2009
est l'année du centenaire du futurisme, mouvement d'avant
garde qui a bouleversé le début du 20ème
siècle, et de nombreuses expositions et événements
sont programmés à cette occasion dans les métropoles
de la péninsule italienne.
A Rome, la Zètema Progetto Cultura a organisé
l'exposition "L'arte della pubblicitta - Il manifesto italiano
e le avanguardie 1920-1940" consacrée à la
période charnière de l'entre deux guerres durant
laquelle la création artistique bouillonnante qui voit
l'art de la publicité connaître une évolution
sans précédent.
Sous le commissariat de Anna Villari, l’exposition organisée
par le Musée de la Villa Torlonia a été
conçue à partir de la collection privée
de Massimo et Sonia Cirulli qui constitue le plus important
thésaurus de l’art de la publicité entre
les deux guerres mondiales et un fonds iconographique unique
et capital.
La commissaire a effectué une drastique sélection
d'œuvres pour illustrer l'évolution quasi "plébéienne"
d'une avant garde artistique "explosive", selon les
termes de Didier Ottinger commissaire de l'exposition française
sur le futurisme qui fait au demeurant l'objet actuellement
d'une exposition à la Scuderie del Quirinale, depuis
les arts majeurs, et notamment la peinture aux arts graphiques.
Le
futurisme prôné par Marinetti en 1909 a contaminé
tous les arts et notamment les arts graphiques dans lesquels
il a trouvé son apogée, alors que dans d'autres
domaines artistiques, telle la peinture, il s'est fondu parmi
les avant gardes, plus particulièrement dans la période
1920-1940 en corrélation avec l'émergence de l'ère
de la communication de masse et le développement de la
publicité. Par ailleurs, la philosophie politique d'un
homme nouveau dans un monde nouveau qui a contribué à
l'ambiguité de ce mouvement face au fascisme.
1920-1940 : l'art futuriste descend dans la rue
En ces années folles de bouleversements politiques,
de développement industriel, d’enthousiasme pour
la modernité qui donnent naissance à de nouveaux
mythes et marchés, se développe la communication
de masse par le biais des affiches avec l'utilisation de nouvelles
techniques telles la lithographie et le photomontage.
L'art publicitaire, non seulement traduit, voire accompagne
et initie, le changement fondamental opéré dans
la société italienne mais également acquière
ses lettre de noblesse en tant que discipline artistique.
Dans
cette belle villa romaine du 19ème siècle qu'est
la Villa Torlonia, les affiches dans un état de conservation
exemplaire sont agencées selon un parcours thématique
articulé en six sections qui abordent les modifications
radicales intervenues quant à la représentation
de la figure humaine avec l'émergence de l'homme moderne
placé dans un contexte socio-historique de progrès
économique et industriel.
Elle révèle également l'évolution
graphique depuis l'idéalisation héritée
du 19ème siècle jusqu'à l'abstraction géométrique
selon les préceptes du manifeste de l'art publicitaire
paru en 1931 sous la plume de Marcello Nizzoli, célèbre
affichiste proche de Braque, qui fait de l'affiche le véhicule
principal de la nouvelle imagination de l’Italie tourné
vers le futur et prône un graphisme abstrait en opposition
avec le réalisme hérité du 19ème
siècle.Marcello Dudovich, Croisières “Italia”
Si entre les deux guerres plusieurs tous les mouvements artistiques
du réalisme à l’abstraction coexistent,
l'art publicitaire tend essentiellement au futurisme avec la
simplification bidimensionnelle de la forme, illustrée
en l'espèce par la mise en résonance des affiches
avec des sculptures, l’utilisation des diagonales des
forme géométriques, l'insertion typographique
et une palette chromatique éclatante.
L'exposition
commence avec quelques documents, dont "L’almanacco
dell’Italia veloce" de Marinetti datant de 1930,
et des affiches de graphistes de "l'ancienne génération"
comme Leonetto Cappiello, considéré cependant
comme le rénovateur de l'affiche moderne, à l'iconographie
très flamboyante jouant sur la ligne courbe héritière
de l'art nouveau avec une image parfois sans rapport avec le
produit concerné permettant de mesurer la novation introduite
par les futuristes.
Une
novation qui tient non seulement à la thématique
de prédilection des futuristes avec la célébration
de la vitesse, avec les courses automobiles et la démocratisation
des voyages, avec les croisières aéronautiques
et maritimes ("Vittoria dell’Aria" de Ernesto
Michaelles, Ala Littoria de Tito Corbella,
"IV Coppa della Perugina" de Federico
Seneca.
Mais également au style graphique basé sur l'abstraction
de la forme qui est pratiquée dans la publicité
commerciale tant pour les biens de consommation ("la "
Pastina Glutinata Buitoni" de Federico Seneca, le "Bitter
Campari l'Aperitivo" de Fortunato Depero) que pour les
produits de luxe ("Lubrificanti Fiat" de Marcello,
"Borsalino" de Gino Boccasile).
Les affichistes futuristes procèdent au remplacement
progressif de l'image par la typographie ("Amaretti di
Saronno" de Marcello Marchesi, "Bosio carastch"
de Nicola Diulgheroff avec la sculpture "Profilo continuo"
de Renato Bertelli).
Et
cela va jusqu'à l'épure avec une seule lettre
comme le M pour la "Birra Metzger" de Nicola Diulgheroff
ou celui de la "13ème foire de Milan" de Giacino
Mondaini dans laquelle d'aucuns voient une image subliminale
de l'initiale du dirigeant italien Mussoloni. Car la publicité
flirte parfois avec la propagande.
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