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Wooden Arms  (Secret City Records)  mai 2009

C’est parfois un exercice difficile que de critiquer un disque, pour exemple ce dernier album de Patrick Watson, qui dispose d’indéniables qualités, mais qu’on n’arrive pourtant pas à trouver autrement que décevant. On aimerait en dire du bien, mais on n'arrive pas accrocher. Il faut dire que le Québécois avait placé la barre sacrément haute il y a trois ans avec l’album qui l’avait fait connaître au grand public : Close To Paradise, magnifique recueil de chansons habitées par un souffle lyrique, une émouvante mélancolie et un touchant côté enfantin.

On a eu l'occasion de le voir à deux reprises lors de la tournée marathon qui s’en était suivie (au Trabendo puis aux Bouffes du Nord), et il nous avait à chaque fois subjugué. Patrick Watson est un O.V.N.I. musical naviguant à contre courant. Ses concerts sont des expériences toutes particulières où, dans une hilarité assez incongrue, il nous envoûte de sa voix planante. C’est un sacré personnage, réellement passionnant sur scène et accompagné d’un excellent groupe (The Wooden Arms) totalement acquis à sa cause et dont les arrangements mettent magnifiquement en avant ses compositions.

Bref, Patrick Watson est une de nos meilleures découvertes de ces dernières années. Et c’est pourquoi on est d’autant plus déçu par ce Wooden Arms, clairement pas à la hauteur de son prédécesseur. Aucun titre n’arrive à la cheville de chansons telles que "Luscious Life", "The Great Escape", "The Storm", "Close To Paradise", "Giver" ou encore "Man Under The Sea".

C’est bien là où le bât blesse : les chansons. Sur Close To Paradise, son second album, les arrangements étaient à leur service, plutôt en retrait, créant une atmosphère planante, un univers original, coloré et captivant. Ils enrobaient les titres dans de somptueux ornements, mettant en lumière les mélodies. Là, le groupe donne l’impression d’expérimenter à tout va, et met en exergue son côté bruitiste et ses aspirations d'aventurier sonore. En cela, Wooden Arms ressemble davantage au premier album de Patrick Watson, Just Another Ordinary Day, très inférieur à son successeur.

Tout cela sonne comme si Patrick Watson avait laissé encore plus son groupe prendre possession de son univers. Là où la porte était entrouverte sur Close To Paradise, elle est grande ouverte ici, et la confusion entre le titre de l’album et le nom du groupe du Québécois est assez révélatrice. D’au service des compositions de son chanteur, The Wooden Arms est devenu un tout, un ensemble noyant les mélodies sous des couches sonores (certes souvent virtuoses), et semblant étouffer quelque peu la créativité de son leader. On peut également imaginer qu’après leur éreintante tournée, les québécois étaient tout simplement harassés et que ce virage plus expérimental leur aura permis de se ressourcer.

Mais les chansons n’étant pas à la hauteur, tout ça tourne rapidement dans le vide, à notre plus grand regret. Le piano, qui dominait de sa grandeur Close To Paradise, se fait ici plus discret, moins mélodique, plus rythmique, cantonné à une peau de chagrin alors qu’il évoquait tout un monde sur l’album précédent. Reste la voix, à la puissance évocatrice sans pareille.

L'album débute par un titre en faux semblant, plutôt trompeur : "Fireweed". Avec ses faux-airs de "The Rip" de Portishead, il nous rappelle les émotions procurées par Close To Paradise, sans qu'il soit de la qualité de ses précédentes compositions. Il monte progressivement en intensité, avec des chœurs planants derrière, mais se termine en queue de poisson. "Tracy's Waters" installe une atmosphère intéressante avec ses percussions avant que la voix, puis le bandjo, les cordes et le piano viennent s’y mêler. Mais c’est la voix de Patrick Watson qui change tout et rend la chanson autrement plus intéressante. Le groupe a diversifié sa palette musicale sur cet album et n’a pas cherché à reproduire le son de Close To Paradise. Il a notamment travaillé avec de nouveaux instruments et cherché à mettre davantage en avant les rythmes. Bref, il a trouvé de nouvelles idées, mais malheureusement, elles apparaissent moins bonnes, ou en tout cas moins bien concrétisées que sur le disque précédent.

"Beijing", avec son piano étrange et ses percussions originales, accroche l’oreille au début, mais tourne au rond au bout d’un moment. La chanson ne démarre jamais vraiment. Pourtant, le refrain contient un potentiel mélodique incroyable ("it was the sound of the city…"), mais ce n’est pas ce qui semble intéresser le groupe ici, et c’est bien dommage. Wooden Arms nous redonne des couleurs : c’est le sommet de cet album, la preuve que Patrick Watson est encore capable de nous bouleverser avec trois fois rien. On salive déjà de la version live que le groupe nous concoctera, en espérant qu’elle sera aussi étonnante que celle de "Man Under The Sea". "Hommage" est un court instrumental bercé par un quatuor à cordes. Apaisant, mélodieux, mais pas franchement passionnant.

"Traveling Salesman" est hanté par un son de synthé tout droit sorti d’un film d’horreur, on pense à La Cité des Enfants Perdus de Jeunet. On attend la mélodie qui fera partir la chanson, mais elle ne viendra jamais. "Big Bird In A Small Cage" commence de façon très prometteuse, puis s’oublie en route. Elle demeure une belle chanson, mais trop répétitive, et du coup pas nécessairement indispensable. Pourtant, les voix se mêlent parfaitement l'une à l'autre, et les chœurs qui s'élèvent sur la fin sont plutôt beaux. Mais rien de comparable à "The Great Escape" encore une fois. "Down At The Beach" débute par une indigeste introduction de 2 minutes, puis se rétablit un peu lorsqu’apparait la voix céleste de Patrick Watson, survolant avec grâce ce magma sonore. Mais celle-ci disparait trop rapidement à notre goût (à peine trente secondes) et la chanson repart ensuite dans un no man’s land où percussions, arpèges de piano et ligne de basse se répondent sans vraie logique et sans réelle harmonie. La fin réserve toutefois une belle surprise : de magnifiques arpèges de harpes, mais qui ne suffisent pas à rattraper le niveau de l’ensemble.

"Man Like You" essaie de nous refaire le coup de "The Storm", mais encore une fois, bien que la chanson tienne la route, on décroche au fur et à mesure. Une fois de plus, on se dit qu’on attendait tellement mieux de la part de Patrick Watson… "Where The Wild Things Are" n’est pas déplaisante et sonne de façon assez originale avec ses pizzicato de cordes, son xylophone, mais la mayonnaise ne prend qu’à moitié. Pour conclure, "Machinery Of The Heavens", plus enlevée et avec une vraie mélodie accrocheuse, relève le niveau et redonne – un peu tard – des couleurs à l’album. Mais elle aurait gagné à être plus concise.

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans cet album, mais ça part trop dans tous les sens, et l’alchimie ne prend pas. Quelques passages sont pourtant magnifiques, mais trop peu de chansons tiennent la route sur la durée. Le groupe a cherché sur Wooden Arms à multiplier les pistes, à diversifier sa palette, à ne pas rechercher la facilité. Davantage que le travail d'un songwriter, le disque semble ainsi être le fruit des expérimentations sonores de ces musiciens aguerris. L’intention était louable, mais le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur.

Au final, Wooden Arms est l'album le plus lumineux de Patrick Watson, mais le noir semble davantage lui convenir. Malgré ce léger accroc, on ne peut que vous inciter à aller voir Patrick Watson et ses "Bras de Bois" sur scène. C'est là où son univers et surtout sa voix donnent leur pleine mesure, où ses chansons prennent toute leur dimension, et où il parvient à nous subjuguer.

 

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La chronique de l'album Close to paradise de Patrick Watson
Patrick Watson en concert au Festival La Route du Rock 2007 (vendredi)
Patrick Watson en concert au Festival des Inrocks Motorola 2007

En savoir plus :
Le Myspace de Patrick Watson
Le site officiel de Patrick Watson


Pierre Baubeau         
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# 5 février 2012 : Enfin l'hiver

Alors voilà, cela fait des mois que tout le monde s'étonne que le climat est plutôt clément en ce dernier hiver avant la fin du monde et puis d'un seul coup, quand il se met à faire un temps... d'hiver, c'est la panique, la télé sort ses reportages, l'instagrameur guette le moindre flocon et surtout tout le monde se plaint du froid. En attendant, on risque de se retrouver avec un album de Mallaury Nataf avec ces conneries. D'ici là, voici le programme de la semaine.

Du côté des platines :

"Violent hearts" de Shimmering Stars,
"The night visitor" de Anna Ternheim,
"Have som faith in magic" de Errors,
"Breakers" de Gem Club,
"Hall music" de Loney Dear,
"Future this" de The Big Pink, retrouvez aussi The Big Pink en interview et en images,
"Le temps qu'il faut" de Bertrand Betsch, ainsi que la deuxième partie de son interview qui fait logiquement suite à la première,
Watine en Froggy's Session, après la sortie de son disque "Still grounds for love",
Ibrahim Maalouf en concert au Fil de Saint-Etienne, Ibrahim Maalouf nous a également accordé une interview,
Shaka Ponk à l'Aéronef de Lille,

Au théâtre :
Les nouveautés de la semaine :
"Mystère Poe" au Théâtre L'Atalante
"S'envoler" au Nouveau Théâtre de Montreuil
"L'heure d'après" au Théâtre du Petit Hébertot
"Sortir du corps" à la Maison des Métallos
"Jacques et son maître" à la Pépinière Théâtre
"La trilogie degli occhiali" au Théâtre du Rond-Point
"Urbik/Orbik à la ville comme à l'univers" au Monfort Théâtre
"Sade 2.0" au Théâtre Les Déchargeurs
"Etty" au Théâtre de l'Ouest Parisien
"Copines d'avant" au Théâtre des Blancs Manteaux
"Amour, action ou vérité" au Théâtre des Blancs Manteaux
et un spectacle jeune public : "Lancelot, le chevalier de Merlin" au Théâtre de la Porte Saint Martin
Les reprises à ne pas rater :
"A toi pour toujours, ta Marie-Lou" au Théâtre Essaïon
"L'or" au Théâtre La Bruyère
"Même si tu m'aimes" au Théâtre Michel
Toujours à l'affiche :
"Simpatico" au Théâtre Marigny
"Le désert des Tartares"au Théâtre du Petit Hébertot
"Le bourgeois gentilhomme" au Théâtre de la Porte Saint Martin
"F-X" au Théâtre Le Lucernaire
"Le système de Ponzi" au Théâtre des Abbesses
"L'envers du décor" au Théâtre Le Ranelagh
"La scaphandrière" au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue
"La trilogie de la villégiature" à la Comédie Française
"Rose" à la Pépinière Théâtre
"Naples millionnaire" au Théâtre de la Tempête
"Les Roches Noires" au Vingtième Théâtre
"Sur le chemin" à l'Auguste Théâtre
"Dialogues de sourds" à l'Auguste Théâtre
"Lo Speziale" au Théâtre des Artistic Athévains
"Richard III n'aura pas lieu" au Théâtre 13/Jardin
"Bronx" au Théâtre des Bouffes Parisiens

Exposition avec :

"Paint B.A.L." au Musée de la Poste

Lecture avec :

"Le refuge" de Niki Valentine

Cinéma avec :

La sélection de la semaine :
"Le Marin Masqué" de Sophie Letourneur
"Un monde sans femmes" de Guillaume Brac
"La taupe" de Tomas Alfredson
Les sorties récentes :
"Sur la planche" de Leïla Kilani
"Fleur de béton" de Stéphane Esse et Audrey Lange
"Tahrir, place de la Libération" de Stefano Savona
"Anonymous" de Roland Emmerich
"Le Printemps de Téhéran" de Ali Samadi Ahadi
"2018" de Quentin Théron
"Il n'y a pas de rapport sexuel" de Raphaël Siboni
"Let My People Go !" de Mikael Buch
"Les Nouveaux Chiens de garde" de Gilles Balbastre et Yann Kergoat

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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