en imaginant l'immense gâchis qu'aurait été l'absence de ce disque, tant le nombre de pépites perdues ou oubliées en cours de route par l'anglais aurait pu être conséquent.

 

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En savoir plus :
Le site officiel des Babyshambles
Le Myspace des Babyshambles
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Pierre Baubeau         
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# 2 octobre 2022 : La culture bien au chaud

C'est l'automne, on reste au coin du feu et on écoute de la musique, on lit des bouquins et on se connecte à la TV de Froggy's Delight pour le concert de Colin Chloé vendredi 7 octobre ! Pour les sorties culturelles, voici le programme.

Du côté de la musique :

"Ti'bal tribal" de André Minvielle
Rencontre avec Bukowski autour de leur album du même nom, "Bukowski"
"Time is color" de Cédric Hanriot
"Stravinsky, Ravel, Prokofiev : Ballets" de Jean-Baptiste Fonlupt
"Ozark" le retour de Listen In Bed pour la saison 4 en direct (ou presque) de Malte
"Viva la vengeance" de Panic! At The Disco
"Symphonie Fantastique, Hector Berlioz" de Quatuor Aeolina
quelques petites news de Shaggy Dogs, KissDoomFate, Trigger King et Mind Affect
"Emerson enigma" de Thierry Eliez
et toujours :
"Bobo playground" de Alexis HK
"Ca pixellise" de Dimoné
"The portable Herman Dune Vol 1" de Herman Dune
"La mélodie, le fleuve et la nuit" de Jérôme Minière
"Kramies" de Kramies
"Mémoires d'une femme" de Myriam Barbaux-Cohen
"The hardest part" de Noah Cyrus
"Dvorak : Quatuor américain, valses" de Quatuor Talich
"Fauré le dramaturge" de Takénori Némoto, Cécile Achille, Cyrille Dubois et Ensemble Musica Nigella

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Les Enfants" au Théâtre de l'Atelier
"Pères & fils" au Théâtre des Abbesses
"Le comble de la vanité" à la Pépinière Théâtre
"Boulevard Davout" au Théâtre de la Colline
"Et pourquoi moi je devrai parler comme toi" au Théâtre de la Colline
"Black Legends, le musical" à Bobino
"Gazon maudit" au Théâtre Les Enfants du Paradis
"Jean-Paul Farré - Dessine-moi un piano" au Studio Hébertot
les reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre de la Tour Eiffel
"Le Montespan" au Théâtre du Gymnase
"François Rabelais" au Théâtre Essaion
"Racine par la racine" au Théâtre Essaion
"Los Guardiola - La Comédie du Tango" au Théâtre Essaion
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génie" au Studio Hébertot
"Isabelle Vitari - Bien entourée" au Grand Point Virgule
"Félix Radu - Les mots s'improsent" au Théâtre de l'Oeuvre
et les spectacles à l'affiche

Expositions :

"Face au soleil" au Musée Marmottan Monet
"Yves Klein, l'infini du bleu" aux Carrières des Lumières aux Baux-de-Provence
les autres expositions de la rentrée :
"Frida Khalo, au-delà des apparences" au Palais Galliera
"Hyperréalisme - Ceci n'est mon corps" au Musée Maillol
'Miroir du monde - Chefs d'oeuvre du Cabinet d'art de Dresde" au Musée du Luxembourg
et les expositions à l'affiche

Cinéma :
en salle :
"Les Mystères de Barcelone" de Luis Danès
en streaming gratuit :
"A ma soeur" de Catherine Breillat
"Barbara" de Christian Petzold
"So long my son" de Wang Xiaoshuai
"Borga" de York-Fabian Raabe
"Love trilogy" de Yaron Shani
et le cinéma de Claire Denis en 3 films

Lecture avec :

"L'inconnue de Vienne" de Robert Goddard
"Mordew" de Alex Pheby
"Napalm et son coeur" de Pol Guasch
"Un bon indien est un indien mort" de Stephen Graham Jones
et toujours :
"Les masques éphémères" de Donna Leon
"La guerre de cent ans" de Amable Sablon du Corail
"D'où vient l'amour" de Yann Queffélec

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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