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puce Tom Brosseau - PJ Harvey & John Parish
Bataclan  (Paris)  17 mai 2009

"A une époque, lors de mes tournées, je ne jouais aucune chanson de Ten Years After. Je ne faisais que des nouveaux titres pour tenter d’échapper à ce que j’appelle le "syndrome du juke-box itinérant" (…). Puis un jour je suis allé voir Jerry Lee Lewis en concert et il n’a joué aucun de mes morceaux rock favoris. Je me suis promis que je ne traiterai plus jamais mon public de la sorte". Ces propos d’Alvin Lee (Rock & Folk n° 492, Août 2008, p.36), ancien leader du groupe culte des 70’s Ten Years After, on ne les comprend que trop alors que l’on ressort du Bataclan dans un état de frustration rarement atteint à la suite d’un concert.

La soirée avait pourtant bien commencé, avec une sympathique première partie : Tom Brosseau, chanteur folk américain, se présente seul devant nous avec sa guitare, visiblement impressionné et pas très à l’aise. Avec son look de premier de la classe, il paraît tout fragile, et même si, physiquement, il a quelque chose de Bowie jeune, la comparaison s’arrête là. En effet, le jeune américain, contrairement à son homologue anglais, semble être doté d’un charisme d’endive. Fort heureusement, il possède une très belle voix, et ses chansons sont plus qu’honorables (notamment le très beau "Here Comes The Water Now"). Nous ne courrons pas acheter son nouvel album (Posthumous Success), mais son honnête première partie était une bonne introduction au concert tant attendu de PJ Harvey.

21h : précédée de son groupe et de John Parish, PJ Harvey arrive, mettant fin à l’insoutenable attente. Vêtue d’une robe noire, pied nue, cheveux noirs, bougeant de façon totalement désordonnée, sourire vissé aux lèvres derrière son micro, elle fait irrémédiablement penser à une petite fille (et ce malgré ses bientôt 40 ans). Le concert débute par "Black Hearted Love", chef d’œuvre de rage contenue ouvrant le dernier album. D’emblée, on est consterné par le manque d’envergure de l’interprétation livrée par le groupe ce soir : les guitares rugissantes et le chant puissant ont fait place à des guitares sous anesthésie, bien trop sages, et à un chant à peine audible. On ne le savait pas encore, mais ce sentiment de déception allait se poursuivre tout au long de la soirée, et on ne se remettra jamais vraiment de cette impression de gâchis initial.

La faute à qui ? La faute à quoi ? Comme on le craignait avant le concert, la coupable est toute désignée : la set-list. C’est bien simple, les titres joués ce soir sont exclusivement tirés du dernier (et très inégal) A Woman / A Man Walked By et du dispensable Dance Hall At Louse Point, précédent album écrit conjointement  par John Parish et PJ Harvey en 1996. On a longtemps gardé l’espoir d’entendre ce soir des extraits de "Uh Huh Her" ou de "Stories From The City, Stories From The Sea", mais le suspense a rapidement tourné court, puisque juste avant d’attaquer la splendide "Leaving California", la fluette anglaise prend le temps de préciser que "ce soir, le groupe ne jouera que des titres composés par John Parish et (elle)". Consternation totale… Il est vrai que l’affiche annonce "PJ Harvey & John Parish", et on se doutait bien que ce A Woman / A Man Walked By occuperait une place de choix ce soir, mais de là à jouer l’album dans sa totalité et à faire abstraction du reste de son impressionnante carrière et de 7 de ses 9 albums, il y a plus qu’un pas… Certes, on ne s’attendait pas à ce que PJ nous délivre un best of ce soir, mais on n’a clairement pas obtenu ce qu’on était venu chercher…

Nous éprouvons le plus profond respect pour cette artiste, et notamment pour son désir toujours plus ardent de toujours se renouveler. C’est la marque des grands, et peu d’artistes aujourd’hui en sont capables avec autant d’audace et de réussite qu’elle. Mais on avait déjà été à moitié convaincu par son dernier album qui, s’il contenait pas moins de cinq pépites ("Black Hearted Love" en tête, suivie de "Sixteen, Fifteen, Fourteen", "Leaving California", "The Soldiers", et "Passionless, Pointless"), comptait également trois chansons proprement insupportables ("April", "A Woman A Man Walked By", et surtout l’épouvantable "Pig Will Not"). Et force est de constater qu’il n’y a pas grand-chose à sauver de Dance Hall At Louse Point, dont quatre extraits seront joués ce soir.

1h20 de concert, 15 titres, tout ça paraît un peu court. Le public semble curieusement conquis, et on a la sensation bizarre qu’il était acquis d’avance. Il en réclame davantage, crie, siffle, tape dans ses mains tout ce qu’il peut. C’est vraiment une étrange expérience que de se retrouver en décalage complet avec la majorité de la salle. Lorsque l’anglaise revient pour un rappel, des spectateurs lui réclament certains titres, mais PJ Harvey explique qu’ils ne les connaissent pas, qu’ils ne les ont pas répétés. Elle s’en sort avec une pirouette, avouant qu’ils n’ont "pas assez d’espace de mémoire" et ajoutant "quand tu auras mon âge tu comprendras…". Le public en rigole, on ne peut s’empêcher de rire jaune.

Au final, il y aura eu quelques moments de grâce pure : "The Soldiers", magnifique titre accompagné d’un ukulélé et de quelques notes de piano ; "Leaving California", sûrement la plus belle chanson du dernier album où la splendide voix de PJ Harvey est magnifiquement mise en valeur par le jeu de guitare sobre de John Parish ; "Sixteen, Fifteen, Fourteen" et son banjo rock & roll,  et la très belle "Passionless, Pointless". Pour le reste, rien que des expérimentations bruitistes touche-pipi. On ne sera d’ailleurs pas loin du ridicule sur "A Woman A Man Walked By" et "Pig Will Not". Le concert se terminera par "April", où la chanteuse gémit tellement qu’on a envie d’abréger ses souffrances, et les nôtres par la même occasion.

Une question reviendra sans cesse durant le concert : "Mais quand va-t-elle empoigner sa guitare, bon sang ?". On espèrera en vain jusqu’à la dernière note sans succès. Ce n’est pas la PJ Harvey qu’on espérait voir qui a joué ce soir, et rarement on sera sorti à ce point énervé d’un concert. La prochaine fois que nous serons amenés à voir l’anglaise sur scène, nous veillerons à ce qu’il ne soit pas mentionné "& John Parish" sur l’affiche. Ça nous évitera d’éprouver la désagréable sensation d’avoir été en quelque sorte pris en otage, embarqué dans une aventure qu’on imaginait autrement plus excitante. C’est fort regrettable, mais faisons lui confiance pour redresser la barre lors de sa prochaine tournée.

 
Set-list PJ Harvey : 01 Black Heated Love, 02 Sixteen, Fifteen, Fourteen, 03 Rope Bridge Crossing, 04 Urn With Dead Flowers In A Drained Pool, 05 The Soldiers, 06 Taut, 07 Un Cercle Autour Du Soleil, 08 The Chair , 09 Leaving California, 10 A Woman A Man Walked By / The Crow Knows Where All The Little Children Go, 11 Passionless, Pointless, 12 Cracks In The Canvas, 13 Pig Will Not / rappel / 14 False Fire, 15 April

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En savoir plus :
Le Myspace de Tom Brosseau
Le site officiel de Tom Brosseau
Le Myspace de PJ Harvey
Le site officiel de PJ Harvey
Le Myspace de John Parish
Le site officiel de John Parish


Pierre Baubeau         
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# 22 septembre 2019 : Fin d'été

Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Mondrian figuratif" au Musée Marmottan-Monet
"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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