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puce Les caprices de Marianne
Théâtre 14  (Paris)  juin 2009

Comédie dramatique de Alfred de Musset, mise en scène de Marcel Maréchal et Michel Demiautte, avec Jacques Angeniol, Hélène Arie, Anthony Cochin, Yannick Debain, Michel Demiautte, Philippe Escande, Flore Grimaud, Marcel Maréchal et Mathias Maréchal

Tout à notre soif de réévaluer l’œuvre dramatique de Musset (cf chronique d’"Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée", il y a 3 semaines), nous sommes allés voir mardi dernier "Les caprices de Marianne". Cette pièce, l’une des mieux considérées de son auteur, est exemplaire en ce sens qu’elle mêle habilement deux pôles a priori antinomiques de son théâtre : le romantisme exacerbé d’un "Lorenzaccio" (pensum) et la légèreté des meilleures pièces courtes.

Composée sur ce principe de dualité, "Les caprices de Marianne" oscille donc entre drame et comédie, sombre héros romantique et noceur invétéré, féminité intransigeante ou gaminerie amoureuse. Dans leur mise en scène, Marcel Maréchal et Michel Demiautte se tiennent sur le fil et jouent parfaitement de ces contraires : certains passages a priori farcesques débouchent sans crier gare sur des moments de pure émotion… sans que jamais la transition nous apparaisse contre-nature !

On rappellera ici l’argument de la pièce : le gentil et pur Coelio, malade d’amour pour la belle Marianne, ne trouve pas en lui assez de courage pour l’aborder de front, au nez et à la barbe de son juge de mari. Il charge alors son ami Octave, épicurien patenté et lointain cousin de la dame, de rencontrer celle-ci et d’entremettre en sa faveur. Engoncée au début dans des principes moraux hérités du couvent, Marianne contestera ce principe de séduction par procuration, défendra avec une belle ardeur le droit des femmes à ne point céder à la cour incessante… mais finira (c’est là son "caprice") par faire volte-face et céder à la séduction d’un jeune homme - pas celui qu’on imagine.

Dans sa correspondance avec George Sand, Alfred de Musset affirmait que Coelio et Octave symbolisaient les deux facettes de sa propre personnalité. On veut bien le croire… mais l’enjouement qui domine cette représentation la fait clairement pencher en faveur du cousin : celui-ci a la politesse de masquer sa potentielle mélancolie derrière une sorte d’ivresse lucide, qui s’avère infiniment plus charmante que la lourdeur désespérée du pauvre amoureux transi.

Yannick Debain endosse le rôle ingrat de Coelio et en fait un beau gosse romantique propre sur lui, trop timoré pour espérer vivre sa passion (et trop d’un bloc pour nous émouvoir).

Flore Grimaud est une Marianne un peu trop âgée pour le rôle (19 ans, à peine sortie de chez les sœurs). Ses airs pincés, s’ils miment à merveille les rigidités morales du début de pièce, peinent à transcender leur maniérisme lorsque le personnage se "décorsette" : certains éclats de voix, qui se voulaient gouailleurs, nous ont parus un poil maladroits.

Il faut aussi mentionner Anthony Cochin (Pipo), qui assure d’étranges transitions chantées entre les scènes. Ces intermèdes ne font pas partie du texte original, mais ont été instaurés par les metteurs en scène à partir de poèmes de Musset (ou d’autres), mis en musique. Ils apportent un contrepoint aux sentiments des personnages… et permettent aux machinos de changer le décor.

Marcel Maréchal s’est (logiquement) confié le rôle du barbon. Il lui donne au départ un tour mielleux et ridicule, auquel il ne faut pas se fier : sous ses airs bonhommes, le vil magistrat ne lésine pas sur les moyens (criminels) pour arriver à ses fins. Entouré d’hommes de main patibulaires (dont l’excellent Philippe Escande en valet Tibia), il finit par ressembler à quelque parrain maffieux…

Enfin, le rôle le plus gratifiant (Octave) est dévolu à… Mathias Maréchal, fils du metteur en scène ! Un peu agacé par ce relent de népotisme, on l’attendait de pied ferme ; mais force est de constater que le comédien joua, ce soir-là, une partition sans fausse note, et emporta notre totale adhésion.

En dépit de quelques réserves, le spectacle est donc bien troussé et devrait contenter un large public. Les quelques subtilités de la pièce sont préservées, et les morceaux de bravoure abondent : la scène IV du deuxième acte ("Vous êtes une rose du Bengale, sans épine et sans parfum… Qu’est-ce après tout qu’une femme ? ", etc.) est un morceau de choix pour concours d’art dramatique. Et la beuverie-séduction à l’auberge (VIII, acte 2), avec sa célèbre métaphore filée (le goût du vin figurant l’amour des femmes) charrie assez de sous-entendus grivois pour nous réjouir tout à fait !

 
 

Nicolas Brulebois         
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