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Interview  (Paris)  12 mai 2009

A l'occasion de la sortie de leur album You Need Pony Pony Run Run, les trois membres du groupe nous ont accordé une interview pour nous parler du groupe, de l'album, de la musique et d'Hadopi. En prime, nous aurons droit, à 2 titres acoustiques. En route petit poney !

L'interview commence à l'hôtel Le Placide, dans le quartier de Saint-Germain des Prés, à Paris.

Pouvez-vous vous présenter et présenter le groupe également ?

Gaëtan : Guitariste chanteur.

Antonin : Je joue du clavier.

Amaël : Je joue de la basse et j’ai rencontré mon frangin à ma naissance. (rires)

Gaëtan : Oui, Amaël et moi sommes frangins. On a rencontré Antonin aux Beaux-Arts de Nantes où nous faisions tous les trois nos études.

Antonin : On s’est rencontré en boite de nuit moisie, d'ailleurs.

Gaëtan : Mais on est devenu vite fait ami et avons décidé de faire un projet musical ensemble. Avec Amaël, on avait déjà fait de la musique par le passé, mais on avait mis cela de côté au profit de nos études d’arts. Et puis on a commencé à faire de la musique "pop".

Ces fameuses études d’art sont finies ?

Antonin : Oui, elles sont finies. On s’est rencontré il y a 4 ans et le projet a vraiment 3 ans et demi d’existence.

Gaëtan : On était plus ou moins en fin de cursus. On a des diplômes… On s'est dit soit on fait du rock, soit pizzaiolo !

Antonin: C'est souvent ça dans les écoles de beaux arts, c'est finalement plus un endroit pour faire des rencontres propices à développer des projets artistiques. Là, ce n'était pas pour un travail plastique mais plutôt un travail musical.

Gaëtan : Ce sont des rencontres, c'est surtout ce que tu apprends dans le cadre de ces études. Après tu continues dans ta lancée...

Antonin, tu es arrivé sur une formation existante ?

Antonin : A la genèse, Gaëtan avait l'idée – le désir – de monter ce projet. Il y a eu plusieurs formations mais Pony Pony Run Run, c'est nous trois dès le départ plus d'autres qui sont partis ou avec qui on s'est séparé au fur et à mesure.

Gaëtan : C'était un gros casting et on s'est dit 30, ça va être relou dans le tour bus ! (rires) De toute façon, quand les trois quarts chantent, on ne les entend pas... Bon.

Vous disiez que vous aviez fait pas mal de groupes tous les deux. Est-ce que finalement Pony Pony Run Run est une branche de ce que vous avez fait à deux ?

Gaëtan : Non non, du tout, c'est vraiment un truc qui part de zéro. C'était une idée de projet.

Dans un autre genre ?

Gaëtan : En fait, on n'a jamais vraiment fixé le genre. On voulait faire de la pop : alors que ce soit pop rock, pop électro...

Antonin : Peu importe les qualificatifs, on avait envie de faire un projet commun qui rassemblerait toutes nos envies. Finalement, on a réussi. Maintenant, on est trois et c'est ça la bonne synthèse.

Gaëtan : On a injecté toutes nos influences et on est arrivé à une synthèse de notre musique qui est une musique que l'on n'arrive pas à comparer à d'autres parce que forcément, c'est la nôtre. Elle est certainement comparable mais ce n'est pas du tout le but.

Et de ces fameuses influences, on peut dire que vous deux aviez des influences communes ?

Amaël : Pas forcément.

Gaëtan : On a vraiment des parcours différents. On a fait de la musique ensemble quand on était adolescent et ensuite j'ai fait d'autres choses, même de la musique improvisée, poétiste, des espèces de performances... On s'est retrouvé sur un format plus pop, un truc qui nous rappelait ce que l'on écoutait au début, en fait.

Amaël : C'était notre envie du moment aussi de faire quelque chose de plus pop rock.

Gaëtan : On n'en entendait plus non plus. Je pense que c'est une volonté de réentendre des espèces de réminiscences du passé.

Antonin : Il y a plein d'influences que l'on pourrait citer, mais on ne pourrait pas vraiment ressentir cela dans notre musique aujourd'hui parce que l'on en a tellement ingéré ! C'est un peu éclaté dans les chansons.

L'album est composé à trois ?

Amaël : Chacun a son poste.

Antonin : Les paroles, c'est Gaëtan.

Gaëtan : Mes lignes de chant, les paroles et mes parties de guitare, c'est moi. Antonin, c'est tout ce qui est assez synthé. Puis, on a un peu changé les rôles : le synthé appartient à tout le monde, les guitares auraient pu être jouées par tout le monde. On servait le propos du disque, finalement peu importe la place de chacun.

Amaël : Le réalisateur a mis sa patte dedans.

Gaëtan : Frédéric Lo avec qui on a bossé pendant trois mois au studio Ferber. On l'a fait plus ou moins à quatre. Ce sont nos chansons mais lui est venu faire une cohésion de toutes nos envies.

C'est souvent ce que l'on entend des gens qui travaillent avec lui.

Gaëtan : C'est hyper agréable. En même temps, il s'est vraiment beaucoup investi. Il y a une forme d'amitié aussi là-dedans. C'est vraiment une belle expérience.

Pour en revenir à la composition, comment ça se passe dans la pratique ?

Gaëtan : J'arrive avec mes lignes de chant, des tonales plus ou moins et une partie de guitare. Chacun travaille dans son coin puis tout le monde confronte en live et on essaie de structurer les morceaux déjà. On estime qu'une chanson doit fonctionner ne serait-ce qu'avec un bout de guitare par exemple et le chant. Il arrive aussi que l'on fasse un riff et le chant vient se greffer dessus. A chaque fois, cela se passe comme ça : peu importe d'où vient le prétexte, il faut d'abord poser la ligne de chant qui fait la structure.

Et le chant anglais, ce sont vos influences naturelles ?

Gaëtan : Ce n'est pas du tout une volonté de se démarquer ou de renier nos origines mais on ne maitrise pas non plus la francophonie. Notre culture musicale est anglo-saxonne à 80-90%. C'est vraiment notre référence directe. On peut écrire des paroles, ce qui me vient en premier, ce sont des phrases en anglais. C'est musical aussi, c'est devenu un instrument et on l'a appréhendé en tant que tel. Même quand on était gamin et que l'on ne comprenait pas vraiment, cela restait des sonorités de l'ordre de l'instrument. Il y a quand même une sémantique, on essaie de faire quelque chose de cohérent et puis il y a des envies de sens. Il y a des mots qui ressortent et le sens se brode autour (rires).

A propos de sens et de musique des mots, des titres comme "Future of a nation" ?

Gaëtan : (rires) C'est du second degré... Cette chanson parle d'une jeunesse qui s'habille au même endroit, qui a les mêmes histoires de tout le monde. C'est un peu l'adolescence en général : tu essaies de te positionner et finalement tu fais un peu comme tous les autres. Il y a des grands poncifs de l'ado et je crois que c'est un peu ça, "Future of a nation".

Finalement, ces grands poncifs de l'adolescence se retrouve dans tous les morceaux sous tous les aspects. Ce qui est intéressant, c'est notre vision post-adolescente. Dans la musique que l'on fait, il y a des espèces de vieux fantômes du passé, on essaie d'arriver à une sorte d'harmonie, une espèce de frisson adolescent, parfois un peu épique, un peu triste, un peu de mélancolie, parfois juste de la connerie.

Antonin : Il y a quelque chose de subversif, ce n'est pas vraiment de la connerie.

Gaëtan : Je dis de la connerie, c'est juste que je raconte des trucs qui va nous positionner en tant qu'adolescents alors que j'ai 28 ans. Il y a un problème... La manière dont tu as d'appréhender la musique quand tu es gamin, tu écoutes un CD et tu dis : "Ah ! Putain !" Tu découvres la musique vraiment, tu n'es pas dans l'analyse, tu ingères le truc et tu frisonnes. Les paroles essaient de transcrire cela et de se remettre dans ce cadre là, assez simple et assez direct.

Le contenu de l'album est justement souvent assez simple et assez direct : chaque titre se retient facilement, est assez pêchu et construit sur une envie. C'est une volonté d'arriver à un morceau au sens tubesque ou il se présente juste comme ça ?

Gaëtan : Ce format là est une évidence pour nous. C'est entre autre en travaillant avec Fred Lo qui nous a permis d'aller à l'essentiel, là où parfois on se perdait un peu. La finalité est toujours la même, il faut qu'il y ait une chanson. Peu importe la genèse du truc, il faut que l'on arrive à ce que cela  fonctionne quelque part autour d'un feu de camp, avec un mélodica et un mec qui chante. Ce n'est pas une volonté de faire des tubes parce que nous ne sommes pas là dans une démarche de vente, enfin ce n'est pas le propos.

Il y a quand même plusieurs lectures, ce n'est pas trop brut et trop simple non plus. On a quand même une volonté de cohérence et cela nous est apparu comme une évidence de faire des structures comme ça.

Antonin : Grâce à Fred Lo, l'idée de la chanson était d'aller au-delà de quelque chose d'aguicheur. On est très content parce qu'il y a peu d'effets.

Gaëtan : Il y a peu d'effets dans le sens où l'on n'essaie pas de coller à une mouvance. On aurait pu accentuer le côté électro – en ce moment, cela aurait été facile de le faire. On ne l'a pas fait, au contraire, on l'a même mis un peu en jachère. Le côté rock que l'on avait au début aussi, on ne l'a pas mis en jachère mais plutôt travaillé au profit des chansons, au profit de la musicalité. On a essayé d'accommoder chaque chanson à sa sauce.

Vous n'avez pas peur en faisant cela de perdre une identité ?

Antonin : On en a gagné une, justement. On a du mal à la définir et à l'appréhender autrement que dans la manière dont on en parle.

Gaëtan : On fait de la pop music, en fait. (rires) Et pas dans le sens populaire, genre "marketé ça plait à tout le monde".

C'est un exercice de style maintenant. Est-ce que sur le prochain album on trouvera quelque chose de plus dépouillé, plus minimaliste ?

Gaëtan : C'est possible. En termes de forme et d'arrangements, peut-être.

Antonin : Si c'est au service de la voix, oui.

Gaëtan : On continuera à faire des chansons, je pense. Après c'est polymorphe. En gros, ça peut être un arrangement avec du marimba ou du vibraphone comme Tortoise, cela peut être très électronique et épuré genre la techno minimale.

Amaël : Voire quelque chose de plus chaud et de plus acoustique.

Gaëtan : Dans cet album, il n'y a pas de style prédominent. Il y a des styles sûrement, des petits artéfacts comme ça qui peuvent ressortir : 80's, 90's ou très 2000 voire 2010 ! On avait eu l'idée de l'exercice de style, pas quelque chose d'intemporel mais pérenne. Pas trop marqué dans une actualité pour qu'il puisse y avoir une vie après, pour que l'on ne se dise pas : "Hou ! C'est vraiment de 2009, ce truc !"

On pourrait dire, c'est assez années 80 ! Et ce n'est pas péjoratif !

Gaëtan : Il y a des accents mais ce n'est pas que ça !

Antonin : Les années 80, il y a beaucoup de choses... Cela me gène parce que c'est tellement vaste. Pour Gaëtan, il y avait Liaisons Dangereuses, il y a New Order mais il y a aussi tout un tas de trucs dans lesquels on ne veut pas se retrouver, soit une imagerie années 80 un peu "kitchosse".

Amaël : On ne cultive pas une image comme ça mais par contre, c'est vrai que l'on a vécu avec cet univers musical super prédominent des années 80.

Gaëtan : La musique que l'on a ingérée de manière inconsciente, c'est celle des années 80, celle que l'on a ingérée de manière consciente, c'est celle des années 90 et celle que l'on s'est mis à analyser, peut-être à intellectualiser, c'est celle des années 2000. Tu fais une sorte de triangularisation entre ces trois décennies là et tu arrives à peu près à savoir ce que l'on fait.

En live, comment faites-vous? Cela ne paraît pas forcément évident de rendre une telle énergie – même si cela a été simplifié – seulement à trois personnes.

Antonin : On s'est séparé d'un batteur et il y a un nouveau batteur prévu pour le live pour l'instant.

Gaëtan : On a quand même une volonté de faire une musique jouée et vivante. Il n'y a pas ou très très peu de programmations, on n'est pas dans une logique laptop mais plutôt dans une logique instrumentiste : une basse, trois synthés avec deux mains, une guitare avec quelques effets et un batteur qui envoie quelque boucles de temps à autre.

Antonin : L'idée du live est d'arriver à retranscrire notre musique avec une énergie mais pas trop d'artifices, encore une fois.

Gaëtan : Une musique qui peut fonctionner avec des instruments non amplifiés, par exemple un piano, une basse acoustique, une guitare acoustique et une batterie. C'est important de pouvoir faire de la musique en toute situation sans forcément, justement, avoir cette dépendance aux machines. Il faut que ça fonctionne tout le temps. Même si on est influencé par une musique électronique, on a quand même une culture rock.

C'est votre premier album, malgré que vous ne soyez plus des ados. Pourquoi avoir attendu si tard ? Qu'est-ce qui vous a décidé à aller vers un label ?

Gaëtan : On a commencé par nos propres moyens en diffusant notre musique par internet. On a fait quelques démos qui sonnaient bien, que l'on a réussi à diffuser par ce biais. On a vendu quelques démos de façon assez informelle : on a fait trois fois quatre morceaux. On a voulu vivre de notre musique et l'a jouée en live. Du coup, en 3 ans et demi, on a fait 120 concerts à travers l'Europe, majoritairement dans les autres pays : Espagne, Italie, Suisse, Allemagne, Tchéquie, Pologne, Belgique, Hollande, Luxembourg... On a vraiment voulu vivre cette musique sur la route, encore une volonté de groupe bizarrement. Cela nous a permis de jauger nos envies, nos types de formations – maintenant on n'est plus que trois. Heureusement que nous sommes passés par tout ce que l'on a fait pour arriver à l'équilibre.

La rencontre s'est faite au hasard avec Stéphane Espinosa de 3ème Bureau qui est venu nous trouver. On a discuté et on a accroché parce que l'on a la même vision de la musique, je pense.

Il est venu vous voir, c'est-à-dire ?

Amaël : Il est venu nous voir en concert au Batofar.

Gaëtan : Je ne sais pas si c'est par hasard ou par le biais d'internet. Du coup, on s'est vraiment concentré sur cette idée de faire un album.

Antonin : Le live nous a servi parce que l'on sait ce que l'on veut maintenant.

Gaëtan : Aujourd'hui, on est plus solide par rapport à ce que l'on présente. On est arrivé un degré de sincérité sans se faire trop influencer à droite à gauche et quelque part, on a trouvé un équilibre. C'est aussi la volonté de bouger et de rencontrer des gens qui nous a fait faire de concerts, surtout aller à l'étranger et montrer que notre musique s'adressait à plusieurs personnes en dehors de la France.

Le disque va sortir à l'étranger ?

Gaëtan : A priori, il sort partout dans le monde...

Amaël : Mais on ne sait pas quand ! (rires)

Quel est le disque que vous écoutez le plus souvent chez vous quand vous êtes seul, c'est-à-dire quand vous êtes sûr que personne n'écoute, soit parce que vous en avez complètement honte, soit parce que vous ne voulez absolument pas le partager ?

Antonin : C'est un album de Madonna, American Life. Pour les deux : pour la honte et parce que j'aime bien l'écouter tout seul ! (rires)

Gaëtan : Ricochet de Tangerine Dream ou plutôt One Foot in the Grave de Beck.

Amaël : Moi j'aime bien écouter What Burns Never Return de Don Caballero. Je ne l'ai qu'en galette, ma copine ne le supporte pas !

Le temps accordé pour l'interview étant écoulé, le groupe propose de la prolonger dans un bar de la rue de Rennes...

Comment avez-vous vous décidé de faire 120 dates ?

Gaëtan : On a commencé par une première tournée de 3 semaines, par le biais du réseau indé que l'on connaissait plus ou moins. On a pu avoir des dates à droite à gauche et par le biais de Myspace aussi. On a essayé de partir par nos propres moyens, la première tournée que l'on ait faite, c'était avec un Kangoo avec un tout petit moteur et une remorque ! Epique !

On a enchainé directement par une date à Amsterdam, on a fini par faire deux dates le même soir à jouer dans un squatt. On était rincé, crevé. Lendemain, on enchainait, c'était le deuxième jour et on était déjà cassé. Pendant trois semaines, c'était ce rythme là ! On a fini par se faire gauler la remorque à Bordeaux, avec le matos.

Amaël : Après, on s'est donné les moyens, on a acheté un camion.

Gaëtan : C'est ce camion qui nous a permis d'aller aussi loin qu'en Pologne. On faisait des tournées pour pouvoir rentrer dans nos frais, de date en date, et aller jusqu'à Varsovie ou jusqu'à la Corogne en Espagne.

Amaël : On s'est beaucoup fait voler mais on n'a pas perdu d'argent.

Gaëtan : Quand on en gagnait, on se le faisait voler ! (rires)

Il y avait vraiment cette volonté de groupe de rock.

Gaëtan : Du fantasme du groupe qui bouge, il y a toujours des anecdotes débiles. Quelque part, on avait aussi envie de vivre plein de choses.

C'est étonnant parce que ce que l'on voit, c'est un buzz qui fait tourner le groupe, on ne sait pas trop pourquoi.

Amaël : Souvent le buzz, c'est quand il y a une structure derrière. A part un gros truc Myspace, le hasard !

Dans un sens, on est content de cela, on sait d'où on vient : on a fait de la route, on se connait, on se connait musicalement et on connait la scène aussi. Cela nous gonfle et ça nous motive !

A côté de cette tournée, l'album est assez tranquille. Vous le sentez comment cet album qui sort dans un mois ?

Antonin : Personnellement, je ne peux plus l'écouter. Si je l'écoute, c'est de façonj chirurgicale pour le retranscrire en concert.

Gaëtan : Je sais que l'on en est content, parfois même fier. En tout cas, on l'assume pleinement et on est prêt à le défendre. C'est vrai que c'est un album qui a été réalisé dans des conditions qui sont nouvelles pour nous. Il y a des choses que l'on connait de cet album et des bouts que l'on ne connait pas encore et que l'on découvre à chaque fois. Forcément, quand il y a une dead line, les choses s'accélèrent et tu n'es pas toujours dans la réflexion, parfois c'est juste une décision radicale, la bonne ou la mauvaise. Et puis, on découvre des choses, des aspérités, des défauts et de la super qualité – c'est aussi une découverte pour nous. C'est vrai que l'on ne peut pas vraiment l'écouter de manière saine.

Amaël : On a la sensation d'avoir faire un album avec un début, une fin et une cohérence, quelque chose qui se tient et se décline. Pas une compilation de morceaux que l'on a créés dans le passé. Il y a de vieux morceaux et d'autres très récents : ils ont une couleur qu'on leur a donnée cet hiver.

Gaëtan : En tout cas, il y a une cohésion. Avant, on faisait une chanson une par une, maintenant on a fait un album. C'est vraiment une nette différence. On est très content de cette performance. On est prêt à recevoir toutes les critiques, bonnes ou mauvaises. On sait ce que l'on a fait, on a été sincère là-dedans, les gens aiment ou n'aiment pas la proposition. On sait que ce n'est pas un album qui a été fait par dessus la jambe.

Il va y avoir des tournées, j'imagine ?

Gaëtan : Bizarrement, c'est plus complexe d'en faire maintenant. En gros, il faut que l'album sorte. A la rentrée, on fait une tournée en France, peut-être une petite tournée en Angleterre, on va essayer de faire l'Allemagne dans la foulée, Bénélux... Et si possible en 2010 : Japon, Etats-Unis.

Amaël : On part au Japon à la fin du mois de juin pour faire deux concerts.

Vous avez une promotion internationale clairement déclarée !

Amaël : On n'a pas du tout changé ça. C'est pour ça que l'on a décidé de travailler ensemble avec Wagram. De même, l'international, c'est vraiment ce qui nous a motivé à travailler avec 3ème Bureau, cela faisait partie des conditions.

Pourquoi finalement ?

Gaëtan : C'est la réalité de la musique telle que nous l'appréhendons : c'est une musique qui parle à toutes les nations. Oh ! C'est beau, ça ! (rires)

Amaël : Cela fait partie du rêve. Grâce à la musique, tu rencontres des gens. On s'est fait sur la route, on a envie que ça continue. On a envie de partager ça avec des personnes qui ont des valeurs complètement différentes, qui se retrouvent dans la musique que l'on fait et partager ces moments de scène avec elles. Pas spécialement exporter la musique mais aller la balader.

Gaëtan : Plus les gens ont l'occasion de l'écouter, plus cela satisfait notre démarche parce qu'on l'a fait vraiment dans une logique d'ouverture. On n'a tellement pas ciblé un public, un pays, un type de musique que l'on veut laisser vivre le machin. En tout cas, nous, on le portera à droite à gauche. C'est toujours le prétexte à voyager.

En attendant, on va jouer en France et dans quelques festivals d'été, entre autres avec Simple Minds, à Istre dans les arènes. Un truc dingue aussi : on se retrouve à jouer avec Simple Minds que l'on écoutait dans les années 90 ! Sur un malentendu, peut-être qu'ils vont trouver ça pas mal ! (rires)

Qu'est-ce que c'est que ce nom d'album hyper "prétentieux" ?

Antonin : On avait des idées de titres et ça s'est fait assez rapidement, en une heure. On est tombé là-dessus qui faisait référence à notre petite image sur Myspace. Gaëtan avait fait un graphisme sur lequel était écrit l'unique Pony Pony Run Run qui était assez conséquent.

Gaëtan : Il y a une forme de second degré et en même temps, il y a un délire d'égo. C'est un peu le truc "engage-toi dans l'armée". C'est un peu un truc de con...

Tout le disque est un peu comme ça : on se prend bien au sérieux et aussi à la limite du déconnant.

Amaël : C'est ça.

Gaëtan : Je pense que l'on ne fait pas un truc fun. Mais, autant on se prend vraiment au sérieux parfois, autant c'est volontairement second degré, pas tant artistiquement mais plutôt dans les paroles. "Future of a nation", il faut quand même le porter ce titre de chanson quand même. Ce n'est pas mon titre préféré du tout. Pony Pony Run Run, c'est un peu ça. Par contre, la musique est vraiment sérieuse mais cela inclut cette forme de second degré.

Antonin : C'est bizarre ce truc de premier ou second degré. Je n'ai plus de premier ou second degré, je prends tout au même niveau, vraiment !

Gaëtan : C'est vrai que maintenant, la notion de second degré est complètement intégré dans notre premier degré. En gros, le moment va être un peu égothique, grandiloquent et à d'autres moments, on sera plus humble ou plus sérieux, c'est une seule et même chose. C'est vrai que le nom "Pony Pony Run Run", quand tu y réfléchis, au premier degré, c'est hallucinant de manque d'humilité ! Quelque part, c'est toujours border line mais c'est toujours une seule et même proposition.

On voit bien jusqu'à quel point le groupe Pony Pony Run Run en tant qu'entité est un personnage sans ses musiciens.

Antonin : Sûrement que la première fois qu'on l'a fait tel son de synthé ou solo de guitare, on s'est dit : "Oh, c'est abusé". Quand on dit "c'est abusé", cela veut dire "cela nous plait", ça titille.

Vous assumez parfaitement le fait de vous faire plaisir.

Gaëtan : Exactement ! On n'est pas dans une démarche humoristique, ni sérieuse. On est clairement une seule proposition qui implique toutes ces notions là, premier ou second degré.

Amaël : C'est vraiment là-dessus que l'on se retrouve bien tous les trois.

Gaëtan : J'ai commencé tôt en écoutant Sepultura et Culture Beat. Je me souviens une fois où j'écoutais les deux et mon cousin se pointe et me dit : "Putain ! Mais t'écoutes vraiment n'importe quoi !"

Antonin : Moi c'était MC Solaar et Nirvana. Ma soeur ne voulait pas que j'écoute les deux en même temps. Pour elle, ça ne se faisait pas.

Gaëtan : C'est ça qui est fou. On a été amené dans les années 90 à écouter des trucs qui n'avaient rien à foutre ensemble !

Amaël : C'était la mode du grunge : on pouvait foutre n'importe quoi comme sape, on pouvait foutre n'importe quoi comme musique. Moi, je l'ai pris vraiment comme ça. C'était bien les années 90 !

Que se passe-t-il dans votre vie actuellement ?

Antonin : C'est principalement de la répétition avec le nouveau batteur justement. On travaille l'adaptation pour le live en gardant l'esprit de la chanson et en l'adaptant de la façon la plus vivante.

Gaëtan : Il y aura l'essentiel de l'album mais avec des formes plus adaptées au live, plus dynamiques ou dynamisantes.

Amaël : Dansant par moment.

C'est intéressant de redonner une vie en live à ces chansons là ?

Antonin : C'est le truc le plus excitant, je pense, avec la composition.

Gaëtan : Finalement, on va vivre avec cette musique sous cette forme là.

Avec toutes les dates que vous avez faites avant, ce n'est pas une espèce de bilan, ce disque ?

Antonin : Il y a des chansons qui se sont pratiquement écrites pendant l'album. On va soit les redécouvrir, soit les découvrir même pour une ou deux. Il y aura des formes différentes : des formes plus collées au disque, d'autres complètement remaniées.

Amaël : Aussi, on inclut dans le live des chansons qui ne sont pas dans l'album. On va essayer de composer en flux tendu pour essayer d'être prêts pour le second. On est assez impatient de voir le second aussi.

L'album a été enregistré quand ?

Gaëtan : Entre décembre et mi-février.

Antonin : L'album, comme il est là, ne nous paraît pas si loin. Pour moi, il n'y a pas de chansons pour lesquelles j'ai envie d'aller au-delà, mais plutôt des chansons que j'ai envie de faire vivre.

Gaëtan : Surtout qu'il continue toujours de "galoper" tel un "poney" – attention ! (rires) C'est ridicule de faire des phases d'arrêt : période de création, période d'enregistrement, périodes de live. Il  faut que continuer tout le temps dans cette période de création et qu'elle soit toujours là sinon cela ne rime à rien, ce n'est pas des trucs automatiques. Il faut que les chansons vivent un peu ! Il y a des chansons que l'on n'a jamais vécues en live encore – on va voir ce que ça va donner – mais il y en a que l'on a retournées dans tous les sens en live et qui ont trouvé leur forme sur l'album.

C'est une nouveauté aussi de défendre des morceaux que l'on ne pouvait pas placer dans des sets avant parce que les gens n'accrochaient pas. On n'est plus obligé d'être dans l'esbroufe comme avant, maintenant on peut se permettre d'être dans un truc un peu plus subtil.

Les chansons vont avoir quelle(s) couleur(s) ? Vous avez déjà une idée ?

Gaëtan : On expérimente des choses improbables, le live est plus un vivier à expériences que l'album. On teste plein de formes et on prend celles qui nous branchent en fait.

Vous ferez un album live ?

Gaëtan : Je n'ai jamais pris un plaisir à écouter un album live car j'ai toujours trouvé qu'il y avait un manque de son. Je pense néanmoins qu'il y a des morceaux dans les albums à venir qui mériteront des parties live et d'autres parties qui sont beaucoup plus organisées. Il ne faut pas être monomaniaque et ne pas être dans une dogme.

Maintenant que vous êtes sur un label – ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent – est-ce que cela change beaucoup de choses pour vous ?

Antonin : Cela nous rassure, c'est un soutien.

Gaëtan : C'est un superbe soutien. Après, c'est vrai que l'on jongle avec des données qui sont différentes : on travaille avec des gens et pour des objectifs communs. Jamais ils ne nous demandent de transgresser l'artistique. Cela dit, on peut arriver à changer des choses, ne serait-ce que pour la présentation d'un projet. Par exemple, pour le titre de l'album, s'il s'appelle comme ça maintenant, c'est que l'on a dû se confronter à pas mal de volontés autour de nous pour trouver un titre qui allait satisfaire tout le monde.

Antonin : C'est plus dans l'idée de compromis agréables. Toute l'équipe est constituée de mélomanes avec qui on peut parler.

Gaëtan : Il y a des questions que l'on ne se posait pas parce que l'on ne baignait pas dans ce milieu là. Ils respectent vraiment ce que l'on fait et nous, on respecte vraiment leur travail. On est entouré de gens qui sont l'extension de nos volontés et qui apportent aussi des confrontations.

Si vous deviez faire rimer Hadopi avec quelque chose, vous le feriez rimer avec quoi ?

Gaëtan : Demande à mon éditeur ! (rires)... Ouistiti quand tu souris pour une photo ! Je déteste "ouistiti"  : cela m'a angoissé quand j'étais gamin. Tu as une photo de merde où tu as une bouche qui fait un truc horrible !

Antonin : Personnellement, je ne télécharge pas parce que je n'ai pas d'ordinateur.

Gaëtan : Facile !

Antonin : J'ai un copain qui télécharge énormément et c'est vachement pratique parce que je vais chez lui écouter de la musique. Je n'ai aucun problème avec ça même en sortant un album. Il va être téléchargé illégalement, on le sait !

Gaëtan : Il y a quand même une hypocrisie. L'autre jour, un blog a posté le single du moment "Hey you" en téléchargement libre alors qu'il est en vente. Tu laisses couler, parce que c'est aussi aux gens de se responsabiliser par leur propre volonté. Je ne suis pas pour fusiller le business – ce n'est pas du tout dans mon intérêt. Quand j'écoutais la radio avec ma cassette, j'enregistrais un paquet de trucs. Au début de la cassette, tout le monde a gueulé.

Antonin : Pareil ! La photocopie tue le livre !

Gaëtan : Il y a un intérêt à avoir cette diffusion à outrance. Par contre, ce serait bien que les gens se resensibilisent à l'écoute d'albums. Personnellement, je n'ai jamais acheté autant d'albums qu'en ce moment parce que je redécouvre ce plaisir. Je ne suis pas pour valoriser l'album – c'est peut-être "has been" – mais au-delà de ça, je trouve que c'est bien d'avoir physiquement quelque chose qui incarne la musique.

C'est juste le côté à la demande qui est problématique, c'est que du coup, tout est accessible tout le temps, quand tu veux. Ce qui est intéressant dans un album, c'est quand il ne te laisse pas le choix finalement. Il y a une volonté intrinsèque de l'artiste dans l'album dans la chronologie de ses titres. Tu apprécies nettement plus de choses, c'est comme revoir un film plusieurs fois, ton regard change à chaque fois. Une seule et même chanson, c'est plus simple de la cerner, un album en entier, c'est un peu plus complexe. Je ne désespère pas parce que c'est logique que ça revienne dans une forme ou dans une autre.

Retrouvez Pony Pony Run Run
en Froggy's Session
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En savoir plus :
Le site officiel de Pony Pony Run Run
Le Soundcloud de Pony Pony Run Run
Le Facebook de Pony Pony Run Run

Crédits photos : Laurent Hini (Toute la série sur Taste of Indie)


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# 9 décembre 2018 : l'empire d'essence

Pénurie d'essence peut être, mais pas de pénurie des sens avec notre sélection hebdomadaire à lire, à voir et à écouter. C'est parti sans plus attendre pour une semaine de plaisirs.

Du côté de la musique :

"L'allégresse" de DaYtona
"C'est la vie" de Phosphorescent
"Oak leaf" de Raoul Vignal
"Karl Maria Von Weber : Symphonie N 1 & concertos" de l'Orchestre Victor Hugo, Jean François Verdier, Nicolas Baldeyrou, David Guerrier et Thomas Bloch
"City walk" de Adrien Chicot
"Tribute to an imaginary folk band" de Bedmakers
Rencontre avec Emma Solal, accompagnée d'une session acoustique aux couleurs de l'Italie
"Valdevaqueros" de Fred Nevché
"Chapitres V et VI" de La Pietà
"Parallel universe blues" de Papercuts
et toujours :
"Persuasive" de Persuasive
"About Bridges" de Régis Boulard et Nico Sacco
"No tourists" de The Prodigy
"Kings and bastards" de Roberto Negro
"Tout bleu" de Tout Bleu"
Plutôt me rendre" de Anne Darban
Nicolas Vidal en interview accompagnée de sa Froggy's session live, autour de son album "Bleu Piscine"
"Il était fou" de JUR
"Young girls punk rock" de Lilix & Didi
Mokado, Clozee et Grandepolis dans une sélection singles et EP
"S/T" de The Balkanys

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Antigone" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Love, Love, Love" au Théâtre de Belleville
"Un Picasso" au Studio Hébertot
"Bérénice Paysages" au Théâtre de Belleville
"J'admire l'aisance..." au Studio Hébertot
"Le Double" au Théâtre 14
"J'ai des doutes" au Théâtre du Rond-Point
"L'Ecole des femmes" au Théâtre Dejazet
"Kiss & Cry" à la Scala
"Dans ma chambre" au Théâtre La Flèche
"F(r)iction" au CNAC de Châlons-en-Champagne
les reprises :
"Stuck Plastik, une pièce en plastique" au Théâtre-Studio d'Alfortville
"Aglaé" au Théâtre du Rond-Point
"L'Ombre de la baleine" au Théâtre Lepic
"ABC D'airs" au Théâtre Le Lucernaire
"Barbara amoureuse" au Théâtre Essaion
la chronique des spectacles de novembre
et la chronique des autres spectacles de décembre

Expositions avec :

"La Galerie des Sculptures" au Petit Palais
"Youssef Chahine" à la Cinémathèque française

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Pachamama" de Juan Antin
"Utoya 22 juillet" de Erik Poppe
"Rêver sous le capitalisme" de Sophie Bruneau
"Le sous bois des insensés" de Martine Deyres
Oldies but Goodies avec :
"Le Solitaire" de Michael Mann dans le cadre de la Rétrospective James Caanà la Cinémathèque française
et "La Cousine Bette" de Max de Rieux dans le cadre du Cycle Balzac à la Cinémathèque française
la chronique des sorties de novembre
et la chronique des autres sorties de décembre

Lecture avec :

"Le coup d'état Macron, le Prince contre la nation" de Guillaume Larrivé
"Allez tous vous faire foutre" de Aidan Truhen
"Dialectique de la pop" de Agnès Gayraud
"Inconnu à cette adresse", "84, Charing cross road" et "Les heures silencieuses" de Kressmann Taylor, Helene Hanff et Gaëlle Josse
"Pierre Laval, un mystère français" de Renaud Meltz
et toujours :
"Humains dans la rue : Histoires d'amitiés, avec ou sans abri" de Jean Marc Potdevin, Anne Lorient et Lauriane Clément
"Le meurtre du commandeur, livre 2 : La métaphore se déplace" de Haruki Murakami
"Les vérités cachées de la guerre d'Algérie" de Jean Sévillia
"No society" de Christophe Guilluy
"Séance infernale" de Jonathan Skariton
"Tous les Mayas sont bons" de Donald E. Westlake

Froggeek's Delight :

bientôt Noël... pensez aux cadeaux
"Assassin's Creed : Odyssey" sur PS4, XBOXONE, PC Windows
"Astrobot rescue mission" jeu en réalité virtuelle sur PS4
"Marvel's Spider-Man" en exclusivité sur PS4
"Shadow of the Tomb Raider" sur PS4, XBOXONE et PC
"Kingdom Come : Delivrance" sur PC, PS4 et XBOX

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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